L'Ami de la Religion et du Roi

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Hommage


Hommage à S. Léon III

816 - 12 juin - 2016

12e centenaire de la mort de saint Léon III

 

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Couronnement de saint Charlemagne comme empereur d'Occident, le 25 décembre 800 à Rome par saint Léon III.

Dom Guéranger, L'Année liturgique

XII JUIN. SAINT LÉON III, PAPE ET CONFESSEUR

 

Voici qu'un parfum de Noël arrive jusqu'à nous sous les feux de la glorieuse Pentecôte. Léon III, montant de cette terre, la laisse embaumée du souvenir de l'auguste jour où l'Enfant-Dieu voulut manifester par lui la plénitude de sa principauté sur les peuples. La fête de Noël de l'an 800 vit proclamer le Saint-Empire. La pauvreté, l'obscurité qui, huit siècles auparavant, présidaient à la naissance du Fils de Dieu, avaient pour but d'attirer nos cœurs ; mais cette faiblesse, toute de condescendance et de tendresse, était loin d'exprimer le mystère entier du Verbe fait chair. L'Eglise le redit chaque année, au retour béni de cette nuit d'amour : « Un petit enfant nous est né, portant sur son épaule le signe de la principauté ; il sera appelé l'Admirable, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix ». Car c'est la paix qui derechef resplendit en ce jour sur le Cycle sacré, la paix du Christ vainqueur et roi sans conteste ; mieux encore que Jean de Sahagun, Léon III mérite en ce point les hommages du peuple fidèle. Sylvestre nouveau d'un autre Constantin, par lui seulement la victoire du Verbe divin se révèle absolue.

 

Successivement le Christ a triomphé des faux dieux, du césarisme byzantin, des peuples barbares. Une société nouvelle apparaît, gouvernée par des princes qui reconnaissent tenir de l'Homme-Dieu leurs couronnes. Au vieil empire romain fondé sur la force, au césarisme étreignant le monde et le broyant plutôt qu'il ne l'unissait dans l'étau de fer de sa domination, va succéder la confédération des nations baptisées qui s'appellera la Chrétienté. Mais d'où viendra l'unité à ce grand corps ? De tous ces princes, égaux par la naissance et les droits, quel sera le chef ? Sur quel fondement doit s'établir sa primauté ? Qui suscitera, qui révélera l'élu du Seigneur, et l'oindra d'une onction si puissante que jamais les plus puissants rois ne songent à lui disputer la première place dans leurs conseils ? L'Esprit-Saint, planant sur les peuples ainsi qu'au début de la Création sur les eaux ténébreuses, a longuement élaboré cette autre Création qui doit, elle aussi, attester la gloire de notre Emmanuel ; l'empire nouveau est maintenant préparé ; il naîtra comme de lui-même, et sans effort, des circonstances que l'éternelle Sagesse avait divinement ordonnées dans sa force et dans sa douceur.

 

Seule jusqu'ici, entre les royaumes chrétiens, s'élève la primauté incontestée du pouvoir spirituel. Plus faible que tous, le successeur de Pierre voit le monde à ses pieds ; la ville des Césars est devenue la sienne ; par lui, Rome commande toujours aux nations. Néanmoins son autorité désarmée doit compter avec la violence dont les assauts, toujours possibles, ont plus d'une fois déjà mis en péril le patrimoine consacré par les siècles à assurer l'indépendance du vicaire de l'Homme-Dieu. Elle-même, depuis qu'elle apparaît ainsi dans sa sublime grandeur, la puissance spirituelle devient l'objet d'ambitions sacrilèges, toutes prêtes aux plus noires perfidies. Léon III vient d'en faire en personne la sinistre expérience. Un seigneur laïque et des clercs indignes, unissant leurs communes convoitises, ont attiré le pontife dans un guet-apens ; le corps meurtri et sanglant, les yeux crevés, la langue arrachée, il n'a recouvré la parole et la vue, il n'a conservé la vie, que par le plus éclatant des miracles. Rome entière, témoin du prodige, s'est répandue en actions de grâces ; Dieu même, cette fois, a délivré son christ ; mais les sicaires n'en restent pas moins les maîtres de la ville, jusqu'à ce que l'armée du roi des Francs ramène en triomphe dans son palais la noble victime. Triomphe glorieux, mais qui, à lui seul, ne garantit point l'avenir : d'autres déjà t’ont précédé, également dus par l'Eglise romaine au dévouement de sa Fille aînée toujours prête au premier appel ; or, le bras protecteur une fois éloigné, l'œuvre de restauration à peine accomplie, de nouvelles trames se reformaient bientôt, à l'extérieur ou dans Rome-même, pour l'usurpation des droits spirituels ou temporels de la papauté. Des rives du Bosphore, les successeurs de Constantin ne savent plus qu'applaudir à ces intrigues, et soudoyer les conspirateurs et les traîtres.

 

Une telle situation ne saurait se prolonger. Le pontife souverain doit chercher aux grands intérêts dont la garde lui est confiée, une sûreté moins précaire ; la paix du monde chrétien, la paix des âmes et des nations, demande que la première autorité qui soit sur la terre ne reste pas à la merci d'incessants complots. Il ne suffit pas même qu'au jour de l'épreuve, et pour le temps qu'elle peut durer, le vicaire de Jésus-Christ soit assuré de la fidélité d'une nation ou d'un prince ; l'état présent de la société réclame une institution permanente qui puisse, à Rome, non seulement réparer, mais prévenir les coups de la force ou de la perfidie.

 

Déjà sans doute, Pépin le Bref, en abandonnant ses conquêtes d'Italie au Siège apostolique, a constitué sans limites aucunes la souveraineté temporelle des pontifes romains; l'usage du glaive pour sa défense appartient au Pape de plein droit, comme à tout prince dans ses Etats ; mais, en dehors de l'impossibilité absolue d'en agir autrement, l'emploi personnel de la force armée répugne au successeur de l'Apôtre établi par l'Homme-Dieu ici-bas comme le vicaire de son amour. Ne craignons point cependant pour le maintien des droits sacrés dont il répond devant les hommes et devant Dieu. Roi lui-même, le successeur de Pierre choisira, parmi ces rois d'Occident qui se font gloire d'être ses fils, un prince auquel il puisse confier d'office la protection et la défense de l'Eglise. Le chef de la milice spirituelle des élus, le portier du ciel, le dépositaire de la grâce et de l'infaillible vérité, conviera ce prince à l'honneur de son alliance : alliance sublime, dont la légitimité l'emportera sur celle de tous les traités conclus entre les puissants de ce monde, parce que les droits qu'elle a pour but de garantir sont ceux du Roi des rois dans son représentant, du Seigneur des seigneurs ; alliance aux redoutables devoirs, mais en même temps aux privilèges merveilleux pour l'élu qu'elle appelle. La noblesse de la race, l'étendue des possessions, la gloire des combats, l'éclat du génie, ont beau  relever un prince ; sa grandeur part de la terre, et ne dépasse point la mesure de l'humanité. Mais l'allié des pontifes voit sa dignité s'élever jusqu'au ciel, où résident les intérêts dont il assume la garde filiale. Protecteur attitré de sa mère l'Eglise, sans empiéter sur le domaine des autres rois, ses égaux naguère, sans attenter à leur indépendance, il aura néanmoins le devoir et en conséquence le droit de porter son glaive partout où l'autorité spirituelle a des droits en souffrance, ou réclame son concours pour l'accomplissement de sa mission d'enseigner et de sauver les âmes. Universel en ce sens est son pouvoir, parce qu'universelle est aussi la mission de la sainte Eglise. Si réel est ce pouvoir, si distinct de tout autre, qu'une couronne nouvelle devra s'ajouter pour l'exprimer à celle qu'il tenait de ses pères, et qu'une onction différente de l'onction royale manifestera dans sa personne à tous les rois le chef du Saint-Empire, de l'empire romain renouvelé, agrandi, sans autres bornes que celles du domaine assigné par Dieu le Père en ce monde à son Fils incarné.

 

Car c'est bien l'empire illimité du Fils de Dieu né de Marie, qui se dévoile ainsi dans sa plénitude admirable. Lui seul possède en toute vérité, par droit de naissance et par droit de conquête, l'universalité des nations ; lui seul peut déléguer, pour son Eglise et par elle, une telle puissance aux rois. Qui nous dira la grandeur de ce jour où, prosterné devant l'Enfant-Dieu, le plus grand prince qui fut jamais, Charlemagne, vit ses gloires antérieures comme éclipsées par l'éclat du titre inattendu qui l'instituait lieutenant du nouveau-né couché dans la crèche ! Près des restes du premier pape, crucifié par les ordres du césar Néron, Léon III, de sa pleine autorité, reconstituait l'empire ; au nom de Pierre et sur sa tombe, il renouait la chaîne brisée des Césars. Aux yeux des peuples désormais, selon le langage consacré par l'usage des pontifes en leurs bulles, le pape et l'empereur apparaîtront comme les deux astres dirigeant la marche du monde : le pape, expression fidèle du Soleil de justice; l'empereur, tirant son éclat du rayonnement que projette sur lui le pontificat suprême.

 

De parricides révoltes viendront trop souvent, dans la suite, tourner contre l'Eglise le glaive qui devait la défendre ; mais elles aussi montreront à leur manière que, de l'aveu de tous, la papauté est bien, dans ces temps, la seule source de l'empire. On verra les tyrans de la Germanie, rejetés comme indignes par le pontife romain, s'emparer violemment de la Ville éternelle et créer des antipapes dans le seul but de pouvoir, par ces faux vicaires de l'Homme-Dieu, être armés soldats de saint Pierre sur le tombeau du prince des Apôtres. Tant il est vrai que du Siège apostolique relevait toute grandeur pour la société d'alors ! Les abus, les crimes, qui se rencontrent partout dans l'histoire de l'humanité, ne doivent pas faire oublier à des Chrétiens que la valeur d'une époque et l'importance d'une institution se mesurent, pour l'Eglise et pour Dieu, au progrès dont la vérité leur est redevable. Alors même que l'Eglise souffrait de la violence des empereurs intrus ou véritables, elle se réjouissait grandement de voir son Epoux glorifié par la foi des nations reconnaissant qu'en lui résidait toute puissance. Enfants de l'Eglise, jugeons du Saint-Empire comme l’a fait notre Mère : il fut la plus haute expression de l'influence et du pouvoir des papes ; c'est dans cette glorification du Christ en son vicaire que subsista durant mille ans la Chrétienté. 

 

L'espace nous manque pour rapporter ici, dans leur étendue, les magnificences de la fonction liturgique consacrée durant le moyen âge à créer un empereur. Les Ordres romains qui nous  en ont conservé le détail, sont pleins des plus riches enseignements où se révèle avec clarté la pensée de l'Eglise. Le  futur  lieutenant du Christ, baisant les pieds du vicaire de l'Homme-Dieu,  formulait d'abord sa profession : il  « garantissait, promettait et jurait fidélité à Dieu et au bienheureux Pierre, s'engageant pour le reste de sa vie sur les saints Evangiles à la protection et défense de l'Eglise romaine et de son chef en tous leurs besoins ou intérêts, sans fraude ni mal engin, selon son pouvoir et sa science ». Venait ensuite l'examen solennel de la foi et des mœurs de l'élu, presque identique de tout point à celui qui précède au Pontifical la consécration des évêques. 

 

L'Eglise ayant donc pris ses sûretés au sujet de celui qui devait être pour elle comme l'évêque du dehors, alors seulement avait lieu l'ordination impériale. Pendant que le Seigneur apostolique revêtait ses ornements  pour la célébration des Mystères, deux cardinaux revêtaient lui-même l'empereur élu de l'amict et de l'aube ; puis ils le présentaient au  Pontife qui le faisait clerc, et lui concédait pour la cérémonie de son couronnement l'usage de la tunique, de la dalmatique et du pluvial avec la mitre et les chaussures pontificales. L'onction du prince était réservée au cardinal évêque d'Ostie, consécrateur attitré des empereurs et des papes. Mais le vicaire de Jésus-Christ remettait lui-même au nouvel empereur l'anneau, sceau infrangible de sa foi ; le glaive représentant celui du Seigneur des armées, du Très-Puissant chanté dans le psaume ; le globe et le sceptre, images de l'universel empire et de l'inflexible justice du Roi des rois ; la couronne enfin, signe de la gloire que réservait dans les siècles des siècles à sa fidélité ce même Fils de Dieu dont il était la figure. C'était pendant le Sacrifice qu'avait lieu la tradition de ces augustes symboles. A l'Offertoire, l'empereur déposait le pluvial et les insignes de sa dignité nouvelle ; en simple dalmatique, il venait à l'autel, et y remplissait près du pontife souverain l'office de sous-diacre, comme serviteur de la sainte Eglise et premier représentant du peuple chrétien. Plus tard, l'étole lui fut donnée ; en 1530, au jour de son couronnement, Charles-Quint assista Clément VII en qualité de diacre, présentant au pape la patène et l'hostie et offrant le calice avec lui.

 

Le jour de Noël de l'an 800 ne vit pas se déployer tous ces rites splendides, qui ne se complétèrent qu'avec les années et les siècles. Léon III avait jusqu'au dernier moment tenu secret le projet grandiose qu'il méditait en son cœur. Mais ce n'en fut pas moins un des instants les plus solennels de l'Histoire, que celui où Rome, à la vue de la couronne d'or posée par son pontife au front d'un césar nouveau, fit retentir ses acclamations : « A Charles, très pieux auguste couronné de Dieu, au grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! ». Cette création d'un empire par la seule puissance et volonté du pontife suprême, en un tel jour, et pour le seul service des intérêts de l'Emmanuel, est bien le complément qu'attendait la naissance du Fils de Dieu. Quand reviendra l'auguste solennité, rappelons-nous l'œuvre de saint Léon III, et nous comprendrons mieux les touchantes antiennes par lesquelles l'Eglise ouvre la fête : « Le Roi pacifique a fait paraître sa grandeur ; il a montré sa gloire, ce Roi pacifique, au-dessus de tous les rois de la terre entière ». 

 

Nous  empruntons au Propre de la ville de Rome le récit de la vie du saint Pape. 

Léon, troisième du nom, naquit à Rome et eut pour père Asuppius. Il fut élevé dès son enfance dans les dépendances de l'Eglise patriarcale de Latran, et formé à toutes les sciences divines et ecclésiastiques. Moine de saint Benoit, puis prêtre cardinal, il fut enfin, d'un accord unanime, créé souverain pontife le jour-même de la mort d'Adrien, l'an sept cent quatre-vingt-quinze. Il occupa le siège vénéré de saint Pierre vingt ans, cinq mois et dix-sept jours.

Il fut dans le pontificat ce qu'il s'était montré avant son élévation, plein de bienveillance et de douceur , adonné à Dieu, charitable au prochain, prudent dans les affaires. Il fut le père des pauvres et des malades, le défenseur de l'Eglise, le promoteur du culte divin. Pour Jésus-Christ et l'Eglise son zèle entreprit les plus grandes choses, et sa patience supporta les dernières extrémités. Laissé à demi-mort par des impies, les yeux crevés, couvert de blessures, il se trouva guéri le lendemain par un insigne miracle ; ses prières obtinrent la vie aux parricides auteurs de l'attentat. Il déféra à Charlemagne roi des Francs l'Empire romain. Il construisit un vaste hospice pour les étrangers, et consacra aux pauvres son patrimoine avec d'autres biens. Les basiliques de Rome, surtout celle de Latran, dans le palais de laquelle il bâtit le triclinium célèbre entre tous, ces édifices sacrés et d'autres encore, furent comblés par lui de tant de richesses précieuses, qu'on peut à peine le croire. Enfin il couronna sa vie si pieuse par une sainte mort, la veille des ides de juin, l'an du Seigneur huit cent seize ; on l'ensevelit au Vatican.

Chargé par le lion de Juda d'achever sa victoire, vous avez, ô Léon, constitué son règne, proclamé son empire. Les apôtres avaient prêché, les martyrs versé leur sang, les confesseurs travaillé et souffert, pour le grand jour où il vous fut donné de couronner ce travail de huit siècles ; maintenant, et par vous, l'Homme-Dieu domine au sommet de l'édifice social, non seulement comme pontife en son vicaire, mais comme seigneur et roi dans son lieutenant, le défenseur armé de la sainte Eglise, le chef civil de la Chrétienté. Votre oeuvre durera autant que le Père souverain laissera la gloire de son Fils rayonner dans son plein éclat sur le monde. 

 

Après mille ans, quand la divine lumière sera devenue trop forte pour leurs yeux lassés et souillés, les hommes se détourneront de l'Eglise et renieront ses œuvres. Ils remplaceront Dieu par eux-mêmes, la puissance du Christ par la souveraineté populaire, les institutions nées du travail des siècles par l'instabilité de leurs chartes improvisées, l'union du passé par l'isolement des peuples et l'anarchie dans chaque nation ; dans ce siècle de ténèbres, ils nommeront lumières les utopies de leur cerveau affolé, ils appelleront progrès le retour au néant. Le Saint-Empire alors cessera d'être ; il ne sera plus, comme la Chrétienté, qu'un nom dans l'Histoire. Mais l'Histoire elle-même cessera bientôt ; car le monde approchera du terme de ses destinées.

 

Votre gloire sera grande dans les siècles des siècles, ô vous par qui l'éternelle Sagesse manifesta la grandeur de ses vues merveilleuses. Docile instrument de l'Esprit-Saint pour la glorification de notre Emmanuel, la fermeté n'eut d'égale en vous que la mansuétude ; et cette humble douceur attira sur vous, dans son œuvre de conquête, les regards de l'Agneau dominateur de la terre. Comme lui, sous les coups de la trahison, priant pour vos bourreaux, vous dûtes passer un jour par l'humiliation, par le broiement et l'angoisse de la mort ; mais c'est à cause de cela que vous furent données à distribuer les dépouilles des forts, et que, des siècles durant, la volonté du Seigneur s'exécuta par votre conduite, selon le plan que vous aviez tracé.

 

Même en nos temps indignes de vous, bénissez la terre. Fortifiez ceux que l'universelle apostasie n'a point encore ébranlés. Que du moins leur foi reste pleinement acquise au Christ. Eloignez d'eux avant tout la fatale erreur d'un libéralisme sans fondement dans l'Evangile et dans l'Histoire, et qui prétend rester chrétien en déniant au Fils de Dieu la reconnaissance de sa principauté sur toute chair. Quelle insulte au Père ! Quelle inintelligence de la divine Incarnation ! Mais, en même temps, quelle indélicatesse peut inspirer à ces hommes, qui se disent dévoués au Seigneur, le choix d'un tel moment pour formuler de pareils principes ? Etrange réparation au Cœur sacré pour la révolte des peuples !

 

Faites-leur comprendre, ô saint pontife, que le salut n'est point en de mensongers compromis avec les rebelles ; que le temps est proche où s'imposera le règne de Dieu, où le soulèvement des nations contre le Seigneur et contre son Christ tombera sous la moquerie de Celui qui habite dans les cieux. Personne alors ne contestera plus l'origine du pouvoir. Heureux, en ce jour de la vengeance, quiconque aura gardé au Roi le serment de son baptême ! Comme le prophète de Pathmos, ses fidèles le reconnaîtront facilement, quand le ciel s'ouvrira pour lui livrer passage, lorsqu'il viendra écraser les nations ; car toutes les couronnes du monde seront sur sa tête, et il portera écrit sur le vêtement de son humanité : Roi des rois, et Seigneur des seigneurs.


13/06/2016
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27e anniversaire de trépas d'Alphonse II


27e anniversaire du trépas du roi 
Alphonse II


Prince Alphonse de Bourbon duc d'Anjou
 
Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon, duc d’Anjou et de Cadix (1936 -1989)
 
De profundis clamavi ad te, Domine, Domine, exaudi vocem meam.
Fiant aures tuæ intendentes in vocem deprecationis meæ.
Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sustinebit ?
Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuam sustinui te, Domine.
Sustinuit anima mea in verbo ejus, speravit anima mea in Domino.
A custodia matutina usque ad noctem, speret Israël in Domino.
Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio.
Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus.
Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis.
 
V/ A porta inferi.
R/ Erue, Domine, animam ejus.
 
V/ Requiescat in pace. R/ Amen.
 
V/ Domine exaudi orationem meam.
R/ Et clamor ad Te veniat.
 
Oremus.

 

Deus, cui próprium est miseréri semper et párcere, te súpplices exorámus pro anima fámuli tui regis Alphonsi, quam hodie de hoc sǽculo migráre iussísti : ut non tradas eam in manus inimíci, neque obliviscáris in finem, sed iúbeas eam a sanctis Angelis súscipi, et ad pátriam paradísi perdúci ; ut quia in te sperávit et crédidit, non pœnas inférni sustíneat, sed gáudia ætérna possídeat. Per Christum Dóminum nostrum. R/ Amen.



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Témoignage du baron Pinoteau 

 

"Jean Auguy m'a demandé quelques lignes sur celui qui fut en quelque sorte, et durant vingt-six ans, mon patron. Agé de vingt-six ans lorsque j'entrais à son service, le prince Alphonse est mort à cinquante-deux ans, ce qui veut dire qu'il m'eut durant la moitié de sa vie à ses côtés pour le faire connaître aux Français. On peut ainsi facilement imaginer que j'ai quelque connaissance de mon sujet, si j'ose dire, car il est bien évident que c'était moi son sujet

 

 

Le fil de la Parque fut un mince câble tendu par des [...] Américains au bas d'une piste neigeuse que le prince Alphonse inspectait pour le compte des organisateurs de championnats internationaux de ski alpin à Beaver Creek (ville d'Avon, comté d'Eagle, état du Colorado, Etats-Unis d'Amérique). Plusieurs fois champion de ce sport (le nombre des coupes que l'on peut découvrir chez lui est véritablement ahurissant), le Prince en était aussi un important responsable et l'on sait qu'il fut le rapporteur (ô combien favorable!) pour l'attribution des jeux olympiques d'hiver à notre Albertville.Il n'est pas inutile de savoir que la piste en question était dangereuse et qu'elle avait déjà causé la mort de plusieurs skieurs, étant mal balisée. L'accident eut lieu à 16 h 30 (heure locale) le 30 janvier 1989. Averti trop tard par un autre champion qui descendait à côté de lui et qui put éviter le câble, le Prince prit celui-ci en pleine poitrine : ce câble était tendu pour indiquer une nouvelle fin de piste, rendant celle-ci plus courte avant une nouvelle compétition. Cet instrument du destin devait d'ailleurs supporter une pancarte publicitaire... Ce fut donc une question de manque de coordination qui est responsable de l'accident. Sous le choc, le câble glissa vers le haut et trancha la gorge du Prince. L'organisation américaine fut d'ailleurs si lamentable que le corps fut laissé sur place, dans la neige, durant trois quarts d'heure, avant d'être transporté au Tomford Mortuary d'Idaho Springs, dans le même état, où une longue autopsie fut pratiquée. Le chef de la police locale avait tout d'abord déclaré, pour sauver la face, que le Prince pouvait avoir de l'alcool ou de la drogue dans le sang ! De nombreuses pages d'analyses prouvent amplement qu'il n'en était évidemment rien !

 
C'est au coeur de la nuit européenne que S.M. le roi d'Espagne eut à téléphoner la nouvelle à S.A.R. le prince Gonzalve, frère du défunt et que fut ainsi avertie la mère qui réside à Rome, Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie, née Emmanuelle de Dampierre.
 
Dès l'aube, tant en Espagne qu'en France et dans de nombreux pays, tout le monde savait par la télévision, la radio et la presse ce qui était arrivé, ce qui fut d'ailleurs l'occasion du dessin d'un atroce mauvais goût passé sur le petit écran. Pour beaucoup, même les plus humbles, ce fut un choc "comme si on avait perdu quelqu'un de la famille" et un de mes amis de la Bibliothèque nationale entendit le matin-même dans un bistrot quelqu'un dire froidement : "Le roi est mort".
 
S.M. le roi d'Espagne envoya un avion militaire pour ramener le corps et l'on sait que les Américains (qui avaient pris quelques mesures de deuil éphémère à Beaver Creek), furent finalement soulagés de voir partir le corps après avoir fait cadeau d'un drapeau espagnol pour déposer sur le cercueil. C'est ainsi que fut ramenée d'urgence la dépouille mortelle du pauvre Prince, accompagnée en ce navrant voyage par S.A.R. Mgr le prince Gonzalve et le marquis de Villaverde, respectivement frère et [...] beau-père du défunt. A l'arrivée sur une base militaire espagnole, il fut évidemment tout naturel pour Mgr Gonzalve de mettre le drapeau de sang et or sur son cercueil. Entre-temps, les officiels avaient recherché en hâte un lieu d'inhumation, alors que "don Jaime" est pour quelques années dans le "pudridero" de San-Lorenzo de l'Escorial et que le petit prince François est inhumé au cimetière du Pardo. Les Français n'ayant aucune solution pratique immédiate, les Espagnols décidèrent avec raison que la dépouille du Prince serait déposée dans l'église du monastère des Clarisses royales de Madrid, autrement dit Las Descalzas (déchaussées) reales. Il s'agit là, en effet, d'une fondation royale datant de la Maison d'Autriche et qui fait partie du patrimoine national. Eglise et monastère sont remarquablement entretenus et visités par un grand nombre de touristes.
 
C'est là, le 2 février, qu'eurent lieu à la hâte, selon les moeurs espagnoles, les funérailles du chef de la Maison de Bourbon. La Messe chantée commença à 11 h 30. Le cercueil de bois noir n'était accompagné d'aucun insigne pour ne froisser, paraît-il, aucune susceptibilité ! Tout se déroula en présence de LL.MM. le roi et la reine d'Espagne, de leurs enfants, de LL.AA.RR. le comte et la comtesse de Barcelone, de tous les autres membres de la famille d'Espagne, de LL.AA.RR. le duc et la duchesse de Calabre (lui étant chef de la famille royale des Deux-Siciles), de S.M. le roi des Bulgares, de [Mgr] le prince Victor-Emmanuel, chef de la Maison de Savoie, etc. Le fils du défunt, Mgr le prince Louis-Alphonse, fort digne en sa grave jeunesse (il avait près de quinze ans), était accompagné de son oncle, Mgr le prince Gonzalve, et de sa grand-mère, Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie. Deux rangs derrière eux, des places étaient réservées aux comte et à la comtesse François de Bourbon-Busset, au duc de Bauffremont et à moi-même. Une douzaine de Français proches du défunt étaient aussi dans l'église. Faut-il préciser que la famille maternelle du jeune Prince était présente ?
 
Au bout d'une quarantaine de minutes tout était terminé, le cercueil étant placé sous une dalle de la chapelle de l'Immaculée Conception, la première près du choeur, sur la gauche. Des valets en livrée royale (tricolore et rehaussée de galons d'or, car venant de Philippe V) remplissaient le rôle d'employés des pompes funèbres.
 
Ce furent ensuite les condoléances, le départ des souverains, les Français en larmes près de la tombe pour entourer les trois princes de la branche aînée. M. l'abbé Christian-Philippe Chanut prit alors sur lui de faire une absoute en latin et en français pour bien montrer qui nous étions, puis fit chanter les acclamations carolingiennes "Ludovico christianissimo et excellentissimo capiti Domus regalis, vita et gloria !".
 
En fin d'après-midi, dans la maison du feu Prince, quelques Français pouvaient saluer le nouveau Prince auquel j'adressais la parole pour lui dire l'essentiel de ce que nous ressentions. Le duc de Bauffremont ajouta quelques mots ; choisi comme représentant par l'infant duc d'Anjou et de Ségovie en 1946-1947, il ne fit sa réapparition dans le dispositif légitimiste qu'en 1972, un quart de siècle après, lors du mariage du prince Alphonse.
 
Le lendemain matin, une messe dite par l'abbé Chanut fut célébrée à Las Delcalzas reales et une nouvelle absoute chantée devant la tombe environnée de fleurs (des dizaines de gerbes figuraient dans l'église). Avec quelques amis, je pus présenter mes respects à la Rme mère abbesse accompagnée d'une soeur : elles nous parlèrent derrière une grille toute de tradition, se déclarant émues et honorées d'avoir à être les gardiennes du corps d'un tel Prince.
 
Le soir, dans la belle église de San Jeronimo el Real (où se maria Alphonse XIII), une grand-messe publique eut lieu, dite par S.Exc.R. Mgr le nonce du pape. Des milliers de personnes étaient là, dont deux cents Français, certains venus en car de Toulouse. Le maire de Nice, président du conseil général des Alpes-Maritimes, M. Jacques Médecin, était représenté par Maître Henri-Charles Lambert, qui accomplissait déjà la même fonction aux obsèques du duc d'Anjou et de Ségovie à Lausanne en 1975. Le jeune Prince, portant une décoration miniature du Saint-Esprit à la boutonnière, était accompagné de son oncle et de sa grand-mère. S.A.R. l'infante Christine, comtesse Marone, avait une place spéciale, alors que S.Exc. le général-marquis de Mondejar, chef de la Maison de S.M. le roi d'Espagne, représentait son souverain. Je fus le Français qui l'accueillit sous le porche principal. Une bannière aux armes de France et un collier du Saint-Esprit ornaient la grille du choeur. La messe fut assez belle, le discours meilleur, mais le nonce qui officiait et qui parla ne prit pas la peine de saluer tous les Français présents, alors que des clercs de chez nous figuraient dans le choeur...
 
Il est certain que la grand-messe de Saint-Denis surpassa tous ces fastes madrilènes. On dit que six mille personnes furent présentes dans et hors la cathédrale-basilique où dormaient nos souverains. Une foule de fidèles resta debout dedans et dehors. Ce fut donc le 9 février qu'eut lieu cette émouvante cérémonie qui dura une heure trois quarts. Le catafalque violet fleurdelisé d'or, les six flambeaux d'argent ornés de panonceaux aux armes de France et le collier du Saint-Esprit donnaient l'indispensable signification au rassemblement de tant de personnes dont certaines, fort connues, ne pouvaient cacher leurs larmes.
 
Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie, S.A.R. Mgr le prince Gonzalve (notre duc d'Aquitaine portait une décoration miniature du Saint-Esprit) et S.A.I.R. l'archiduchesse Constance d'Autriche présidaient la cérémonie : le prince Alphonse, dont l'union avec Carmen Martinez-Bordiu avait été [déclarée nulle], allait en effet déclarer ses fiançailles avec cette petite-fille des derniers souverains de l'Autriche-Hongrie, et donc par l'impératrice-reine Zita de Bourbon-Parme, descendante de notre Charles X. Derrière eux, dans l'ordre de primogéniture, de nombreux Bourbons des Deux-Siciles et de Parme, le destin donnant la première place à S.A.R. Mgr le prince Ferdinand des Deux-Siciles, qui, comme duc de Castro (qu'il n'est pas) avait trouvé bon de venir plaider, en compagnie de S.A.R. Mgr le prince Sixte-Henri de Parme et de S.A.R. Mgr le prince Henri d'Orléans (pseudo-comte de Clermont) contre leur chef de Maison... Mais si les princes de Parme et d'Orléans ont eu la honte de persévérer dans leur action par un appel contre le prince Alphonse, le prince des Deux-Siciles avait abandonné cette folle entreprise et trouvé le chemin de Saint-Denis pour rendre hommage à la mémoire de son chef de Maison, ce qui est évidemment tout à son honneur.
 
 
Des archiducs d'Autriche, S.A.I. Mme la grande-duchesse héritière de Russie et d'autres princes étaient présents. Du côté gauche, le général d'armée de Galbert, gouverneur des Invalides, l'ambassadeur du Chili (M. Riesle est mari d'une archiduchesse soeur de la fiancée du feu Prince), S.M. l'empereur Bao-Daï (converti au catholicisme) et sa femme, Mme la duchesse de Castries, Mme Barre, le ministre Jean Foyer, avocat du feu Prince et d'autres grands noms étaient présents. Une délégation de l'Association de la noblesse française était là et une importante délégation de la Société des Cincinnati de France l'accompagnait avec son président le comte François de Castries, le vice-président marquis de Bouillé, le secrétaire général marquis de Bausset, etc., ainsi que M. Frederick L. Graham représentant du président général de toutes les sociétés des Cincinnati. Dans le choeur, le comte Stanislas de Follin portait le drapeau de la Société française des Cincinnati et la seule gerbe présente au pied du catafalque était celle de cette association dont le feu Prince était membre (comme représentant de Louis XVI). On pouvait voir aussi dans le choeur une importante délégation de chevaliers de Malte en coule noire, menée par le bailli-comte de Saint-Priest d'Urgel : ces chevaliers se placèrent de part et d'autre du catafalque lors de l'absoute ; le feu Prince était, en effet, chevalier d'honneur et dévotion de cet ordre.
 
La messe, chantée par le Choeur grégorien, fut de toute beauté. Le discours de l'officiant, l'abbé Chanut, fut de grande élévation et il montra à tous quelle fut la lente transformation du prince Alphonse au cours des âges et quelles furent ses dernières préoccupations. On chanta les acclamations carolingiennes et, après l'absoute, l'abbé Chanut proclama ce qui suit : "Que Dieu prenne en pitié l'âme du très-chrétien prince Alphonse II, par la grâce de Dieu, chef de la Maison de Bourbon, duc d'Anjou et de Cadix. Qu'il accorde joie, bonheur et prospérité au très-chrétien prince Louis XX, par la même grâce, chef de la Maison de Bourbon, duc d'Anjou et de Bourbon ! Que Dieu protège la France !".
 
La télévision française fut brève sur cette cérémonie, mais celle d'Espagne fut plus prolixe. Il est vrai que la presse française fut muette, ce qui laisse entendre bien des choses. Cependant, si la mort-même eut un retentissement universel, rien ne fut franchement désagréable pour les Bourbons, hors l'infâme Point de vue - Images du monde qui est champion toutes catégories dans sa désinformation habituelle (mais j'ai déjà fait condamner en justice cette revue et son Chaffanjon pour plagiats) et le fameux Monde qui eut l'ignominie de publier un texte papelard du pseudo-comte de Clermont, commentant à sa façon, dans la plus grande hypocrisie, le décès de son cousin, allant même jusqu'à s'inquiéter de l'avenir du jeune Prince, alors qu'il ne s'est guère inquiété de celui de ses propres enfants, ayant abandonné sa femme et leur progéniture ! Un article de M. Jean Foyer répliqua fermement dans le même quotidien.
 
Il n'est pas inutile que l'on sache que Point de vue - Images du monde, qui fait tout pour nuire aux Bourbons de la branche aînée dans son orléanisme forcené et hypocrite, a profité de la mort du prince pour ne pas publier la lettre que celui-ci lui avait envoyée en droit de réponse au sujet d'un lamentable article commentant le jugement de décembre 1988. On voit où en est tombé cet hebdomadaire qui fait trop illusion sur un certain public avide de nouvelles sur les Altesses !
 
Si le feu Prince fut Alphonse II du fait de son grand-père Alphonse XIII qui devint notre Alphonse Ier en 1936, lors de la mort du dernier "roi" carliste à Vienne, le nouveau Prince est Louis XX, nom déjà popularisé par un ouvrage de Thierry Ardisson. Chef de la plus ancienne dynastie de l'Occident, Mgr le prince Louis, nouveau duc d'Anjou, est un lycéen madrilène que le sort accable. Abandonné par sa mère alors qu'il avait quatre ans, perdant son frère aîné dans un accident d'automobile à l'âge de dix ans, il perd son père à près de quinze ans. C'est dire combien il lui faut un certain calme pour continuer des études qui sont bonnes. Il n'est pas inutile de préciser qu'il est héritier universel de son père et que sa grand-mère paternelle est usufruitière ; elle est assistée en Espagne par trois amis du feu Prince que les Français proches de celui-ci connaissent bien et apprécient.
 
Rédigé après l'accident de 1984 et en espagnol pour être exécuté en Espagne, le testament du prince Alphonse donne surtout des conseils à son fils : qu'il soit bon catholique, qu'il suive les traditions familiales qui font de lui le chef des Bourbons qui auront mille ans dans trois ans, qu'il suive de près les conseils des légitimistes français qui ont le plus travaillé à la cause, qu'il les apprécie avec la même amitié et affection, et qu'il garde finalement le souvenir de son frère aîné... Bref, pas un mot sur l'Espagne !
 
Il n'est pas inutile non plus de préciser que l'enveloppe qui contenait le testament orthographe du prince Alphonse avait aussi un exemplaire du règlement du Conseil français créé le 11 juillet 1984 pour assurer, en particulier, la continuité dynastique en cas de son décès. On trouve dans cet organisme les trois princes de la branche aînée et moi-même comme chancelier du chef de Maison (charge qui est mienne depuis 1969) ainsi que plusieurs autres Français : le duc de Bauffremont, le vicomte Yves de Pontfarcy, Maître Renaud Vercken de Vreuschmen et le comte Jacques de Pontac. Des membres associés ont été adjoints depuis lors.
 
Le conseil de Mgr le duc d'Anjou et le secrétariat de ce Prince (il comprend déjà vingt-cinq personnes) assurent donc la continuité, alors même que la Société des amis du secrétariat de Mgr le duc d'Anjou (S.A.S.D.A., 10 av. Alphonse XIII, 75016 Paris) veille sur les questions financières. Association de la loi de 1901, l'Institut de la maison de Bourbon se doit de continuer son oeuvre culturelle.
 
Le roi est mort, vive le roi ! dit un vieil adage de chez nous. A travers les épreuves, la légitimité continue, que cela plaise ou non. Certes, on peut trouver bizarres les accidents de 1984 et de 1989, mais l'esprit malin est capable de se débrouiller pour engendrer des catastrophes qui sont finalement permises par Dieu. A la veille de sa décapitation, l'ancien chevalier d'Angleterre, qui allait devenir saint Thomas More, écrivait à sa fille préférée, Marguerite. Ce martyr de la foi lui disait : "Aie bon courage, ma fille, ne te fais aucun souci pour moi. Rien ne peut arriver que Dieu ne l'ait voulu. Or, tout ce qu'Il veut, si mauvais que celui puisse nous paraître, est cependant ce qu'il y a de meilleur pour nous".

Ces paroles de 1535 baliseront le cours de nos pensées et de nos prières. Car il n'est pas question de faire du feu Prince un saint de vitrail. Il avait ses qualités, manifestes, et aussi ses défauts. Nous nous devons de prier pour lui afin que Dieu l'ait bien vite en Son paradis.
 
Grand sportif, financier remarquable (ses affaires marchaient fort bien), cultivé et courtois, le prince Alphonse avait eu une existence difficile. Né à Rome d'un infant sourd-muet (Jacques-Henri VI duc d'Anjou et de Ségovie) et d'une Française, le Prince avait ainsi deux nationalités, l'espagnole et la française, l'une et l'autre consacrées par des papiers en règle. Etudiant en français et en italien à Rome et en Suisse, il fut appelé en Espagne à l'âge de dix-huit ans, et passa ses premiers examens de droit avec un dictionnaire car il ignorait finalement le castillan ! Fils d'un couple rapidement disjoint, ses père et mère s'étant remariés, il bénéficia, avec son frère cadet, de la bienveillance de leur chère grand-mère, la reine Victoire-Eugénie qui résidait à Lausanne (à l'époque de l'agonie de cette souveraine, donc en 1969, les deux frères étaient en cette ville et je pus les emmener au congrès de l'Office international). On ne reviendra pas ici sur la carrière bancaire, diplomatique et autre du feu Prince, mais je tenais à dire qu'il eut sa première cérémonie publique en France. C'était en 1956, lorsqu'il accompagna son père à Saint-Denis pour la remise d'un nouveau reliquaire de saint Louis à la basilique. Rares furent les articles qui signalèrent leur présence en tête des Capétiens !
 
Depuis 1955, j'étais entré en correspondance avec celui qu'on nommait alors le jeune Prince. Je fis sa connaissance en 1956 et en 1958. Après les navrants événements d'Algérie, mon meilleur ami, le comte Pierre de La Forest Divonne (+1983) et moi-même, pensâmes qu'il fallait renforcer l'action légitimiste alors que toutes les forces en faveur des Bourbons étaient faibles et se déchiraient autour de l'infant duc d'Anjou, d'ailleurs empêtré dans les séquelles de son mariage civil avec une navrante chanteuse allemande. La Forest Divonne et moi nous rendîmes à Madrid et le 30 juin 1962 nous devînmes ainsi les secrétaires de S.A.R. Mgr le duc de Bourbon, titre porté par le prince Alphonse. Le secrétariat fut longtemps sans faste, son maître étant fort occupé et même lointain quand il fut ambassadeur en Suède, mais je tiens à souligner que nous avions pour ainsi dire toujours son numéro de téléphone pour le joindre rapidement. Accablés par les seules manifestations légitimistes d'alors (les messes de Louis XVI !), nous entreprîmes un cocktail au Crillon le 18 juin 1965 pour présenter le duc de Bourbon. 850 personnes vinrent sur les 1500 invités, et de toutes les couches de la société. C'était la première fête de la Légitimité depuis environ 1895 !
 
La Forest Divonne et moi fûmes aussi près de l'infant-duc de 1967 à sa mort en 1975. On aurait d'ailleurs tort de minimiser les actes français de ce chef de Maison qui signa les textes tout à fait contre-révolutionnaires : l'original de l'un d'eux, dit "message du mont des Alouettes" est déposé chez Jacques Meunier, car "don Jaime" visita Chiré et présida un important dîner de fidèles chez cet ami en novembre 1972. Pour l'Algérie française en 1959, contre l'avortement en 1973, l'infant-duc manifesta toujours qu'il faisait finalement confiance à ceux qui se battaient pour les meilleures causes.
 
Après la mort accidentelle de son père, le prince Alphonse releva le titre de duc d'Anjou. On sait qu'il avait reconnu le processus d'instauration de la monarchie en Espagne et qu'il le fit accepter par son père. Se considérant comme membre de la famille royale espagnole, il se disait dynaste à Madrid, le mariage de son père n'ayant pas, selon lui, la possibilité de l'exclure de la succession. Il est vrai que le roi Alphonse XIII mena lui-même Emmanuelle de Dampierre à l'autel, ce qui montrait à tous que c'était en Espagne un mariage autorisé. Mais l'infant-duc avait renoncé à l'Espagne en 1933 du fait de son infirmité... acte non ratifié par les Cortès, ce pays étant d'ailleurs en république.
 
Quoiqu'il en soit, le nouveau duc d'Anjou, duc de Cadix Outre-Pyrénées, fut véritablement saisi par les conséquences de la coutume successorale française. J'ai vu cet homme se transformer et en arriver à admettre que son destin ne pouvait être que français. Tout le problème était de lui trouver des ressources en France, une situation et le reste. Les solutions arrivaient. Dieu en a disposé autrement.
 
Les festivités du Millénaire capétien furent l'occasion d'une révélation pour le duc d'Anjou. En 1987, il fut invité par plus de soixante villes de France. Maire d'honneur de Jonage (Rhône) et citoyen d'honneur d'une dizaine d'autres villes, le duc d'Anjou fut admirablement reçu par de nombreux chefs d'entreprises et des hommes politiques de tous horizons. Régions et départements se mirent de la partie. De l'école de Sorèze à la tombe de Chateaubriand, de l'église des Lucs et du Puy-du-Fou (deux fois visité) à Metz et à la saline d'Arc-et-Senans, d'Aigues-Mortes à Dunkerque et Bouvines, de Bordeaux à Lyon (plusieurs fois visitée), de Toulouse (plusieurs fois visitée) à Senlis, de Livron à Chartres, le prince Alphonse décrypta la France. On lui expliqua les industries prestigieuses du pays et, en 1988, il prît le bâton de pèlerin sur la route qui mène vers les flèches de la cathédrale, émergeant de l'horizon beauceron. Discrètement, Jacques Danjou, tel fut son incognito, pèlerina sur des dizaines de kilomètres en compagnie du Centre Charlier, marchant difficilement à la suite de son accident de 1984 et, rude épreuve pour lui, resta debout durant deux heures, lors de la grand-messe finale qui eut lieu devant la cathédrale. Je lui avais fait lire deux des principaux poèmes de Péguy dans un exemplaire de la "Pléiade" que j'avais emporté et je sais combien le Prince fut attentif à tous les détails de cette manifestation, remarquant parfois, au passage, les caractéristiques de certaines bannières fleurdelisées... Ce fut pour lui une belle initiation mariale et je me souviens qu'il tint, lors d'un rapide voyage dans le Sud-Ouest, à passer par la grotte de Lourdes qu'il ne connaissait pas : on gelait, le vent éteignait tous les cierges et la neige fondu tombait, ce qui ne gênait en rien un Prince ami des sports d'hiver ! (Son frère vient à Lourdes depuis vingt-cinq ans, à la suite d'un voeu et comme brancardier d'un pèlerinage espagnol). Au Barroux, à Fourvière, à Solesmes, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, à Cléry, à Cotignac, à Frigolet, à Saint-Martin-de-Tours, à Reims... dans cent églises de France j'ai vu un Prince finalement pieux, brûlant des cierges, souvent seul dans le choeur pour écouter une messe, parfois trop recyclée pour lui qui n'aimer prier qu'en latin. Il ne se sentait point intégriste, mais aimait la tradition et on peut dire que presque toutes les messes dites sous son autorité ou celles de ses collaborateurs étaient de saint Pie V. On le vit à Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour les obsèques du père de notre ami Guy Augé. Au fond, cet homme était habitué aux grands de ce monde et n'était pas fait pour de petites chapelles. La plupart des souverains et chefs de Maisons autrefois souveraines étaient ses parents (ne serait-ce que par la reine Victoria sa trisaïeule !) et il avait rencontré de très nombreux dirigeants de tous les pays, tout particulièrement en Amérique latine. Ce Prince était destiné à parler aux cardinaux et il le faisait. On dira plus tard ce qui s'est passé en 1988.
 
Plus le temps passait et plus le Prince souffrait des commémorations révolutionnaires à venir. Il admettait qu'il y avait beaucoup de choses à modifier en 1789 et son oncle Henri V pensait de même, mais il n'admettait pas qu'on ait tué deux millions de personnes pour réorganiser la France et fonder le système métrique qui serait d'ailleurs un jour ou l'autre arrivé, Louis XVI régnant. Il le disait et redisait : de Saint-Just et Robespierre à Pol Pot en passant par Lénine, Staline, Mao, Hitler et Castro, la Révolution universelle avait causé des désastres sans nom. Le Prince parlait de Dieu, de la loi naturelle (le Décalogue) et de la loi surnaturelle (l'Evangile) ; il évoquait la tradition des rois très-chrétiens et les vieilles recettes qui avaient fait de la France le premier pays de l'Occident.
 
 
 

Son prochain établissement en France, ses fiançailles avec une toute charmante archiduchesse, la progressive emprise sur lui de la tradition de ses aïeux, tout faisait en cet homme une alchimie profonde. Pour dire bref, il y croyait, alors qu'il avait été si longtemps réticent, encore que bienveillant, devant les actions de ses amis. Jusqu'au bout, on peut même dire jusqu'en haut de la piste fatale, car il parla en anglais à un journaliste qui transcrivit heureusement ses paroles, le Prince déclara que la Couronne de France devait lui revenir, qu'il était prêt à l'accepter et que ce serait pour lui un grand honneur.
 
Critiqué et fortement incompris en Espagne, il voyait bien que la France lui ouvrait ses bras. Il jubilait en signant sa carte d'identité et son passeport français, téléphonant immédiatement à des amis pour leur annoncer cette nouvelle : cela je l'ai vu. Le jugement de décembre 1988, dû à la justesse de sa cause et au talent de M. le ministre Jean Foyer, fut aussi une grande joie.
 
Pour lui, Paris était le destin : nombreux étaient les hommes politiques au plus haut niveau qui étaient aimables avec lui. Le Prince était d'ailleurs en contact avec des célébrités du monde financier. Je sais qu'il se flattait de connaître des historiens et des juristes de la plus grande qualité. Certains d'entre eux pleuraient dans Saint-Denis...
Allions-nous trop vite dans cette montée ? Dieu n'a-t-il pas voulu que la progression soit plus calme, la France n'étant pas encore mûre pour de grands changements ? Le Prince le disait souvent : nous sommes en république et les Français s'en accommodent pour l'heure. Dieu nous fera sans doute comprendre un jour le pourquoi de toutes choses, y compris les plus crucifiantes. La France doit passer par l'épreuve de la Croix pour ressusciter, mais l'oeuvre d'un tel Prince est-elle perdue ? Je ne le crois pas et notre acquis est immense. Il aura montré à tous que l'on pense encore chez les aînés des Bourbons à la monarchie très-chrétienne.
 
Il faudrait lire les signes et les interpréter. En 1988, le prince Alphonse avait tenu à recevoir son fils chevalier des Ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit : en l'adoubant et en lui posant le collier du Saint-Esprit sur les épaules, le Prince accomplissait un geste de transmission de tradition. Mais en 1987, chez les Soeurs de Baugé, en Maine-et-Loire, lorsque la fameuse Croix d'Anjou fut sortie de sa vitrine de sécurité, il baisa cette insigne relique taillée, paraît-il, dans le bois de la Vraie Croix et environnée de joyaux par les soins de Louis Ier de France, duc d'Anjou, à la fin du XIVe siècle ; il présenta ensuite cette croix à la vénération de ses proches amis puis aux photographes et aux gens de la télévision allemande qui nous suivaient à la trace. 1987 fut donc la brillante commémoration du Millénaire capétien (qu'on se souvienne des cris de "Vive le roi !" lors de la soirée de Saumur le 3 juillet et de la magnifique grand-messe en la primatiale Saint-Jean de Lyon !), mais ce fut aussi cette année-là que le roi de droit nous montra la Croix.


En 1988, le Prince signa des textes magnifiques pour commémorer le 350e anniversaire de la consécration de la France à la Vierge par Louis XIII et il participa en août à la procession commémorative d'Abbeville. En 1989, le Prince avait enfin compris (je dis enfin, car je lui en parlais depuis 1958) qu'il fallait faire quelque chose pour la commémoration du troisième centenaire du message du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie. L'abbé Chanut en a parlé lors de la Messe de Saint-Denis.
 
Longtemps réticent devant toutes les difficultés qu'il imaginait autour d'un Etat restitué à Dieu, le prince Alphonse avait devant les yeux le médiocre résultat apparent de l'Espagne consacrée au Sacré-Coeur par son grand-père Alphonse XIII et Francisco Franco... Il détestait de plus les perpétuelles leçons que lui infligeaient les sacliéristes dans leur feuille et avait été fortement blessé et scandalisé par les paroles publiques de leur chef de file, assurant qu'il avait perdu son fils en ne consacrant pas la France !
 
Pauvre Prince ! Il ne pouvait évidemment consacrer la France qui ne lui appartenait pas et nous étions quelques-uns à nous interroger sur l'acte à faire, mais Paray-le-Monial était sur notre chemin en 1989. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est la lecture d'un long article d'un Chrétien de gauche, Stanislas Fumet, qui le fit réfléchir sur les conséquences du mépris de la France pour le Sacré-Coeur (cf. Le Coeur, Etudes carmélitaines, 1950, p. 355-378 : "Prophétisme du Sacré-Coeur"). Quel chemin parcouru depuis notre montée au Sacré-Coeur de Montmartre au début de décembre 1962, en compagnie de La Forest Divonne, de Christian Papet-Vauban, de Guy Augé, de Marc Winckler et d'autres amis désireux d'entourer "l'héritier des siècles" !
 
Nous avons remarqué que le maître-autel de la chapelle des Delcalzas reales est entouré de deux grandes statues : le Christ et sa Mère qui montrent leur coeur, et il nous a semblé qu'il y avait là un signe. Les Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie veillent sur un Prince de bonne volonté.
 
Il nous reste maintenant à continuer, à dire le droit, à montrer l'excellence de la monarchie très-chrétienne, à aider autant que faire se peut le fils du défunt et à beaucoup prier, pour Alphonse II, pour Louis XX, pour la Princesse Emmanuelle et son fils cadet, le prince Gonzalve, duc d'Aquitaine, qui sont en si grand deuil.
 
Que Dieu protège la France et les aînés de l'auguste famille de ses rois !"

Hervé Pinoteau (1989)
 
 

L'hommage du Maître-Chat il y a deux ans, pour le quart de siècle du trépas d'Alphonse II :

A NOTRE REGRETTÉ PRINCE ALPHONSE.

1989 – 30 janvier – 2014

Armes de France

Le vingt-cinquième anniversaire de la mort « accidentelle » de notre regretté Prince Alphonse de Bourbon, de jure Roi Alphonse II de France, est l’occasion de relire certains beaux témoignages qui lui ont été rendus.
Cette publication permettra à nos amis, grâce aux liens que nous plaçons ci-dessous, de s’y reporter :
1) le blogue du Cercle Légitimiste de Lorraine Robert de Baudricourt, reproduit ainsi un témoignage de Monsieur le duc de Baufremont, rédigé à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort du Prince, et une lettre-préface de feue Madame la duchesse de Ségovie rédigée quelques semaines après le tragique accident qui causa la mort de son fils. C’est à lire ici www .
La Province Légitimiste de Provence reproduit également cette lettre-préface de Madame la duchesse de Ségovie en publiant en outre un résumé rappelant les circonstances de la mort du Prince, ses funérailles et en publiant la photo de sa sépulture > www.
2) Le témoignage, déjà ancien, du Baron Pinoteau, intitulé : « Le Prince que j’ai servi », est toujours intéressant à relire. Ici > www.
3) Différent et beaucoup plus court, le texte d’hommage de Jean Raspail peut également être lu ici > www.
4) Et puis il y a ce toujours très émouvant enregistrement de l’oraison funèbre que feu Monsieur l’Abbé Chanut - aumônier du Prince retourné à Dieu l’été dernier –  prononça lors de la Sainte Messe de Requiem célébrée en la basilique nécropole royale de Saint-Denys le 9 février 1989,  dans laquelle il dévoile le dessein qu’avait formé Monseigneur le Prince Alphonse de consacrer sa personne, sa famille et la France au Sacré-Coeur de Jésus > www.
Terminons cette évocation dans le recueillement, en nous laissant porter dans la prière de l’introït du « Requiem des Roys de France » d’Eustache du Caurroy (1549-1609) :
 
 
Note : la « Missa pro defunctis » à cinq voix de du Caurroy, composée en 1606, fut chantée aux funérailles de Sa Majesté le Roi Henry IV en 1610, et par la suite, selon le chanoine et musicologue Sébastien de Brossard, elle aurait été interprêtée aux funérailles royales au cours des deux siècles qui suivirent, d’où son surnom qui lui est resté attaché.

29/01/2016
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Tricentenaire de la mort de Louis XIV

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Chambre funèbre de Louis XIV.

 

Oraison funèbre de Louis le Grand

 prononcée le dimanche 6 septembre A.D. 2015

en l'église du Sacré-Cœur de Moulins

par M. le chanoine Frédéric-Pie Goupil

 


 

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Reconstitution du catafalque de Louis XIV au palais de Versailles (exposition "Le Roi est mort").

 

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Catafalque pour Louis XIV en l'église du Sacré-Coeur de Moulins.

 

Catafaque de Louis XIV.PNG

Catafalque de Louis le Grand.

 

« Mille autres à l’envi peindront ce grand courage,

Ce grand art de régner qui te suit en tous lieux :

Je leur en laisse entre eux disputer l’avantage

Et [n’]en veux qu’admirer en toi le don de Dieu ».

Ainsi s’exprimait Corneille (en 1672), s’adressant à Louis le Grand.

 

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Louis XIV enfant et sa mère, Anne d'Autriche.

 

Exposé au jugement de l’Histoire, vous restez, ô grand Roi, aux yeux de nos ancêtres comme de la postérité, Louis-Dieudonné, pour votre naissance inespérée mais tant désirée par tout un peuple, après vingt-deux ans de stérilité du couple royal. L’annonce de votre naissance provoqua une liesse inexprimable jusqu’aux confins du Royaume, et toutes nos églises et cathédrales résonnèrent sans fin de Te Deum. « Un roi vous est né, un fils vous est donné », pour de grandes choses : vous serez bientôt le Roi magnifique, le Roi-Soleil : non le monarque orgueilleux et égoïste que l’on nous dépend trop souvent, mais le Roi conscient de sa mission de représentant de Dieu, vous qui écriviez à votre fils : « Notre soumission pour Celui Dont nous ne sommes que les lieutenants est la règle et l’exemple de celle qui nous est due ».

 

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Chapelle du Val-de-Grâce à Paris.

 

Élevé par une pieuse mère qui construira le Val-de-Grâce et inaugurera l’Adoration perpétuelle chez les Bénédictines de la rue du Bac, assistant à la Messe chaque jour, voire plusieurs fois par jour, vous construirez ce joyau qu’est la Chapelle royale de Versailles, couronnement et parachèvement de votre palais, où vous passerez des milliers d’heures (l’historien recense trente mille messes au cours de votre longue vie). Cette chapelle qui reste véritablement à nos yeux votre « testament, mûrement réfléchi et achevé à force d’opiniâtreté. Elle est l’image, inscrite dans la pierre, de la religion royale ». 

 

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Chapelle royale du palais de Versailles.

 

Grand mécène, et nouveau David, vous donnâtes à la musique sacrée un essor sans précédent, offrant à l’Église cette nouveauté des messes basses avec motets versaillais. Vous fûtes comme lui un grand roi liturge. Un grand roi soucieux également d’extirper l’hérésie, conformément aux promesses de votre sacre, en bannissant la Prétendue Réforme et en essayant d’annihiler le jansénisme, qui sera l’un des ferments d’une prochaine Révolution.

 

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Louis XIV en tenue de sacre, par Henri Testelin (1648).

 

Le visiteur notait votre extrême dévotion ; le marquis de Sourches, « une grâce que personne ne pouvait imiter, qui n’appartenait qu’à [vous] seul ». La représentation, qui était inhérente à votre fonction, vous faisait laver chaque Jeudi-Saint les pieds à treize pauvres enfants : vous commençâtes le plus sérieusement du monde cette auguste fonction, propre d’habitude aux évêques, à l’âge de quatre ans. A quinze ans, vous fûtes sacré, très digne tout au long d’une cérémonie de six heures. Exemplaire, vous tenterez de l’être toujours, esclave du devoir d’état et victime pour le Bien commun.

 

Lorsque vous prendrez vous-même en main le gouvernement du Royaume, votre premier acte public sera de consacrer la France à saint Joseph ; vous obtiendrez entre autres la libération de saint Claude de La Colombière, prisonnier en Angleterre ; et chef des armées, ce ne sont pas moins que les Invalides que vous consacrerez à vos soldats blessés et infirmes, vous le père de vos sujets. Vous décréterez aussi – qui le sait ? – l’instruction obligatoire.

 

Le Seigneur vous donna à la France pour de grandes choses, pour une vocation sublime. Récupérant une France défaite après les troubles de la Fronde, vous en fîtes le chef d’orchestre de l’Europe d’alors, tant pour l’art que la langue, l’armée et la diplomatie, ce qui fera dire à Jacques Bainville (en 1924) : « Versailles symbolise une civilisation qui a été pendant de longues années la civilisation européenne, notre avance sur les autres pays étant considérable et notre prestige politique aidant à répandre notre langue et nos arts. Les générations suivantes hériteront du capital matériel et moral qui a été amassé alors, la Révolution en héritera elle-même et trouvera encore une Europe qu’un homme du XVIIIe siècle, un étranger, l’Italien Caraccioli, appelait “l’Europe française” ».

 

Louis XIV.é.jpg

Statue équestre de Louis XIV, à Versailles.

 

Vous avez sincèrement recherché la gloire de votre Royaume, mais celle de la Chrétienté passe d’abord, ou plutôt la gloire de votre Royaume passe par celle de la Chrétienté : or, vos contingents envoyés sauver Vienne des Turcs furent bien symboliques. De même, alors que vous vous rangiez moralement, la lutte avec le Saint-Siège n’obtint pas sur notre Patrie de bénédictions… Vous aviez pour mission d’être le nouveau Salomon. Hélas, comme lui, la passion féminine vous détourna.

 

Avec une audace jusqu’ici inconnue, l’Aigle de Meaux vous interpella : « Sire, que vous servira d’avoir porté à un si haut point la gloire de Votre France, de l’avoir rendue puissante par terre et par mer et d’avoir fait par vos armes et par vos conseils que le plus célèbre, le plus ancien, le plus noble royaume de l’univers soit aussi en toutes manières le plus redoutable ; si après avoir rempli tout le monde de votre nom et toutes les histoires de vos [hauts] faits, vous ne travaillez pas encore à des œuvres qui soient comptées devant Dieu et qui méritent d’être écrites au Livre de vie ? ». A genoux à chaque Messe devant votre Dieu, vous, le grand Roi de France et le plus grand roi du monde, vous laissiez les Bossuet, les Fléchier, les Gaillard, les Bourdaloue (que vous affectionniez particulièrement) accomplir comme Jean-Baptiste leur mission de vous rappeler la loi de Dieu. « Quel chef d’État, quel ministre, quel particulier, demandait Alfred Baudrillart, supporterait aujourd’hui de tels avertissements publics ? ».

 

Vos écarts, graves en soi et par votre dignité, scandaleux, nécessitèrent de grands efforts de conversion, qui demandèrent du temps mais obtinrent finalement votre retour à l’état de grâce, par les soins de Madame de Maintenon notamment, ce qui permit du même coup et de recevoir à nouveau le Corps de votre Dieu, et de guérir vos pauvres sujets scrofuleux.

 

Nous appelons tous la France la Fille aînée de l’Église. Ce titre est en fait celui de son roi, le Fils aîné de l’Église, et Notre Seigneur alla encore plus loin, en apparaissant à sainte Marguerite-Marie Alacoque : qui le rappelle de nos jours ? Il vous appela le « Fils aîné de Son Sacré-Cœur » : qui eut jamais droit à un tel honneur, sinon vous, fils de saint Louis, ô grand Louis XIV ?!

 

Et je suis d’autant plus heureux célébrer votre mémoire que nous sommes réunis aujourd’hui en la fille aînée du Sacré-Cœur, la première église de France à Lui consacrée. Et nous savons que votre petit-fils fera édifier un autel à la chapelle de Versailles en l’honneur de cette dévotion.

 

Que vous demandait le Christ-Roi ? Ce n’était pas bien compliqué : consacrer la France à Son Sacré-Cœur. « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Cœur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à Mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la Sainte Église ».

 

Bien qu’ayant un confesseur jésuite, le fameux P. de La Chaize, vous ne le fîtes pas, de même que depuis cent ans, les souverains pontifes se refusent à consacrer la Russie au Cœur immaculé de Marie : et nous n’en voyons à chaque fois que trop les horribles conséquences ! Alors que ce que demande le Ciel est si simple à accomplir, comme pour Naaman le Syrien.

 

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Apparition de N.S. J.-C. à sainte Marguerite-Marie, à Paray.

 

« Le Père éternel […], affirmait sainte Marguerite-Marie, veut établir Son empire dans le Cœur de notre grand monarque, duquel Il Se veut servir pour l’exécution de ce dessein qu’Il désire voir s’accomplir en cette manière, qui est de faire faire un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la Cour.

 

De plus, ce divin Cœur se veut rendre protecteur et défenseur de sa sacrée personne, contre tous ses ennemis visibles et invisibles, dont Il le veut défendre, et mettre son salut en assurance par ce moyen ; c’est pourquoi Il l’a choisi comme Son fidèle ami pour faire autoriser la Messe en son honneur par le Saint-Siège apostolique, et en obtenir tous les autres privilèges qui doivent accompagner la dévotion de ce Sacré Cœur, par laquelle Il lui veut départir les trésors de Ses grâces de sanctification et de salut, en répandant avec abondance Ses bénédictions sur toutes ses entreprises, qu’Il fera réussir à Sa gloire, et donnant un heureux succès à ses armes, pour le faire triompher de la malice de ses ennemis.

 

Heureux donc qu’il sera, s’il prend goût à cette dévotion, qui lui établira un règne éternel d’honneur et de gloire dans ce Sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lequel prendra soin de l’élever et le rendre grand dans le Ciel devant Dieu Son Père, autant que ce grand monarque en prendra de relever devant les hommes les opprobres et anéantissements que ce divin Cœur y a soufferts ; qui sera en Lui rendant et Lui procurant les honneurs, l’amour et la gloire qu’Il en attend » (28 août 1689).

 

Notre reine Marie Leszczinsca fera approuver par Rome, 50 ans après votre trépas, la Messe du Sacré-Cœur (fête instituée et accordée à la Pologne par Clément XIII le 6 février, est étendue à tous les diocèses de France le 17 juillet), et cette consécration de la France au Sacré-Cœur, votre descendant Louis XVI la fera entre les mains du bienheureux Père Hébert (21 juillet 1792), mais trop tard, prisonnier au Temple.

 

Le Seigneur vous avait donné, ô Louis, une mission, et si nous devons encore prier pour vous, c’est qu’elle n’est toujours pas accomplie à ce jour.

 

A ceux qui contestent le bien-fondé de ces révélations de 1689, je les renvoie aux paroles de Notre-Seigneur, en août 1931, à sœur Lucie de Fatima, alors en convalescence en Espagne : « Notre-Seigneur me dit, en se plaignant, témoigne-t-elle : "Ils n'ont pas voulu prêter attention à Ma demande ! Comme le Roi de France, ils se repentiront, et ils la feront, mais ce sera tard"».

 

Puisse venir rapidement votre descendant et celui du grand Saint Louis, pour accomplir enfin la demande céleste et consacrer la France, comme Roi et Fils aîné, à ce Cœur si adorable. Alors intercédez pour la France qui attend cette consécration, déjà bien préparée par le Vœu national de la Basilique de Montmartre, et envoyez-nous ce consécrateur !

 

« Les lis des champs de travaillent ni ne filent, affirmait Notre-Seigneur, cependant Je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux ». Sire, nouveau Salomon, si vous aviez entièrement collaboré à la grâce, vous eussiez accédé à la plus grande des gloires, celle de la sainteté, qui vous manque hélas, malgré toutes vos vraies vertus.

 

Quant à nous, puissions-nous en tirer les leçons et travailler résolument à devenir les Saints que Dieu attend de nous ! Le Christ promettait non seulement la gloire à votre personne, mais la prospérité à votre Royaume : jamais il n’y aurait eu de révolution. Il apparut à sainte Marguerite-Marie le 17 juin 1689 ; n’ayant pas été exaucé, un siècle plus tard, jour pour jour, les députés du Tiers-État se déclareront Assemblée nationale et commenceront cette infernale Révolution...

 

Imaginez un peu, ô Louis, et vous mes Frères : une France en 2015 qui ne serait pas passée par ces turbulences : nous serions en pleine Chrétienté ; l’État et l’Église contribueraient harmonieusement à préparer les voies vers le Ciel… Mais arrêtons-nous là, ceci est notre mission à accomplir désormais.

 

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Arc de triomphe en l'honneur de Louis XIV, sur la place du Peyrou à Montpellier.

 

Votre fin, Louis, fut, comme votre vie, magnifique : propre au style classique de votre siècle, du siècle auquel vous donnâtes votre nom, votre mort fut entièrement ordonnée, organisée par vos soins, et réglée selon les principes chrétiens par lesquels vous édifiâtes votre Cour, au grand âge auquel vous parveniez. Vous réglâtes surtout la réception de l’Extrême-Onction et du saint Viatique, horrifié d’avoir vu votre fils mourir sans les recevoir. Vous aviez supporté héroïquement tant les maladies, les opérations que la litanie d’épreuves des dernières années, notamment les deuils, et voici maintenant que vos derniers moments font l’admiration d’un Saint-Simon pourtant plein de verve.

 

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L’aube du 1er septembre s’est levée enfin, et voici que s’opère  « le grand coucher du Soleil » ; la nouvelle traverse les couloirs du palais, les routes, les nations : « Le Roi est mort ».

 

Privilégié et favori du Seigneur, Celui-Ci attendit votre dernier souffle pour permettre aux Ténèbres prétendues Lumières d’apparaître sur notre territoire et de travailler à détruire votre œuvre et celle de votre Créateur, mais nous savons bien que les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas, ni contre l’Église, ni contre la France. Non praevalebunt.

 

Paraphrasant le psaume, Bossuet vous l’avait déclaré : « Vous êtes des dieux, encore que vous mouriez, et votre autorité ne meurt pas. Cet esprit de royauté passe tout entier à vos successeurs et imprime partout la même crainte, le même respect, la même vénération. L’homme meurt, il est vrai, mais le roi, disons-nous, ne meurt jamais : l’image de Dieu est immortelle » (1662).

 

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Statue équestre de Louis XIV, place du Peyrou à Montpellier.

 

Laissez-moi donc enfin reprendre les paroles de Massillon lors votre oraison funèbre : « Retournez donc dans le sein de Dieu d’où vous étiez sortie, âme héroïque et chrétienne ! Votre cœur est déjà là où est votre trésor. Brisez ces faibles liens de votre mortalité, qui prolongent vos désirs et qui retardent votre espérance. Le jour de notre deuil est le jour de votre gloire et de vos triomphes. Que les Anges tutélaires de la France viennent au-devant de vous pour vous conduire avec pompe sur le trône qui vous est destiné dans le Ciel, à côté des saints rois vos ancêtres, de Charlemagne et de Saint Louis ». Ainsi soit-il.

 

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Apothéose de Louis le Grand, par Charles Le Brun.

 

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02/11/2015
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