L'Ami de la Religion et du Roi

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Tricentenaire de la mort de Louis XIV

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Chambre funèbre de Louis XIV.

 

Oraison funèbre de Louis le Grand

 prononcée le dimanche 6 septembre A.D. 2015

en l'église du Sacré-Cœur de Moulins

par M. le chanoine Frédéric-Pie Goupil

 


 

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Reconstitution du catafalque de Louis XIV au palais de Versailles (exposition "Le Roi est mort").

 

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Catafalque pour Louis XIV en l'église du Sacré-Coeur de Moulins.

 

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Catafalque de Louis le Grand.

 

« Mille autres à l’envi peindront ce grand courage,

Ce grand art de régner qui te suit en tous lieux :

Je leur en laisse entre eux disputer l’avantage

Et [n’]en veux qu’admirer en toi le don de Dieu ».

Ainsi s’exprimait Corneille (en 1672), s’adressant à Louis le Grand.

 

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Louis XIV enfant et sa mère, Anne d'Autriche.

 

Exposé au jugement de l’Histoire, vous restez, ô grand Roi, aux yeux de nos ancêtres comme de la postérité, Louis-Dieudonné, pour votre naissance inespérée mais tant désirée par tout un peuple, après vingt-deux ans de stérilité du couple royal. L’annonce de votre naissance provoqua une liesse inexprimable jusqu’aux confins du Royaume, et toutes nos églises et cathédrales résonnèrent sans fin de Te Deum. « Un roi vous est né, un fils vous est donné », pour de grandes choses : vous serez bientôt le Roi magnifique, le Roi-Soleil : non le monarque orgueilleux et égoïste que l’on nous dépend trop souvent, mais le Roi conscient de sa mission de représentant de Dieu, vous qui écriviez à votre fils : « Notre soumission pour Celui Dont nous ne sommes que les lieutenants est la règle et l’exemple de celle qui nous est due ».

 

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Chapelle du Val-de-Grâce à Paris.

 

Élevé par une pieuse mère qui construira le Val-de-Grâce et inaugurera l’Adoration perpétuelle chez les Bénédictines de la rue du Bac, assistant à la Messe chaque jour, voire plusieurs fois par jour, vous construirez ce joyau qu’est la Chapelle royale de Versailles, couronnement et parachèvement de votre palais, où vous passerez des milliers d’heures (l’historien recense trente mille messes au cours de votre longue vie). Cette chapelle qui reste véritablement à nos yeux votre « testament, mûrement réfléchi et achevé à force d’opiniâtreté. Elle est l’image, inscrite dans la pierre, de la religion royale ». 

 

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Chapelle royale du palais de Versailles.

 

Grand mécène, et nouveau David, vous donnâtes à la musique sacrée un essor sans précédent, offrant à l’Église cette nouveauté des messes basses avec motets versaillais. Vous fûtes comme lui un grand roi liturge. Un grand roi soucieux également d’extirper l’hérésie, conformément aux promesses de votre sacre, en bannissant la Prétendue Réforme et en essayant d’annihiler le jansénisme, qui sera l’un des ferments d’une prochaine Révolution.

 

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Louis XIV en tenue de sacre, par Henri Testelin (1648).

 

Le visiteur notait votre extrême dévotion ; le marquis de Sourches, « une grâce que personne ne pouvait imiter, qui n’appartenait qu’à [vous] seul ». La représentation, qui était inhérente à votre fonction, vous faisait laver chaque Jeudi-Saint les pieds à treize pauvres enfants : vous commençâtes le plus sérieusement du monde cette auguste fonction, propre d’habitude aux évêques, à l’âge de quatre ans. A quinze ans, vous fûtes sacré, très digne tout au long d’une cérémonie de six heures. Exemplaire, vous tenterez de l’être toujours, esclave du devoir d’état et victime pour le Bien commun.

 

Lorsque vous prendrez vous-même en main le gouvernement du Royaume, votre premier acte public sera de consacrer la France à saint Joseph ; vous obtiendrez entre autres la libération de saint Claude de La Colombière, prisonnier en Angleterre ; et chef des armées, ce ne sont pas moins que les Invalides que vous consacrerez à vos soldats blessés et infirmes, vous le père de vos sujets. Vous décréterez aussi – qui le sait ? – l’instruction obligatoire.

 

Le Seigneur vous donna à la France pour de grandes choses, pour une vocation sublime. Récupérant une France défaite après les troubles de la Fronde, vous en fîtes le chef d’orchestre de l’Europe d’alors, tant pour l’art que la langue, l’armée et la diplomatie, ce qui fera dire à Jacques Bainville (en 1924) : « Versailles symbolise une civilisation qui a été pendant de longues années la civilisation européenne, notre avance sur les autres pays étant considérable et notre prestige politique aidant à répandre notre langue et nos arts. Les générations suivantes hériteront du capital matériel et moral qui a été amassé alors, la Révolution en héritera elle-même et trouvera encore une Europe qu’un homme du XVIIIe siècle, un étranger, l’Italien Caraccioli, appelait “l’Europe française” ».

 

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Statue équestre de Louis XIV, à Versailles.

 

Vous avez sincèrement recherché la gloire de votre Royaume, mais celle de la Chrétienté passe d’abord, ou plutôt la gloire de votre Royaume passe par celle de la Chrétienté : or, vos contingents envoyés sauver Vienne des Turcs furent bien symboliques. De même, alors que vous vous rangiez moralement, la lutte avec le Saint-Siège n’obtint pas sur notre Patrie de bénédictions… Vous aviez pour mission d’être le nouveau Salomon. Hélas, comme lui, la passion féminine vous détourna.

 

Avec une audace jusqu’ici inconnue, l’Aigle de Meaux vous interpella : « Sire, que vous servira d’avoir porté à un si haut point la gloire de Votre France, de l’avoir rendue puissante par terre et par mer et d’avoir fait par vos armes et par vos conseils que le plus célèbre, le plus ancien, le plus noble royaume de l’univers soit aussi en toutes manières le plus redoutable ; si après avoir rempli tout le monde de votre nom et toutes les histoires de vos [hauts] faits, vous ne travaillez pas encore à des œuvres qui soient comptées devant Dieu et qui méritent d’être écrites au Livre de vie ? ». A genoux à chaque Messe devant votre Dieu, vous, le grand Roi de France et le plus grand roi du monde, vous laissiez les Bossuet, les Fléchier, les Gaillard, les Bourdaloue (que vous affectionniez particulièrement) accomplir comme Jean-Baptiste leur mission de vous rappeler la loi de Dieu. « Quel chef d’État, quel ministre, quel particulier, demandait Alfred Baudrillart, supporterait aujourd’hui de tels avertissements publics ? ».

 

Vos écarts, graves en soi et par votre dignité, scandaleux, nécessitèrent de grands efforts de conversion, qui demandèrent du temps mais obtinrent finalement votre retour à l’état de grâce, par les soins de Madame de Maintenon notamment, ce qui permit du même coup et de recevoir à nouveau le Corps de votre Dieu, et de guérir vos pauvres sujets scrofuleux.

 

Nous appelons tous la France la Fille aînée de l’Église. Ce titre est en fait celui de son roi, le Fils aîné de l’Église, et Notre Seigneur alla encore plus loin, en apparaissant à sainte Marguerite-Marie Alacoque : qui le rappelle de nos jours ? Il vous appela le « Fils aîné de Son Sacré-Cœur » : qui eut jamais droit à un tel honneur, sinon vous, fils de saint Louis, ô grand Louis XIV ?!

 

Et je suis d’autant plus heureux célébrer votre mémoire que nous sommes réunis aujourd’hui en la fille aînée du Sacré-Cœur, la première église de France à Lui consacrée. Et nous savons que votre petit-fils fera édifier un autel à la chapelle de Versailles en l’honneur de cette dévotion.

 

Que vous demandait le Christ-Roi ? Ce n’était pas bien compliqué : consacrer la France à Son Sacré-Cœur. « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Cœur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à Mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la Sainte Église ».

 

Bien qu’ayant un confesseur jésuite, le fameux P. de La Chaize, vous ne le fîtes pas, de même que depuis cent ans, les souverains pontifes se refusent à consacrer la Russie au Cœur immaculé de Marie : et nous n’en voyons à chaque fois que trop les horribles conséquences ! Alors que ce que demande le Ciel est si simple à accomplir, comme pour Naaman le Syrien.

 

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Apparition de N.S. J.-C. à sainte Marguerite-Marie, à Paray.

 

« Le Père éternel […], affirmait sainte Marguerite-Marie, veut établir Son empire dans le Cœur de notre grand monarque, duquel Il Se veut servir pour l’exécution de ce dessein qu’Il désire voir s’accomplir en cette manière, qui est de faire faire un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la Cour.

 

De plus, ce divin Cœur se veut rendre protecteur et défenseur de sa sacrée personne, contre tous ses ennemis visibles et invisibles, dont Il le veut défendre, et mettre son salut en assurance par ce moyen ; c’est pourquoi Il l’a choisi comme Son fidèle ami pour faire autoriser la Messe en son honneur par le Saint-Siège apostolique, et en obtenir tous les autres privilèges qui doivent accompagner la dévotion de ce Sacré Cœur, par laquelle Il lui veut départir les trésors de Ses grâces de sanctification et de salut, en répandant avec abondance Ses bénédictions sur toutes ses entreprises, qu’Il fera réussir à Sa gloire, et donnant un heureux succès à ses armes, pour le faire triompher de la malice de ses ennemis.

 

Heureux donc qu’il sera, s’il prend goût à cette dévotion, qui lui établira un règne éternel d’honneur et de gloire dans ce Sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lequel prendra soin de l’élever et le rendre grand dans le Ciel devant Dieu Son Père, autant que ce grand monarque en prendra de relever devant les hommes les opprobres et anéantissements que ce divin Cœur y a soufferts ; qui sera en Lui rendant et Lui procurant les honneurs, l’amour et la gloire qu’Il en attend » (28 août 1689).

 

Notre reine Marie Leszczinsca fera approuver par Rome, 50 ans après votre trépas, la Messe du Sacré-Cœur (fête instituée et accordée à la Pologne par Clément XIII le 6 février, est étendue à tous les diocèses de France le 17 juillet), et cette consécration de la France au Sacré-Cœur, votre descendant Louis XVI la fera entre les mains du bienheureux Père Hébert (21 juillet 1792), mais trop tard, prisonnier au Temple.

 

Le Seigneur vous avait donné, ô Louis, une mission, et si nous devons encore prier pour vous, c’est qu’elle n’est toujours pas accomplie à ce jour.

 

A ceux qui contestent le bien-fondé de ces révélations de 1689, je les renvoie aux paroles de Notre-Seigneur, en août 1931, à sœur Lucie de Fatima, alors en convalescence en Espagne : « Notre-Seigneur me dit, en se plaignant, témoigne-t-elle : "Ils n'ont pas voulu prêter attention à Ma demande ! Comme le Roi de France, ils se repentiront, et ils la feront, mais ce sera tard"».

 

Puisse venir rapidement votre descendant et celui du grand Saint Louis, pour accomplir enfin la demande céleste et consacrer la France, comme Roi et Fils aîné, à ce Cœur si adorable. Alors intercédez pour la France qui attend cette consécration, déjà bien préparée par le Vœu national de la Basilique de Montmartre, et envoyez-nous ce consécrateur !

 

« Les lis des champs de travaillent ni ne filent, affirmait Notre-Seigneur, cependant Je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux ». Sire, nouveau Salomon, si vous aviez entièrement collaboré à la grâce, vous eussiez accédé à la plus grande des gloires, celle de la sainteté, qui vous manque hélas, malgré toutes vos vraies vertus.

 

Quant à nous, puissions-nous en tirer les leçons et travailler résolument à devenir les Saints que Dieu attend de nous ! Le Christ promettait non seulement la gloire à votre personne, mais la prospérité à votre Royaume : jamais il n’y aurait eu de révolution. Il apparut à sainte Marguerite-Marie le 17 juin 1689 ; n’ayant pas été exaucé, un siècle plus tard, jour pour jour, les députés du Tiers-État se déclareront Assemblée nationale et commenceront cette infernale Révolution...

 

Imaginez un peu, ô Louis, et vous mes Frères : une France en 2015 qui ne serait pas passée par ces turbulences : nous serions en pleine Chrétienté ; l’État et l’Église contribueraient harmonieusement à préparer les voies vers le Ciel… Mais arrêtons-nous là, ceci est notre mission à accomplir désormais.

 

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Arc de triomphe en l'honneur de Louis XIV, sur la place du Peyrou à Montpellier.

 

Votre fin, Louis, fut, comme votre vie, magnifique : propre au style classique de votre siècle, du siècle auquel vous donnâtes votre nom, votre mort fut entièrement ordonnée, organisée par vos soins, et réglée selon les principes chrétiens par lesquels vous édifiâtes votre Cour, au grand âge auquel vous parveniez. Vous réglâtes surtout la réception de l’Extrême-Onction et du saint Viatique, horrifié d’avoir vu votre fils mourir sans les recevoir. Vous aviez supporté héroïquement tant les maladies, les opérations que la litanie d’épreuves des dernières années, notamment les deuils, et voici maintenant que vos derniers moments font l’admiration d’un Saint-Simon pourtant plein de verve.

 

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L’aube du 1er septembre s’est levée enfin, et voici que s’opère  « le grand coucher du Soleil » ; la nouvelle traverse les couloirs du palais, les routes, les nations : « Le Roi est mort ».

 

Privilégié et favori du Seigneur, Celui-Ci attendit votre dernier souffle pour permettre aux Ténèbres prétendues Lumières d’apparaître sur notre territoire et de travailler à détruire votre œuvre et celle de votre Créateur, mais nous savons bien que les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas, ni contre l’Église, ni contre la France. Non praevalebunt.

 

Paraphrasant le psaume, Bossuet vous l’avait déclaré : « Vous êtes des dieux, encore que vous mouriez, et votre autorité ne meurt pas. Cet esprit de royauté passe tout entier à vos successeurs et imprime partout la même crainte, le même respect, la même vénération. L’homme meurt, il est vrai, mais le roi, disons-nous, ne meurt jamais : l’image de Dieu est immortelle » (1662).

 

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Statue équestre de Louis XIV, place du Peyrou à Montpellier.

 

Laissez-moi donc enfin reprendre les paroles de Massillon lors votre oraison funèbre : « Retournez donc dans le sein de Dieu d’où vous étiez sortie, âme héroïque et chrétienne ! Votre cœur est déjà là où est votre trésor. Brisez ces faibles liens de votre mortalité, qui prolongent vos désirs et qui retardent votre espérance. Le jour de notre deuil est le jour de votre gloire et de vos triomphes. Que les Anges tutélaires de la France viennent au-devant de vous pour vous conduire avec pompe sur le trône qui vous est destiné dans le Ciel, à côté des saints rois vos ancêtres, de Charlemagne et de Saint Louis ». Ainsi soit-il.

 

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Apothéose de Louis le Grand, par Charles Le Brun.

 

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02/11/2015
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