L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Lettre à la Confrérie


Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion du début de l'année liturgique :

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Confrérie Royale

Le Prieur

 

Samedi 1er décembre 2018,
en la fête de Saint Eloi, évêque et confesseur ;
et du Bienheureux Charles de Jésus [de Foucauld], ermite et confesseur.

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit -

La nuit est déjà avancée, et le jour approche... »
Rom. XIII, 12 - épître du 1er dimanche de l'Avent.

 

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,

Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis,

 

« Nox praecessit » : la nuit est avancée, elle tend vers sa fin. Mais c'est encore la nuit ; les ténèbres règnent encore !
« Dies autem appropinquavit » : le jour approche ; sa venue est certaine. Mais il n'est pas encore là ; la lumière ne règne pas encore !

Il est tout aussi certain que le règne des ténèbres prendra fin qu'il est certain que le règne de la lumière va venir. Nous ne pouvons nullement en douter. Mais pour l'heure, c'est encore le règne des ténèbres et nous ne voyons la lumière que par les yeux d'une invincible espérance.

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! »

Ces quelques mots de l'Apôtre, que nous lisons, approfondissons et méditons au premier dimanche de l'Avent, constituent non seulement le thème spirituel que la Sainte Eglise notre Mère nous donne pour commencer la nouvelle année liturgique et nous stimuler en entrant dans le saint temps de l'Avent, mais c'est aussi l'antienne que nous devons répéter inlassablement - presque à la manière d'un cri de guerre et de ralliement au cœur de la bataille - pour stimuler nos énergies, renforcer notre détermination, rassembler nos forces, décupler notre zèle, aiguillonner notre générosité, éperonner notre combativité, attiser notre ferveur, dynamiser nos engagements, exciter notre flamme, revigorer notre entrain et tonifier notre vaillance dans le grand combat spirituel qui est le nôtre au service de notre Souverain légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX. 

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! »

Oui, les ténèbres étendent encore leur règne, règne terrible et destructeur, sur le Royaume des Lys ! Oui, les ténèbres règnent encore dans les intelligences, dans les cœurs et dans les âmes de la majorité des Français ! Mais "nox praecessit" : la nuit, nous en avons la certitude, va vers son déclin - inéluctablement ! - et l'aube poindra. Nous ne savons pas encore quand, nous ne savons pas encore combien d'heures nous en séparent : mais elle poindra et sa clarté grandissante chassera peu à peu la noirceur et ses épouvantes mortifères : "dies autem appropinquavit !" 

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! » 

A l'épaisse nuit diabolique engendrée par le pseudo "siècle des lumières", succédera le jour victorieux de la grâce renaissante qui jaillit de la source vive de Reims, le baptistère dans les eaux duquel se sont unies la royauté franque et la foi de Nicée pour faire naître la France : notre France ! La France telle que voulue par Dieu ! La France catholique et royale ! 
« Sine paenitentia enim sunt dona et vocatio Dei : en effet les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir ! » (Rom. XI, 29). C'est cela qui nous donne notre assurance, une assurance fondée sur les faits que Dieu a suscités et sur les promesses qu'Il a faites, en dépit de tous les éléments de découragement qui pourraient s'imposer à nous en considérant la situation actuelle selon des vues simplement humaines.

Mais notre confiance est en Dieu, qui ne peut "ni se tromper ni nous tromper" (cf. acte de foi), et c'est la raison pour laquelle, au début de cet Avent qui nous prépare à Noël, nous proclamons notre ferme espérance en associant au Noël de Bethléem où le Dieu-fait-chair a paru devant nos yeux et dont ce prochain Noël va liturgiquement renouveler les grâces, le Noël de l'an 496 où par le Baptême du Roi Clovis est né le saint Royaume de France.

Ce n'est pas par hasard que Dieu a disposé toutes choses pour que le jour de la naissance de Son Fils incarné soit aussi le jour de la naissance de la Royauté Très Chrétienne au Royaume des Lys !

 

Sus donc à toute forme de découragement larvé et de désespérance : « Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! » 

Chers membres de notre Confrérie Royale, plus que jamais et avec une ardeur renouvelée, « abjiciamus ergo opera tenebrarum et induamur arma lucis : rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière ! » (Rom. XII, 12 - épître du 1er dimanche de l'Avent).

 

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

 

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01/12/2018
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Du Sacre de nos Rois.

Lettre mensuelle aux membres et amis

de la Confrérie Royale

25 novembre 2018

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Du sacre de nos rois

 

Dans le régime républicain que la France subit depuis des décennies, chaque investiture de nouveau président, -passant de façon si fugace -, se veut une maigre et pâle copie des cérémonies royales d'antan. Mais comme tout est horizontal, glorification de l'idéologie maçonne et laïcarde, tout est sans goût, se réduisant à un événement médiatique permettant au chef de distribuer sourires, embrassades, poignées de mains et « selfies ». Nous sommes bien loin du roi touchant et guérissant les écrouelles après avoir reçu l'onction du sacre, véritable sacrement. La monarchie française n'est pas une royauté d'opérette, un système constitutionnel, un décor de carton-pâte. Sa fondation n'est pas un simple accord de légitimité entre le souverain et ses peuples. Elle est ancrée dans la Révélation chrétienne, puisque le roi ne peut l'être que s'il est revêtu de la grâce divine, une grâce extraordinaire et particulière, reçue au moment du sacre. Seule la monarchie anglaise a essayé de singer, dans ses rites, le couronnement français, sans réaliser qu'il lui manquait, depuis son schisme, la dimension sacramentelle qui est la seule à donner son sens à la pompe et au faste. Les insignes du sacre ne seraient que colifichets sans cette dimension transcendante uniquement présente dans le rituel français.

 

Tout d’abord, notre roi, étant dépositaire d’un véritable ministère, - celui d’aimer tous ses sujets, de pratiquer la justice et la miséricorde, de veiller à l’intégrité du royaume et à son rayonnement, à sa prospérité -, doit se préparer au couronnement par une veillée de prière dans la cathédrale de Reims, ceci comme pour la pratique chevaleresque de l’adoubement. Il va devenir le chevalier du Christ en terre et doit ainsi être habité par la grâce nécessaire à cette nouvelle nature. Il se confesse durant cette nuit d’adoration et de silence, ne recevant l’absolution qu’au dernier moment, juste avant la sainte communion du lendemain, ceci afin qu’il soit en parfait état de grâce. Prenant un court repos au palais du Tau voisin, résidence de l’archevêque, il y est réveillé par les évêques de Laon et de Beauvais, portant les reliques. Il les attend dans l’attitude d’un gisant, les yeux ouverts, comme l’effigie des monarques sur les tombeaux de Saint-Denis revêtus des insignes royaux avec des vêtements dont les plis tombant droit semblent indiquer que les morts sont vivants et debout. Ce symbole est essentiel car il signifie que le roi possède deux corps : le corps moral, qui ne meurt jamais car la chaîne royale est ininterrompue, et le corps naturel, mortel, qui prenait la place de son prédécesseur, là aussi sans rupture. La légitimité est continuité dans la stabilité. Aucun événement, même le plus tragique, ne peut faire que le roi soit mort à jamais : lorsqu’il meurt, aussitôt il vit.

 

L’abbé de Saint-Denis veille sur les insignes royaux dont il est le dépositaire, tandis que l’abbé de Saint-Remi veille sur la Sainte Ampoule contenant le saint chrême pour l’onction, ceci depuis Clovis. Cette huile sainte est l’élément central du sacre qui est sacrement. Tous les autres objets pourraient venir à manquer mais celui-ci est nécessaire. Grâce à Dieu, en 1793, lorsque la Convention ordonna sa destruction en place Nationale (ci-devant Royale) sur le piédestal d’où on avait jeté à bas la statue de Louis XV, le curé jureur de Saint-Remi, devenu église paroissiale, retira de la précieuse fiole une grande quantité d’huile sainte, ce qui permit à Charles X d’être consacré comme ses prédécesseurs. Une nouvelle fois, en 1906, lorsque l’archevêque Mgr Luçon, fut expulsé du palais du Tau, il sauva dans un simple flacon le contenu du reliquaire dont l’état anticlérical exigeait la remise. Ce saint flacon est toujours conservé à l’archevêché, attendant le prochain sacre…

 

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La fiole scellée renfermant l'huile sainte retirée de la sainte ampoule avant sa destruction
telle qu'elle se trouve actuellement dans un coffre de l'archevêché de Reims

 

Le rite du couronnement commence par le serment du roi, dialogue entre le monarque et l’archevêque de Reims, par lequel est scellé l’engagement royal à défendre l’Église et ses privilèges canoniques dans toutes les provinces du royaume. L’Ordo de Charles V, traduit par Patrick Demouy dans son magnifique ouvrage Le Sacre du Roi (éd. La Nuée bleue, 2016), rapporte les mots exacts de ce pacte qui respecte les deux ordres, royal et religieux, tout en instituant un lien indéracinable entre eux. Les différents ordos conservés contiennent des variantes selon les époques et selon les souverains. Il fut d’usage aussi de préciser que les hérétiques devaient être chassés du royaume. Le coeur en est toujours les tria precepta, à savoir paix, justice et miséricorde.

Ensuite a lieu le rite de passage, chevaleresque, où le roi est dépouillé de tous ses vêtements, à l’exception d’une tunique et d’une chemise dont les ouvertures permettraient les onctions. Il reçoit l’épée et les éperons, ceci dans un véritable ballet qui souligne l’axe vertical du pouvoir royal s’inscrivant dans la généalogie des rois de l’Ancien Testament et dans une dimension cosmique. Ces insignes ont échappé à la fureur révolutionnaire. Ils reposent aujourd’hui au Louvre. L’épée Joyeuse, dite « de Charlemagne », attend ainsi des jours meilleurs.

L’onction, septuble, revêt alors le roi de sa charge de pasteur, intermédiaire entre Dieu et son peuple. L’archevêque de Reims mélange le Saint Chrême du Jeudi saint précédent avec une parcelle, « grosse comme un pois », du baume desséché de la Sainte Ampoule. Le souverain reçoit cette huile sainte sur la tête, comme pour les consécrations épiscopales, sur la poitrine, entre les épaules, sur chaque épaule et à la jointure des bras, ceci afin que tout son être soit inondé, jusqu’au coeur, comme David sur lequel la corne d’huile fut renversée par Samuel.

Le chambellan revêt le monarque oint avec la tunique, la dalmatique et le manteau, tous trois fleurdelisés : le roi est pontife et sa charge est quasi sacerdotale, même s’il n’est pas prêtre pour l’autel. Il est habité par un caractère, semblable à celui de l’ordination. Recouvert par les fleurs de lys, il devient le chevalier par excellence de la Très Sainte Vierge qui protège son royaume de façon privilégiée. Il devient lui-même un lys, comme le Christ l’est pour l’Église selon la belle image du Cantique des cantiques. Ces vêtements fleurdelisés ne sont pas ceux du monde mais ceux des cieux. Ils préfigurent la Jérusalem nouvelle où chaque élu est un lys à la ressemblance du Maître. La couleur bleue est celle de l’azur mais aussi celle réservée au grand prêtre dans l’Ancien Testament.Il prend aussi les gants épiscopaux et reçoit l’anneau, symbole de l’union mystique entre lui et son peuple. L’archevêque lui remet aussi le sceptre et la verge de justice. La marque de la puissance monarchique est le sceptre, image de la droiture et de la vertu. En l’acceptant, le roi s’engage à mener une vie irréprochable, à lutter contre le mal et à défendre la justice. Ce sceptre est le canal entre le ciel et la terre car, pour le couronnement royal français, il n’est pas court mais aussi long qu’une crosse d’évêque, jouant d’ailleurs un rôle identique, celui du bâton de berger guidant le troupeau et du messager transmettant ce qu’il reçoit de l’autorité divine. Quant à la verge de justice, elle est le symbole de la vertu et de l’équité. Elle est la clef de David et sa dimension, 59 cm, est exactement une coudée biblique. Là aussi l’Ancien Testament est constamment présent comme héritage, montrant la continuité de l’élection divine de l’ancienne Alliance dans le lieutenant choisi par le Christ pour le royaume de France. Seul le roi de France a conservé ces deux sceptres alors que les autres souverains ont remplacé la main de justice par un globe, à la suite de l’empereur germanique. Notre roi est vraiment le successeur de David et de Salomon, le fils du Nouveau David et du Nouveau Salomon. Il réalise ce que chante David dans le psaume XXII : « Près de moi ton bâton, ta houlette, sont là qui me consolent. » Le roi de France doit être consolateur pour son peuple.

Vient alors le couronnement proprement dit. La couronne symbolise la clarté de l’âme et le passage à la lumière éternelle. Elle est l’héritière de la coiffe du grand prêtre et de la mitre épiscopale. Les pierreries qui l’ornent sont au nombre de douze, quatre émeraudes pour la foi, quatre saphirs pour l’espérance et quatre rubis pour la charité. Elle fut détruite par les ligueurs et les sacres suivants utilisèrent la couronne de la reine, en tous points semblables, jusqu’à ce que cette dernière fût fondue par la révolution. Le roi ne garde pas longtemps cette couronne officielle, très lourde. Il ceint une deuxième couronne, plus légère, sa couronne personnelle. La galerie d’Apollon, au Louvre, conserve la couronne personnelle de Louis XV (mais avec de fausses pierres), et la couronne officielle de Napoléon I, ornée de camées, utilisée également pour le sacre de Charles X. Le roi ainsi couronné d’or et de pierres précieuses devient celui qui, par la pratique des vertus qui brillent, doit mener ses sujets vers le Royaume céleste.

Enfin le roi est intronisé, revêtu de tous ses insignes, ployant sous leur poids (surtout lorsque le souverain est encore un enfant) sur un trône placé en haut du jubé de la cathédrale, devenant alors visible des assistants qui se trouvent dans la nef. Il vole ainsi sur la montagne sainte. Le Te Deum éclate pour exalter celui qui devient le médiateur entre Dieu et son peuple, entre le Ciel et la terre. La grand messe pontificale clôt cette admirable cérémonie, avec le calice dit de Saint Remi qui échappa par miracle à la fureur révolutionnaire.

Tout s’achève par le festin au palais du Tau, également très ritualisé, et le lendemain par la guérison des écrouelles lorsque le roi imposera les mains sur les malades.

 

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La couronne de Louis XV (musée du Louvre)
la seule à avoir échappé au vandalisme révolutionnaire...

 

Cette courte et incomplète description ne veut pas être un hymne à la nostalgie mais une préparation intérieure pour comprendre, au-delà de l’anecdotique, que le sacre est de l’ordre de la transcendance et qu’il perpétue l’Alliance entre Dieu et les hommes initiée dans l’Ancien Testament. Aucun détail n’est superficiel dans un tel rite. Comme pour la messe pontificale papale traditionnelle, il serait (il sera) très malaisé de le rétablir dans sa pureté et son unité d’origine, car bien des fonctions de cette liturgie doivent être occupées par des personnages dont la lignée est morte. Ce fut d’ailleurs un problème majeur du sacre de Charles X qui composa avec les idées nouvelles, ce qui explique sans doute l’échec de cette restauration incomplète.

 

Le prochain roi qui sera couronné à Reims devra retourner aux ordos les plus anciens afin de s’assurer de la pleine validité de son sacre qui ne dépend pas de cérémonies humaines mais d’une investiture reçue d’en haut. En attendant, notre devoir est de prier et d’offrir des sacrifices afin que cette résurrection soit possible pour le bien de notre pauvre royaume défiguré.

 

 

P.Jean-François Thomas s.j.

3 octobre 2018

Sainte Thésèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face.

 

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Saint Charlemagne à la sommité du sceptre de Charles V
(musée du Louvre)


24/11/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 octobre 2018)

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Lettre aux membres et amis de la Confrérie royale

De la consécration de la France à saint Joseph

 
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Le mois d’octobre est consacré – qui ne le sait ? – au saint Rosaire de Notre-Dame. Léon XIII n’en a pas moins décidé de lui associer saint Joseph, en imposant de lui adresser ce mois-là, après la récitation du chapelet, la prière du Nous recourons à vous.
« Nous recourons à vous dans notre tribulation, ô bienheureux Joseph ; et, après avoir imploré le secours de votre sainte Épouse, nous sollicitons aussi avec confiance votre patronage. Par l’affection qui vous a uni à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu ; par l’amour paternel, dont vous avez entouré l’Enfant Jésus, nous vous supplions de regarder avec bonté l’héritage que Jésus-Christ a conquis au prix de Son Sang, et de nous assister de votre puissance et de votre secours dans nos besoins. Protégez, ô très sage gardien de la divine Famille, la race élue de Jésus-Christ. Préservez-nous, ô Père très aimant, de toute souillure d’erreur et de corruption, soyez-nous favorable, ô notre très puissant libérateur. Du haut du ciel, assistez-nous dans le combat que nous livrons à la puissance des ténèbres ; et de même que vous avez arraché autrefois l’Enfant Jésus au péril de la mort, défendez aujourd’hui la Sainte Église de Dieu des embûches de l’ennemi et de toute adversité. Couvrez chacun de nous de votre perpétuelle protection, afin que, à votre exemple, et soutenus par votre secours, nous puissions vivre saintement, pieusement mourir, et obtenir la béatitude éternelle. Ainsi soit-il ».
 
Notre Prieur eut la charité de me faire remarquer, suite à mon tour de "Lettre du 25", que Louis XIV n'avait pas consacré son royaume à saint Joseph, le baron Pinoteau et lui-même n’en ayant jamais trouvé trace dans les documents de l’époque. Un enquêteur du site Union des Cercles Légitimistes de France – je renvoie évidemment à ce si intéressant et essentiel article signé D.R. – pose la question en ces termes : « Si la consécration a bien été commémorée tous les ans jusqu’à la Révolution cela fait 127 ans multiplié par le nombre de paroisses de France et de Navarre ! Alors, où sont les traces, les correspondances privées, les allusions dans les écrits dans les textes, les dessins, les peintures ? Surtout où est le texte de la consécration ? ».
 
Aussi ai-je corrigé là-dessus la phrase incriminée, ce qui donne :
"Est-il besoin de rappeler qu’avant que les papes n’honorassent le Père nourricier du Christ de la charge tutélaire de la sainte Église universelle il y a un siècle et demi, Louis XIV, « le fils aîné de Mon Sacré-Cœur » selon les propres termes du Rédempteur, une fois « majeur » de par la mort du cardinal de Mazarin, accomplissait son tout premier acte politique en faisant solenniser dans le Royaume la fête de saint Joseph ?"
C'est en effet à partir du règne du Grand Roi que la fête de saint Joseph commença à être solennisée en France ; la prescription romaine de le faire n'avait pas eu force de loi jusqu'ici, les décisions romaines devant être enregistrées au parlement.
 
Partons donc, si vous le voulez bien, à la recherche des faits dans cette question qui nous intéresse.
 
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En mars 2009, la revue Stella Maris publia un article intitulé « Louis XIV consacre la France à saint Joseph (le 19 mars 1661) ». Le R.P. Damien-Marie y disait en reprendre « la substance à un ami, Monsieur Christian Gaumy, conservateur de la bibliothèque universitaire de Limoges, qui a eu pour cela la patience d'explorer les montagnes de documents des archives nationales et de la bibliothèque nationale (Département Manuscrits), et qu'honore le profond souci de faire connaître et aimer le saint patron de l'Eglise universelle ; qu'à tous ces titres il soit ici remercié et assuré de ma gratitude ». Dommage que ce conservateur n’ait pas daigné signaler la référence ni publier les documents trouvés... Mais l’auteur assure que « ce fait est connu et rapporté par les historiens du Grand Siècle », alors qu’aucun n’en parle. Et Frère Maximilien-Marie de corriger l’auteur en me précisant : « Le sermon de Bossuet sur saint Joseph de 1661 ne fut pas impromptu ».
 
Sans savoir si cet article est la vraie source de tous les suivants, nous constatons partout que l’affirmation est depuis tenue pour un fait avéré. 
 
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Par exemple, en 2015, Mgr Dominique Letourneau publiait avec le R.P. Pascal-Raphaël Ambrogi le Dictionnaire encyclopédique de Marie. Y était écrit :
« Anne d’Autriche et sa fille, Marie-Thérèse d’Espagne, épouse de Louis XIV, obtient du jeune roi qu’il déclare, en accord avec l’épiscopat, saint Joseph patron du royaume, en 1661, la fête étant chômée ».
Cette phrase est lourdement tournée et grossièrement erronée. Tout d’abord, Marie-Thérèse est la belle-fille et non la fille d’Anne d’Autriche. Le reste est équivoque : soit le patronage (à prouver) entraîna le chômage de la fête, soit celle-ci entraîna cela.
 
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Plus étayée, la thèse de doctorat de Benoist Pierre, La bure et le sceptre (2016) sur la congrégation des Feuillants, nous apprend (pp. 386-387) que :
« Anne d’Autriche devenue régente, plaça encore le royaume sous la protection de saint Joseph. A Paris, les Feuillants furent l’une des toutes premières communautés à vénérer l’époux de la Vierge. Grâce aux libéralités de César de Vendôme et de sa femme, François de Lorraine, ils avaient fondé une confrérie et une chapelle dédiées au père de Jésus. Dès 1629, Anne d’Autriche se fit inscrire sur le registre des confrères. Mais la dissidence politique du frère de Louis XIII entraîna la suspension des activités de la « sainte association » pendant plusieurs années. A partir de 1643, la confrérie fut réactivée. […] La ferveur d’Anne d’Autriche pour ce culte ne cessa alors de grandir. En 1654, Louis XIV se fit inscrire avec son frère, le duc d’Anjou, sur le livre de la confrérie. 
Le 6 janvier 1661, ce fut au tour de la nouvelle reine, l’infante espagnole Marie-Thérèse, d’y faire son entrée. A cette occasion, Jacques de Sainte-Scolastique ne cacha pas sa joie de voir les puissances (sic) de la terre s’estimer « bienheureux d’avoir ce grand saint pour père et protecteur auprès de Jésus-Christ ». La même année, Louis XIV demanda à l’assemblée du clergé que la fête du 19 mars, correspondant à la Saint-Joseph, fût « chômée et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière dans les affaires pour tout le royaume ».
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citant Jean Delumeau, dans un livre publié en 1989 : Rassurer et protéger – Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois ; Fayard. En fait, ce dernier point était déjà évoqué en 1953 dans l’article « Les origines de la dévotion à saint Joseph » des Cahiers de Joséphologie (janvier-juin, vol. I, n° I) :
                « Louis XIV, lors de l’assemblée du clergé de 1661, manifesta la désir de voir rehausser la fête de saint Joseph. Déférant à la volonté du roi, les évêques déclarèrent que cette fête « serait chômée et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière des affaires par tout le royaume »,
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renvoyant cette fois à Lucot (pp. 61-64), que nous allons retrouver.
 
            En 1844, A. Madrolle avait publié Les magnificences de Marie (Hivert, Paris, p. 233), où il reconnaissant qu’il ne s’agissait pas exactement du même patronage qu’envers Notre-Dame, mais qu’il y ressemblait :
            « La France, que Louis le Juste avait mise sous le patronage spécial de la Mariée modèle, fut comme mise sous celui du Mari de ce genre par Louis le Grand. En effet, Louis XIV expédia une Lettre de cachet au Parlement le 16 mars 1661, par laquelle il lui Mandait que « la fête du Saint Époux de la Vierge fût célébrée dans tout son Royaume, non seulement par la célébration des Offices divins propres à une fête solennelle, mais encore par la cessation du travail ».

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En 1870, l’on trouve dans l’ouvrage de l’abbé Lucot, chanoine honoraire de la cathédrale de Châlons, De l’antiquité du culte de saint Joseph dans l’Église universelle et en particulier dans l’Église de Châlons (Châlons, Martin, 1870, pp. 23-24) :

            « Les princes rivalisaient avec les religieux pour faire honorer le grand patriarche. Les décrets de Grégoire XV et d’Urbain VIII n’avaient pas été publiés dans le royaume ; Louis XIV et Marie-Thérèse son épouse supplient le clergé de France, réuni à Paris en 1661, de seconder leur pieux désir de voir célébrer désormais la fête de saint Joseph ; le diocèse de Paris donne l’exemple, que suivront bientôt la plupart des diocèses de France ».
L’année précédente, le 7 juin 1660, jour-même où le jeune Louis accueillait l’infante Marie-Thérèse en vue des épousailles à Saint-Jean-de-Luz, apparaissait à Cotignac en Provence, saint Joseph, à un jeune berger.
 
« Le 31 janvier 1661, après enquête, Monseigneur Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte. Cette même année et suite à ces merveilleux événements, le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille. A cette occasion, Bossuet, avec le talent qu’on lui connaît, s’exprimera en ces termes : « Joseph a mérité les plus grands honneurs parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. L’Eglise n’a rien de plus illustre parce qu’elle n’a rien de plus caché » (source).
 
            Nous connaissons la suite : « Je rends grâces au roi d’avoir voulu honorer sa sainte mémoire avec une nouvelle solennité. Fasse le Dieu tout puissant que toujours il révèle ainsi la vertu cachée ; mais qu’il ne se contente pas de l’honorer dans le ciel, qu’il la chérisse aussi sur la terre. Qu’à l’exemple des rois pieux, il aille quelquefois la forcer dans sa retraite… Si Votre majesté, Madame, inspire au roi ces sages pensées, elle aura pour sa récompense la félicité ».
     
       Malheureusement, ce ne fut point à Versailles qu’eurent lieu les honneurs de la Saint-Joseph – l’on sait que Louis XIV ne s’y installera qu’à partir de 1682 ! – ni la prédication de Mgr Bossuet, comme l’affirme le site missel.free en reprenant l’histoire de la fête, mais en la chapelle des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. Avant de prendre connaissance de ce qui est écrit, lisons en guise d'introduction historique le bienheureux cardinal Schuster :
« Le culte liturgique envers ce grand patriarche prit un développement considérable au XVe siècle, grâce surtout à sainte Brigitte de Suède, à Jean Gerson et à saint Bernardin de Sienne, Le pape franciscain Sixte IV inséra sa mémoire dans le Bréviaire romain avec le rang de fête simple ; Clément IX l’éleva au rite double et Grégoire XV en fit une fête de précepte » (Liber Sacramentorum).
« Innocent VIII l'éleva au rite double, Urbain VIII la rendit obligatoire (1642). Sous le vocable de Prince de la Paix, Ferdinand III proclama patron spécial du royaume de Bohême (1655) saint Joseph que Léopold I° déclara protecteur des Habsbourgs (1677) ; à la demande de Marie-Anne d'Autriche obtint un décret du pape Innocent XI qui plaçait la couronne d'Espagne sous le patronage de saint Joseph (1679) [Par crainte de déplaire à saint Jacques, les espagnols firent révoquer le décret en 1680, mais la Belgique le conserva et même le renouvela après son indépendance]. En France, sous l'influence de Marie-Thérèse d'Autriche, Louis XIV demande aux vicaires généraux de Paris d'établir la fête de saint Joseph [Lettres du 12 mars 1661] pour le 19 mars 1661 où elle est célébrée à Versailles avec éclat [Dans la chapelle magnifiquement ornée, Bossuet fit le panégyrique de saint Joseph : Le Seigneur s'est choisi un homme selon son coeur] ; si la fête est chômée à Paris ce jour-là, on ne la voit pas ainsi mentionnée dans le calendrier de 1680. Clément X l'éleva au rit de II° classe (1670), Clément XI lui composa un nouvel office (1714) et Benoît XIII inséra saint Joseph dans la litanie des saints (1726). Pie IX (1847) déclara saint Joseph patron de l'Eglise universelle (8 décembre 1870), occasion d'une nouvelle fête de rit double de première classe. Léon XIII proposa saint Joseph comme modèle des travailleurs (15 août 1889), Pie X lui donna un octave et approuva les litanies de saint Joseph (18 mars 1909), Benoît XV lui attribua une préface propre (9 avril 1919) et Jean XXIII le fera inscrire au canon de la messe (13 novembre 1962) ».
Dom Pius Parsch précise quant à lui : "La messe et l’office des Heures sont de date récente (l’auteur est le pape Clément XI qui les prescrivit en 1714). Ce qui est typique dans la prière des Heures, c’est la composition systématique propre à cette époque et le parallèle entre Joseph l’Égyptien et saint Joseph".
 
L'article de l'U.C.L.F., étudiant avant nous la question du 19 mars 1661, retrace en effet cette chronologie :
« Chronologie des événements• En 1621, le pape Grégoire XV, usant de son pouvoir spirituel, proclama que la fête de saint Joseph serait fête de précepte pour l’Église universelle.• 16 juin 1660, apparition Saint Joseph à Bessillon (Cotignac) à un jeune pâtre, Gaspard.• 9 mars 1661, mort de Mazarin.• 10 mars, Haut conseil, le Roi gouvernera en personne.• 12 mars, par lettres patentes, Louis XIV, usant de son pouvoir temporel, décrète jour chômé dans tout le royaume le jour de la fête de Saint Joseph, le 19 mars.• Louis XIV écrit, de Paris, à Messieurs les Vicaires Généraux du cardinal de Retz, archevêque de Paris (ce dernier était à Rome), pour que l’on célèbre la fête de Saint Joseph.• 19 mars, le Roi assiste à la messe à la chapelle du Louvre. La Reine-mère écoute le sermon de Bossuet chez les Carmélites de la rue Saint-Jacques. 
La Gazette du 26 mars (n°37 p 283) rapporte que : à l’occasion de la fête de Saint Joseph, le Roi va faire ses dévotions en l’église des Feuillants ».
 
Voici la lettre envoyée en 1661 par Guy Patin, médecin et épistolier (1601-172), à André Falconet, et publiée en 1846 (pp. 344-345) :
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(lire « 19 mars »).
 
            « Nous n’étions pas en Semaine sainte. Cette année là le mercredi des cendres se trouvait le 2 mars ; les Rameaux tomberont le 10 avril et Pâques le 17 avril. Nous en étions donc à la troisième semaine de Carême, un samedi » (U.C.L.F.).
 
L’on trouve précisément dans les Actes de l’Assemblée du clergé de 1660-1661 :
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selon la Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France ; Paris, 1770, t. 4, p. 776, Assemblée de 1660-1661. L'évêque de Bazas (de 1646 à 1667) était Mgr Samuel Martineau de Turé.
 
« ​​L'auteur du ​​Calendrier historique et chronologique de l'Eglise de Paris (Paris, Hérissant, 1747), l'abbé Le Fèvre, donne, au 19 mars, les détails intéressants de l'institution de la fête de saint Joseph » :
« 19 mars. Lettre du Roi pour la fête de saint Joseph en France ; par ordre de Louis XIV, qui expédia une lettre de cachet au Parlement, le 16 mars 1661, par laquelle il lui mandait que la fête du saint Époux de la Vierge fût célébrée dans tout son royaume, non-seulement par la célébration des Offices divins propres à une fête solennelle, mais encore par la cessation du travail. Le Parlement, par son arrêt du 17 mars, ordonna que la fête de saint Joseph serait chômable et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière des affaires par tout le royaume. La fête de S. Joseph fût chommée (sic) dans tons les lieux de son ressort, avec défense au peuple d'ouvrir les boutiques et de vaquer aux œuvres manuelles, et enjoignit aux lieutenans civil et criminel, au procureur du Roi au Châtelet, et aux officiers de police, de tenir la main à l'exécution de l'arrêt. Le Roi fit écrire pareillement au duc de Verneuil, abbé de Saint-Germain-des-Prés, pour faire établir l'observance de cette fête dans les lieux de la dépendance de cette abbaye. La lettre est du 26 mars » (Calendrier historique, etc., page 79).
 
Toutefois,
« Le diocèse de Reims ne l’adopta point cependant comme fête d’obligation. Le rituel de messire Charles Maurice Le Tellier, publié en 1677, ne le mentionne point parmi les fêtes chômées ; on la célébrait néanmoins comme double de deuxième classe. Dans son bréviaire de 1665, Mgr Vialar lui donne rang parmi les doubles de troisième classe ; les doubles majeurs les ont remplacés ».
 
L’abbé Lucot précisera cinq ans plus tard, dans son Étude historique sur son culte(1875) : « Même remarque pour Sens, Lyon, Verdun, Périgueux, Chartres, Langres (Rituels, de 1679 à 1694) ». 
 
 
 
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« En France, en Espagne, en Allemagne, les princes, par leurs exemples, entraînent les peuples à la vénération et à la confiance envers saint Joseph. Tant d'efforts pour répandre cette dévotion ne restèrent point stériles. Elle pénétrait partout ; la marche en fut rapide ; la Cour, la ville, la province en étaient tout embaumées. Les princes rivalisaient avec les religieux pour faire honorer le grand Patriarche. Bossuet lui consacrait les prémices de son éloquence. Par deux fois, en 1659 et 1661, il célébrait, devant la Reine-mère et sa Cour, Joseph comme le plus saint dépositaire des plus saints trésors, et Joseph le lui rendait en devenant le révélateur du génie de l'illustre évêque. On sait avec quelle pieuse admiration furent entendus ces deux panégyriques. 
Cependant la Cour de France voyait avec peine que les décrets de Grégoire XV et d'Urbain VIII n'avaient pas encore été publiés dans le royaume. En effet, la fête de saint Joseph était obligatoire à Rome, en conséquence de ces décrets (aujourd'hui encore, la fête de saint Joseph y est chômée et un jeûne la précède) ; et précédée d'un jeûne préparatoire, elle s'y célébrait à l'égal des grandes fêtes de l'année ; la France restait en arrière. Louis XIV en avait déjà écrit au Pape. Le roi voulut profiter de l'Assemblée du clergé de France réuni à Paris en 1661, pour faire exécuter des décrets chers à sa piété. Lui et la reine Marie-Thérèse exprimèrent aux évêques leur désir de voir célébrer désormais en France, comme à Rome, la fête de saint Joseph. Le diocèse de Paris donna l'exemple, que suivirent bientôt la plupart des diocèses de France. 
Dans les autres contrées de l'Europe, l'enthousiasme n'était pas moins grand ; l'extension du culte de notre Saint fut aussi rapide. Les Bourbons d'Espagne, émules de ceux de France, la favorisaient dans leurs possessions des Pays-Bas ; la fête de saint Joseph y était célébrée avec une pompe toute royale (un auteur contemporain, le P. Michel Prie, jésuite allemand, a raconté cette solennité dans sa Vie de saint Joseph. Vita S. Josephi, etc., exemplis illustrata à P. Miciiaele Frie S.J., Monachii, 1678, in-18, cap. 21). En 1679, sur les instances de Charles II, roi des Espagnes, le pape Innocent XI confirma par une bulle l'élection faite par ce prince, de saint Joseph comme patron de ses royaumes et de ses domaines. Mais l'illustre famille de Lorraine semblait vouloir encore dépasser toutes les autres, en Allemagne et en Lorraine, dans les témoignages de sa dévotion pour saint Joseph. En 1655, l'empereur d'Allemagne, Ferdinand III, procurait l'introduction solennelle de son culte en Bohême, et le donnait comme patron à ce royaume, sous le titre de protecteur de la paix : Conservator pacis. Vingt ans plus tard, Léopold Ier, son fils, cherchant au milieu des désastres de la guerre un refuge pour lui et son peuple, le trouva dans la protection de saint Joseph ; il lui consacra, en 1675, avec l'approbation de Clément X, l'empire tout entier, et ce fut avec l'appareil des solennités les plus magnifiques : les historiens allemands nous en ont gardé l'intéressant récit. L'année d'après, Maximilien, archevêque de Cologne et prince électeur de l'Empire, donnait aussi à la cité et au diocèse de Liège saint Joseph pour patron spécial. Les peuples d'Allemagne suivaient leurs princes, entraînés par leur piété ; ils voyaient avec plaisir ces princes élever à Joseph des églises, favoriser les confréries en son honneur, donner son nom aux enfants héritiers de leur couronne, et témoigner ainsi qu'ils lui étaient redevables de la conservation de leur race ; comment donc fussent-ils restés eux-mêmes étrangers à de tels sentiments ? comment eussent-ils refusé de s'associer à une dévotion si salutaire et de souscrire à des hommages si mérités ? ».
     
       Notre enquêteur de l'U.C.L.F. corrige encore les données sur Bossuet :
« En 1657, il prêche devant les évêques réunis pour l’Assemblée du clergé de France ; en 1659, c’est la Reine qui demande à Bossuet de reprendre le premier panégyrique ! Celui-ci s’en plaint d’ailleurs : Elle m’ordonne de rappeler en mon souvenir des idées que le temps avait effacées. Bossuet n’a eut que deux jours pour recueillir ses souvenirs. Pour 1661, il ne peut s’agir que du deuxième panégyrique ».
« Dans ce sermon (deuxième panégyrique) Bossuet annonce son sujet : Comme je me propose aujourd’hui de traiter ces vertus cachées, c’est-à-dire de vous découvrir le cœur du juste Joseph, etc. Il articule son propos sur trois points qu’il énumère peu après : Les vertus mêmes dont je parlerai ne sont ni de la société ni du commerce ; tout est renfermé dans le secret de sa conscience. La simplicité, le détachement, l’amour de la vie cachée sont donc les trois vertus du juste Joseph, que j’ai dessein de vous proposer. L’adresse de son sermon est sans équivoque : «Mes sœurs ». Ce n’est qu’au milieu de la troisième partie qu’il fait référence à la présence de la Reine. La fin de sa conclusion lui est adressée en exhortation : Je rends grâces au Roi d’avoir voulu honorer sa sainte mémoire avec une nouvelle solennité. Fasse le Dieu tout-puissant que toujours il révère ainsi la vertu cachée ; mais qu’il ne se contente pas de l’honorer dans le ciel, qu’il la chérisse aussi sur la terre ; qu’à l’exemple des rois pieux il aille quelquefois la forcer dans sa retraite ; etc. À aucun moment les termes consacré  ; consécration ; patron ne sont dans la bouche de Bossuet ! L’exhortation qu’il adresse à la Reine est de tout faire pour que le jeune Roi reste vertueux à l’image de Saint Joseph. Il est donc difficile de faire un rapport entre cette conclusion et l’évocation de la consécration ! ». 
         
       Revenons maintenant à la Cour du Roi, vingt ans plus tard, à Versailles cette fois, où le Grand Roi se sera établi. Le très sérieux Alexandre Maral expliquait quant à lui, en 2014, dans La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV: cérémonial, liturgie et musique (p. 110) :
« D’après les lettres patentes de 1682 en effet, il était prévu d’exposer le Saint-Sacrement tous les dimanches et jeudis de l’année, ainsi qu’aux fêtes de la Sainte Vierge, de saint Joseph, saint Louis et sainte Thérèse, après la prière du soir de la communauté des Lazaristes ».
          
     Sans être couronné, saint Joseph était toutefois célébré en 1682 à l’égal des patrons de la Famille royale.
« Il est difficile de croire que le jeune roi qui venait de prendre son envol (10 mars), qui décréta l’officialisation de la fête en rendant le jour férié (12 mars) se soit arrêté dans son élan pour faire une consécration a minima dont on ne trouve aucune trace, aucun texte et aucun témoin cité dans aucune chronique ! N’avait-il pas l’exemple de son père qui fit, pour la consécration à la Vierge, un acte officiel : l’Édit de Saint-Germain qui fut enregistré comme loi du Royaume par le Parlement et ratifié par l’épiscopat et par le peuple français ? » (U.C.L.F.).
 
Le grand patriarche a donc obtenu du grand Roi la solennité de sa fête, sans recevoir toutefois un patronage en bonne et due forme. Et nos bibliothécaires en ligne de conclure : « Il aurait été bien utile aux légitimistes d’arguer aux détracteurs de Louis XIV — à qui on reproche de n’avoir pas consacré la France au Sacré-Cœur — que le grand roi n’avait pas hésité à consacrer la France à saint Joseph, mais l’honnêteté prime. Aussi nous faut-il conclure à regret, qu’à part la récente consécration à Saint Joseph du diocèse de Toulon-Fréjus — pour laquelle les preuves historiques abondent –, celle de la France par Louis XIV, en 1661, ne relève que de la légende urbaine ».
 
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            Nous étions donc arrivés à la fin de cette enquête… quand la Providence – comme toujours – nous fit découvrir la solution là où nous ne l’attendions pas ! 
     Deux cent dix ans plus tard, en effet, le 19 mars 1871, lorsque le comte de Chambord, de droit Henri V de France, dans le sillage du grand pape Pie IX, consacra enfin sa Patrie au juste Joseph.
     Le Propagateur de la dévotion à saint Joseph (Périsse, Paris/Tournai, 1872, pp. 185-190) relate l’événement, et nous lui laissons bien volontiers la parole.
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Henri de Bourbon consacre sa Personne, sa Maison et sa Patrie à saint Joseph

 
« D'après des auteurs graves, parmi lesquels nous citerons le docte et pieux Père Faber, la dévotion à saint Joseph fut apportée de l'Orient dans la Provence par Lazare, Marthe et Marie. La pieuse cité d'Avignon fut le berceau d'où elle se répandit en Europe. Gerson, chancelier de l'Université de Paris, fut suscité pour en être le docteur et le théologien, et saint François de Sales pour l'enseigner et la répandre parmi le peuple. Les Carmélites de France, fidèles aux leçons et aux exemples de sainte Thérèse, contribuèrent efficacement à augmenter la confiance des âmes dévotes et fidèles en ce glorieux patriarche. Les écrivains français de la Compagnie de Jésus fournirent dans des ouvrages pieux et savants, de riches matériaux aux panégyristes du virginal Epoux de Marie.
 
De nos jours, c'est de la France catholique qu'est parti ce mouvement providentiel qui entraîne tous les peuples vers saint Joseph, et dont le consolant résultat a été de faire proclamer par l'auguste Pie IX ce glorieux Patriarche Patron de l'Église universelle. Fidèle aux traditions de ses aïeux (c'est à la demande de Louis XIV que la fête de saint Joseph fut chômée en France), le noble chef de la Maison de France a voulu, pour répondre à l'invitation du souverain Pontife, se consacrer d'une manière solennelle au puissant protecteur des Chrétiens.
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Un de nos amis qui a eu le bonheur d'assister à la consécration de Monseigneur le comte de Chambord et de toute sa Maison au glorieux saint Joseph, protecteur de l'Église universelle, nous transmet la relation suivante dont l'importance exceptionnelle n'échappera à aucun de nos lecteurs.
 
L'année dernière, pendant la guerre de la France avec l'Allemagne, Monseigneur le comte de Chambord était dans les environs de Genève avec un petit nombre de personnes ; la plupart de ses serviteurs étaient restés à Frohsdorf. Le samedi soir, 18 mars 1871, un serviteur, parti l'avant-veille de Genève, arrivait au château de Frohsdorf, porteur d'un ordre du prince pour son aumônier. Cet ordre adressé au secrétaire intime était exprimé en ces termes : « Faites mes amitiés à M. l'abbé N***, dites-lui qu'il serait bon de faire la consécration de la colonie à saint Joseph, le 19 ». — On appelle la colonie, à Frohsdorf, la petite société de serviteurs et d'amis qui entourent le prince et qui forment à l'extrémité de l'Autriche comme un petit coin de terre française.
 
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Le lendemain à la grand'messe, M. l'aumônier annonça à ses auditeurs que d'après le désir du prince, la colonie serait consacrée solennellement à saint Joseph, après le Salut qui aurait lieu dans l'après-midi. Tout le monde devait s'y trouver, et en effet personne n'y manqua. Le neveu de Monseigneur le comte de Chambord, S.A.R. le comte de Bardi, frère du duc de Parme [et donc beau-frère du roi de France, celui-là ayant épousé la sœur de celui-ci, NDLR], était présent et représentait tous les autres membres de la famille de Bourbon alors absents. Avec lui était son aide de camp, M. le marquis Malaspies, qui représentait l'Italie ; son précepteur, un vénérable religieux franc-comtois, qui représentait la France ; Madame la vicomtesse de Ch***, dame d'honneur de Madame la comtesse de Chambord, était là au nom de son Auguste Maîtresse. Le Prince était représenté par trois de ses secrétaires, son médecin, son aumônier et tous ses autres serviteurs restés au château. Un vénérable religieux rédemptoriste, confesseur de la Princesse depuis la mort du vénérable abbé Trébuquet, se trouvait là au nom de l'Allemagne catholique. De plus il y avait les Frères de Marie, chargés des écoles de garçons à Frohsdorf, les Sœurs de sainte Chrétienne de Metz, avec leurs pensionnaires et une foule de fidèles du village et des villages environnantsLa magnifique chapelle du château, décorée de ses plus beaux ornements, était au grand complet.
 
Au moment de la consécration, toute l'assistance, pénétrée de la plus vive émotion, tomba à genoux et s'unit de cœur et d'âme au digne aumônier, qui prononça d'une voix forte et pleine de larmes celte touchante consécration au Bienheureux saint Joseph proclamé par l'Auguste Pie IX, patron de l'Église universelle.
 
Après la cérémonie, cette consécration fut envoyée à Mgr le comte de Chambord, qui daigna l'approuver comme ayant parfaitement rendu toute sa pensée. Depuis lors, quelques copies en ont été faites par des personnes qui assistaient à la fête, et c'est une de ces copies, parfaitement conforme à l'original, que nous reproduisons ici :
 

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Consécration à saint Joseph.

« Adorable Jésus, Fils unique et bien-aimé du Père avant tous les siècles, devenu dans le temps, par le choix libre de Votre amour, Fils unique et bien-aimé de Marie et Fils adoptif de son virginal époux saint Joseph, permettez que nous profitions de ce moment solennel et mille fois précieux, où entouré de Vos anges, et présent sur cet autel, Vous daignez agréer nos humbles hommages et Vous préparer à nous bénir, pour venir nous placer, comme Vous le fîtes Vous-même, sous la protection spéciale du bienheureux Patriarche votre Tuteur, Votre Guide et Votre Père pendant la première partie de Votre vie mortelle. Déjà bien des fois nous nous sommes donnés à Vous, ô divin Maître. Nous avons eu aussi le bonheur dans diverses circonstances solennelles de nous consacrer spécialement à Votre céleste Mère, en la suppliant de vouloir nous accepter pour enfants.
Aujourd'hui nous voulons compléter notre œuvre et assurer de plus en plus notre persévérance, le salut de nos âmes en les remettant entre les mains de Votre Père nourricier. Nous sommes heureux de confier à saint Joseph nos destinées temporelles et éternelles en même temps que les intérêts sacrés de notre chère Patrie, de nos augustes Princes, de la sainte Église et de son Chef vénéré. Fidèles à Vos divines inspirations, ô divin Rédempteur, nous cherchons un abri contre les coups de Votre justice dans les bras paternels de Celui qui porta et nourrit Votre Enfance. Puissions-nous, selon la mesure de grâce que nous avons reçue, éprouver pour saint Joseph les sentiments d'amour, de vénération, de tendresse et d'affectueuse confiance que Vous lui manifestâtes si souvent par Vos regards, Vos paroles et Vos divines caresses, qui en faisaient ici-bas le plus heureux des hommes. C'est donc pour répondre aux désirs de Votre Cœur filial que nous allons nous consacrer au Protecteur bien-aimé qui vous tînt lieu de père et que Vous appelâtes de ce nom si doux.
Déjà l'Auguste Pontife, Votre vicaire, a jugé opportun de placer l'Église sous le puissant patronage du glorieux saint Joseph. Mais ce n'est pas assez pour nous de cette consécration générale, si nous n'y ajoutions de notre côté la consécration personnelle de Nous-même et de tout ce qui nous est cher. Nous allons donc sous Vos auspices, ô Jésus, et sous les auspices de Votre Mère Immaculée, exprimer au bienheureux Patriarche les sentiments et les désirs que Vous nous inspirez Vous-même.
C'est au nom de tous Vos fidèles serviteurs que nous parlons, au nom des fils de saint Louis et de tous ceux à qui Vous avez fait la grâce de leur servir de cortège, au nom des présents et des absents, au nom des plus élevés comme des plus humbles, au nom des Princes comme des derniers de leurs serviteurs, au nom des Français d'adoption comme des Français de naissance, au nom des jeunes gens et des jeunes filles, des enfants et des vieillards, des prêtres et des séculiers, des âmes consacrées à Dieu dans la vie religieuse et des personnes engagées dans les liens du mariage, au nom des justes et des pécheurs, des parfaits et des imparfaits, au nom de tous, en un mot, car tous nous voulons devenir les clients et les protégés du puissant saint Joseph, comme nous espérons être les vôtres, ô Jésus, et ceux de Votre divine Mère.
Ô chaste Époux de la Mère de Dieu, Père nourricier de son adorable Fils, gardien, conservateur, confident, imitateur et coopérateur de l'Un et de l'autre ! en vue de vos illustres prérogatives, en vue du pouvoir que Dieu vous a accordé sur la terre et dans le ciel, nous vous consacrons aujourd'hui nos cœurs. Nous voulons qu'après les cœurs de Jésus et de Marie, le vôtre soit l'objet constant de nos respects et de nos hommages.
Que ne pouvons-nous, ô grand Saint ! enchaîner tous les cœurs à votre trône !mais nous n'avons que les nôtres, nous vous les offrons et nous les soumettons à votre empire. Qu'après l'amour et la gloire de Jésus et de Marie, votre gloire et votre amour soient le principe et le germe de toutes nos pensées, de tous nos désirs, de toutes nos paroles et de toutes nos actions !
Jamais cœur ne fut plus enflammé que le vôtre du désir de voir régner l'amour de Jésus et de Marie. Allumez-le dans les nôtres et qu'il les possède, qu'il les pénètre, qu'il les embrase, qu'il les consume ! Nous le désirons, nous vous le demandons. Que ce soit dans les ardeurs sacrées de cet amour et du vôtre que nous rendions le dernier soupir, et que les dernières paroles que prononceront nos lèvres expirantes, soient les saints, les doux, les aimables noms de Jésus, Marie, Joseph.
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Ô bienheureux Joseph, Père nourricier de Jésus, digne époux de Marie, Reine des vierges, nous nous consacrons à votre culte et nous nous donnons tout à vous. Soyez notre Père, notre Protecteur et notre Guide dans les voies du salut ; soyez le Sauveur de notre patrie et le puissant Libérateur de l'Église. Obtenez-nous à tous une grande pureté de corps et d'âme et la grâce de faire à votre exemple toutes nos actions pour la plus grande gloire de Dieu, en union à votre cœur très-pur et aux Cœurs sacrés de Jésus et de Marie. Assistez-nous tous les jours et surtout à l'heure de notre mort. Ainsi-soit-il.
Ô bon saint Joseph, protégez-nous, protégez la sainte Église, protégez notre patrie et la famille de nos rois. Ainsi-soit-il. »
 
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« Cette consécration, qui avait lieu le 19 mars 1871, a été renouvelée cette année pour la fête de saint Joseph en présence de Leurs Altesses Royales le comte et la comtesse de Chambord et de toute leur suite. La fête n'était pas d'obligation, mais elle fut célébrée avec la pompe des plus grandes solennités et cela sur l'ordre de l'auguste chef de la Maison de France, qui tenait à rendre à saint Joseph toute la gloire que mérite son puissant patronage. Tous les assistants furent édifiés de la piété des Princes qui s'unissaient avec une ferveur touchante aux sentiments exprimés par le ministre de Jésus-Christ, agenouillé devant le saint Tabernacle.
 
Nous l'avouons sans détour, cette consécration solennelle au glorieux Patriarche, proclamé solennellement par Pie IX, Patron de l'Église universelle, remplit notre cœur d'espérance. Nous voyons dans ces témoignages de la piété d'un Prince, sur la personne duquel reposent tant d'intérêts sacrés, un gage précieux de régénération et de triomphe pour notre chère France.
 
Que les nouveaux barbares mettent toute leur confiance dans leurs engins meurtriers, dans le nombre et la rapidité de leurs coursiers, hi in curribus et in equis, pour nous, éclairés des plus pures lumières de la foi, nous plaçons notre ferme espérance dans le nom du Seigneur: Nos autem in nomine Domini ».
 
L’abbé anonyme est très vraisemblablement M. l’abbé Amédée-Alexandre Curé (1838-1905), ordonné prêtre en 1861 au diocèse de Châlons, précepteur du duc de Parme puis aumônier de la famille royale en exil à Frohsdorf, membre du tiers-ordre dominicain à partir de 1878 et camérier d'honneur du pape (1887). Il succéda comme Grand-Aumônier de France au chanoine Stanislas-Barnabé Trébuquet (1796-1868), prêtre du diocèse de Beauvais, chanoine de Beauvais et de Paris, mort le 28 mars 1868, et dont il composa l’éloge funèbre.
 
En ce 150e anniversaire de la mort du chanoine Trébuquet, et 5e anniversaire de celui de l’abbé Chanut, présentons au Ciel nos prières pour nos Grands-Aumôniers de France qui portaient celles pour nos Princes, et unissons-nous toujours plus nombreux dans cette chaîne de prières pour la sanctification et restauration de Mgr le prince Louis de France, Chef de la Maison de Bourbon et aîné des Capétiens. Que le glorieux saint Joseph protège et accompagne toujours ce « Prince, sur la personne duquel reposent tant d'intérêts sacrés, un gage précieux de régénération et de triomphe pour notre chère France ». 
 
« Ô bon saint Joseph, protégez-nous, protégez la sainte Église, protégez notre patrie et la famille de nos rois. Ainsi-soit-il ».
 
Abbé Louis de Saint-Taurin +
 
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Abbé Louis de Saint-Taurin +


24/10/2018
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Saint Michel Archange

Saint Michel Archange

Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie Royale

25 septembre 2018

Dans quelques jours nous célébrerons la fête de saint Michel et de tous les saints Anges, dont il est le Chef ou Archange.

Deuxième Séraphin à la création des Anges, il en devint le premier à la révolte de Lucifer, dont l'orgueilleuse rébellion suscita chez lui ce cri d'indignation : "Qui est comme Dieu", en hébreu Mi kha el ? Qui prétend s'égaler à Dieu ?

Premier Ange, il est le "grand Prince", comme l'appelle le saint prophète daniel, le "Prince de la Milice des Anges", dit un répons de la liturgie, le Chevalier des droits de Dieu, et le principal ennemi du diable, selon saint Bruno. Son rôle dans l'histoire du salut et dans celle de l'Eglise est incommensurable (très souvent mentionné dans la Sainte Ecriture sans être nommé, selon les Pères).

Il fut le "Prince d'Israël", selon saint Daniel, l'Ange gardien du Peuple élu de l'Ancien Testament. Premier des Anges, seul il pouvait être désigné par Dieu comme l'Ange gardien de l'Humanité de Jésus, "afin, dit le Psaume XC du saint Roi David, de le garder en toutes ses Voies". Il devint logiquement dans le Nouveau Testament l'Ange gardien de la Sainte Eglise, nouvel Israël, d'après saint Chrysostome. Il convenait qu'il devînt l'Ange gardien de la France, qui est la nouvelle "tribu de Juda", selon le Pape Grégoire IX ; et il vint préparer sa mission en consacrant avec les saints Anges la cathédrale Notre-Dame du Puy, future protectrice du Royaume, le 11 juillet 225.

 

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I. Le Patron du Royaume.

 Aux aurores du Royaume saint Michel apparut au saint Roi Clovis 1er le Grand à la bataille de Tolbiac en 496 pour répondre à son appel au secours au "Dieu de Clothilde", il lui prédit la victoire en vertu de la Croix et réduisit l'armée ennemie à la merci de Clovis. Après la bataille Clovis, par reconnaissance (grande vertu royale envers Dieu), lui consacra sa personne et son Royaume. C'est donc chronologiquement le premier saint Patron de la France, il est "le Patron et Prince de l'empire des Gaules", selon les termes de saint Charlemagne.

Saint Michel compléta son intervention en servant de ministre au Saint-Esprit pour apporter, sous la forme d'une Colombe (qui manifestait la troisième Personne de la Très-Sainte Trinité comme au Baptême du Sauveur), la Sainte Ampoule au sacre de Clovis à la Noël 496 à Rheims, comme le dit une antienne du sacre du Roi de France : "par le ministère d'un Ange". Et tous les Rois des trois Races tinrent saint Michel en grand honneur ; saint Charlemagne le mit sur son étendard et fit de sa fête du 29 septembre une fête d'obligation en 813 (jusqu'au concordat de 1801 !).

 

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II. Le bastion de Saint Michel.

Pour rendre sa protection perpétuellement visible, saint Michel apparut le 16 octobre 708 à saint Aubert, évêque d'Avranches, pour lui demander "que l'on bâtît une église sous son patronage au sommet du mont Tombe", dit l'office du 16 octobre. Pour vaincre les doutes de l'évêque, à la troisième apparition il lui pressa le crâne avec son doigt sur le côté gauche et y fit un trou, ce qui convainquit l'évêque et son chapitre de la réalité de l'apparition, comme on peut encore le voir sur le crâne du saint en l'église des Saints Gervais et Protais d'Avranches. L'Archange prenait matériellement possession du Royaume en y plaçant son Trône terrestre.

Averti, le Roi Childebert III le juste "voulut s'y rendre en pèlerinage", selon le même office, suivi au cours des siècles par nombre de ses successeurs. Le mont Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer, dont l'église primitive (toujours subsistante sous l'actuelle) fut consacrée par Notre-Seigneur lui-même en présence de saint Michel le 16 octobre 709, est, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, face aux tempêtes de l'océan (figure des tempêtes du monde et des démons), le bastion du Prince des Anges face au prince de ce monde pour la protection du Royaume, et l'un des pèlerinages les plus fréquentés de la France et de la Chrétienté : "Immensi tremor oceani" (la terreur de l'immense océan), selon la devise de l'ordre de Saint-Michel.

 

III. La protection du Royaume.

Dans l'une de ces plus graves tempêtes, alors que la moitié du pays était envahie, le Mont soutint vaillamment un siège de trente-cinq ans (1415-1450), malgré l'abbé, passé à l'ennemi, mais grâce à ses moines, à sa petite garnison et à ses habitants, restés fidèles à saint Michel, car, "tant que dura la monarchie, dit dom Guéranger, l'Archange ne souffrit pas qu'une autre bannière que celle du Roi Très-Chrétien flottât jamais près de la sienne sur ses remparts" (comme au Puy fit Notre-Dame).

L'Archange apparut alors en 1425 à une vierge de treize ans, sainte Jehanne d'Arc, à Domremy, en Barrois mouvant, et peu à peu il lui "raconta la pitié du Royaume de France et comment elle devait aller au secours du Roi".
Lui-même avait reçu mission de la Reine du Puy pour son jubilé de 1429, et il envoya la jeune Pucelle délivrer la ville d'Orléans le 8 mai (en la fête de son Apparition au mont Gargan), puis mener sacrer le Roi Charles VII le Victorieux à Rheims le 17 juillet (pendant l'octave de la Dédicace de la cathédrale Notre-Dame du Puy par saint Michel et les saints Anges).

La sainte envoyé sa mère et les soldats de son escorte gagner le jubilé anicien à sa place et prier l'Archange en l'abbatiale Saint-Michel d'Aiguilhe (consacrée sur son mont le 18 juillet 961) pour le succès de sa mission. Elle-même plaça saint Michel et saint Gabriel sur son étendard. Et à son martyre saint Michel vint prendre sa belle âme.

 

Ste jeanne d'Arc - église à Messery - 74 - FR.jpg


En reconnaissance (vertu royale envers Dieu), le Roi Louis XI le Prudent fonda le 1er août 1469 l' "Ordre et aimable Compagnie de Monsieur saint Michel" en "commémoration et honneur de Monsieur saint Michel Archange, premier Chevalier". C'est le plus ancien ordre royal actuellement subsistant, et pour ce motif son collier se trouve au plus près de l'écu royal. Monseigneur le Duc d'Anjou, Chef et Souverain Grand-Maître, et trois chevaliers (dont deux des Ordres du Roi) continuent cette tradition des vertus chevaleresques à l'image du grand Archange et de la fidélité royale sous la protection de l'Ange gardien du Royaume.

 

IV. La fidélité de saint Michel.

Pendant les périls des guerres de Religion, lors du sacre du Roi Henri IV le Grand à Chartres le 27 février 1594, un jeune enfant vêtu de blanc et resplendissant de lumière demeura auprès du Roi pendant toute la cérémonie comme sainte Jehanne d'Arc au sacre de Charles VII, puis disparut, et l'on pensa que c'était saint Michel (qui avait laissé une trace de pied d'enfant au mont Gargan) : l'Archange était donc toujours fidèle pour protéger le Royaume et "sauver le Roi" (selon le Psaume XIX de saint David). Pensons à prier saint Michel pour le salut du Roi et du Royaume.

Pendant les périls de la Fronde, la Reine Mère Anne d'Autriche, au nom de son fils le Roi Louis XIV le Grand, se tourna vers l'Ange gardien du Royaume et décida en 1652 de consacrer le premier mardi de chaque mois (on honore chaque mardi les saints Anges depuis saint Alcuin au VIIIème siècle) à saint Michel, et d'y faire célébrer une messe en son honneur pour la protection du Royaume, selon la grande tradition royale de la dévotion à saint Michel. Nous pourrions faire célébrer cette messe mensuelle en l'honneur de saint Michel pour le Roi et pour le Royaume.

 Saint Michel apparut en 1751 à la bienheureuse Antoinette d'Astonac, carmélite portugaise (dans un pays capétien), pour lui demander de répandre le chapelet de saint Michel et des neuf chœurs des Anges : quatre Pater en l'honneur de saint Michel, de saint Gabriel, de  saint Rapahël et de notre Ange gardien, puis trois Pater et trois Ave en l'honneur de chacun des neuf chœurs des Anges suivis à chaque fois d'une salutation au chœur concerné. Ce pourrait être une de nos dévotions chaque premier mardi du mois auprès du Chef et des membres de la Milice angélique (munie d'indulgences par le bienheureux Pape Pie IX) pour le Roi et pour le Royaume.

 En 1758 les neuf évêques de Bretagne (comme les neuf chœurs des Anges) instituèrent à la date du 5 janvier, veille de la fête de la Royauté de Jésus-Christ et des saints Rois Mages, une fête en "l'honneur des saints Anges gardiens du Roi et du Royaume", ce dernier étant saint Michel. Même hors de Bretagne ce pourrait être une grande fête en l'honneur de saint Michel et du saint Ange gardien de Louis XX (certainement un grand Ange pour le Roi Très-Chrétien).

Pendant la première Guerre Mondiale Paris fut épargné grâce à un vœu de son archevêque à saint Michel, ce pour quoi il construisit une nouvelle église à saint Michel aux Batignolles. Et l'Archange manifesta encore sa fidèle protection du pays en arrêtant la seconde Guerre Mondiale le 8 mai 1945, en sa fête. Pensons à célébrer les fêtes du saint Ange gardien du Royaume (8 mai Apparition au mont Gargan en 490, 29 décembre Dédicace du mont Gargan par saint Michel en 493 et fête principale de l'Ordre de Saint-Michel, 16 octobre Apparition en 708 et Dédicace par le Sauveur en 709 du mont Tombe, et 5 janvier fête du saint Ange gardien du Royaume). Rappelons-nous que dans les graves périls et tempêtes actuelles c'est saint Michel, Chevalier du Cœur immaculé de Marie et de la Reine du Puy, qui donnera la victoire ; et qu'il nous dit, selon la poësie de sainte Thérèse de Lisieux :

 

"Je suis Michel, le gardien de la France,
Grand général au royaume des cieux".

 

Soixante-deux villes et villages de France, sans compter les hameaux (et combien de sanctuaires et de chapelles d'églises !) lui sont consacrés.

Rappelons-nous qu' "il est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort", selon saint Alphonse, et qu'il est invoqué dans la prière de la recommandation des mourants. Il "vient, dit saint Thomas, au secours des chrétiens, non seulement à l'heure terrible de la mort, mais au jugement particulier", et "Dieu lui a donné, dit saint Bonaventure, de faire pencher la balance en faveur de ses dévoués serviteurs" : "Prévôt du paradis", selon une antienne, il "introduit les âmes dans la sainte lumière" du ciel, selon la messe des Défunts. Puisse-t-il en être ainsi de notre Roi, de notre Reine, de nos petits Princes et Princesse, du plus grand nombre de Français, et de nous-mêmes. Ainsi soit-il.

 

Abbé Gabriel Eyquin +

 

 

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24/09/2018
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« A fructibus eorum cognoscetis eos » (Matth. VII, 16).

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits »

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Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

 

Cette fête de Saint Louis, plus encore que tous les autres « 25 du mois » - pourtant déjà spécialement consacrés à davantage de prière pour notre Souverain légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX -, nous invite à redoubler de ferveur : « Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum : Seigneur, sauvez notre Roi Louis ! ».

Cette fête de Saint Louis, modèle de tous les Rois chrétiens, nous stimule à être toujours plus dévoués à la prière pour le Roi Très Chrétien.

Cette fête de Saint Louis, céleste patron de notre Prince Louis ainsi que de Monseigneur le Dauphin, et protecteur particulier des Capétiens, exige de nous que nous nous montrions toujours plus généreux et exigeants dans l'accomplissement de ce à quoi nous nous sommes engagés en devenant membres de cette Confrérie.

Nous ne sommes pas entrés dans cette milice spirituelle – car c'en est une - par mondanité, mais pour mener un combat, au service du Roi de la terre lieu-tenant du Roi du Ciel, par les armes de la prière et de la pénitence.

 

Quitte à passer pour un radoteur et un rabat-joie, mon devoir de Prieur est de vous le rappeler, à temps et à contretemps.

Mon devoir de Prieur m'impose d'insister, aujourd'hui et demain, et jusqu'au bout de mes forces, sur le fait que, pour fléchir le Ciel et en faire descendre d'abondantes grâces sur le Royaume des Lys et son Souverain légitime, il est nécessaire et indispensable, d'ajouter à nos prières des sacrifices et des mortifications volontaires.

Ayez en mémoire que Saint Louis non seulement donnait la première place à Dieu, par la prière, dans ses journées, mais qu'en outre il était assidu et constant dans la pénitence, portant haire et cilice, pratiquant rigoureusement le jeûne et se faisant donner la discipline.

 

* * *

 

Chers Amis, en ce 25 août 2018, notre humble Confrérie Royale célèbre le troisième anniversaire de sa fondation : cette journée est donc aussi marquée par une profonde action de grâces.

Action de grâces pour son développement : développement qui s'effectue – lentement mais sûrement - par une croissance continue en effectifs et en audience, mais surtout par la croissance spirituelle de chacun des membres. Nombreux, en effet, sont ceux qui peuvent témoigner que les engagements qu'ils ont pris en entrant dans cette Confrérie sont une force et un puissant stimulant pour leur vie chrétienne tout entière, en même temps qu'ils sont source d'épanouissement et de joie.

Les fondateurs de cette Confrérie Royale sont eux-mêmes émerveillés, même s'il ne s'agit pas de choses spectaculaires, par la manière dont la divine Providence qui s'est servie d'eux comme de pauvres instruments, conduit les choses, bien au-delà de ce qu'ils pouvaient concevoir ou imaginer quand, le 25 août 2015, ils ont annoncé cette fondation.

 

Mais nous savons et n'oublions jamais que marcher à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ signifie, immanquablement, d'embrasser Sa Croix et d'avoir part à Ses opprobres. S'il n'en était pas ainsi d'ailleurs, nous pourrions - et même devrions - douter de la vérité surnaturelle de l'œuvre entreprise.

Nous ne pouvons donc pas nous étonner du fait que la Confrérie Royale soit tantôt méprisée, tantôt combattue, tantôt calomniée : cela est déjà une réalité, et, compte-tenu des enjeux pour lesquels elle a été créée, il faut être certain que cela n'ira pas en diminuant.

 

* * *

 

Méprisée, combattue, calomniée : la Confrérie Royale doit bien sûr s'y attendre de la part des ennemis de la Royauté traditionnelle et de toutes les valeurs humaines et spirituelles dont elle est la synthèse. Ces dignes héritiers des sans-culottes et des septembriseurs ont au moins le mérite d'être cohérents avec les idées perverses dont ils se sont faits les serviteurs.

Jusqu'à présent, certes, ils ne nous ont pas maltraités physiquement, pas jetés en prison, pas torturés, pas envoyés à la guillotine. Cela viendra peut-être un jour, et nous devons non seulement nous préparer à cela (car la persécution viendra peut-être plus rapidement qu'on ne l'imagine) mais nous devons avoir le désir de rendre le témoignage suprême du sang versé « pour Dieu et pour le Roi ».

Néanmoins, il est déjà arrivé que nous recevions des insultes et faisions l'objet d'agressions verbales, avec toutes les « délicatesses de langage » dont les personnes grossières dans leur mentalité et dans leurs mœurs sont évidemment capables. Mais de cela nous ne nous formalisons pas trop ; il n'y a là rien que de très conforme à la logique des « deux cités » décrites par Saint Augustin : « Deux amours ont donc bâti deux cités, l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité de Dieu ».

 

Méprisée, combattue, calomniée, la Confrérie Royale l'est aussi par de sincères serviteurs de Dieu : fidèles de la Sainte Eglise catholique qui ne sont pourtant pas des apostats, prêtres ou religieux qui ne sont pourtant pas des clercs dévoyés, prélats réputés pour leur soutien aux valeurs traditionnelles, royalistes défendant les principes d'une monarchie chrétienne, voire même légitimistes affichés et « engagés »... etc.

Faut-il s'en étonner ? Certainement pas !

C'est par ceux dont Il a dit qu'ils siégeaient dans la chaire de Moïse et qu'il fallait pratiquer ce qu'ils enseignaient (mais pas imiter leur conduite) que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été attaqué de la manière la plus virulente, plus que par les impies et les païens auxquels ils finiront par Le livrer.

Les catholiques – et plus encore les clercs - qui calomnient et colportent des mensonges sur la Confrérie Royale auront à en rendre compte au tribunal de Dieu, parce qu'ils enfreignent gravement le 8ème précepte du décalogue dont ils sont supposés faire une application exemplaire. Quant à nous, nous avons mieux à faire que de nous justifier nous-mêmes (cf. Rom. VIII, 33).

 

* * *

 

La seule réponse qu'il est en notre devoir et pouvoir de donner, est celle d'une toujours plus grande fidélité aux exigences auxquelles nous nous sommes librement et volontairement engagés, afin d'obtenir le maximum de grâces au Roi que nous avons l'honneur de servir et, à travers lui, à la France.

Notre-Seigneur a donné un critère de discernement infaillible au moyen duquel toute âme de bonne volonté est capable de se faire une opinion objective et solide : « A fructibus eorum cognoscetis eos : vous les reconnaîtrez à leurs fruits ! » (Matth. VII, 16).

Je terminerai donc par quelques questions auxquelles je n'apporterai pas moi-même de réponse : la Confrérie Royale porte-t-elle ses adhérents à mieux aimer et servir Dieu, oui ou non ? La Confrérie Royale est-elle un « club » mondain et superficiel, oui ou non ? La Confrérie Royale diffuse-t-elle des idées contraires aux desseins de Dieu sur la France, oui ou non ? La Confrérie Royale pose-t-elle des obstacles à une authentique restauration de la monarchie traditionnelle, oui ou non ? Les pèlerinages et manifestations organisés par la Confrérie Royale portent-ils des fruits de grâce et de vie spirituelle, oui ou non ?

 

Ainsi donc : « Si cette entreprise ou cette œuvre est des hommes, elle se dissipera ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez la détruire, et peut-être que vous vous trouveriez à combattre contre Dieu même ! » (Act. V, 38-39).

 

Votre très humble et très dévoué,
in Corde Iesu & Mariae.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

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24/08/2018
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Message du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion de la fête de l'Assomption

Mardi 14 août 2018,
Fête de Saint Maximilien-Marie Kolbe,
Vigile de l'Assomption de Notre-Dame.

 

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Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,
Chers Confrères,
Bien chers membres et sympathisants de la Confrérie Royale,

 

A la veille de la très grande et belle fête de l'Assomption de Notre-Dame et principale fête patronale du Royaume de France, permettez-moi de vous rejoindre à travers ces quelques lignes afin de 


1) vous souhaiter à chacun une bonne, belle et surtout très fervente fête (puisque toute fête de notre Mère céleste et souveraine, est une fête de chacun de ses enfants) ;


2) vous encourager, autant que cela est possible (mais je sais bien que ce n'est pas possible pour tous, en raison de la maladie, de l'infirmité, ou bien encore en raison du désert spirituel dans lequel ils se trouvent), à participer non uniquement à la Sainte Messe mais encore aux autres cérémonies - en particulier les processions - en l'honneur de Notre-Dame dont cette fête est l'occasion ;


3)  et dans le cas où cela n'est pas possible (pour l'une ou l'autre des raisons évoquées ci-dessus) de ne pas omettre alors de renouveler en votre particulier la consécration de notre France à Notre-Dame en utilisant les prières traditionnelles prescrites pour cela (vous les trouverez par exemple > ici), car l'accomplissement du Vœu de Louis XIII ne consiste pas à faire une lecture publique de l' édit de Saint-Germain par lequel ce pieux monarque a publié ses volontés concernant la consécration de la France à la Très Sainte Vierge Marie, mais à réciter les prières liturgiques particulières édictées par la Sainte Eglise pour le renouvellement de cette consécration ;


4) à prier de manière toujours plus instante pour notre Souverain Légitime, SMTC le Roi Louis XX, pour qu'il ait toutes les inspirations célestes, lumières naturelles et surnaturelles, et toutes les forces - physiques et morales - nécessaires à la mission que la divine Providence a placée sur ses épaules par l'effet des Lois Fondamentales du Royaume ; 


5) à ne pas négliger de prier pour la Confrérie Royale elle-même, afin qu'elle croisse en nombre, bien sûr, mais plus encore en ferveur et en fruits de sainteté : dans une confrérie, les membres sont plus spécialement unis par des liens de fraternité spirituelle et doivent donc, même éloignés les uns des autres et lors même qu'ils ne se connaissent pas personnellement, avoir un vif souci de prier les uns pour les autres, mus par une sollicitude fraternelle sincère et profonde ;


6) à recommander d'une manière encore et toujours plus instante à Notre-Seigneur, par l'intercession de Sa Très Sainte Mère et de tous nos saints intercesseurs, notre cher confrère Emmanuel, père de famille nombreuse, membre plénier de la Confrérie et militant actif de la Légitimité au sein du Cercle Légitimiste d'Ile de France : nous avons déjà à plusieurs reprises - depuis la fin du mois de mai - demandé des prières à son intention, et nous le faisons encore avec insistance, car après de très grosses alarmes, qui ont fait craindre le pire, et même s'il se trouve aujourd'hui dans un service de rééducation fonctionnelle, son état donne encore lieu à des inquiétudes et nécessite que nous ne relâchions en aucune manière nos prières à son intention, ainsi que pour son admirable épouse et ses enfants.

 

Mosaïque du Vœu de Louis XIII - basilique de Fourvière.jpg

 

Basilique de Fourvière (Lyon) : mosaïque représentant le Vœu de Louis XIII

 

A ces recommandations, permettez-moi encore d'ajouter quelques informations :


- Le 25 août, fête de Saint Louis de France, saint patron de notre Roi et de Monseigneur le Dauphin, céleste protecteur de la France et de la Confrérie Royale, dont ce sera aussi le troisième anniversaire de la fondation, n'omettez pas de marquer avec une ferveur renouvelée le "25 du mois".
Amis Parisiens ou proches de Paris, je vous rappelle qu'une Sainte Messe sera célébrée par des prêtres de la Confrérie en l'église Saint-Germain l'Auxerrois à Paris, à 10 h 30.
Vous êtes loin de Paris ? Mais dans nos provinces, plusieurs membres de la Confrérie ou membres des Cercles Légitimistes font célébrer des Messes pour la Saint-Louis : renseignez-vous !
Quant aux membres des Cercles Légitimistes du Dauphiné et du Vivarais et les membres de la Confrérie Royale qui se trouvent géographiquement proches, ils sont aussi invités à une journée de récollection que j'animerai au Mesnil-Marie (cf. > ici).

 

- Les 29 et 30 septembre prochains, aura lieu le 106ème pèlerinage légitimiste à Sainte-Anne d'Auray, organisé par la Fédération Bretonne Légitimiste : nous n'insisterons jamais assez sur l'importance de ces pèlerinages pour soutenir l'action d'authentique restauration de la royauté capétienne traditionnelle ; nous vous invitons donc instamment à vous rendre à ce pèlerinage, où je compte moi-même être présent. Tous les renseignements se trouvent > ici.

 

- Enfin, je signale à votre attention la publication présentant la fondation des chanoines séculiers de Saint-Remi qui a été faite, ce 13 août, > ici

 

Je vous renouvelle mes vœux les plus fervents à l'occasion de ce 15 août, vous assure de ma (malheureusement très pauvre) prière à l'intention de chacun d'entre vous et à toutes vos intentions, me confiant aussi moi-même à vos charitables prières.

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

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13/08/2018
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Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion du centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le 17 juillet 1918.

1918 - 17 juillet - 2018

 

Icône sainte famille impériale russe.jpg

 

Icône de la famille impériale russe martyre

 

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, vers le petit matin, dans la cave de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, petite ville de l'Oural, Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch et la Tsarine Alexandra Feodorovna, ainsi que leurs cinq enfants : les grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia et le Tsarévitch Alexis furent horriblement massacrés, puis leurs corps furent jetés dans une fosse à quelque deux kilomètres de là.

Il n'est point dans mon intention de relater les détails de cette abominable boucherie, ni même de rappeler les circonstances qui ont conduit à la chute de l'empire des Romanov.

 

Je veux en revanche insister sur le fait que, selon les paroles de Notre-Dame de Fatima quelques mois plus tôt, l'écroulement de cet empire russe chrétien, allait permettre que la Russie répandrait ses erreurs dans le monde provoquant guerres et persécutions.

A la suite de la famille impériale martyre, des centaines de milliers de moines, de moniales, de fidèles adultes et enfants, en Russie puis dans tous les pays où le communisme triomphant exporta ses doctrines abominables, derrière les rideaux de fer ou de bambou et sur tous les continents, ont subi le martyre sanglant en raison de leur fidélité au Christ.

 

Je veux en revanche insister sur le fait que les deux révolutions russes (1905 et 1917), ne sont que les filles et les épigones de l'abominable révolution de 1789, et que les bourreaux de 1917 et des décennies suivantes ne sont que les successeurs et continuateurs de ceux qui ont conduit à l'échafaud Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, les Bienheureuses Martyres d'Orange, les Bienheureuses Ursulines de Valenciennes, les Bienheureuses Filles de la Charité d'Arras, les Bienheureuses Carmélites de Compiègne (dont la fête liturgique se trouve justement en ce 17 juillet), et tant de milliers d'autres connus ou anonymes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fait mourir à petit feu emmuré Sa Majesté le Roi Louis XVII, ou confiné plusieurs milliers de religieux et de prêtres dans les pontons des navires-mouroirs de Rochefort ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fusillé et percé de baïonnettes les Bienheureux Martyrs d'Angers et d'Avrillé, les milliers de défenseurs de Lyon s'insurgeant contre la Convention ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont brûlé vifs les villageois et les tout petits enfants des Lucs sur Boulogne et les habitants de nombreux bourgs de nos bocages et de nos campagnes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont égorgé avec une liesse satanique les détenus des prisons et des hôpitaux de Paris en septembre 1792, ou organisé des noyades en série dans des mises en scène aussi cruelles qu'impudiques... etc. ...etc.

 

Je veux en revanche insister sur le fait que les millions de victimes des deux guerres mondiales du XXe siècle, ainsi que des guerres liées aux combats d' « unification nationale » au XIXe siècle (par exemple pour l'Italie et l'Allemagne), ou des guerres dites d'indépendance au XXe siècle, comme encore les millions de victimes de toutes les idéologies qui découlent des divers avatars du nationalisme (dont les plus célèbres sont le fascisme et le national socialisme hitlérien) – ce nationalisme vers lequel lorgnent pourtant certains catholiques qui, ce faisant, croient être contre-révolutionnaires ! -, toutes, absolument toutes, sont en fait des victimes de la révolution dite française continuée, exportée, diversifiée, démultipliée, à la manière des têtes sans cesse renaissantes d'une hydre sortie de l'enfer.

Je pourrai développer cette sanglante et sinistre litanie sur des pages et des pages encore...

 

La nuit prochaine, nuit de l'exact centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le Patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou conduira une imposante procession sur 21 km – oui, vous avez bien lu : sur 21 km ! - à Ekaterinbourg.

Certes, je ne suis pas orthodoxe et je ne méconnais ni ne minimise les obstacles doctrinaux qui empêchent l'unité et la pleine communion entre orthodoxes et catholiques, néanmoins je ne peux que souscrire et reprendre à mon propre compte et pour le compte de toute la Confrérie Royale cette déclaration du Patriarche Cyrille : « Lavés par le sang de nos martyrs nous devons devenir un autre peuple qui ne permettra jamais plus d’outrager ses valeurs sacrées, de se refuser à Dieu » ; et l'on voudrait qu'aujourd'hui en Occident et dans l'Eglise catholique romaine des évêques aient des convictions suffisantes et assez de courage pour tenir le même langage au sujet de la révolution de 1789 et de toutes ses continuations : pour tenir le même langage lorsqu'ils sont interrogés par nos médias pourris, pour tenir le même langage en face des politiques marionnettes des loges, pour tenir le même langage surtout dans nos églises et nos cathédrales dévastées par la crise moderniste en face de fidèles qui, dans leur écrasante majorité, ne professent plus que des bribes de la foi authentique révélée par Notre-Seigneur !

Mon Dieu, donnez-nous des évêques et des prêtres capables de prêcher la pénitence et l'expiation au sujet de la satanique révolution, et, ce faisant, entraînant les âmes vers une authentique conversion des intelligences, une authentique conversion des cœurs et une authentique conversion des mœurs pour que la pureté et l'intégralité de la foi divine soit restaurée non seulement dans les âmes mais dans la société tout entière !

Le but de la révolution en effet, en 1789 comme en 1917, a été de détruire les monarchies chrétiennes, remparts de l'Eglise et de la foi, ce pourquoi la seule véritable et nécessaire contre-révolution se fonde sur la conversion profonde des individus, des institutions et des sociétés pour restaurer dans leur pureté et leur splendeur spirituelle des Rois et des Princes authentiquement chrétiens, participant de toute leur légitimité et de toute leur volonté aux desseins rédempteurs et sanctificateurs de Dieu, dans l'ordre social et politique qui leur a été départi par la divine Providence.

 

J'ai cru nécessaire de le rappeler avec force à l'occasion du centième anniversaire du massacre de Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch, la Tsarine Alexandra Feodorovna, et leurs cinq enfants, authentiques martyrs comme la famille royale française lors de la grande révolution, parce que c'est en haine de la royauté chrétienne dont ils incarnaient les principes (malgré leurs faiblesses personnelles), en haine du Droit Divin, et donc en haine du Christ Notre-Seigneur, qu'ils ont été mis à mort.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

 

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16/07/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie Royale - 25 juin 2018 :

Lettre mensuelle aux membres et sympathisants
de la

Confrérie Royale

 

- 25 juin 2018 -

 

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« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé »

Dévotion au Sacré-Cœur, culte de l’Amour

 

Les atrocités et les douleurs de la Passion ne suffisaient pas aux Juifs, il leur fallait encore accomplir un outrage de plus. De sa lance, le soldat ouvrit le côté du Christ. Telle une clef, la lance du soldat nous ouvre la porte. Bien plus que la lance, c’est le Cœur même de Notre Seigneur qui est la véritable clef. Le côté transpercé, comme à « cœur ouvert », Notre-Seigneur veut que nous allions à Lui. « Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ? » dira Saint Augustin.

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » et l’Époux, le côté transpercé, le « cœur ouvert » donne vie à l’Église. Elle qui est sortie de ce côté transpercé doit sans cesse revenir à son origine : l’amour du Cœur de Jésus. De haut de la croix, Notre-Seigneur voit les misères et les horreurs des hommes, Il scrute chacun de nos actes. Depuis déjà plusieurs siècles, notre pays a vu ses fils tant aimés du Père devenir des fils de malédiction. L’ancienne lance qui leur avait ouvert la porte de la vie, ils l’ont retournée vers eux-mêmes et ils ont détourné leurs regards. Pour ces raisons, nous avons un devoir d’expiation, de réparation, et de faire amende honorable au Cœur Sacré de Jésus. Dans cette auguste mission, Notre Seigneur ne nous a-t-Il pas dit : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » et aussi « je demanderai au Père, et Il vous donnera un autre Paraclet, l’Esprit de vérité ». Alors, avec de telles promesses, nous pouvons courageusement nous engager dans cette mission.

 

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  1. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé », Lui qui est le pain descendu du ciel.

Le mois de Juin est traditionnellement consacré au Sacré Cœur de Jésus. L’Église dans sa grande sagesse et par sa vénérable liturgie nous conduit. Elle nous envoie l’Esprit Paraclet en la fête de Pentecôte, nous fait ensuite contempler le mystère de la Très Sainte Trinité, puis nous fait adorer l’adorable corps de Jésus-Christ sous les voiles du Saint-Sacrement avec la « Fête Dieu. » À présent nous devons nous approcher plus particulièrement du Sacré Cœur de Jésus, brasier d’amour. Que ce temps liturgique est riche, qu’il est révélateur de la sagesse de l’Église ! Alors, si nous trouvons que l’Église nous propose bon nombre de fêtes entre la fin mai et début juin, il faut y voir une logique, bien plus, l’expression de la sagesse de l’Église. Si la fête du Sacré-Cœur est si proche de celle du Saint-Sacrement, n’est-ce pas pour mieux exprimer le lien très étroit entre les deux ? C’est Notre-Seigneur qui l’a voulu ainsi. Ce désir, Il l’a lui-même exprimé alors que Marguerite-Marie était en prière devant l’Eucharistie.

D’ailleurs, Notre Seigneur n’a-t-Il pas demandé à Sainte Marguerite-Marie la communion réparatrice du vendredi et la pratique de l’heure sainte. En allant devant la Sainte Hostie, nous rencontrons le divin Cœur de Jésus. Disons aussi que la dévotion au Sacré Cœur peut indéniablement avoir une grande influence sur nos communions : plus la dévotion grandit en nous, plus elle nous pousse à toujours mieux communier. Avec la douloureuse Passion, l’Eucharistie est la plus profonde manifestation de l’extrême amour de Jésus pour nous.

 

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  1. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé », Lui qui est Amour.

 

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ». Les hommes ayant désappris l’amour, le Sacré Cœur est le seul à pouvoir réapprendre l’Amour, car Il est l’Amour. Alors Bien-Chers Confrères, ne perdons pas de vue l’essentiel : le Crucifié. C’est Jésus Crucifié qui laisse son Cœur être transpercé de la lance. Allons à lui et offrons-lui quelques consolations. Oh, nous aimons le Sacré Cœur, mais pensons-nous, devant les images du Sacré Cœur, à toutes les douleurs qu’Il a dû endurer pour nous, dans sa douloureuse Passion ?

Marguerite-Marie a été la grande propagatrice de l’amour du Cœur de Jésus, de son Sacré Cœur. L’objet propre de cette dévotion n’est autre que le divin amour, par lequel Jésus s’est livré pour nous. Et Jésus l’a lui-même dit à Sainte Marguerite-Marie, en montrant son Cœur de chair : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. »

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » Le Sacré-Cœur est comme le soleil qui doit éclairer et réchauffer nos propres cœurs. « Ce Sacré-Cœur m’était représenté comme un soleil brillant d’une éclatante lumière, dont les rayons tout ardents donnaient à plomb sur mon cœur. » dira Sainte Marguerite-Marie. L’amour de Dieu fait homme demande notre dévotion, nous ne saurions la lui refuser. Saint Bonaventure ne dit-il pas en commentant le chapitre 19, 31-37 du Saint Évangile de Jean : « Riche trésor, précieuse perle est votre Cœur, très bon Jésus ; nous les trouvons dans le champ labouré de votre corps. Qui rejetterait cette perle ? » Aimons Celui qui est Amour, aimons ce Cœur qui a tant aimé les hommes.

 

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  1. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé », Jésus-Christ a un message pour le Roi (1).

 

Parmi les hommes, il en est un que Notre-Seigneur désigne comme le « fils aîné de son Sacré Cœur », c’est le Roi : « Fais savoir au fils aîné de mon Sacré Cœur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. » Ainsi Marguerite-Marie a-t-elle formulé le message que Notre-Seigneur, au temps de Louis XIV, aurait voulu que l’on transmette à la personne du Roi. Il reste que ce message est d’une actualité certaine. Il nous faut sans cesse renouveler notre consécration, travailler au règne du Sacré Cœur dans notre pays, au sein de nos familles. Notre-Seigneur veut régner dans les cœurs de tous ses fils, Il veut toujours s’établir dans le cœur de son fils aîné.

Le 10 février 1792, alors qu’il est déjà prisonnier, Louis XVI serait entré à Notre-Dame pour se consacrer lui, sa famille et son royaume au Sacré Cœur. Ainsi, prenons cette démarche pour modèle. Dans les troubles actuels, l’instabilité politique, l’immoralité du peuple, la dévastation des mœurs, l’invasion islamique, le rejet de Dieu… consacrons-nous au Sacré Cœur ! Tant de bénédictions et de grâces nous serons assurées.

En ce mois de juin, en récitant les litanies du Sacré Cœur, pensons à tous ces hommes, à toutes ces femmes et à tous ces enfants qui avaient le Sacré Cœur attaché à leurs vêtements, signe de leur fidélité à Dieu et au Roi, son lieutenant. Souvent, ils sont allés jusqu’au sacrifice d’eux-mêmes. À leur exemple, nous devons avoir le Sacré Cœur en quelque sorte brodé « dans la peau ». Face aux grands tourments dont souffre notre pays, cherchons notre secours dans le Sacré Cœur.

Chaque jour, regardons Celui qu’ils ont transpercé et donnons-lui notre cœur. Jésus très aimant et très obéissant rendez nos cœurs semblables au vôtre.

 

Que cela soit-ainsi !

 

Abbé Louis-Samson de La Ferté

 

1 - année 1689.

 

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24/06/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 mai 2018)

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De la maternité de sainte Jeanne d’Arc

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Portrait de Jeanne d’Arc selon une miniature du XVe s., musée de Rouen

Lundi dernier a été célébrée pour la première fois dans l’Église universelle[1] une fête mariale intitulée : « Marie Mère de l’Église », parce qu’en la fête de la Pentecôte, la Mère du Sauveur a enfanté une seconde fois le Christ, mais cette fois-ci son Corps mystique qu’est l’Église, de nouveau sous l’action du Saint-Esprit (cf. Lc 1, 35). Déjà sainte Thérèse de Lisieux disait de la Bienheureuse Vierge Marie qu’« Elle est plus mère que reine ».

Restant sauf le titre de Mater Ecclesiæ, exclusivement réservé à la Sainte Vierge, pourquoi n’y aurait-il pas également des « Mères dans l’Église », qui seraient comme le pendant féminin de ceux que l’Église a appelés très tôt les « Pères de l’Église »[2] ? Le propre d’une mère étant de donner la vie, d’allaiter et d’élever son enfant, le rôle des « Mères dans l’Église » serait d’enfanter les âmes à la vie de l’Église, de les nourrir en leur expliquant l’Évangile et de les faire grandir dans la foi et les autres vertus chrétiennes.

Au XVème siècle, époque de virilité marquée, comment ne pas reconnaître l’intervention proprement divine à l’égard d’une jeune bergère devenue femme soldat, à la tête de l’armée royale ? Si Jeanne est ainsi l’instrument du surnaturel, c’est que Dieu a bien quelque chose à nous dire à travers l’épopée de « la Vierge stupéfiante » (Pie II). D’autant que nous sommes bien renseignés sur ses paroles : l’auteur d’un tout récent Dictionnaire à la fois scientifique et amoureux sur notre héroïne estime que « nous sommes en présence du personnage de l’humanité, après Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Très Sainte Vierge Marie, le plus documenté de tous les temps »[3].

Pourtant, comment une jeune vierge de 19 ans peut-elle exercer une maternité spirituelle ? Comment la jeune bergère qui « ne savait ni a ni b » peut-elle être enseignante dans l’Église ? Comment enfin celle que ses juges ont déclarée hérétique peut-elle ensuite être présentée en modèle aux Chrétiens ?

En appelant « Mère dans l’Église » les « femmes fortes »[4] – il y en a eu, et il y en a encore aujourd’hui – qui, par leur témoignage de foi, ont influencé la vie de l’Église et l’ont imprégnée du rayonnement de leur spiritualité, alors oui : il nous est permis d’accorder ce titre à la Pucelle d’Orléans, dont le destin a fortement marqué, non seulement les Français, mais encore l’Église universelle.

Afin d’approfondir la maternité de Jeanne dans les divers aspects de l’Église, envisageons la division traditionnellement tripartite de l’Église : militante, souffrante et triomphante. À l’instar du Christ, son « doux Seigneur », Jeanne est elle-même passée par ces trois étapes successives.

 

I)                  Jeanne : une Mère dans l’Église militante

Comme on ne peut être père sans d’abord avoir été fils, c’est en étant une « fille modèle » que Jeanne peut devenir une mère spirituelle ; fille respectueuse de ses parents bien sûr[5], en application du 4ème Commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère » (Ex. 20, 12). Mais sa piété filiale dépasse la simple filiation naturelle d’avec ses parents pour s’épanouir jusque dans sa relation à l’égard de Dieu, de l’Église et de son pays, envers lesquels elle exerça saintement cette vertu de piété.

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Maison natale de Jeanne à Domremy-la-Pucelle

§ 1. Fille de Dieu

Fille de Dieu, Jeanne l’est devenue comme tout Chrétien le jour de son baptême, semble-t-il en la fête de l’Épiphanie 1412. Mais cette appellation devient le titre particulier qui lui est attribué de son vivant pour montrer aux yeux de tous qu’elle est envoyée « de par Dieu ». C’est du reste ainsi que l’appellent ses « Voix », saint Michel surtout qui lui annonce que sa mission va commencer : « Va, fille de Dieu, va ! Je serai ton aide ! − Fille de Dieu, il faut que tu quittes ton village et ailles en France ».

Fille saine et sainte[6], examinée physiquement par d’autres femmes[7] et intellectuellement par un conseil de théologiens à Poitiers (mars 1429), son message est rendu facilement et rapidement crédible. Au village de Domremy, on s’accorde pour la dire simple, pieuse, honnête et serviable[8].

Sa mère lui avait transmis les rudiments de la foi : elle connaissait son Credo, son Pater et son Ave Maria[9]. Ses « Voix » complètent son éducation et l’aident à « se gouverner ». « Sois sage et bonne enfant, va souvent à l’église », lui conseillera par exemple l’archange saint Michel.

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Jeanne & ses Voix. Tableau de Hermann Anton Stilke (XIXe s.)

Elle aimait aller prier seule à l’église paroissiale ou à la chapelle plus reculée de Notre-Dame de Bermont ; son amour pour l’intimité avec le Seigneur la prédisposait déjà aux apparitions célestes dont elle bénéficierait dès l’âge de 13 ans. Son guide, c’est Jésus, dont le nom devient, dans la spiritualité profondément christocentrique de l’époque, « comme le souffle incessant de son âme, comme le battement de son cœur, le centre de toute sa vie »[10].

Elle a en effet constamment sur les lèvres le Nom du Christ Seigneur ; Il est sa vie. « J’ai bon Maître, à savoir Notre-Seigneur, auquel je me rapporte de tout. Notre-Seigneur a toujours été le maître de mes faits, et l’ennemi n’y eut jamais puissance ». À son procès, elle répondra souvent : « Je m’en rapporte, Je m’en attends à Notre-Seigneur ».

La fidèle Servante n’entre pas au service de Charles le dauphin, elle est au royal service de son « Droiturier et Souverain Seigneur », le Christ. « Qui est ton Seigneur ? » lui demanda Baudricourt – « C’est le Roi du Ciel », répondit l’adolescente. Charles VII n’était que le « lieu-tenant » de Dieu : le locum tenens du vrai Roi de France : Jésus-Christ. C’est ce qu’illustre magistralement la triple donation du 21 avril 1429 qu’elle demanda au roi de ratifier devant notaires[11].

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Miniature d’un manuscrit de 1505

Instruite du plan divin la concernant, Jeanne se décide à vivre résolument l’engagement qui lui est demandé : elle est en cela un magnifique exemple de fidélité à la vocation[12]. La « Patronne du laïcat chrétien », comme l’appelle Jacques Maritain, « enseigne à la fois son devoir d’obéissance dans l’ordre spirituel et l’autonomie absolue de son action dans l’ordre temporel »[13]. Jeanne d’Arc n’est en effet qu’un exécutant parfait des ordres venus d’En-haut.

 

§ 2. Fille de l’Église

Par son baptême, tout chrétien devient également fils de l’Église, laquelle nous enfante à la vie surnaturelle. C’était du reste le cri de sainte Thérèse d’Avila en mourant : « Je suis fille de l’Église ! ». Saint Cyprien, Père de l’Église, disait également : « Nul n’a Dieu pour père s’il n’a pas également l’Église pour mère ».

Par son comportement, elle rayonne des vertus chrétiennes. Face à la rudesse des soldats qu’elle est amenée à côtoyer, elle les évangélise par sa bonté, son courage et son extraordinaire pureté. Sa vie devient alors « une source surnaturelle d’inspiration pour [notre] propre vie, inspirée par un exemple aussi glorieux que fructueux de l’histoire de France qui est aussi l’histoire de l’Église »[14].

L’interrogatoire qu’elle eut à subir lors de son procès cherche à la piéger sur sa soumission à l’Église institutionnelle afin de pouvoir la déclarer hérétique. Les questions sont révélatrices, et les réponses de Jeanne sont d’une limpidité et d’une profondeur étonnantes :

« Nous vous demandons si vous avez fait quelque chose contre la foi, si vous voulez vous en rapporter à la détermination de notre Sainte Mère l’Église ? – Que mes réponses soient vues et examinées par les clercs et que l’on me dise ensuite s’il y a quelque chose qui soit contre la foi chrétienne... S’il y a quelque chose de mal contre la foi chrétienne que Dieu a commandée, je ne le voudrais soutenir et serais bien courroucée d’aller contre. »

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Jeanne interrogée dans sa prison par le Cardinal de Winchester. Tableau de Paul Delaroche (XIXe s.)

« Voulez-vous vous mettre en la détermination de notre Sainte Mère l’Église de tout ce que vous avez fait, soit en bien, soit en mal ? – Quant à l’Église, je l’aime et je voudrais la soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne, et ce n’est pas moi qu’on devrait empêcher d’aller à l’église et d’entendre messe. – Voulez-vous vous rapporter de vos dits et de vos faits à la détermination de l’Église ? – Je m’en rapporte à Dieu qui m’a envoyée, et à Notre Dame et à tous les saints et saintes qui sont au paradis. Et il me semble que c’est un et même chose de Dieu et de l’Église, et que de cela on ne doit pas faire difficulté ; pourquoi en faites- vous difficulté ? »[15]

« Croyez-vous que vous êtes soumise à l’Église de Dieu qui est sur terre, à savoir notre seigneur le pape, les cardinaux, archevêques, évêques et autres prélats de l’Église ? – Oui, Dieu premier servi – Avez-vous commandement de vos voix de ne pas vous soumettre à l’Église militante qui est sur terre ni à son jugement ? – Je ne réponds rien que je prenne dans ma tête, mais ce que je réponds, c’est du commandement de mes voix et elles ne me commandent pas que je n’obéisse à l’Église. »[16]

Fille de l’Église, elle se soumet entièrement à son chef visible, le Souverain Pontife à qui elle en appelle lors de son procès, comme c’était le droit de tout accusé et qui lui sera refusé : « De tout ce que j’ai dit et fait, que cela soit transmis à Rome devers notre sire le pape, à qui, et à Dieu d’abord, je me rapporte »[17]. Car pour elle, le Christ et l’Église, « c’est tout un ».

            Son amour de l’Église va jusqu’à l’héroïsme puisqu’il la conduit à l’oblation : Jeanne voit le déroulement des événements avec un regard vraiment surnaturel, comme provenant de la volonté de Dieu, et les hommes – même les clercs indignes – comme ses instruments pour l’accomplir. « Dans l’amour de Jésus, Jeanne trouve la force d’aimer l’Église jusqu’à la fin »[18].

 

§ 3. Fille de France

Nous sommes tous les enfants de notre pays : nos parents nous enfantent à la vie naturelle, l’Église à la vie surnaturelle, et notre pays à la société civile, en nous offrant une terre, une langue, un patrimoine. « Patrie » signifie d’ailleurs : la « terre de nos pères ». L’honneur dû à notre pays est, en ce sens, le prolongement du 4ème Commandement de Dieu. Jeanne a rempli ce devoir au plus haut point, jusqu’à la mort.

Avec un aplomb qui dut fortement déplaire à ses juges ecclésiastiques, elle insistera sur la mission unique et personnelle qu’elle avait reçue de Dieu pour intervenir dans le sort de son pays livré à l’occupant anglais par le calamiteux traité de Troyes (1420) :

« Personne au monde, ni duc, ni fille du roi d’Écosse ne peut recouvrer le royaume de France ; il n’y a de salut qu’en moi. Je préférerais bien cependant filer auprès de ma pauvre mère ; car ce n’est pas là œuvre des personnes de mon état ; mais il faut que je le fasse, car ainsi le veut mon Seigneur ».

 Dans la bouche d’une paysanne, c’eût été un délire d’extravagance et d’orgueil si pareil discours n’était pas suivi des mots : « Ainsi le veut mon Seigneur », pour lequel vouloir c’est pouvoir. Elle doit rendre Dieu à la France et la France à son Dieu. « Je puis tout en celui qui me fortifie », répétait-elle après saint Paul (Phil. 4, 13). Et ça, ce n’est pas de la témérité mais la foi ; c’est faire une confiance absolue en Dieu, alors que tout pouvait sembler perdu au milieu de cette France exsangue et découragée.

À 17 ans à peine, elle redonne espérance aux Français qui n’y croyaient plus, enlisés dans l’interminable Guerre de Cent Ans. Sans remettre à plus tard sa décision, sur l’ordre de ses « Voix », elle part aussitôt redonner courage au Dauphin appelé à devenir roi de France, lequel n’était plus que le « roi de Bourges », se croyant même fils illégitime.

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Entrevue de Jeanne d’Arc & Charles VII à Chinon, basilique de Domremy

Paysanne qui n’avait pas été formée à la politique, elle avait compris l’injustice de cette occupation étrangère dont les pauvres gens étaient les premières victimes, dans l’insécurité d’un conflit qui n’en finissait pas. Le lien existant dès l’origine entre son expérience mystique et sa mission politique « fait de cette jeune fille un cas unique dans l’histoire de l’Église », a dit Benoît XVI[19], et il constitue « un des aspects les plus originaux de sa sainteté ».

Lorsque l’archange saint Michel se manifeste à Jeanne alors qu’elle n’a encore que 13 ans, elle se sent autant appelée à « intensifier sa vie chrétienne » qu’à « s’engager personnellement dans la libération de son peuple ». Pour cette « nouvelle Moïse », remplir ses devoirs envers Dieu va de pair avec honorer ceux envers son pays. Cette libération nationale est œuvre de justice humaine, que Jeanne va accomplir avec charité, par amour pour le Christ, charité qui fascina tant le poète Charles Péguy[20]. Ce qui en fait, continue Benoît XVI, « un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, en particulier dans les situations les plus difficiles »[21].

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Étant la digne fille de son pays, Jeanne devient sa protectrice non seulement ici-bas par son combat mené contre l’ennemi, mais encore après sa mort par le titre que lui accordera Pie XI de « Patronne secondaire de la France » (1922) : au Ciel, sa mission n’est donc pas terminée. Dans sa lettre apostolique Galliam Ecclesiæ filiam primogenitam (« France, fille aînée de l’Église ») par laquelle il lui décerne ce titre glorieux, le Pape est persuadé que ce patronage « pourra devenir pour la France une cause de bien, de prospérité et de bonheur »[22].

Depuis, la ferveur du peuple français reconnaissant continue de l’invoquer pour obtenir par son intercession, encore aujourd’hui, le secours de Dieu qui s’était fait en elle si éclatant.

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II)               Jeanne : une Mère dans l’Église souffrante

« Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi », dit le Catéchisme de l’Église catholique (§ 2473). C’est la voie qu’a suivie Jeanne pour être étroitement configurée au Christ, le « Serviteur souffrant » (cf. Is. 50, 4-7). Par son procès et par sa mort, elle mérite encore le titre de « Mère dans l’Église ».

§ 1. La Passion de Jeanne 

Le mystère de la souffrance fait entièrement partie du plan rédempteur de Dieu. La maternité entre de plain-pied dans ce mystère, comme l’évoque Notre-Seigneur :

 « La femme, lorsqu’elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde » (Jn 16, 21).

La maternité spirituelle n’échappe pas à cette règle, et l’Apôtre des Gentils compare lui-même son apostolat à un enfantement douloureux : « Mes petits-enfants que j’enfante encore, pour lesquels je ressens encore les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Jésus-Christ soit formé en vous » (Gal. 4, 19). C’est donc en souffrant sa Passion que Jeanne enfanterait spirituellement de nombreuses âmes. N’est-ce pas au pied de la Croix que la Vierge Marie est devenue la Mère de l’humanité[23] ?

De même que Jésus fut trahi par l’un de ses proches, l’apôtre Judas (cf. Lc 22, 48), Jeanne sera trahie devant Compiègne, faite prisonnière le 23 mai 1430 et vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10.000 £. Sa Passion commence alors, marquée par le long et dramatique procès qui la conduira au bûcher.

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Sainte Thérèse de Lisieux jouant sa propre pièce de théâtre dans le rôle de Jeanne d’Arc (1895).

Le premier procès de Jeanne, celui qui l’amène à sa condamnation, se déroule de janvier à mai 1431. Il deviendra le prototype de tous les procès politiques, « le plus infâme qui ait épouvanté les hommes depuis celui de Jésus-Christ » (Léon Bloy). Là, elle doit faire face à des hauts prélats et théologiens de la prestigieuse Université de Paris réunissant plus de trois cents prêtres, trois cardinaux et onze évêques à la solde des Anglais, sous l’égide d’un nouveau Caïphe en la personne de l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon.

Ce n’est pas un chef de guerre qui est ici jugé, c’est une jeune femme seule face à des théologiens aveuglés qui réclament sa mort, lui font du chantage, la terrorisent et même la torturent. C’est bien une Passion, qui n’est pas sans rappeler celle du Christ. L’injustice est criante. Mais Jeanne, bien qu’écrasée par ses juges, ne perd pas pour autant sa dignité. Elle a terriblement peur ; elle est humaine et la mort l’angoisse, mais elle est forte dans sa foi, et rayonnante lorsqu’il est question de celle-ci.

Ce procès nous révèle le cœur ardent de Jeanne. Émouvante de simplicité et de vérité, elle triomphe de tous les pièges que lui tendent ses juges corrompus. Loin de ce qu’ils pensaient alors, c’est finalement son témoignage qui la sortira grandie, elle qu’ils voulaient humilier.

Au fil des procès-verbaux, l’on découvre les admirables répliques de Jeanne et, à travers elles, tout un enseignement moral. Déjà, sa hauteur de vue, ses inspirations spirituelles que ne peuvent comprendre ses juges terre-à-terre. Elle leur parle de libération, ils pensent à une attaque matérielle. Mais tout comme dans la Passion du Christ, ce n’est pas d’une victoire temporelle dont il est ici question, mais bien d’une victoire spirituelle. L’aveuglement de ces juges hypocrites n’est pas sans rappeler celui des Juifs de l’Évangile[24].

« Ce procès, dira Benoît XVI, est une page bouleversante de l’histoire de la sainteté et également une page éclairante sur le mystère de l’Église qui, selon les paroles du Concile Vatican II, est ‘‘à la fois sainte et appelée à se purifier’’[25]. (…) Ces juges sont des théologiens auxquels manquent la charité et l’humilité pour voir chez cette jeune l’action de Dieu. Les paroles de Jésus viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc 10, 21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme : ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte. »[26]

 

§ 2. Comment meurt une Sainte

Le Sauveur a peu agi et beaucoup souffert ; sa grande œuvre, ce fut de mourir : c’est par sa mort qu’il a vivifié le monde. Ceux et celles qu’il s’est choisis n’échappent pas à la règle : « Le disciple n’est pas plus grand que le maître » (Lc 6, 40), lequel doit achever en sa chair « ce qui manque aux souffrances du Christ au profit de son Corps qui est l’Église » (Col. 1, 24). Le baptême de sang est inséparable de la mission divine. D’ailleurs, les deux conseillères qui assisteront Jeanne dans son appel sont précisément deux femmes martyres : sainte Catherine et sainte Marguerite, comme pour lui annoncer son futur sort.

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‘‘Les Vigiles de Charles VII’’, miniature du XVe s.

Par une incroyable machinerie, dont l’issue était réglée d’avance, elle allait être déclarée « hérétique, apostate, schismatique, blasphématrice, sorcière, idolâtre, relapse… » : pas moins de 69 chefs d’accusation lui sont reprochés ! « Ne te chaille pas de ton martyre, l’avaient encouragée ses « Voix » : prends tout en gré, Dieu t’aidera ; tu t’en iras par grande victoire en Paradis ! »[27]

Elle est brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Pour unir son sacrifice à celui de Jésus, elle embrasse et presse contre son cœur une croix qu’on lui a fabriquée, puis demande à avoir devant les yeux une croix de procession, afin d’y puiser force et consolation. Les flammes l’atteignant, elle crie par trois fois : « Jésus ! Jésus ! Jésus ! ». C’est le testament qu’elle nous laisse : le saint Nom de Jésus, qui explique tout ensemble sa mission, son auteur, son but. Sa mort n’altère en rien la popularité qu’elle a rapidement acquise auprès du peuple, ni n’arrête la marche victorieuse de Charles VII, qui l’avait pourtant lâchement abandonnée.

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Jeanne d’Arc sur le bûcher place du Vieux-Marché à Rouen. Tableau de Jules-Eugène Lenepveu (1874) au Panthéon de Paris

Des témoins affirmèrent avoir vu son âme sous la forme d’une colombe s’élever vers le Ciel. Son corps virginal était quant à lui entièrement réduit en cendres, en signe de la pénitence qu’elle accomplissait pour cette terre qui la trahissait. « Et Dieu dit : ‘‘Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi’’ » (Gn 4, 10). Même son cœur qui, dit-on, était demeuré intact, allait être jeté à la Seine par le bourreau[28]. Dieu ne permit pas que l’on conservât ses reliques : son exemple seul devait traverser les siècles jusqu’à nous. « Ô Jeanne ! s’écriait Malraux dans un discours mémorable[29], Sans sépulcre et sans portrait ! Toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants ! »

 

III)            Jeanne : une Mère dans l’Église triomphante

Ici, notre étude ne suit plus la chronologie de la vie de Jeanne, car sa mission a vite rencontré une gloire terrestre qui allait rapidement laisser la place à la douleur. Pour suivre encore le Christ, elle est passée du Thabor au Calvaire : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Revenons ici sur le triomphe terrestre qu’a connu Jeanne, auquel allait succéder un triomphe posthume bien plus grand encore.

§ 1. Le triomphe terrestre

Son succès ici-bas, c’est la complète réussite de sa mission divine : délivrer Orléans de l’occupation anglaise (8 mai 1429) et faire sacrer le vrai roi de France à Reims (seulement deux mois plus tard, le 17 juillet). Confiante en la véracité de ses « Voix », elle s’était écriée : « Mon Seigneur cependant veut que le Dauphin soit fait roi, et tienne le royaume en commande. Il sera fait roi malgré ses ennemis, et c’est moi qui le conduirai à son sacre ». L’extraordinaire chevauchée de Jeanne va durer exactement 487 jours, soit 16 mois.

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Sacre de Charles VII, auquel assiste Jeanne. Tableau de Jules-Eugène Lenepveu (XIXe s.) au Panthéon de Paris

Si en France, selon les Lois fondamentales du royaume, la naissance désigne le futur roi, elle ne le constitue pas et ne le met pas en possession du royaume. C’est un roi vassal qui doit attendre l’investiture du suzerain, le Seigneur de Jeanne ; cette investiture se fait par le sacre. Le rôle de Jeanne est alors de conduire Charles VII à Reims pour y recevoir l’Onction sainte : sa mission politique sera là encore couronnée de succès.

Des miracles éclatent de son vivant[30] : à Chinon, elle reconnaît aussitôt son « gentil Dauphin » dissimulé parmi les courtisans alors qu’elle ne l’avait jamais vu, elle soulage les douleurs du duc de Lorraine qui l’avait appelée à son chevet, elle ressuscite un nourrisson à Lagny, elle prédit le départ complet des Anglais dans les sept années qui suivront sa mort…

Dernier miracle que nous tenons à souligner : au moment de mourir, elle obtient ce qu’elle demande témérairement : communier une dernière fois. Bien que condamnée comme hérétique et contre toute règle canonique, elle est autorisée à recevoir la sainte Communion. Qu’il nous soit permis d’y voir ici un « petit » miracle que Dieu favorisait pour lui accorder la force du martyre.

 

§ 2. La « Sainte de la Patrie »

« Celle qui est l’insigne gloire de votre patrie, l’est en même temps de la religion catholique » dira Léon XIII[31]. Après le triomphe terrestre, suivi immédiatement de sa Passion, son triomphe céleste va commencer. La « revanche » de l’héroïne condamnée franchit une première étape avec son procès en réhabilitation initié dès 1456[32] par le Pape Calixte III à la demande de sa famille, réunissant quelque 120 témoins oculaires.

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Cérémonie de canonisation de la Bse Jeanne d’Arc en la basilique Saint-Pierre (1922)

Mais il faudra attendre le 27 janvier 1894 pour qu’elle soit déclarée « Vénérable »[33] (Léon XIII), le 18 avril 1909 pour qu’elle soit béatifiée (saint Pie X) et le 16 mai 1920 pour qu’elle soit canonisée (Benoît XV), dans un contexte historique de violentes luttes anticléricales[34]. Deux ans après sa canonisation (1922), Jeanne est déclarée Patronne secondaire de la France (Pie XI). Elle qui, de son vivant, en appelait au Saint-Père pour que sa cause lui soit transmise, ce sont finalement cinq Papes qui vont lui rendre justice, depuis la révision de son procès jusqu’à son patronage céleste sur la France.

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Saintes Patronnes de la France : la Sainte Vierge, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus & sainte Jeanne d’Arc. Tableau de Sr Marie du Saint-Esprit o.c.d. conservé au carmel de Lisieux (1945).

Lorsqu’un saint est canonisé, c’est l’action indéniable et éclatante de Dieu à travers cette personne que l’Église cherche à exalter. On peut se demander quels avantages cette jeune femme de 19 ans pouvait apporter à l’Église. Mais un saint est toujours un trésor pour l’Église. Plus que soldat, elle fut apôtre ; Jeanne d’Arc ne fut pas canonisée pour avoir servi la France, mais pour avoir servi Dieu – mais en servant Dieu, elle servait son pays. Les comptes rendus du procès de Rouen nous montrent à ce propos son incontestable grandeur d’âme. Sa fête est inscrite au calendrier universel au 30 mai, jour de son dies natalis, c’est-à-dire de sa naissance au Ciel ; elle est solennisée en France le deuxième dimanche du mois de mai.

Après sa canonisation par l’Église catholique vient celle de la République laïque : Jeanne devient la « Sainte de la Patrie »[35], personnifiant le vrai patriotisme français. L’historien Michelet, en 1841, en fait une héroïne incarnant le peuple, capable de cristalliser le sentiment national. Dès lors, historiens et politiciens s’emparent de la jeune Pucelle pour en faire tour à tour une figure traditionnelle de gauche comme de droite. Deux mois après sa canonisation par l’Église, une loi civile toujours en vigueur est votée à l’unanimité, instituant la « fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme »[36] fixée au deuxième dimanche de mai : Jeanne devient ainsi la mère de la « nation ». Depuis, une cérémonie militaire a lieu traditionnellement devant sa statue équestre à Paris.

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Statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris (1874)

Tous veulent se reconnaître dans cette figure emblématique, de l’extrême-gauche (on veut la qualifier de « première révolutionnaire » après Jésus, le « premier des sans-culottes » [sic !] selon l’expression du prêtre jacobin Chabot !) à l’extrême-droite (elle est le porte-flambeau du Front National), en passant par les féministes et les « tradis »… Bref, « Jeanne relève du patrimoine universel de l’humanité »[37]. Le nationaliste Maurice Barrès s’en fera l’écho dans un vibrant discours à la Chambre des députés :

« Il n’y a pas un Français, quelle que soit son opinion religieuse, politique ou philosophique, dont Jeanne d’Arc ne satisfasse les vénérations profondes. Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique ? C’est une martyre et une sainte. Êtes-vous royaliste ? C’est l’héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims. Rejetez-vous le surnaturel ? Jamais personne ne fut aussi réaliste que cette mystique ; elle est pratique, frondeuse et goguenarde, comme le soldat de toutes nos épopées… Pour les Républicains, c’est l’enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies… Enfin, les socialistes ne peuvent oublier qu’elle disait : ‘‘J’ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux’’. Ainsi, tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d’Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. »[38]

Elle fait l’unanimité si l’on peut dire, et son culte est répandu jusque chez les « Anglois » qu’elle avait « boutés hors de toute France »[39] ! C’est que la sainteté est à la fois universelle et unifiante.

 

§ 3. Le Docteur de la Royauté sociale du Christ

Plus encore que Mère, Jeanne est « Docteur », c’est-à-dire qu’elle ne nous laisse pas seulement une spiritualité éducative (ce qui est le propre du père et de la mère), elle est véritablement enseignante par la doctrine ecclésiale qu’elle nous livre au cours de sa courte mais intense « vie publique ».

Docteur ? N’est-ce pas exagéré pour celle qu’on dit analphabète et sachant à peine écrire son nom ? Sa science ne procède pas de son instruction, certes, mais elle est chez elle directement infuse par Dieu, en application de la parole du psaume : « C’est moi qui enseigne aux hommes la vraie science » (Ps. 113, 10). En développement de ce verset biblique, l’Imitation fait dire à Jésus-Christ :

« Celui à qui je parle deviendra vite sage et fera de grands progrès spirituels. (…) C’est moi qui élève l’âme humble en un clin d’œil et lui donne plus de rayons de l’éternelle vérité que si elle avait étudié dix ans dans les écoles. Moi, j’enseigne sans bruit de paroles. »[40]

En déclarant sainte Thérèse de Lisieux Docteur de l’Église universelle, le Pape Jean-Paul II précisait :

« La science de l’amour divin que répand le Père de toute miséricorde, par Jésus-Christ en l’Esprit Saint, est un don accordé aux petits et aux humbles afin qu’ils connaissent et qu’ils proclament les secrets du Royaume cachés aux sages et aux savants. »[41]

« La science de l’amour divin » : c’est parce que Jeanne l’a elle-même éminemment pratiquée et enseignée que l’évêque de Blois de l’époque, Mgr de Germiny, réclamait il y a une dizaine d’années le doctorat pour Jeanne à l’occasion des festivités orléanaises[42].

On pourrait en effet reconnaître dans la Sainte de Lorraine le charisme d’enseignement d’un Docteur de l’Église : cela tant, comme pour la « petite Thérèse », « à la fois à cause du don de l’Esprit Saint qu’elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ »[43], que, à l’instar de sainte Catherine de Sienne, de sa sagesse infuse :

« Ce qui frappe plus que tout dans la sainte, c’est la sagesse infuse, c’est-à-dire l’assimilation brillante, profonde et exaltante des vérités divines et des mystères de la foi (…) due à un charisme de sagesse de l’Esprit Saint »[44].

Son enseignement rayonne d’ailleurs jusque dans le Catéchisme de l’Église catholique, qui la cite à quatre reprises : la réception ecclésiale de sa doctrine manifeste bien l’autorité qu’elle a acquise dans l’explicitation de notre foi.

Chaque Docteur de l’Église a en quelque sorte sa spécialité : chacun s’est plu à mettre en lumière l’un des mystères divins en particulier. Pour Jeanne, c’est la doctrine du Christ-Roi : « Tout dans son existence, écrivait l’un de ses biographes jésuite, est pour faire resplendir le dogme de la royauté de Jésus-Christ »[46]. Cinq siècles avant que ne soit instituée la fête du Christ-Roi[47], la « Messagère du Roi du Ciel » se fait le héraut de ce titre royal de Jésus, universel dans son étendue sur les individus, les familles et les nations[48], en application de sa propre parole : « Toute puissance m’a été donnée au Ciel et sur la terre » (Mt 28, 18).

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Coupole de la basilique de Domremy : Jeanne offrant la couronne et le sceptre du royaume de France au Christ-Roi

De cette soumission de l’homme à Dieu dépend son bonheur ici-bas, selon ce qu’affirmait Pie XI : « Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix – se répandraient infailliblement sur la société tout entière »[49]. Ce principe, Jeanne y croyait de toutes ses forces, et l’on peut dire qu’elle en est véritablement l’apôtre pour l’avoir appliqué, et fait appliquer en son propre royaume. Sa sainteté ne fut-elle pas de se laisser gouverner entièrement par le Christ ?

Les régimes politiques passent, le règne de Dieu demeure. Au-dessus des régimes pour le moins fluctuants, il existe une constitution supérieure qui « ne passera jamais » (1 Cor. 12, 31) : la loi divine promulguée par l’Homme-Dieu. C’est à cela qu’on reconnaissait la Chrétienté : Jésus-Christ, Roi commun des peuples, et la loi de l’Évangile : leur loi première.

Pour Jeanne, le Salut de la France et des Français n’est pas ailleurs que dans la fidélité à sa vocation chrétienne. Née sous trois Papes[50], Dieu ne l’envoie pourtant pas désigner le « bon » Pape, mais placer le « bon » roi sur le trône de France ; elle n’a pas pour mission de mettre un terme au grand Schisme d’Occident mais à la Guerre de Cent ans.

Jeanne rayonne sur toute la sainte Église et sur le monde entier pour y faire éclater la vérité signifiée dans le mystère de l’Épiphanie : la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Dieu fit naître la Pucelle en la fête de l’Épiphanie, au jour de la manifestation des droits de l’Emmanuel sur les rois et sur les nations qu’elle avait mission de rappeler aux chrétiens oublieux et ingrats. »[51]

La mission de Jeanne dépasse toutefois le domaine du politique, même s’il est essentiel : elle personnifie le surnaturel chrétien faisant irruption dans l’histoire, l’action du surnaturel dans le temporel. « Jamais, sauf peut-être dans l’Ancien Testament, jamais n’était descendu du Ciel un pareil message politique. Scène admirable en vérité, où la leçon de droit public le dispute à la sublimité de l’exemple chevaleresque. »[52]

 

IV)             Jeanne : Mère de la Confrérie royale !

Chers amis et amants de la France, Jeanne est votre mère parce qu’elle a aimé son pays et son roi « jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Il est du rôle d’une mère d’apprendre à ses enfants à aimer, par l’exemple de son cœur maternel : mettons-nous donc à son école pour aimer et servir Dieu, l’Église, notre pays et notre Roi du même amour inconditionnel et du même zèle ardent que notre Sainte nationale ! Défendons et gardons « comme un trésor » (Pv 2, 4) les Lois fondamentales du Royaume que sainte Jeanne d’Arc a si bien honorées.

Chers amis Confrères et sympathisants de la Confrérie royale, pour cela vous vous êtes obligés à un engagement bien léger et pourtant tout-puissant sur le Cœur de Dieu parce qu’il honore sa sainte Mère : la triple récitation quotidienne de l’angélus, auquel est ajoutée l’oraison pour le Roi. Pour réveiller votre ardeur et encourager votre fidélité, rappelons ici que c’est un noble usage français, dû à la piété du roi Louis XI (1472), qui ordonna qu’on sonnât les cloches de toutes les paroisses du royaume le matin, le midi et le soir afin d’imprégner dans son peuple cette belle dévotion mariale.

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‘‘L’angélus’’ par Jean-François Millet (1859)

Au temps fixé des miséricordes de Dieu sur la France, d’ailleurs, c’est à l’heure où sonnait l’angélus de midi qu’un archange descendit sur Domremy, comme un autre été descendu sur Nazareth pour saluer la Vierge immaculée. S. Michel répéta les mots de S. Gabriel : « Ne crains pas, fille de Dieu, va ! ». Il lui fera part de l’extraordinaire mission que Dieu veut confier à sa faiblesse. Un fiat, écho de celui de Marie, répondra, dans le cœur de cette humble fille, aux propositions divines. Quand Jeanne s’avancera plus tard à la tête des armées, avec la scène de l’Annonciation brodée sur le pennon de sa lance, on pourra reconnaître à ce signe qu’elle ne marche que par ordre de cet angélus, qu’il est l’instant décisif de son existence, qu’il marque le point de départ de sa mission, de son avenir, de sa gloire.

Beaucoup parmi vous étiez présents à l’inoubliable Jubilé du Puy-en-Velay il y a deux ans. Le commencement de la « vie publique » de sainte Jeanne d’Arc coïncide avec le Grand Pardon de Notre-Dame du Puy de l’an 1429. Si Christine de Pisan a pu chanter : « L’an mil quatre cent vingt et neuf, Reprit à luire le soleil… », c’est que cette année-là, à la prière d’Isabelle Romée, mère de Jeanne, et des hommes que la Pucelle avait envoyés de Chinon, Notre-Dame du Puy, qui est Notre-Dame de France, bénissait les gestes de son envoyée. Jeanne n’avait voulu marcher que sous cette bénédiction.

Dès le mois de mai 1428, Jeanne d’Arc priait Baudricourt « qu’il mandât au Dauphin de se bien tenir et qu’il n’engageât pas la bataille contre ses ennemis, parce que son Seigneur Dieu lui enverrait du secours avant la Mi-Carême ». Pourquoi ? Parce que cette date, à laquelle elle subordonnait le succès de sa mission, c’était celle où sa mère partirait en pèlerinage au Puy, dont le jubilé allait se célébrer le 25 mars. Et le capitaine de Vaucouleurs y envoyait plusieurs de ses compagnons d’armes. C’est de ces prières à Notre-Dame de France que Jeanne attendait la victoire.

C’est au retour des pèlerins du Puy qu’elle fait peindre ses drapeaux : une bannière, un étendard, un fanion, qui figuraient le mystère de l’Annonciation avec l’ange offrant à la Vierge la fleur de lys, « fleur de pureté et fleur de France ». Comme l’a écrit l’un de ses talentueux biographes : « L’image de l’Annonciation, c’est la commémoration constante, auprès d’elle, de cette fête de Notre-Dame du Puy qui lui a été assignée comme point de départ de sa mission »[53]. Aussi le même historien ne fait-il pas difficulté à le reconnaître :

« La Vierge du Puy fut une Notre-Dame des Victoires… Au Puy se sont réfugiés en quelque sorte l’espoir suprême de la France et le culte spécial de la Vierge annoncée, de la Vierge angélique, celle à qui l’ange incliné apporte la couronne, emblème de la pureté. Le sanctuaire du Puy est en même temps le sanctuaire palladium de la royauté française. La Vierge au lys et la royauté des lys, ces deux images sont unies dans l’enthousiasme des foules ».

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Jeanne d’Arc, sculpture du R.P. André Besqueut s.j. dans la cathédrale du Puy

Aussi, quelle heureuse et providentielle coïncidence d’avoir à associer la Sainte Vierge et la Sainte Pucelle, toutes deux, dans notre piété de mai ! Le mois de Marie est également celui de Jeanne. En effet, l’histoire de Jeanne d’Arc, c’est le miracle du mois de mai : « C’est en mai que la jeune fille entend ses Voix, étincelantes et inflexibles comme des épées. C’est en mai qu’elle délivre Orléans, cœur de lys et cœur de France. C’est en mai qu’elle est surprise à Compiègne, devant les barrières fermées… Et c’est en mai qu’elle gravira la montagne de feu »[54]. Ajoutons que c’est au mois de mai que sa glorification sera consommée par sa canonisation.

 

Conclusion

Une vie humaine est-elle moins utile parce qu’elle a été plus courte ? L’intensité avec laquelle la Pucelle a vécu, comme le Christ, sa « vie cachée » dans la prière et l’anonymat, puis sa « vie publique » dans la vertu et le dévouement, explique à juste titre le rayonnement qu’elle a mérité, non seulement en France mais dans le monde entier, dans l’Église universelle.

Le fabuleux destin de Jeanne, qui a consisté à « vivre de manière extraordinaire les choses ordinaires, et de manière ordinaire les choses extraordinaires » selon la définition de la sainteté donnée par Jean-Paul II[55], fait éclater en elle les titres suivants qui l’honorent :

       elle est pleinement femme, vivant la maternité spirituelle et la virginité consacrée qui sont, selon Jean-Paul II, « les deux dimensions de la vocation de la femme »[56]. « Dans ce ‘‘sexe faible’’ impropre aux grandes entreprises éclate l’une des plus foudroyantes réussites de l’histoire, le plus profond et le plus heureux retournement de nos destinées nationales »[57] ;

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Plaque commémorative des fiançailles rompues de Jeanne (Toul)

       elle est pleinement apôtre, servante de Dieu dont l’apostolat se résume en une formule lapidaire : « Messire Dieu premier servi ! »[58] pour nous élever en toutes circonstances dans le monde surnaturel ;

       elle est pleinement modèle de sainteté :

« Avec son témoignage lumineux, dit Benoît XVI, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne : faire de la prière le fil conducteur de nos journées ; avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit ; vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant, comme elle, dans l’amour de Jésus un profond amour pour l’Église »[59] ;

       elle est pleinement martyre, unissant ses souffrances à la mort rédemptrice du Sauveur ;

       elle est pleinement maîtresse de vie spirituelle : « La pureté de son idéal, la charité de ses motifs, sa piété parfaitement à la portée de tous, conviennent tout-à-fait à l’instruction spirituelle de notre époque », estime le cardinal américain Wright[60].

Au vu de cette liste de titres de noblesse de l’âme, comment ne pas penser à celle qui l’admirait tant, sainte Thérèse de Lisieux, qui s’exclamait :

« Je sens en moi d’autres vocations, je me sens la vocation de guerrier, de prêtre, d’apôtre, de docteur, de martyr ; enfin, je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques... Je sens en mon âme le courage d’un Croisé, d’un Zouave Pontifical, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Église... »[61] ?

Pour toutes ces raisons, nous voyons pleinement en Jeanne une Mère dans l’Église, figure de « femme forte » qui porta « sans peur la grande lumière de l’Évangile dans les complexes événements de l’histoire ». Voilà pourquoi, ajoutait Benoît XVI, nous pourrions la « rapprocher des saintes femmes qui restèrent sur le Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l’avait renié trois fois »[62].

« Quand je suis faible, c’est alors que je suis forte » aurait pu dire sainte Jeanne d’Arc à la suite de l’Apôtre (2 Cor. 12, 20), car « ce quil y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort » (1 Cor. 1, 27). L’évêque du Puy commentait l’an dernier cette parole de saint Paul ainsi : « Quand il s’agit de transformer notre monde en un monde plus juste et plus beau, Dieu a toujours des projets audacieux, et il les réalise souvent avec les petits et les faibles »[63].

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Signature de la Sainte

Jeanne, tout comme Marie, incarne puissamment le choix de Dieu. À la suite de la Sainte Vierge, la Pucelle devient « l’expression du ‘‘génie féminin’’ »[64], se faisant de manière éclatante « la servante du Seigneur » (Lc 1, 38). Et se mettre au service de Dieu, c’est toujours se mettre au service des hommes, tandis que l’inverse n’est pas vrai.

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La Pentecôte, par El Greco (1600), musée du Prado à Madrid

En cette Octave de la Pentecôte, laissons-nous enfanter par le Christ dans l’Esprit Saint afin de Le faire renaître en notre terre de France : oui, que le Saint-Esprit couvre de son ombre le Royaume de Marie, comme Il avait jadis recouvert le corps immaculé de Notre-Dame, pour une renaissance du noble Royaume de France !

Notre-Dame de Pentecôte, priez pour la France ! Faites refleurir le Royaume des lys !

Sainte Jeanne d’Arc, Patronne secondaire de la France, priez pour votre patrie terrestre !

R.P. Clément de Sainte-Thérèse +

 



[1] Cette fête liturgique existait déjà en Pologne ce même lundi de Pentecôte.

[2] Sont appelés Pères de l’Église les auteurs ecclésiastiques remplissant, selon S. Vincent de Lérins (que l’on fête ce 24 mai), quatre critères distinctifs : l’orthodoxie de leur doctrine, la sainteté de leur vie, l’approbation de l’Église et l’ancienneté.

[3] Pascal-Raphaël Ambrogi, Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc, Desclée de Brouwer, 2017.

[4] La « femme forte » est décrite dans le livre des Proverbes : « Cette femme forte, qui la trouvera ? Sa valeur surpasse de beaucoup celle du corail… » (Pv 31, 10 sv).

[5] Le respect dû à ses parents sera évoqué lors de son procès car elle partit à Chinon contre la volonté paternelle. Mais Jeanne répondra qu’« il vaut mieux obéir à Dieu qu’à ses parents » (Procès de condamnation), et rappellera qu’elle avait écrit à son père pour lui demander pardon.

[6] « Être surnaturel en qui la beauté prend sa source dans l’innocence, la gloire dans la vertu », dira d’elle le futur cardinal Pie dans son éloge du 8 mai 1844, prononcé dans la cathédrale d’Orléans. Il poursuit ainsi : « Par l’esprit et par le cœur, je ne connais rien de plus chrétien et de plus français que Jeanne d’Arc, rien de plus mystique et de plus naïf ; en elle la nature et la grâce se sont embrassées comme sœurs ; l’inspiration divine a laissé toute sa part au génie national, tout son libre développement au caractère français ; c’est une extatique chevaleresque, une contemplative guerrière ; elle est du ciel et de la terre ».

[7] Examen de virginité à Domremy et à Vaucouleurs.

[8] Cf. Procès de réhabilitation.

[9] Cf. Procès de condamnation, 8ème séance (21 février 1431), premier interrogatoire après le serment.

[10] Benoît XVI, audience générale du mercredi 26 janvier 2011.

[11] Nous le savons par l’auteur du Breviarium historiale, un clerc français qui vivait à Rome, attaché peut-être à la personne du Pape Martin V. « Un jour, écrit-il, la Pucelle demanda au roi de lui faire un présent. La prière fut agréée. Elle demanda alors que le royaume de France fût le présent sollicité : le roi étonné le lui donna après quelque hésitation, et la jeune fille l’accepta ; elle voulut même que l’acte en fût dressé et lu par les quatre secrétaires du roi. La charte rédigée et lue à haute voix, le roi resta un peu ébahi, lorsque la Pucelle le montrant à l’assistance dit : ‘‘Voilà le plus pauvre chevalier du royaume !’’ ; et après un peu de temps, en présence des mêmes notaires, disposant en maîtresse du royaume de France, elle le remit entre les mains de Dieu tout-puissant. Puis au bout de quelques autres moments, elle investit le roi Charles du royaume de France. De tout cela elle voulut qu’un acte solennel fût dressé par écrit » (R.P. Jean-Baptiste Ayroles s.j., La vraie Jeanne d’Arc, E. Vitte, 1894).

[12] C’est du reste ainsi qu’elle est invoquée dans les Litanies à sainte Jeanne d’Arc approuvées par l’évêque de Blois en 1960 : « Sainte Jeanne d’Arc, docile à l’appel de Dieu et exemple de fidélité à la vocation, priez pour nous ! ».

[13] Me Jacques Trémolet de Villers, Jeanne d’Arc – Le procès de Rouen, Les Belles Lettres, 2016.

[14] Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique en France, préface au Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc précité (4ème de couverture).

[15] Ibid., 17 mars 1431.

[16] Ibid., 31 mars 1431.

[17] Ibid., 24 mai 1431.

[18] Benoît XVI, loc. cit.

[19] Benoît XVI, loc. cit.

[20] Il est l’auteur d’un célèbre drame médiéval intitulé : « Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc » (1897).

[21] Benoît XVI, loc. cit.

[22] Pie XI, lettre apostolique Galliam Ecclesiæ filiam primogenitam (1922) § 2.

[23] « Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : ‘‘Femme, voilà ton fils’’. Puis il dit au disciple : ‘‘Voilà ta mère’’. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 26-27).

[24] « Alors les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple se réunirent (…) et ils délibérèrent sur les moyens d’arrêter Jésus par ruse et de le faire mourir » (Mt 26, 3-4).

[25] Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium (1964) § 8.

[26] Benoît XVI, loc. cit.

[27] Procès de condamnation, 14 mars 1431.

[28] Procès de réhabilitation, déposition de Jean Massieu, huissier.

[29] André Malraux, discours prononcé à Rouen le 31 mai 1964 à l’occasion des fêtes johanniques.

[30] Trois miracles seront plus tard retenus lors de son procès en béatification, et encore trois autres pour sa canonisation.

[31] Bref Rem tu amptam de Léon XIII adressé au R.P. Ayroles pour son ouvrage : Jésus-Christ Roi : point culminant de la mission de Jeanne d’Arc (1894).

[32] La sentence de nullité sera rendue le 7 juillet 1456.

[33] Serviteur ou Servante de Dieu qui a pratiqué les vertus chrétiennes de manière héroïque.

[34] La loi de séparation des Églises et de l’État en France date de 1905.

[35] C’est l’expression du cardinal Touchet (1848-1926), l’évêque d’Orléans surnommé « l’évêque de Jeanne d’Arc » parce qu’il fut l’artisan de son procès en canonisation.

[36] Cf. au Journal officiel la loi du 10 juillet 1920.

 

[37] Pascal-Raphaël Ambrogi, loc. cit.

[38] Discours à la Chambre des Députés en 1919 présentant le projet de loi visant à instituer une fête nationale en l’honneur de Jeanne d’Arc.

[39] Message de Jeanne aux Anglais du 29 avril 1429, lors du siège d’Orléans.

[40] Imitation de Jésus-Christ, livre III, chap. 43 : « La science vaine et profane », § 3.

[41] Jean-Paul II, lettre Divini amoris scientia du 19 octobre 1997 (§ 1), proclamant sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face Docteur de l’Église universelle.

[42] Cf. Mgr Maurice de Germiny, homélie prononcée lors des fêtes johanniques à Orléans le vendredi 8 mai 2009 : « Il semblerait juste et bon que Jeanne d’Arc soit déclarée Docteur de l’Église universelle, rejoignant ainsi Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux ».

[43] Jean-Paul II, op. cit., § 7.

[44] Paul VI, discours du 4 octobre 1970 pour le doctorat de sainte Catherine de Sienne.

[46] Ayroles, Jésus-Christ Roi, op. cit., p. 42.

[47] Cf. Pie XI, encyclique Quas primas du 11 décembre 1925 instituant la « fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi » et ordonnant qu’on récite ce jour-là la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus (§ 19), pour rappeler que le règne du Christ est d’abord un règne d’amour. On s’étonne toutefois qu’une encyclique consacrée à la royauté du Christ ne fasse aucune mention de sainte Jeanne d’Arc !

[48] Cf. Ibid., § 13 : « Les hommes ne sont pas moins soumis à l’autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée ».

[49] Ibid., § 14.

[50] En 1412 régnait le Pape Grégoire XII (1406-1415), auquel s’opposaient deux antipapes : Benoît XIII, à Avignon, et Jean XXIII, à Pise.

[51] Mgr Henri Delassus, La mission posthume de sainte Jeanne d’Arc et le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Desclée de Brouwer, 1913.

[52] Pierre Virion, Le mystère de Jeanne d’Arc & la politique des Nations, Téqui, 1972.

[53] Gabriel Hanotaux, Jeanne d’Arc, P. Hachette & Cie, 1911.

[54] Jean-Jacques Brousson, Les fioretti de Jeanne d’Arc, Flammarion, 1931.

[55] Jean-Paul II, audience du 26 novembre 2001.

[56] Jean-Paul II, lettre aux Femmes Mulieris dignitatem (1988) § 17.

[57] Dom Gaston Aubourg, Entretiens sur les choses de Dieu, Nouvelles Éditions Latines, 1965.

[58] Procès de condamnation, op. cit., p. 228.

[59] Benoît XVI, loc. cit.

[60] Citation rapportée par Pascal-Raphaël Ambrogi, loc. cit.

[61] Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte-Face, Histoire d’une âme, Ms B, fol. 2 v°.

[62] Benoît XVI, loc. cit.

[63] Mgr Luc Crépy, évêque du Puy, sermon du 14 mai 2017 prononcé dans la cathédrale d’Orléans à l’occasion des fêtes johanniques.

[64] Jean-Paul II, Lettre aux Femmes du 29 juin 1995.


24/05/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 avril 2018)

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Lettre

 

 

 

aux membres et amis de la Confrérie royale

 

 

 

du 25 avril A.D. 2018

 


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« Vicit Leo de tribu Juda »

 

Bien chers Amis,

 

Lors de notre prochain pèlerinage au Puy, dans moins d’un mois, nous aurons à cœur de méditer sur le lien unissant Liturgie et Légitimité. Anticipons quelque peu sur le thème qui nous retiendra alors, en puisant dans les trésors que la sainte Liturgie nous offre, chacun de ces jours bénis du saint Temps pascal.

 

Car trop d’entre nous sans doute l’auront oublié, mais Pâques n’est pas terminé ! Ce grand mystère nous occupe pendant cinquante jours, puisque, pendant quarante jours cette fois, Notre Seigneur ressuscité daigne réjouir Ses saints Apôtres et Disciples de Sa présence corporelle glorieuse. « Encore un peu de temps, et vous ne Me verrez plus » (Joann. XVI, 16), entendait-on dimanche dernier.

 

Ce saint jour de l’Ascension, nous le célébrerons ensemble, pèlerins légitimistes, fidèles sujets, aux pieds de Notre-Dame du Puy, reine de France, rassemblés afin de prier pour leur Roi et le « saint Royaume » que chérissait sainte Jehanne d’Arc. Puis, une neuvaine de prières nous conduira à intérioriser notre attente, avant de recevoir les grâces du Saint-Esprit en la grande fête de la Pentecôte, que beaucoup de régnicoles sanctifieront sur les routes de Chartres, autre cité mariale. Loin de la maudite acédie, que cette dévotion bien actuelle et vivante de l’âme française réchauffe notre cœur souvent si attristé par le malheur des temps : « Votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie » (Joann. XVI, 22).

 

Et s’il est une joie qui doit animer nos cœurs cette semaine, c’est bien la gloire de saint Joseph. L’Église célèbre traditionnellement en ces jours l’Octave du Patronage de saint Joseph : est-il besoin de rappeler qu’avant que les papes n’honorassent le Père nourricier du Christ de la charge tutélaire de la sainte Église universelle il y a un siècle et demi, Louis XIV, « le fils aîné de Mon Sacré-Cœur » selon les propres termes du Rédempteur, une fois « majeur » de par la mort du cardinal de Mazarin, accomplissait son tout premier acte politique en faisant solenniser dans le Royaume la fête de saint Joseph ? En ce jour Octave, qui tombe providentiellement cette année en l’anniversaire de notre Souverain, invoquons le Chef de la Sainte Famille pour la sanctification, la liberté, l’exaltation et la restauration de Dieu et du Roi en nos cœurs, en nos vies, en nos familles, en nos cités, en notre pays. Redemptoris Custos – Gardien du Rédempteur (titre d’une exhortation apostolique de 1989) –, ora pro nobis !

 

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Toujours représenté avec des lys, Joseph ne doit pas être pour nous une simple image d’Épinal : modèle de pureté, il est aussi un Saint protecteur de notre France et de sa royauté très-chrétienne. Il l’est d’ailleurs par cette même pureté, Notre-Seigneur ne S’étant entouré ici-bas, en Son intimité, que de tout purs et de vierges : Notre-Dame, saint Joseph, saint Jean-Baptiste, saint Jean, sainte Marthe… et sainte Marie-Madeleine, que saint François de Sales appelle après sa conversion « archivierge » ! Ô grands Disciples du Seigneur, n’êtes-vous donc pas tous venus sur notre sol y porter la semence de la Bonne Nouvelle de la Résurrection ? Les parents du Seigneur, par leurs apparitions à Cotignac notamment ; le Précurseur, par ses reliques ; l’Apôtre favori, par Ses fils spirituels (Ignace d’Antioche, Polycarpe) ; la famille de saint Lazare, en venant s’échouer en Provence…

 

Seigneur, apprenez-nous la pureté, dans l’humilité toujours, afin d’offrir, de cœur et de corps, un sacrifice d’agréable odeur : la Famille royale ne nous offrit-elle pas ce spectacle ? Et le martyre que la Révolution infligea au jeune Louis XVII ne consista-t-il pas à s’attaquer à cette vertu, aujourd’hui si attaquée chez nos jeunes gens, et par un régime politique ?

 

Saint Joseph, que votre exemple nous fasse d’héroïques sujets rayonnants de pureté, à l’image de saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, sainte Bernadette et sainte Thérèse ! Oui, cette vertu – ennemie numéro un de la République – possède un rôle capital dans la Restauration et le combat légitimiste, n’étant que la fidélité appliquée non pas à la doctrine, mais au corps et au cœur-mêmes. Le Christ règnera en France quand Il règnera aussi en nous.

 

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« Vicit Leo de tribu Juda », est-il écrit sur le socle de l’obélisque trônant au centre de la place Saint-Pierre à Rome, au sommet duquel est enchâssée une relique de la Vraie Croix, servant d’exorcisme face aux puissances des Ténèbres qui ont pénétré jusque dans le Sanctuaire-même.

 

En cette fête de l’Évangéliste saint Marc, dont il est l’emblème scripturaire, ne nous étonnons pas d’honorer le roi… des animaux !

 

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« Il vainc, le Lion de Juda », le Rejeton de la tribu royale, Jésus-Christ. Par Sa Résurrection au matin de Pâques.

Mais permettez-moi de voir également en cette expression triomphale honoré… saint Joseph !

 

Avant même de relever Adam au fin fond des Limbes des Patriarches, à qui croyez-vous que, le Samedi Saint, alors que la terre et la première Chrétienté se désolaient, le Fils de Dieu vint en premier adresser Son message d’espérance et de salut… et osons le mot : Ses hommages, si ce n’est à Son tendre père légal ? Son discret mais bien viril nourricier, qui devait tant Lui ressembler, peut-être mieux que le premier Adam.

 

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A qui devait-Il Son titre de « Roi des Juifs » (Marc. XV, 26), exhibé aux multitudes à la sortie de la Ville sainte, condamné, mais couronné et trônant incompréhensiblement pour nous sur le trône de la Croix, il y a quelques heures encore, en ce terrible Vendredi Saint ?

 

Au descendant du roi David, qui, face à l’usurpateur Hérode le Sanguinaire, incarnait la légitimité davidique. Car Joseph de Juda était bien le roi légitime de la Terre sainte, transmettant tous ses droits, tous ses devoirs aussi, à son Fils selon la Loi. Un roi bafoué, tombé dans la pauvreté avec les siens, mais accomplissement avec dignité et majesté son humble devoir d’état quotidien de charpentier, qui le faisait régner d’une manière extraordinaire qu’il nous est difficile d’appréhender. Comme la Sainte Famille a contribué au salut du monde par cette vie cachée, laborieuse et fidèle, silencieuse et priante, que ce soit à Bethléem, en terre païenne d’Égypte ou dans la cosmopolite Nazareth ! Comme la capitale de ce royaume fidèle rayonnait alors mystérieusement de cette bourgade négligée ! Seuls les humbles bergers, seuls les courageux rois mages, voyaient la majesté, la légitimité, la vérité de cette Famille royale pourtant bien moquée !

 

Et - Grégoire IX le rappelait à Louis IX - le royaume des Francs est dans l'histoire de l'Eglise ce qu'était le royaume de Juda sous l'Ancien Testament.

 

Beaucoup ne se moquent-ils pas aujourd’hui de l’accent (au demeurant si charmant) de notre Prince ? Mais la situation différait-elle à l’époque ? Une impertinente servante ne s’écria-t-elle pas avec ses camarades, parlant de saint Pierre : « Celui-ci aussi était avec Jésus le Nazaréen […]. Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître » (Matth. XXVI, 71, 73). Capharnaüm et Bethsaïde n’étaient pas très éloignées de Nazareth, dans la même province de Galilée…

 

Et le mépris que l’on peut avoir aujourd’hui à toiser un roi venant d’Espagne, n’est-il pas comparable à celui que sous-entendait un Nathanaël, rétorquant à saint Philippe qui lui annonçait « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la Loi, et dont les Prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph » : « De Nazareth, peut-il venir quelque chose de bon ? » (Joann. I, 45-46).

 

Venir à Bethléem se faire recenser, au berceau de sa Maison, n’avait-il pas son importance, dans une société où les tables généalogiques étaient conservées au Temple de Jérusalem et apprises par cœur ? A travers l’ordre positif d’Auguste, n’y avait-il pas là la première révélation de la messianité du Sauveur, à travers la manifestation de la légitimité royale de son père ?

 

Cette généalogie christique était-elle autre chose que l’application des Lois fondamentales propres au peuple hébreu depuis David ?

 

Grand saint Joseph, faites-nous non seulement respecter la Légitimité, application des lois divines dans l’ordre temporel, mais en vivre pleinement ! Elles ne sont pas un tout en soi, mais une balise nécessaire, telles les tables qui occupaient naguère la couverture rigide de nos cahiers de brouillon, et qui permettaient des opérations et des emplois insoupçonnés aux ignorants et aux sots.

 

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Malgré les Ténèbres du Vendredi Saint, qui durent chez nous depuis plus de deux cents ans, apprenez-nous à conserver la flamme de l’âme française, afin que nous soyons trouvés prêts quand le retour solennel du Roi permettra la résurrection tant attendue de la France.

 

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         Bénissez, ô roi de Juda, pour son quarante-quatrième anniversaire, Mgr le prince Louis, duc d’Anjou et aîné des Capétiens, fils de saint Louis, notre Roi bien-aimé.

 

Nous n’oublions pas qu’en ce jour, il y a quatre ans seulement, LL.MM. le Roi et la Reine honoraient de leur présence à Aigues-Mortes les commémorations du huitième centenaire de la naisance et du baptême de saint Louis, et l’an dernier, l’exposition organisée à Moscou en l’honneur du grand Saint capétien.

 

L’Union des Cercles Légitimistes de France m’a chargé de célébrer aujourd’hui une Messe d’action de grâces pour l’anniversaire royal. Hier, le second personnage de l’Église de Nîmes répondait à l’invitation du Cercle légitimiste de Nîmes Saint Louis roi de France. N’y aura-t-il que le Languedoc et la Provence pour élever vers le Ciel l’agréable odeur du saint Sacrifice de la Messe en l’honneur de notre Roi bien-aimé ? Chacun est, en outre, capable de chanter – ou au moins réciter – le Te Deum de son vieux missel, à l’instar de nos ancêtres qui voyaient leur vie rythmée par cette belle cadence de ce chant d’action de grâces, à chaque heureux événement dans la Famille royale, à chaque Joyeuse Entrée dans l’une des cités du Royaume, à chaque victoire du monarque, à chaque fête dynastique.

 

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En ce 25 avril, la sainte Église célèbre encore les Litanies mineures (dites majeures à Rome) de la Saint-Marc, bien qu’indépendantes originellement du céleste patron de la Sérénissime...

 

Cette procession, et la Messe qui la suit, ont un aspect pénitentiel prononcé. Tout clerc est tenu d’y prendre part, ou au moins de réciter litanies et oraisons en privé. N’oublions pas, membres de la Confrérie royale, d’ajouter entre les versets « Ut inimícos sanctæ Ecclésiæ * humiliáre dignéris, te rogámus audi nos. Daignez abaisser les ennemis de la sainte Église, nous Vous en supplions, écoutez-nous » et « Ut régibus et princípibus christiánis * pacem et veram concórdiam donáre dignéris, te rogámus audi nos. Daignez établir une paix et une concorde véritables entre les rois et les princes chrétiens, nous Vous en supplions, écoutez-nous », le verset traditionnel « Ut regem nostrum Ludovicum * benedicere dignéris, te rogámus audi nos. Daignez bénir notre roi Louis, nous Vous en supplions, écoutez-nous » ainsi que dans le cours des versets et oraisons, après ceux consacrés au Pontife romain :

« V/. Orémus pro Rege nostro Ludovico. Prions pour notre roi Louis. R/. Dómine salvum fac regem * et exaudi nos in die qua invocaverimus te. Seigneur sauvez le roi, et exaucez-nous au jour de notre prière ».

« Quaesumus, omnipotens Deus, ut famulus Tuus Ludovicus Rex noster, qui Tua miseratione suscepit regni gubernacula, virtutum etiam omnium percipiat incrementa quibus decenter ornatus est, et vitiorum monstra devitare, hostes superare, et ad Te, Qui via, veritas et vita es, gratiosus valeat pervenire. Nous Vous prions, ô Dieu tout puissant, pour Votre serviteur notre Roi Louis, qui par Votre miséricorde a reçu le gouvernement de ce royaume : qu'il reçoive aussi l'accroissement de toutes les vertus par lesquelles, ennobli comme il convient à son état, il évitera la laideur des vices, sera vainqueur des ennemis, et Vous soit assez agréable pour parvenir jusqu'à Vous qui êtes la Voie, la Vérité et la Vie ».

 

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         Inspirés par la collecte de la Messe des Rogations (« Faites, nous Vous en supplions, ô Dieu tout-puissant : que, plein de confiance en Votre bonté dans notre affliction ; nous soyons constamment fortifiés contre toutes les adversités »), mêlons aujourd’hui, en ces nombreux anniversaires et multiples cérémonies liturgiques, nos chants de pénitence et nos actions de grâces, notre tristesse terrestre et notre joie céleste, usant toujours plus abondamment des trésors de la sainte Liturgie, prière officielle de l’Église, de l’Épouse à l’Époux, prière toute puissante selon l’affirmation finale de cette péricope évangélique très adaptée à la bénédiction des champs que sont les Rogations, et qui correspondent tant au Christ-Tête et Bon Pasteur qu’à Son Lieutenant ici-bas, selon le principe qui peut le plus peut le moins : « En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je Suis la vraie vigne, et Mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en Moi, Il le retranchera ; et tout sarment qui porte du fruit, Il l’émondera, afin qu’il porte plus de fruit. Vous êtes déjà purs, à cause de la parole que Je vous ai annoncée. Demeurez en Moi, et Je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, si vous ne demeurez en Moi. Je Suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car, sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en Moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; puis on le ramassera, et on le jettera au feu, et il brûlera. Si vous demeurez en Moi, et que Mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé » (Joann. XV, 1-7).

 

Grand Dieu, sauvez le Roi !

Longue vie au Roi !

Vive le Roi !

 

Abbé Louis de Saint-Taurin +

 

 


24/04/2018
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