L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Lettre à la Confrérie


Message du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion de la Semaine Sainte et des célébrations pascales :

On ne restaurera pas le Royaume des Lys par d'autres moyens que ceux que Dieu a utilisés pour son établissement ! 

 

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Message du Prieur de la Confrérie Royale

à l'occasion de
la Semaine Sainte et des célébrations pascales

 

Vendredi de la Passion 12 avril 2019,
Commémoraison solennelle de la Compassion de Bienheureuse Vierge Marie.

 

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,
Chers Fidèles,
Membres et Amis de la Confrérie Royale,

                            

 

« La foi nous apprend, mes frères, et nous sommes fortement convaincus qu'un jour le Christ est mort pour nous : le Juste pour les pécheurs, le Maître pour des esclaves, le Libre pour des prisonniers, le Médecin pour ses malades, le Bienheureux pour les infortunés, le Riche pour les pauvres, pour les égarés Celui qui courait à leur recherche, le Rédempteur pour ceux qui s'étaient vendus, le Pasteur pour son troupeau, et, ce qui est plus admirable encore, le Créateur pour sa créature, ne perdant rien toutefois de ce qu'Il est éternellement, tout en donnant ce qu'Il S'est fait dans le temps ; invisible comme Dieu et visible comme homme, donnant la vie à cause de Sa puissance et acceptant la mort à cause de Sa faiblesse, immuable dans Sa divinité et passible dans Son humanité. Mais, comme s'exprime l'Apôtre : « S'Il a été livré pour nos péchés, Il est ressuscité pour notre justification » (Rom. IV, 25). Vous savez parfaitement que cela ne s'est accompli qu'une fois. Or, quoique toutes les voix de l'Écriture publient que cet événement ne s'est accompli qu'une fois, cette solennité le ramène, à des temps révolus, comme s'il avait lieu souvent. Toutefois il n'y a pas opposition entre la réalité et la solennité ; l'une ne dit pas vrai pour faire mentir l'autre, mais ce que l'une représente comme n'étant arrivé qu'une fois effectivement, l'autre le rappelle aux cœurs pieux pour le leur faire célébrer plusieurs fois » (Saint Augustin - sermon CCXX pour la veillée de Pâques au §1).

 

Nous allons une fois encore entrer dans la "grande Semaine", ainsi que l'appelaient nos pères dans la foi.
Nous voici aux portes de l'événement majeur de toute l'histoire de l'humanité.
Nous voici arrivés au point culminant de notre année liturgique.

Tant de choses ont été dites et écrites depuis près de deux-mille ans à ce sujet, que je n'ai nulle prétention à faire œuvre d'originalité en m'adressant à vous ce jour d'hui.

Mais s'il est une chose que je dois dire et redire inlassablement, c'est que c'est l'amour de notre divin Rédempteur que nous devons considérer en ces jours, auquel nous devons nous attacher, à travers lequel nous devons regarder toutes les réalités d'ici-bas, et au moyen duquel il nous faut juger de toutes choses : un amour pleinement surnaturel qui ne s'attache en rien à répondre aux prétentions et préventions de la nature, un amour pleinement surnaturel qui est ordonné aux seules réalités éternelles, un amour pleinement surnaturel qui ne se satisfait pas de demi-mesures, un amour pleinement surnaturel qui va jusqu'au bout de ses excès de compassion et de générosité, un amour pleinement surnaturel qui ne s'économise en rien, un amour pleinement surnaturel dont la Croix est à jamais le signe !

Que la générosité de Notre-Seigneur se donnant tout entier "usque ad mortem, mortem autem Crucis : jusqu'à la mort, et la mort de la Croix", soit l'unique point de référence - le modèle et la norme - de notre engagement dans cette Confrérie Royale

Car « [Le Christ] n’a pas annoncé pour la société future le règne d’une félicité idéale, d’où la souffrance serait bannie ; mais par Ses leçons et par Ses exemples, Il a tracé le chemin du bonheur possible sur terre et du bonheur parfait au ciel : la voie royale de la croix. Ce sont là des enseignements qu’on aurait tort d’appliquer seulement à la vie individuelle en vue du salut éternel ; ce sont des enseignements éminemment sociaux et ils nous montrent en Notre-Seigneur Jésus-Christ autre chose qu’un humanitarisme sans consistance et sans autorité » (Saint Pie X, encyclique "Notre charge apostolique" du 25 août 1910).
La restauration d'un ordre temporel accordé aux desseins providentiels de Dieu sur ce Royaume de France, accordé à la volonté divine qui a si merveilleusement œuvré à l'établissement de notre royauté chrétienne traditionnelle - cette royauté qui demeure malgré tout le modèle inégalé de toutes les royautés chrétiennes dans le monde entier -, nécessite toujours plus de générosité.

En effet, je ne cesse de le dire et vous me l'entendrez dire encore de nombreuses fois, on ne restaurera pas le Royaume des Lys par d'autres moyens que ceux que Dieu a utilisés pour son établissement, c'est-à-dire la conversion profonde des esprits, des mentalités, des cœurs et des mœurs, et par la collaboration active et généreuse de nombreux saints à la geste de Dieu.

Cette humble Confrérie est au service de cette restauration ; elle est au service du Règne de Dieu sur la terre ; elle œuvre autant qu'elle peut à la sanctification de ses membres pour qu'ils deviennent de fidèles instruments de la grâce divine pour le rétablissement d'un ordre social conforme à la Sainte Loi de Dieu, et cette sanctification ne peut se faire sans une union de plus en plus grande au divin Cœur de Notre-Seigneur, qui a été ouvert et révélé sur la Croix. 

Puisse donc la générosité de Jésus-Christ en Sa bienheureuse Passion, être l'exemple amoureusement suivi par tous les membres de cette Confrérie !
La joie de la Résurrection ne peut être qu'à ce prix, et la joie de la résurrection de la France catholique et royale pour laquelle nous sommes engagés dans un combat spirituel sans merci ne peut être elle-aussi qu'à ce prix.

 

A vous tous, mes très chers Amis"ma joie et ma couronne" (Phil. IV, 1) -,
je souhaite une bonne, belle, fervente et très généreuse Semaine Sainte
et de très joyeuses fêtes pascales !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
Prieur.

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Important :
Si vous n'êtes pas encore inscrit au Pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay,
il est important de le faire sans retard !
Voir > ici


12/04/2019
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 mars 2019)

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Saint Dismas : le héraut de la Royauté du Christ

 

Le 25 mars se célèbre une double Annonciation : premièrement l’annonce de l’avènement du Sauveur délivrée par l’archange Gabriel à la bienheureuse Vierge Marie, et secondement l’annonce par Notre-Seigneur de l’entrée en Paradis du bon larron. L’annonce du Salut universel, et l’annonce d’un Salut particulier. Trente-trois années séparent ces deux événements-clefs de l’histoire du Salut, lesquels réjouissent notre cœur parce qu’ils nous incitent ensemble à la confiance.

 

         C’est que, en effet, la Tradition nous rapporte que le Vendredi-Saint « tombait » cette année-là un 25 mars ; d’où le principe d’une année jubilaire au Puy-en-Velay lorsque le Vendredi-Saint coïncide avec la fête de l’Annonciation. Et c’est avec émotion que nous nous souvenons des grâces reçues lors du pèlerinage organisé par la Confrérie royale en 2016 − le premier d’une longue liste, s’il plaît à Dieu.

 

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Les yeux de Dismas s’ouvrent in extremis

 

Dismas est un bandit, le chef d’une troupe de malfaiteurs, que la justice des hommes a condamné à mort. Mais la justice de Dieu se fait « plus humaine » en quelque sorte, en faisant miséricorde aux pécheurs sincèrement repentis. Dans les premières heures au Golgotha ce Vendredi-Saint, Dismas n’est pourtant pas encore redevenu un enfant de chœur…

 

Notre-Seigneur, crucifié entre les deux malfrats en accomplissement de la prophétie d’Isaïe[1], est insulté par ceux qui assistent à la terrible scène. Même « ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient aussi », nous précise l’évangéliste S. Marc (XV, 31). Ces insultes qui jaillissent du cœur et des lèvres des passants et des soldats, voilà qu’elles vont encore empoisonner le cœur de l’autre larron, Gestas, et lui salir les lèvres. Car lui aussi fera chorus avec les ennemis du Christ. Loin d’avoir raison, il a « ses » raisons : condamné, il voudrait être libéré ; supplicié, il cherche désespérément la délivrance ; sur le point de mourir, il réclame obstinément la vie. Et Jésus ne s’était-il pas proclamé la Vie (cf. Jn XIV, 6) ?

 

Le drame qui se joue sous les yeux de tous se ramène à cette question : oui ou non, Jésus est-il celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle-né, tiré Lazare de la tombe après quatre jours… ? Ayant accompli tant de miracles sur les autres, le moment n’est-il pas venu d’en faire un pour lui-même ? Si tout ce que l’on a raconté sur lui est exact, qu’attend-il alors pour « se tirer d’affaire », lui et ses compagnons d’infortune ? « Medice, cura te ipsum : médecin, guéris-toi toi-même ! » (Lc IV, 23) : n’est-ce pas un dicton cité de la bouche même de Notre-Seigneur ?

 

Au fond, Gestas réclame « les signe dans le ciel et les miracles sur la terre » (Ac II, 12), non pas tant pour croire, mais pour échapper à la mort qui s’abat sur lui. C’est un hurlement de bête fauve blessée et qui voudrait, avant l’assaut final, pouvoir au moins mordre et se venger. C’est pourquoi le mauvais larron redouble d’insultes envers l’Innocent. Loin de le déifier, il le défie : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous avec ! » (Lc XXIII, 39).

 

Pourtant, la grâce de Dieu agit même dans les terres les plus infertiles. Dismas, bien qu’il ait suivi jusque-là l’exemple de son triste camarade, se reprend bien vite. C’est qu’il a vu le visage du Christ, atrocement douloureux et pourtant majestueusement paisible et beau. Il entend Jésus pardonner à ses bourreaux. De son visage et de son attitude se dégage une majesté surhumaine.

 

Dismas réalise alors qu’il s’agit, non pas d’un vulgaire bandit de grand chemin, mais du Juste persécuté, du Serviteur de Dieu outragé, de l’innocente Victime. Malgré les injustices qu’a pu commettre Dismas jusqu’ici, un fond d’équité demeure en sa conscience, qui le presse de réparer le tort que souffre Jésus suite à la méchanceté des hommes. Alors, s’adressant à Gestas, il l’admoneste en protestant : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, toi qui subis le même sort ! Pour nous, c’est justice : nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal ! » (Lc XXIII, 40-41).

 

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Le Titien : le Christ & le Bon Larron (XVIe s.)

 

Voici alors que le sursaut de droiture du bon larron est suivi d’un acte de foi qui s’exprime en une humble prière. Le respect de la justice et sa crainte de Dieu ont manifesté que Dismas demeurait une âme de bonne volonté. Comment alors la grâce ne pourrait-elle opérer en ce cœur bien disposé ? Aussi le brigand implore-t-il : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton royaume ! » (Lc XXIII, 42).

 

Remarquons-le d’abord : il appelle le Christ par son nom, il lui dit : « Jésus », et en même temps il le proclame Seigneur, en évoquant son Royaume. Or, nous dira S. Paul, « Nul ne peut dire ‘‘Jésus est le Seigneur’’ si ce n’est par le Saint-Esprit » (I Cor. XII, 3). Animé et conduit par l’Esprit de Dieu, il est donc déjà devenu fils de Dieu (cf. Rm VIII, 14), et par conséquent héritier du Royaume, cohéritier du Christ. « Souffrant avec celui-ci, il sera glorifié avec lui » (Rm VIII, 17). Aussi, lorsque tout à l’heure, Jésus lui dira qu’il sera avec lui en Paradis, le Sauveur ne fera que confirmer la justification qui vient de s’opérer en l’âme du bon larron. La grâce, certes, a prévenu celui-ci, mais en lui elle n’a pas été vaine ; il l’a acceptée et s’est laissé transformer par elle.

 

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Sa foi a vu ce que ses yeux de chair n’avaient pas voulu voir durant sa vie

 

Le larron dit encore : « Souviens-toi de moi… ». Il ne réclame pas une place de choix, un privilège, un bonheur, mais seulement une pensée du Christ, un souvenir, une fidélité, une intercession ; il se satisferait d’un strapontin malcommode, même tout au fond du Paradis, pourvu qu’il y soit admis. Comme le publicain qui n’osait pas lever les yeux et se frappait la poitrine, il implore seulement de ne pas tomber dans l’oubli du Roi des Cieux : « Selon ta miséricorde, souviens-toi de moi ! » demandait déjà le Psalmiste (Ps. XXIV, 71). Dismas ne désire ni plus, ni moins. « N’oublie pas cette âme pour toujours, Seigneur », supplie l’Église sur le cercueil d’un Chrétien. Le bon larron emploie le même langage. Il connaît sa misère profonde, sa perversité foncière : il n’est pas digne d’obtenir plus, une simple pensée de pitié de la part de Jésus glorifié lui suffit.

 

« Quand tu seras dans ton royaume ». Peu avant, devant Pilate, Jésus a déclaré : « Tu l’as dit, je suis Roi. Mais mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn XVIII, 36-37). Le procurateur, pourtant si avisé en politique humaine, n’a rien compris à cette affirmation émise par la Sagesse incarnée. Les soldats romains se sont moqué du titre revendiqué par Jésus et ont tourné en dérision le « roi des juifs » qu’ils ont recouvert d’une fausse pourpre comme manteau royal, d’un roseau en guise de sceptre, et d’une couronne d’épines à la place d’un diadème. Et sur la croix du Sauveur, ils ont placé un écriteau qui se veut outrageant à la fois pour les juifs et pour leur prétendu monarque.

 

Or, quand tous se rient de ce roi démuni, un seul, en toute honnêteté, confesse loyalement la souveraineté du Rédempteur, le tire sacré du « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Ap. XIX, 16). Celui-ci, assurément, ne siège pas encore sur un trône de gloire, mais sur le bois d’une ignominieuse croix. Mais déjà a été donnée au larron l’intelligence de l’au-delà du Calvaire : la Passion et la mort du Christ ne sont pour Jésus, en effet, qu’une étape vers la Résurrection et la gloire éternelle. Per Crucem ad Lucem : la Croix conduit à la lumière.

 

Dismas ignore la nature de ce royaume, mais il a confiance. D’autres ont vu des prodiges du Christ ; lui n’a eu en spectacle que les insultes et les tourments. Et cependant, au-delà de ce voile, il aperçoit la réalité du règne du Sauveur. « Nous espérions qu’il serait le rédempteur d’Israël » soupireront les disciples d’Emmaüs (Lc XXIV, 21). Saint Augustin les admonestera : « Cet espoir que vous avez perdu, ce larron l’a découvert et c’est la Croix qui est son école et là, le Maître a instruit le brigand. Le gibet où Il pend devient pour lui la chaire où Il enseigne » (sermon 234).

 

Et pendant que le bon larron proclame la divinité du Christ, où sont passés les Apôtres ? Où est leur valeureux chef qui s’exclamait la veille au soir : « Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas ! » (Mt XXVI, 35) ? Et cependant, il leur était si bon de demeurer auprès de Notre-Seigneur lorsqu’il leur montrait sa divinité au jour de la Transfiguration ! Son humanité défigurée est-elle un spectacle si effrayant pour qu’ils aient tous pris la fuite, hormis saint Jean ?

 

Il est si aisé de demander d’accompagner Jésus dans la gloire, comme le fait la mère des fils de Zébédée réclamant pour ses enfants : « Ordonne que mes deux fils que voici soient assis, dans ton royaume, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche » (Mt XX, 21). La réponse du Christ tient en ces termes : « Qu’ils boivent d’abord le calice auquel je dois boire ! Avant d’être assis à mes côtés, qu’ils soient cloués avec moi… » Oui, il nous est bon d’être avec Notre-Seigneur lorsque tout va bien, mais savons-nous demeurer à ses côtés dans les souffrances ?

 

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Le doux regard du Christ ne peut laisser indifférent : il pénètre notre âme

 

« Aujourd’hui, tu seras avec moi en Paradis… » : voilà la promesse en retour. « Aujourd’hui, s’écriait magnifiquement Bossuet, quelle promptitude ! Avec moi, quelle compagnie ! Au Paradis : quelle béatitude ! ». Notre-Seigneur lui attribue la même récompense qu’il avait promise à ses Apôtres : « Vous, vous êtes ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je vous attribue la royauté comme mon Père me l’a attribuée, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume » (Lc XXII, 28-30).

 

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, demande Notre-Seigneur, et le reste vous sera donné par surcroît » (Mt VI, 32). Pourtant, ce n’est pas « d’abord » que le bon larron a cherché ce Royaume, mais in fine. C’est l’« ouvrier de la onzième heure » de la parabole (cf. Mt XX, 1-16), lequel sera payé le même prix que ceux qui ont souffert le poids du jour et la chaleur du soleil…

 

Cette attitude nous révèle ce grand principe si réconfortant que, dans notre vie spirituelle, « il n’est jamais trop tard » ! « Celui-là a tout volé, commente avec humour S. Augustin, même son Ciel ! » Tenez, le grand Augustin justement : sainte Monique n’a-t-elle pas supplié avec tant de larmes la conversion de son fils qui tardait à s’opérer ?

 

Ces conversions subites, tant dans nos saints Évangiles que dans toute l’histoire de l’Église, nous incitent à demander avec plus de ferveur la conversion de la France, devenue infidèle à sa mission. Le grand Pape S. Pie X n’avait-il pas prophétisé son relèvement ? « Comme Saül, elle se relèvera en découvrant qu’elle persécutait Jésus » ; et à sa question : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse », le Christ répondra : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Église, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la terre »[2].

 

Les deux larrons symbolisent ainsi les « deux France » : la persécutrice, la fille de Satan, la mère du laïcisme… et la pénitente, la fille de l’Église, le « phare des nations » (Jean-Paul II). Pour nous aussi le royaume de France est méconnaissable, défiguré. En voyant le triste état dans lequel elle gémit, aurons-nous autant de foi que Dismas pour entrevoir la gloire du royaume à travers les traits douloureux du supplice ?

 

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On peut voir en la basilique romaine Sainte-Croix-de-Jérusalem la traverse de la croix de Dismas (debout à gauche)

 

Le XXe siècle est le siècle qui a proclamé les deux plus grands titres de gloire de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère : l’institution de la fête liturgique du Christ Roi de l’Univers (1925), et la définition du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie (1950). Quand la France jouira-t-elle à son tour de son titre de gloire ? Les temps ne sont-ils pas enfin venus de lui rendre son roi légitime ? Comme nous le chanterons bientôt aux Rameaux : « Portes, ouvrez-vous, que le roi de gloire fasse son entrée ! » (Ps. XXIV, 7).

 

Chers membres et amis de la Confrérie Royale, à nos yeux aussi le royaume de France est souillé et semble anéanti. Mais le Vendredi-Saint ne nous enseigne-t-il pas que c’est lorsque tout semble perdu que tout est restauré ? Alors redoublons d’efforts pendant ce Carême, ranimons notre Vœu de consécration, dans lequel nous puisons une force persévérante pour offrir nos sacrifices, nos peines et nos actions à cette noble et belle intention de la restauration aussi bien que de la sanctification de l’Aîné des Bourbons. Méditons sans cesse cet axiome selon lequel « la force des méchants vient de la faiblesse des justes ».

 

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Dieu le Père donnant et bénissant les armes de France (Détail des Heures de Bedford, 1415)

 

En célébrant aujourd’hui la fête de l’Annonciation, nous revivons cet instant crucial où, dans un silence profond, toute l’humanité est suspendue aux lèvres de la jeune Vierge : Marie prononcera-t-elle ce Fiat libérateur ?

 

« Quand tout s’écroule, écrivait Dom Gérard du Barroux, il est bon de revenir à l’essentiel ; et l’essentiel, n’est-ce pas l’irruption de Dieu dans notre monde tel qu’il est ? Car au temps d’Hérode, le monde n’était guère différent du nôtre : la nature humaine ne change pas ; la maladie du péché ne change pas non plus. » En répondant oui, « Marie fonde l’Incarnation, Marie fonde l’Église, Marie fonde le Paradis. ‘‘Ecce ancilla – Fiat’’ : parole de servante, timide et auguste, qui fit trembler l’empire de Satan, parole apparentée au premier Fiat de la Création qui, comme elle, marque un commencement absolu. Parole inaugurale d’un univers plus parfait que l’ancien, redite par des milliers de bouches, qui fait de nous, en Marie, les coopérateurs de Dieu. »[3]

 

Par notre engagement solennel de réciter, trois fois par jour, la belle prière de l’Angélus qui nous remémore cet événement décisif et résume tout notre Credo, nous implorons de la Reine de France sa protection pour que, « sous une si puissante Patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix ; que Dieu soit servi et révéré si saintement que nous […] puissions arriver à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés » (Vœu de Louis XIII, 1638).

 

Ô bon larron, vous qui avez humblement accueilli dans votre âme ce regard sanctifiant de Jésus sur la Croix et avez été l’annonciateur de l’avènement de son Royaume, priez pour que la France reconnaisse le Christ comme son Roi, et en appelle à son « lieutenant sur la terre » (sainte Jeanne d’Arc) pour la rediriger dans les voies du Salut. C’est toute la foule des saints français qui supplie : « Ô Jésus, souvenez-vous de la France lorsque vous entrerez en votre Paradis ! ».

 

R.P. Clément de Sainte-Thérèse +

 

 

[1] Cf. Mc XV, 27-28 : « Ils crucifièrent avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Ainsi fut accomplie l’Écriture qui dit : ‘‘Il a été mis au rang des scélérats’’ (Is. 53, 12) ».

[2] Allocution du 29 novembre 1911.

[3] Dom Gérard, Benedictus, t. 1, Paris, éd. Ste-Madeleine, 2008, pp. 359-361.


24/03/2019
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"Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses vices et ses concupiscences" (Gal. V, 24).

- 25 février 2019 -

 

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la Confrérie Royale

 

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"Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses vices et ses concupiscences"
(Gal. V, 24)

 

Lundi 25 février 2019,
Anniversaire de l'exécution de Jean-Nicolas Stofflet
à Angers (25 février 1796).

 

Du fait du péché originel, l'homme a perdu l'empire de l'esprit sur son corps, sur ses propres sens, sur sa chair : de là découlent toutes les mauvaises tendances qui nous poussent vers ce qui est bas, vers ce qui est défendu par la sainte loi de Dieu, vers ce qui peut nous conduire à notre perte éternelle.
Saint Paul lui-même en faisait l'humble aveu : "Je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire en ma chair (...). Ainsi le bien que je veux, je ne le fais point ; mais le mal que je ne veux pas, je le fais" (Rom. VII, 18-19).
Cependant, il nous faut être certain que Dieu Notre-Seigneur, qui veut ardemment notre salut et nous l'a prouvé en envoyant Son Fils en ce monde afin de S'y offrir en sacrifice pour notre rédemption, nous donne toutes les grâces pour vaincre nos mauvaises inclinations.
Mais, ainsi que l'exprime magnifiquement Saint Augustin, "Celui qui t'a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi !" : si la grâce nous est donnée, elle doit rencontrer notre propre consentement et notre collaboration volontaire. A la grâce toute puissante de Dieu, mais infiniment respectueuse de notre liberté, doit correspondre notre effort. Et notre effort  doit précisément consister dans la pratique de la mortification volontaire : "Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses vices et ses concupiscences" (Gal. V, 24).

   

La mortification corporelle n'a pas pour but d'imposer au corps gênes et privations pour le plaisir de le faire souffrir, mais pour le discipliner et vaincre toutes ses tendances désordonnées qui s'opposent à la vie de la grâce. Saint Paul nous en avertit avec force : "Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l'Esprit, vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez" (Rom. VIII, 13).

   

Il s'agit donc de mettre un frein et de juguler nos inclinations au mal afin de prévenir les chutes ; il s'agit d'émonder les rameaux inutiles ou nuisibles pour éviter les déviations ; il s'agit de diriger fermement vers le bien des forces qui, laissées à leur propre mouvement, nous conduiraient au péché.
Ainsi, la mortification corporelle, qui n'est jamais une fin en elle-même et qui n'est pas non plus l'élément principal de la vie chrétienne, doit cependant y occuper une place fondamentale. La fin ultime sera toujours la perfection de la charité surnaturelle, mais dans les moyens mis en œuvre pour y parvenir la mortification corporelle demeure un moyen indispensable sans lequel la vie selon l'esprit n'est pas possible : "Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous" (Luc XIII, 5) nous a dit Notre-Seigneur Lui-même sans détour.
Personne ne peut échapper à cette loi de notre condition terrestre, de notre condition chrétienne, sans risquer de voir se fermer l'accès au salut éternel et à la sainteté. Saint Paul, qui avait tant enduré et souffert pour Notre-Seigneur, ne s'en estimait pas dispensé et, dans l'épître que l'Eglise nous a donné à entendre le dimanche de la Septuagésime, il le rappelle avec énergie : "Je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé !" (1 Cor. IX, 27).

          

Chers membres de la Confrérie Royale, chers amis et sympathisants de la cause légitimiste, ce serait une illusion profonde et une erreur funeste que de s'imaginer pouvoir faire quelque chose de véritablement profitable au Royaume de France et à son Souverain légitime en dehors des voies que Notre-Seigneur et Ses saints apôtres nous ont si clairement indiquées, en dehors des voies de la pénitence !
Chers membres de la Confrérie Royale, chers amis et sympathisants de la cause légitimiste, ce serait une illusion profonde et une erreur funeste que de penser que la restauration des desseins de Dieu sur la France pourra s'accomplir sans des efforts toujours plus généreux pour tendre à la perfection, pour se sanctifier, pour correspondre toujours plus exactement - chacun - à la grâce de Dieu Notre-Seigneur, et donc sans embrasser avec une générosité toujours plus grande les voies de la pénitence et de la mortification volontaire !

      

Nous sommes aujourd'hui à huit jours de l'entrée en Carême.
Ce temps de pénitence, institué par les saints apôtres et qui nous est prescrit par la Sainte Eglise, doit être un temps de pénitence personnelle, en rapport avec notre propre combat spirituel, en correspondance avec nos nécessités individuelles dans notre chemin de sanctification et de correspondance à la grâce, bien sûr !
Mais "toute âme qui s'élève élève le monde" (Elisabeth Leseur) et il nous faut donc avoir une conscience suraigüe que nos combats personnels ont un impact sur l'ensemble du Corps mystique de Notre-Seigneur qu'est la Sainte Eglise, ont un impact sur l'ensemble du Corps mystique du Royaume de France - le Royaume de Dieu en France par la royauté très chrétienne que Dieu Lui-même a voulue - pour lequel nous combattons avec les armes de la pénitence et de la mortification.

Au-delà donc de la nécessité de travailler plus intensément à notre amendement et à notre sanctification, ne perdons jamais de vue que, par nos engagements dans cette petite milice spirituelle pour le Roi et la France, notre Carême et nos mortifications sont des actes de chouannerie contre la révolution diabolique, des faits d'armes contre l'occupant qui désole et ravage la terre des Lys depuis plus de deux siècles, des batailles qui sont livrées pour le triomphe du "Christ qui aime les Francs" (cf. prologue de la loi salique) et de son lieu-tenant en terre, aujourd'hui Sa Majesté le Roi Louis XX.

       

En face de tels enjeux, qui d'entre vous, rechignera à se montrer toujours plus généreux et plus persévérant dans les pénitences et les mortifications quadragésimales ?

       

Point n'est besoin de développer davantage.
C'est maintenant à chacun d'entre vous de voir, honnêtement, en conscience en face du saint Crucifix et des Lys outragés depuis trop longtemps, quelles résolutions il va prendre... et surtout tenir, pendant la sainte quarantaine qui vient.

                   

En union de combat et d'espérance,
dans le Cœur de Jésus et Marie.

                                

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
prieur

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Nota :
Pour aider votre réflexion et le choix de vos résolutions de Carême, il ne sera peut-être pas inutile de relire ces textes :
- Petit catéchisme sur le carême et la pénitence > ici
- Rappel des observances originelles du carême > ici
Et certains d'entre vous souhaiteront peut-être aussi s'abonner aux méditations quotidiennes que - comme chaque année - je propose pendant le saint temps du carême, voir > ici


24/02/2019
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Épiphanie, fête du Roi.

Lettre mensuelle
aux membres et sympathisants
de la
Confrérie Royale
pour le
25 janvier 2019

      

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Quelques jours après avoir fêté la Sainte Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, sa Sainte et Universelle Royauté se manifeste et les hommes sont invités à venir honorer et adorer ce Roi d’Amour. Épiphanie, cela signifie manifestation. Lorsque vous lirez cette lettre du 25, chers amis, la fête liturgique de cette manifestation aura déjà eu lieu. Mais en notre âme, cette manifestation doit être perpétuelle, sans interruption. Épiphanie, la fête où l’on voit des hommes rois plier les genoux devant le Roi Dieu, Divin Enfant, l’Enfant Roi.


Quelle importance et quelle grandeur avait cette fête par le passé, elle était entourée d’une gloire toute spéciale. L’étoile, reflet de lumière conduit les hommes à la source de toute lumière, Jésus-Christ, Lumière née de la Lumière. L’Enfant Roi vient éclairer nos ténèbres. Aujourd’hui comme hier, l’Épiphanie reste un grand jour. En ce jour, le Chrétien doit être dans l’allégresse, car les rois mages vont à la crèche porter des voeux et des présents en signe d’adoration au Roi pacifique.

 

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L’Épiphanie peut être l’occasion pour nous de méditer encore un peu plus sur la royauté de Notre Seigneur.
L’origine de la royauté de Notre Seigneur n’est pas la même que la royauté des princes de la terre. C’est d’en haut que Notre Seigneur tient son pouvoir qui n’a rien d’humain, et qui est beaucoup plus grand et plus éclatant, nous dit saint Jean-Chrysostome. Ainsi, l’origine du royaume du Christ est céleste et il existe avant tous les siècles. « Son royaume n’est soumis ni aux lois du temps, ni aux imperfections de notre humanité » précise encore saint Jean-Chrysostome.


Si son origine est bel et bien céleste, la royauté de Jésus-Christ n’est pas étrangère à la direction du monde. Jésus-Christ a voulu venir en ce monde pour le racheter, et le trône que le monde a offert à ce Roi d’amour n’est autre que la Croix. Dressée sur le monde, la Croix est aussi l’étendard sous lequel la royauté spirituelle du Christ s’étend à tout l’univers. Ce royaume spirituel de la Chrétienté, c’est l’Église, l’Épouse Reine.


Le ministère du royaume est confié non aux rois terrestres mais aux prêtres, et principalement au Grand-Prêtre, successeur de Pierre, Vicaire du Christ, le Pontife Romain, auquel tous les rois de la Chrétienté doivent être soumis comme à Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. (Paraphrase de Saint Thomas, de Regno)


Pour ce qui regarde les frontières, le royaume du Christ les ignore : « Il dominera d’une mer à l’autre, du Fleuve aux extrémités de la terre. Devant lui se prosterneront les habitants du désert, et ses ennemis mordront la poussière. » Quels sont les ennemis que le royaume de Jésus-Christ doit affronter ? C’est le laïcisme et l’indifférentisme des sociétés, c’est le relativisme et l’athéisme des États, c’est l’apostasie des nations,… Ces terribles ennemis militent pour le royaume de Satan et sont guidés par les puissances de ténèbres.


La royauté est l’apanage de Jésus-Christ non seulement comme Dieu, mais aussi comme Homme-Dieu.


Il est le roi messianique dont parle le prophète Daniel (Da 7,14) « Il lui a été donné pouvoir, honneur et royauté et tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues le serviront. » Remarquons que ce n’est qu’au Christ dans son humanité que nous pouvons attribuer au sens propre le pouvoir, l’honneur et la royauté ; car comme Verbe de Dieu, tout lui est commun au Père et au Saint-Esprit. La suprême royauté, Notre Seigneur l’a détient par droit de nature, Il est l’Homme-Dieu. Il la détient aussi par droit de conquête. C’est à ce double titre que Notre Seigneur possède la souveraineté absolue. Et ayant été racheté par le sang du Christ, nous ne nous appartenons plus.


« Les rois de Tharsis et des îles paieront des tributs ; les rois de Saba et de Méroé offriront des présents. Tous les rois se prosterneront devant lui… » (psaume 71) Jusqu’en l’an 1378, un usage voulait que le Roi très chrétien vienne à l’offrande présenter comme les rois mages de l’or, de l’encens et de la myrrhe, comme un tribut à l’Emmanuel, nous apprend Dom Guéranger.

 

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Du ciel à la terre, le Divin Roi veut conquérir tous les hommes et les amener en son domaine.


De son origine spirituelle, le royaume de Jésus-Christ s’incarne dans le temporel. Dès ici-bas, l’Église Corps mystique et Epouse Reine n’a d’autre fin que de conduire tous les hommes là où se manifestera éternellement la Royauté de l’Époux, dans le ciel de la béatitude. « Mais puisque l’homme n’atteint pas sa fin, qui est la fruition, la jouissance de Dieu, par une vertu humaine, mais par une vertu divine, conduire à cette fin n’appartiendra pas à un gouvernement humain, mais à un gouvernement divin, nous dit Saint Thomas d’Aquin (de Regno) et le docteur poursuit : « Un gouvernement de ce genre revient donc à ce roi, qui est non seulement homme, mais encore Dieu, c’est-à-dire à Notre Seigneur Jésus-Christ, qui, en faisant les hommes fils de Dieu, les a introduits dans la gloire céleste. »


Avec la royauté spirituelle de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous sommes sous l’emprise du règne de la vérité ; comme sujets de cette royauté, nous avons des devoirs envers elle.


Notre Seigneur Jésus-Christ étant Lui-même la vérité, Il doit régner sur les intelligences humaines. C’est de lui que les hommes doivent recevoir la vérité et l’accepter docilement. Ce règne s’étend sur les volontés humaines, car le Christ nous soumet une morale qui doit nous pousser à être ses imitateurs : « Soyez parfaits ». Jésus-Christ, est aussi le Roi des coeurs. Notre Seigneur Jésus-Christ est Roi des rois et Seigneur des seigneurs. (Apocalypse XIX, 16) Plaçons-nous tous sous son étendard !


Obéissons à notre Chef, obéissons à ses lois car Il est le Législateur suprême ; car sur nous, Il exerce un pouvoir judiciaire. À Lui appartient le droit de récompenser ou de châtier les hommes. Allons à Lui, suivons nous aussi l’étoile !


La « béatitude, c'est le salut éternel, et les hommes y sont admis ou rejetés par le jugement du Christ. » nous dit encore saint Thomas d’Aquin. Toutes les réalités humaines sont soumises au pouvoir judiciaire du Christ. Enfin, Notre Seigneur Jésus-Christ a également le pouvoir exécutif et personne ne pourra s’y soustraire.

 

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Conclusion :


« La puissance universelle de faire le bien » c’est ainsi que Bossuet définit la vraie royauté et il poursuit : « c’est le propre des rois de sauver ! C’est pourquoi le prince Jésus, en venant au monde, considérant que les prophéties lui promettent l’empire de tout l’univers, il ne demande point à son Père une maison riche et magnifique, ni des armées grandes et victorieuses, ni enfin tout ce pompeux appareil dont la majesté royale est environnée. Ce n’est pas ce que je demande, ô mon Père ! Je demande la qualité de sauveur, et l’honneur de délivrer mes sujets de la misère, de la servitude, de la damnation éternelle. Que je sauve seulement, et je serai roi. Ô aimable royauté du Sauveur des âmes ! »


Ainsi soit-il.


Abbé Louis-Samson de La Ferté.

 

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23/01/2019
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Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion de la nouvelle année 2019 :

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Confrérie Royale
le Prieur

 

 

« Je vous souhaite Dieu et le Roi ! »

 

 

Mercredi 2 janvier 2019,
En la fête du Très Saint Nom de Jésus.

 

 

« Quoniam Rex sperat in Domino et in misericordia Altissimi non commovebitur -
Parce que le Roi espère dans le Seigneur et dans la miséricorde du Très-Haut, il ne sera pas ébranlé ».
Ps. XX, 8.

 

 

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,

Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Bien chers Amis,

 

 

Selon la tradition (et nous aimons bien les traditions !), le commencement de la nouvelle année civile est l'occasion de présenter des vœux, d'échanger des vœux.


Si, pour beaucoup de personnes, il peut s'agir d'un "exercice" - voire d'une "épreuve" -, comme nous l'entendons qualifier par certains journalistes et commentateurs à propos des hommes politiques, il ne peut en être de même dans une compréhension non superficielle et véritablement chrétienne.


Les vœux que nous formulons au début d'une année civile qui, par la volonté des Souverains Pontifes, a été fixé au jour octave de la Nativité de notre divin Rédempteur, c'est-à-dire justement au jour où Il a versé Son Sang précieux pour la première fois, dans le rite de la circoncision auquel Il Lui a plu de Se soumettre, et où Il a reçu pour nom Jésus, qui signifie "Dieu sauve", sont donc tout-à-la-fois marqués par la foi ardente au mystère de l'Incarnation - avec les douces impressions de la Crèche - et par la ferme espérance de la Rédemption. 
Nos vœux chrétiens de bonne, heureuse et sainte année, ne peuvent être compris que dans une perspective surnaturelle dans laquelle la vie d'ici-bas, avec toutes les grâces et bénédictions divines que nous lui souhaitons, prépare la vie éternelle.
A vous donc qui recevez ces lignes et me faites l'honneur d'y porter quelque attention, j'adresse mes vœux fervents de bonne, heureuse et surtout sainte année 2019 : une année que je vous souhaite de vivre dans la lumière et la grâce de Dieu Notre-Seigneur, pour vous sanctifier chaque jour un peu plus et marcher avec détermination et courage vers l'éternité bienheureuse.

 

Et parce que vous êtes membres ou sympathisants de cette Confrérie Royale, dont la vocation spécifique consiste en la prière (et la prière ne va pas sans le sacrifice et la pénitence) pour notre Souverain légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, je vous souhaite d'être toujours plus ardents dans cette supplication quotidienne et inlassable, afin de Lui obtenir toutes les grâces de lumière, toutes les bonnes inspirations, l'assistance du Saint-Esprit et la grâce de répondre à tout moment aux exigences de Sa vocation d'aîné des Capétiens, pour le bonheur et le salut de notre France : « Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum, et exaudi nos in die qua invocaverimus Te ! Seigneur, sauvez notre Roi Louis et exaucez-nous au jour où nous Vous invoquerons ! » Seigneur, accordez toutes Vos grâces de salut au descendant de Hugues Capet, de Saint Louis, de Henri IV et de Louis XIV qui est aujourd'hui le Chef de l'auguste Maison de Bourbon et notre Roi de droit ! Seigneur, bénissez-Le et comblez-Le de toutes Vos bénédictions : rendez-Lui le trône de Ses pères et accordez à la France de revenir dans l'obéissance à Vos commandements et dans la fidélité aux desseins que Vous avez formés pour elle !

Ainsi que s'accomplisse de nos jours, en ce Royaume des Lys dont Vous avez fait tant de fois dans l'histoire l'objet de Vos prédilections, les paroles du Roi-prophète : « Quoniam Rex sperat in Domino et in misericordia Altissimi non commovebitur. Parce que le Roi espère dans le Seigneur et dans la miséricorde du Très-Haut, il ne sera pas ébranlé », afin que Ses peuples reçoivent Vos saintes bénédictions à travers leur Souverain légitime.

 

Chers membres et amis de la Confrérie Royale, je vous souhaite ce qu'il y a, dès ici-bas, de mieux et de plus grand : je vous souhaite Dieu et le Roi !

 

 Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
Prieur.

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Quelques avis importants :
(qu'il convient donc de lire avec la plus grande attention - Merci !)

 

1) Votre Prieur est parfois débordé par la tâche et les responsabilité : il souhaiterait donc trouver une ou plusieurs personnes qui auraient de la disponibilité et les qualités de méthode et d'organisation nécessaires pour du secrétariat.
Contact : confrerie.royale@yahoo.fr


2) Plusieurs personnes au cours des derniers mois nous ont contacté en demandant à faire partie de la Confrérie Royale : l'entrée dans la Confrérie s'accomplit toujours à l'occasion d'une Messe célébrée par un prêtre lui-même membre de la Confrérie. Les personnes auxquelles, dans l'attente de cette cérémonie, il avait été répondu qu'elles pouvaient se considérer comme membres "in petto" mais n'ont pu encore formaliser leur entrée sont priées de nous contacter à nouveau afin de voir de quelle manière nous pourrons "régulariser leur situation" dans les meilleurs délais.
Ecrire par courrier postal à :


Secrétariat de la Confrérie Royale
Hameau de Condas 
F - 07310 Saint-Martial.


3) Les personnes candidates à l'entrée dans la Confrérie sont priées avant toute autre chose de prendre connaissance attentivement des modalités et des engagements (cf. > ici), puis de nous envoyer un courrier postal (à l'adresse indiquée ci-dessus) dans lequel sont dûment précisés leur état civil, leurs coordonnées postales et téléphoniques, leurs motivations, le degré d'appartenance auquel elles aspirent, et enfin à quelle occasion elles souhaitent formaliser leur entrée dans la Confrérie.

 

4) Le 30 janvier prochain sera le 30ème anniversaire de la disparition tragique de Monseigneur le Prince Alphonse, de jure Sa Majesté le Roi Alphonse II, père de notre Souverain, et donc aussi le 30ème anniversaire de l'avènement de Louis XX.
La Confrérie Royale préparera cet anniversaire par une neuvaine, du 21 au 29 janvier, vous en trouverez le texte dans quelques jours dans les pages de ce blogue, mais, dès à présent, il importe que tous, membres ou sympathisants de la Confrérie, nous sensibilisions autour de nous à cet anniversaire.

 

5)  Le pèlerinage annuel au Puy-en-Velay aura lieu du jeudi de l'Ascension 30 mai en fin d'après-midi au samedi 1er juin en début d'après-midi : l'organisation de ce pèlerinage s'avère d'année en année plus lourde et plus compliquée, or nous tenons à faire de notre mieux.
Avant la mi-janvier, seront publiés les tracts et programmes de ce pèlerinage. Mais dès à présent encore, il nous serait nécessaire d'avoir quelques personnes disposant de temps et de qualités de méthode pour le secrétariat propre du pèlerinage.
Contact : confrérie.royale@yahoo.fr

 

Merci de votre attention...
et éventuellement pour votre aide !

 

 


02/01/2019
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Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale pour le saint jour de Noël 2018

Noël, fête royale,

ou le lien entre le mystère de l’Incarnation et la Monarchie à travers l’histoire

 

En ce 25 décembre, comme chacun sait, nous n’accueillons pas le père Noël en chantant du Tino Rossi (pour ceux qui s’en souviennent encore en 2018) ni en arrachant voracement le papier cadeau entourant ces futilités matérielles qui voudraient nous faire oublier la terrible crise économique qui menace notre société... Non ! Au risque de décevoir la majorité de nos contemporains, nous célébrons aujourd’hui le grand mystère de l’Incarnation, ce jour où Dieu a de nouveau rendu visite à l’humanité pour la sauver en se manifestant aux yeux des hommes sous les traits d’un petit enfant. Bref, le plus beau cadeau que Dieu pouvait faire à chacun d’entre nous !

 

La relation entre le mystère de l’Incarnation et la doctrine monarchique est absolument capitale dans la religion catholique, apostolique et romaine, et spécialement en terre de France, royaume du « fils aîné de l’Église ». N’est-ce pas un 25 décembre 496 (ou 498, mais qu’importe !) que Clovis reçut le baptême dans les fonts de Reims, des mains de saint Rémi ? N’est-ce pas un 25 décembre 800 que le roi franc Charlemagne, le bras armé et vengeur des droits de l’Église et de la liberté de la Chrétienté, se vit offrir la couronne impériale de l’ancien Empire romain d’occident par le pape Léon III ? Ces deux éléments fondateurs de la monarchie chrétienne, en France et en Occident, ne sont pas anodins. Noël est une fête monarchique par excellence, une élément fondamental de la royauté sacrée.

 

L’Incarnation : un fondement doctrinal de la monarchie

 

Le mystère de l’Incarnation possède évidemment une dimension avant tout spirituelle. En prenant chair, le Verbe de Dieu, Fils unique du Père, vient réconcilier l’humanité déchue avec son Créateur. « Et homo factus est » (Jn I, 14), Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à Lui, Dieu vient nous sauver – le prénom Jésus signifie « Dieu sauve » – et nous placer dans un état de relation avec Dieu beaucoup plus grand, beaucoup plus noble que l’état originel perdu par le péché. Par sa venue et par son œuvre de Rédemption, Jésus-Christ nous a donné un esprit filial, un « esprit d’adoption » (Rom. VIII, 15), il a fait de nous les « héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ », mais bien sûr « si toutefois nous souffrons avec lui, pour être glorifiés avec lui. » (Rom. VIII, 17)

 

Noël vient manifester pleinement ce salut, car la Rédemption ne commence pas au Calvaire, mais dans la grotte de Bethléem. Ce petit enfant blotti auprès de sa sainte Mère, de son père nourricier, avec pour simple compagnie le bœuf et l’âne et pour premiers visiteurs de pauvres pâtres de Judée, est déjà là pour nous sauver. Il est le Fils de Dieu fait homme. S’il attendra le jour de l’Épiphanie pour manifester, pour la première fois, sa divinité aux Mages, il ne se montre pas aux bergers comme s’il était un enfant comme les autres. L’étoile guidée par Dieu a conduit ces bergers jusque dans cette modeste étable : ce n’est pas anodin ! Un enfant, oui, mais pas n’importe quel enfant. Et si les bergers ne lisent pas, au premier instant, en raison de la simplicité de leur condition – bien que la sagesse de Dieu se manifeste d’abord aux pauvres et aux simples – les traits de la divinité dans ce frêle enfant, ils entrevoient néanmoins une réalité que tout sujet peut saisir. Laquelle ? La royauté.

 

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Noël Coypel, La Nativité,1665, Musée des Beaux-arts de Rennes.

 

 

Jésus est Dieu et homme ; et, en tant qu’homme, il est le premier homme, l’homme qui va guider le peuple pour le conduire vers le salut, l’homme qui va montrer l’exemple de la sainteté, de la vertu, de la justification à tous les autres hommes. Un guide, un modèle, un roi. Oui, cet Enfant divin est « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (I Tim. VI, 15), il est le « prince de la Paix » annoncé par Isaïe, et « l’empire a été posé sur ses épaules » (Is. IX, 9). La prophétie d’Isaïe, cette grande annonce méditée dans le Bréviaire romain pendant l’Avent, insiste sur la royauté du Messie tant attendu. Il est venu d’abord « pour étendre l’empire et pour donner une paix sans fin au trône de David et à sa royauté, pour l’établir et l’affermir dans le droit et dans la justice, dès maintenant et à toujours. » (Is. IX, 6)

 

Cette royauté du Christ, proclamée au jour des Rameaux à Jérusalem, glorifiée par la liturgie de la fête du Christ Roi instaurée par Pie XI en 1925, commence donc à Bethléem. Cette royauté humaine, il la tient de son héritage, comme descendant de David. L’ascendance davidique justifie la légitimité du Christ à accéder à cette dignité suprême sur le Peuplé élu de l’antique alliance. D’ailleurs Jésus est le « Christ », l’oint, qui a reçu l’onction du sacre, l’onction royale. Mais attention ! De qui vient cette onction ? Qui confirme la légitimité royale de Jésus ? Qui, en plus de cette royauté locale, hébraïque, va accorder à Jésus une royauté universelle, une domination sur l’humanité entière, cette fois en tant que « primogenitus », le « premier-né d’un grand nombre de frères » (Rom. VIII, 29) ? Eh bien, c’est Dieu. La royauté du Christ dépasse la royauté politique d’un peuple : elle est la royauté Politique au sens premier, la domination légitime et plénière sur la Cité des hommes – la Polis avec un grand p. Et ce n’est pas juste en vertu de son humanité que Jésus est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ; ce n’est pas aussi uniquement en tant que choisi par Dieu, comme oint à la manière de David, que Jésus peut imposer son « imperium » sur l’ensemble de la Création : c’est en tant que Fils de Dieu, en tant que Dieu, en tant que Créateur au même titre que le Père et l’Esprit saint. La royauté de Jésus est la royauté suprême de Dieu. Cela, il ne faut pas l’oublier, même au milieu des « gazouillis » de la Crèche !

 

Noël, fête royale

 

Si la royauté de Jésus dépasse toute royauté humaine en force et en légitimité, cette royauté en est le modèle, l’archétype. En se faisant homme, Jésus rend accessible, à travers sa nature humaine, la pratique de la vertu, le cheminement spirituel vers Dieu. Il rend aussi accessible à tout un chacun, en fonction de sa position sociale et politique, l’accomplissement des vertus associées à une charge, à une responsabilité. Bref, la royauté de Jésus est le modèle de la royauté humaine. Nous n’allons pas ici gloser sur tous les beaux traités médiévaux, ceux de l’époque carolingienne en particulier, qui ont insisté sur cette puissante analogie, en partant même de la royauté davidique, pour donner à la doctrine royale toute sa sacralité, pour rappeler aussi et surtout aux princes quels sont leurs devoirs et prérogatives.

 

La monarchie sacrée tire ses origines de la monarchie davidique, mais d’une monarchie davidique surélevée par l’Incarnation rédemptrice. Le mystère de Noël est donc un élément fondateur de la sacralité monarchique. Toute la cérémonie du sacre vient magnifier cette doctrine royale qui est au fond pleinement tirée des Écritures. Nous n’entrerons pas ici dans les détails des prières et des rituels de cette grande cérémonie, mais leur enracinement biblique est incontestable.

 

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Antoine Pezey, Serment du marquis de Dangeau comme grand maître des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem le 18 décembre 1695, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 164. © RMN (château de Versailles) / Gérard Blot

 

À l’image du Christ, le roi de France est choisi par Dieu : sa légitimité familiale – la primogéniture mâle – est complétée par la légitimité religieuse, par la voix de l’Église. Depuis Pépin le Bref, en 751 et 754, le sacre manifeste en France, dans la lignée du baptême fondateur de Clovis, la prise de possession par Dieu du prince, qui est élevé à une dignité mystique qui le place mutatis mutandis au rang des évêques. Nous ne gloserons pas ici sur le grand débat concernant la valeur ontologique du sacre. Toujours est-il qu’à l’issue de la cérémonie, le prince n’est pas un chef politique ordinaire, garanti par la simple vox populi – modèle dont on voit de plus en plus les limites en notre époque de la démocratie triomphante (sic) – mais il est un élu de Dieu, l’oint du Seigneur, un « christ ». Privilège insigne, mais responsabilité écrasante, car son salut dépendra de sa correspondance à cette lourde mission déposée sur ses épaules. Il est devenu le « très chrétien », le monarque « par la grâce de Dieu », chargé d’assurer avant tout la protection de l’Église, donc son salut temporel. Ainsi le sacre est fondamentalement imprégné de la dimension de Noël.

 

La célébration de la fête de Noël donnait lieu à des usages particuliers dans le cadre de la monarchie française. La dimension liturgique occupait une place essentielle, comme en témoigne l’étiquette de Versailles sous Louis XIV, et Noël faisait partie de ces « bons jours » où le monarque communiait et s’adonnait particulièrement à la dévotion1 :

 

« Pour la fête de Noël, le roi communiait le 24 décembre au matin : il assistait alors à deux messes basses successives. Il retournait à la chapelle dans l’après-midi pour les premières vêpres, et de nouveau à 10 heures du soir pour assister à l’office des matines de Noël. À minuit, les trois messes basses de Noël (messe de minuit, messe de l’aurore et messe du jour) étaient célébrées successivement, pendant que les effectifs de la Chapelle-Musique exécutaient des motets, puis chantaient l’office des laudes à partir de l’élévation de la deuxième messe. [...] Le roi quittait la chapelle un peu avant 2 heures du matin et y retournait pour assister à la messe chantée en milieu de matinée, ainsi qu’à la prédication, suivie des vêpres du roi en milieu d’après-midi. En deux jours, Louis XIV avait assisté à non moins de six messes ! »2

 

Bref, une continuité quasi-ininterrompue de la splendeur du culte divin à laquelle le Fils aîné de l’Église se faisait un devoir d’assister. Écoutons Saint-Simon qui, pour une fois, faisait certainement preuve d’objectivité :

 

« [...] il n’y avoit rien de si magnifique que l’ornement de la chapelle et que la manière dont elle étoit éclairée. Tout y étoit plein [...]. Il n’y avoit donc rien de si surprenant que la beauté du spectacle et les oreilles y étoient charmées. »3

 

Parfois, à l’occasion de la grande fête, le roi procédait au toucher des écrouelles, ce pouvoir thaumaturgique communiqué au souverain au jour de son sacre. Ainsi, en 1714, « le roy, après une seconde messe dite par un chapelain, est allé toucher les malades des écrouelles au nombre de près de 400, assemblez par les soins du grand prévost dans la gallerie dite des princes. [...] Le grand aumosnier, en camail et rochet, a distribué l’aumosne aux malades à mesure que le roy les a touchez [...] »4 Noël n’est-il pas un jour propice à la guérison des corps et des âmes ?

 

Le rituel de la bénédiction du Casque et de l’Épée dans la tradition papale

 

Pour conclure cette brève analyse, qui mériterait bien sûr des approfondissements que nous n’avons pas le temps de faire ici, il est opportun de mettre en valeur un usage de la Cour papale qui concerne de près la royauté chrétienne. Il s’agit, au jour de Noël, de la bénédiction par le Souverain Pontife de l’épée et du « chapeau ducal5 ». Cette tradition s’appuie sur le récit des Macchabées6 et remonte à l’époque d’Urbain VI (1378-1389), après le retour de la Papauté à Rome. Avant le chant des matines de Noël, le pape bénissait, revêtu de l’aube et de l’étole, une épée et un chapeau qui étaient ensuite offerts à un prince ou à un chef militaire chrétien particulièrement méritant en raison de sa piété et d’une aide particulière apportée à la défense de l’Église catholique et de la Chrétienté7. Il s’agissait

 

« [d’une] épée garnie d’un pommeau d’or, et enrichie de pierreries disposées en forme de colombe, avec le foureau et le baudrier enrichis de même, et le Chapeau Ducal posé sur la pointe de l’épée. Ce Chapeau est de soie violette, fourré d’hermines et entouré d’un cordon en forme de Couronne chargée de bijoux. Le Pape envoie l’Épée et le Chapeau à quelque Prince qu’il affectionne particulièrement, ou à quelque grand Capitaine qui mérite cette distinction pour s’être signalé contre les Ennemis de la foi Chrétienne. »8

 

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L’épée et le chapeau offerts par Innocent XI au roi de Pologne Jean III Sobieski après la victoire de Vienne sur les Turcs en 1683.

 

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Un clerc de la Chambre apostolique portant l’épée et le chapeau lors de la procession des Matines de Noël.

 

Ces deux ornements étaient portés en procession devant le pape, par un clerc de la Chambre, jusqu’à la chapelle où étaient chantées les matines. Lorsque le Souverain Pontife remettait lui-même ces distinctions au dux élu, il lui disait cette formule introduite par Sixte IV :

 

« c’est par ce glaive que nous vous déclarons le défenseur de cette puissance et de la Souveraineté Pontificale, le Protecteur du S. Siège contre les ennemis de la foi, et le boulevard de l’Église. Que par ce glaive votre bras triomphe des ennemis du S. Siège et du nom de Jésus-Christ, que le S. Esprit descende sur votre tête, et vous protège contre ceux à qui Dieu prépare ses jugemens devant la Sainte Église Romaine et le S. Siège Apostolique [...] »9

 

Le rapport de cette cérémonie avec le sacre royal et la mission de défense de l’Église assumé par le monarque de droit divin est évident. On me dira peut-être que le rapport avec Noël, la grande fête de la paix, est moins patent. N’est-il pas contradictoire de bénir des symboles de guerre avant de chanter « paix aux hommes de bonne volonté » ? En l’occurrence, la remise de ces insignes a lieu à la suite d’une victoire – la guerre semble donc être terminée – et à l’occasion d’une guerre juste – contre les ennemis de l’Église, souvent contre les Turcs ottomans à l’époque moderne. La morale de l’Église n’est aucunement remise en question, et la plus grande victoire du prince ou du chef chrétien honoré par ce rituel est d’avoir apporté la paix, d’avoir, en fin de compte, rétabli « Noël » sur le monde chrétien !

 

 

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La monarchie britannique a conservé l’usage de faire porter l’épée (sword of state) et le chapeau (cap of maintenance) devant le souverain, notamment lors de l’ouverture solennelle du Parlement.

 

Noël vient donc ici rappeler les obligations du roi très chrétien. Il est d’abord le protecteur de l’Église et le bras séculier la justice de Dieu dans l’étendue de son royaume. Il ne doit pas se servir de sa puissance militaire et coercitive pour des fins contraires au bien commun voulu par Dieu ou pour son intérêt propre. Les serments du sacre lui ont rappelé avec instance cette impérieuse responsabilité, qu’il se doit de respecter tout au long de son règne. Noël, fête de la paix de Dieu venue sur terre, est la fête des rois qui sont garants de cette paix, cette paix dont notre monde, et la France en particulier, ont tant besoin ; cette paix qui vient de Dieu et non des hommes ; cette paix que seule la Chrétienté traditionnelle peut restaurer.

 

Sainte fête de Noël !

 

Mathias Balticensis

 

1 Voir Alexandre Maral, La Chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, Wavre, Mardaga, 2010, p. 260, note 40.

 

2 Alexandre Maral, Le Roi-Soleil et Dieu, Paris, Perrin, 2012, p. 65.

 

3 Ibid.

 

4 Maral, La Chapelle royale, op. cit., p. 379.

 

5 Ducal, de dux, chef.

 

6 Lorsque Judas Macchabée alla combattre l’armée d’Antiochus, il vit en songe le prophète Jérémie qui lui présenta une épée en lui disant : « Prends cette sainte épée, c’est un don de Dieu ; avec elle tu briseras tes ennemis. » (II Macc. XV, 16).

 

7 Voir Gaetano Moroni, Histoire des chapelles papales, trad. A. Manavit, Paris, Sagnier et Bray, 1846, p. 385-386.

 

8 Jean-Baptiste Lucotte Du Tillot, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, Amsterdam, J. F. Bernard, 1739, t. II, p. 87.

 

9 Ibid.

 


24/12/2018
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Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion du début de l'année liturgique :

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Confrérie Royale

Le Prieur

 

Samedi 1er décembre 2018,
en la fête de Saint Eloi, évêque et confesseur ;
et du Bienheureux Charles de Jésus [de Foucauld], ermite et confesseur.

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit -

La nuit est déjà avancée, et le jour approche... »
Rom. XIII, 12 - épître du 1er dimanche de l'Avent.

 

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,

Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis,

 

« Nox praecessit » : la nuit est avancée, elle tend vers sa fin. Mais c'est encore la nuit ; les ténèbres règnent encore !
« Dies autem appropinquavit » : le jour approche ; sa venue est certaine. Mais il n'est pas encore là ; la lumière ne règne pas encore !

Il est tout aussi certain que le règne des ténèbres prendra fin qu'il est certain que le règne de la lumière va venir. Nous ne pouvons nullement en douter. Mais pour l'heure, c'est encore le règne des ténèbres et nous ne voyons la lumière que par les yeux d'une invincible espérance.

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! »

Ces quelques mots de l'Apôtre, que nous lisons, approfondissons et méditons au premier dimanche de l'Avent, constituent non seulement le thème spirituel que la Sainte Eglise notre Mère nous donne pour commencer la nouvelle année liturgique et nous stimuler en entrant dans le saint temps de l'Avent, mais c'est aussi l'antienne que nous devons répéter inlassablement - presque à la manière d'un cri de guerre et de ralliement au cœur de la bataille - pour stimuler nos énergies, renforcer notre détermination, rassembler nos forces, décupler notre zèle, aiguillonner notre générosité, éperonner notre combativité, attiser notre ferveur, dynamiser nos engagements, exciter notre flamme, revigorer notre entrain et tonifier notre vaillance dans le grand combat spirituel qui est le nôtre au service de notre Souverain légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX. 

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! »

Oui, les ténèbres étendent encore leur règne, règne terrible et destructeur, sur le Royaume des Lys ! Oui, les ténèbres règnent encore dans les intelligences, dans les cœurs et dans les âmes de la majorité des Français ! Mais "nox praecessit" : la nuit, nous en avons la certitude, va vers son déclin - inéluctablement ! - et l'aube poindra. Nous ne savons pas encore quand, nous ne savons pas encore combien d'heures nous en séparent : mais elle poindra et sa clarté grandissante chassera peu à peu la noirceur et ses épouvantes mortifères : "dies autem appropinquavit !" 

 

« Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! » 

A l'épaisse nuit diabolique engendrée par le pseudo "siècle des lumières", succédera le jour victorieux de la grâce renaissante qui jaillit de la source vive de Reims, le baptistère dans les eaux duquel se sont unies la royauté franque et la foi de Nicée pour faire naître la France : notre France ! La France telle que voulue par Dieu ! La France catholique et royale ! 
« Sine paenitentia enim sunt dona et vocatio Dei : en effet les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir ! » (Rom. XI, 29). C'est cela qui nous donne notre assurance, une assurance fondée sur les faits que Dieu a suscités et sur les promesses qu'Il a faites, en dépit de tous les éléments de découragement qui pourraient s'imposer à nous en considérant la situation actuelle selon des vues simplement humaines.

Mais notre confiance est en Dieu, qui ne peut "ni se tromper ni nous tromper" (cf. acte de foi), et c'est la raison pour laquelle, au début de cet Avent qui nous prépare à Noël, nous proclamons notre ferme espérance en associant au Noël de Bethléem où le Dieu-fait-chair a paru devant nos yeux et dont ce prochain Noël va liturgiquement renouveler les grâces, le Noël de l'an 496 où par le Baptême du Roi Clovis est né le saint Royaume de France.

Ce n'est pas par hasard que Dieu a disposé toutes choses pour que le jour de la naissance de Son Fils incarné soit aussi le jour de la naissance de la Royauté Très Chrétienne au Royaume des Lys !

 

Sus donc à toute forme de découragement larvé et de désespérance : « Nox praecessit, dies autem appropinquavit ! » 

Chers membres de notre Confrérie Royale, plus que jamais et avec une ardeur renouvelée, « abjiciamus ergo opera tenebrarum et induamur arma lucis : rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière ! » (Rom. XII, 12 - épître du 1er dimanche de l'Avent).

 

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

 

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01/12/2018
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Du Sacre de nos Rois.

Lettre mensuelle aux membres et amis

de la Confrérie Royale

25 novembre 2018

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Du sacre de nos rois

 

Dans le régime républicain que la France subit depuis des décennies, chaque investiture de nouveau président, -passant de façon si fugace -, se veut une maigre et pâle copie des cérémonies royales d'antan. Mais comme tout est horizontal, glorification de l'idéologie maçonne et laïcarde, tout est sans goût, se réduisant à un événement médiatique permettant au chef de distribuer sourires, embrassades, poignées de mains et « selfies ». Nous sommes bien loin du roi touchant et guérissant les écrouelles après avoir reçu l'onction du sacre, véritable sacrement. La monarchie française n'est pas une royauté d'opérette, un système constitutionnel, un décor de carton-pâte. Sa fondation n'est pas un simple accord de légitimité entre le souverain et ses peuples. Elle est ancrée dans la Révélation chrétienne, puisque le roi ne peut l'être que s'il est revêtu de la grâce divine, une grâce extraordinaire et particulière, reçue au moment du sacre. Seule la monarchie anglaise a essayé de singer, dans ses rites, le couronnement français, sans réaliser qu'il lui manquait, depuis son schisme, la dimension sacramentelle qui est la seule à donner son sens à la pompe et au faste. Les insignes du sacre ne seraient que colifichets sans cette dimension transcendante uniquement présente dans le rituel français.

 

Tout d’abord, notre roi, étant dépositaire d’un véritable ministère, - celui d’aimer tous ses sujets, de pratiquer la justice et la miséricorde, de veiller à l’intégrité du royaume et à son rayonnement, à sa prospérité -, doit se préparer au couronnement par une veillée de prière dans la cathédrale de Reims, ceci comme pour la pratique chevaleresque de l’adoubement. Il va devenir le chevalier du Christ en terre et doit ainsi être habité par la grâce nécessaire à cette nouvelle nature. Il se confesse durant cette nuit d’adoration et de silence, ne recevant l’absolution qu’au dernier moment, juste avant la sainte communion du lendemain, ceci afin qu’il soit en parfait état de grâce. Prenant un court repos au palais du Tau voisin, résidence de l’archevêque, il y est réveillé par les évêques de Laon et de Beauvais, portant les reliques. Il les attend dans l’attitude d’un gisant, les yeux ouverts, comme l’effigie des monarques sur les tombeaux de Saint-Denis revêtus des insignes royaux avec des vêtements dont les plis tombant droit semblent indiquer que les morts sont vivants et debout. Ce symbole est essentiel car il signifie que le roi possède deux corps : le corps moral, qui ne meurt jamais car la chaîne royale est ininterrompue, et le corps naturel, mortel, qui prenait la place de son prédécesseur, là aussi sans rupture. La légitimité est continuité dans la stabilité. Aucun événement, même le plus tragique, ne peut faire que le roi soit mort à jamais : lorsqu’il meurt, aussitôt il vit.

 

L’abbé de Saint-Denis veille sur les insignes royaux dont il est le dépositaire, tandis que l’abbé de Saint-Remi veille sur la Sainte Ampoule contenant le saint chrême pour l’onction, ceci depuis Clovis. Cette huile sainte est l’élément central du sacre qui est sacrement. Tous les autres objets pourraient venir à manquer mais celui-ci est nécessaire. Grâce à Dieu, en 1793, lorsque la Convention ordonna sa destruction en place Nationale (ci-devant Royale) sur le piédestal d’où on avait jeté à bas la statue de Louis XV, le curé jureur de Saint-Remi, devenu église paroissiale, retira de la précieuse fiole une grande quantité d’huile sainte, ce qui permit à Charles X d’être consacré comme ses prédécesseurs. Une nouvelle fois, en 1906, lorsque l’archevêque Mgr Luçon, fut expulsé du palais du Tau, il sauva dans un simple flacon le contenu du reliquaire dont l’état anticlérical exigeait la remise. Ce saint flacon est toujours conservé à l’archevêché, attendant le prochain sacre…

 

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La fiole scellée renfermant l'huile sainte retirée de la sainte ampoule avant sa destruction
telle qu'elle se trouve actuellement dans un coffre de l'archevêché de Reims

 

Le rite du couronnement commence par le serment du roi, dialogue entre le monarque et l’archevêque de Reims, par lequel est scellé l’engagement royal à défendre l’Église et ses privilèges canoniques dans toutes les provinces du royaume. L’Ordo de Charles V, traduit par Patrick Demouy dans son magnifique ouvrage Le Sacre du Roi (éd. La Nuée bleue, 2016), rapporte les mots exacts de ce pacte qui respecte les deux ordres, royal et religieux, tout en instituant un lien indéracinable entre eux. Les différents ordos conservés contiennent des variantes selon les époques et selon les souverains. Il fut d’usage aussi de préciser que les hérétiques devaient être chassés du royaume. Le coeur en est toujours les tria precepta, à savoir paix, justice et miséricorde.

Ensuite a lieu le rite de passage, chevaleresque, où le roi est dépouillé de tous ses vêtements, à l’exception d’une tunique et d’une chemise dont les ouvertures permettraient les onctions. Il reçoit l’épée et les éperons, ceci dans un véritable ballet qui souligne l’axe vertical du pouvoir royal s’inscrivant dans la généalogie des rois de l’Ancien Testament et dans une dimension cosmique. Ces insignes ont échappé à la fureur révolutionnaire. Ils reposent aujourd’hui au Louvre. L’épée Joyeuse, dite « de Charlemagne », attend ainsi des jours meilleurs.

L’onction, septuble, revêt alors le roi de sa charge de pasteur, intermédiaire entre Dieu et son peuple. L’archevêque de Reims mélange le Saint Chrême du Jeudi saint précédent avec une parcelle, « grosse comme un pois », du baume desséché de la Sainte Ampoule. Le souverain reçoit cette huile sainte sur la tête, comme pour les consécrations épiscopales, sur la poitrine, entre les épaules, sur chaque épaule et à la jointure des bras, ceci afin que tout son être soit inondé, jusqu’au coeur, comme David sur lequel la corne d’huile fut renversée par Samuel.

Le chambellan revêt le monarque oint avec la tunique, la dalmatique et le manteau, tous trois fleurdelisés : le roi est pontife et sa charge est quasi sacerdotale, même s’il n’est pas prêtre pour l’autel. Il est habité par un caractère, semblable à celui de l’ordination. Recouvert par les fleurs de lys, il devient le chevalier par excellence de la Très Sainte Vierge qui protège son royaume de façon privilégiée. Il devient lui-même un lys, comme le Christ l’est pour l’Église selon la belle image du Cantique des cantiques. Ces vêtements fleurdelisés ne sont pas ceux du monde mais ceux des cieux. Ils préfigurent la Jérusalem nouvelle où chaque élu est un lys à la ressemblance du Maître. La couleur bleue est celle de l’azur mais aussi celle réservée au grand prêtre dans l’Ancien Testament.Il prend aussi les gants épiscopaux et reçoit l’anneau, symbole de l’union mystique entre lui et son peuple. L’archevêque lui remet aussi le sceptre et la verge de justice. La marque de la puissance monarchique est le sceptre, image de la droiture et de la vertu. En l’acceptant, le roi s’engage à mener une vie irréprochable, à lutter contre le mal et à défendre la justice. Ce sceptre est le canal entre le ciel et la terre car, pour le couronnement royal français, il n’est pas court mais aussi long qu’une crosse d’évêque, jouant d’ailleurs un rôle identique, celui du bâton de berger guidant le troupeau et du messager transmettant ce qu’il reçoit de l’autorité divine. Quant à la verge de justice, elle est le symbole de la vertu et de l’équité. Elle est la clef de David et sa dimension, 59 cm, est exactement une coudée biblique. Là aussi l’Ancien Testament est constamment présent comme héritage, montrant la continuité de l’élection divine de l’ancienne Alliance dans le lieutenant choisi par le Christ pour le royaume de France. Seul le roi de France a conservé ces deux sceptres alors que les autres souverains ont remplacé la main de justice par un globe, à la suite de l’empereur germanique. Notre roi est vraiment le successeur de David et de Salomon, le fils du Nouveau David et du Nouveau Salomon. Il réalise ce que chante David dans le psaume XXII : « Près de moi ton bâton, ta houlette, sont là qui me consolent. » Le roi de France doit être consolateur pour son peuple.

Vient alors le couronnement proprement dit. La couronne symbolise la clarté de l’âme et le passage à la lumière éternelle. Elle est l’héritière de la coiffe du grand prêtre et de la mitre épiscopale. Les pierreries qui l’ornent sont au nombre de douze, quatre émeraudes pour la foi, quatre saphirs pour l’espérance et quatre rubis pour la charité. Elle fut détruite par les ligueurs et les sacres suivants utilisèrent la couronne de la reine, en tous points semblables, jusqu’à ce que cette dernière fût fondue par la révolution. Le roi ne garde pas longtemps cette couronne officielle, très lourde. Il ceint une deuxième couronne, plus légère, sa couronne personnelle. La galerie d’Apollon, au Louvre, conserve la couronne personnelle de Louis XV (mais avec de fausses pierres), et la couronne officielle de Napoléon I, ornée de camées, utilisée également pour le sacre de Charles X. Le roi ainsi couronné d’or et de pierres précieuses devient celui qui, par la pratique des vertus qui brillent, doit mener ses sujets vers le Royaume céleste.

Enfin le roi est intronisé, revêtu de tous ses insignes, ployant sous leur poids (surtout lorsque le souverain est encore un enfant) sur un trône placé en haut du jubé de la cathédrale, devenant alors visible des assistants qui se trouvent dans la nef. Il vole ainsi sur la montagne sainte. Le Te Deum éclate pour exalter celui qui devient le médiateur entre Dieu et son peuple, entre le Ciel et la terre. La grand messe pontificale clôt cette admirable cérémonie, avec le calice dit de Saint Remi qui échappa par miracle à la fureur révolutionnaire.

Tout s’achève par le festin au palais du Tau, également très ritualisé, et le lendemain par la guérison des écrouelles lorsque le roi imposera les mains sur les malades.

 

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La couronne de Louis XV (musée du Louvre)
la seule à avoir échappé au vandalisme révolutionnaire...

 

Cette courte et incomplète description ne veut pas être un hymne à la nostalgie mais une préparation intérieure pour comprendre, au-delà de l’anecdotique, que le sacre est de l’ordre de la transcendance et qu’il perpétue l’Alliance entre Dieu et les hommes initiée dans l’Ancien Testament. Aucun détail n’est superficiel dans un tel rite. Comme pour la messe pontificale papale traditionnelle, il serait (il sera) très malaisé de le rétablir dans sa pureté et son unité d’origine, car bien des fonctions de cette liturgie doivent être occupées par des personnages dont la lignée est morte. Ce fut d’ailleurs un problème majeur du sacre de Charles X qui composa avec les idées nouvelles, ce qui explique sans doute l’échec de cette restauration incomplète.

 

Le prochain roi qui sera couronné à Reims devra retourner aux ordos les plus anciens afin de s’assurer de la pleine validité de son sacre qui ne dépend pas de cérémonies humaines mais d’une investiture reçue d’en haut. En attendant, notre devoir est de prier et d’offrir des sacrifices afin que cette résurrection soit possible pour le bien de notre pauvre royaume défiguré.

 

 

P.Jean-François Thomas s.j.

3 octobre 2018

Sainte Thésèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face.

 

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Saint Charlemagne à la sommité du sceptre de Charles V
(musée du Louvre)


24/11/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 octobre 2018)

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Lettre aux membres et amis de la Confrérie royale

De la consécration de la France à saint Joseph

 
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Le mois d’octobre est consacré – qui ne le sait ? – au saint Rosaire de Notre-Dame. Léon XIII n’en a pas moins décidé de lui associer saint Joseph, en imposant de lui adresser ce mois-là, après la récitation du chapelet, la prière du Nous recourons à vous.
« Nous recourons à vous dans notre tribulation, ô bienheureux Joseph ; et, après avoir imploré le secours de votre sainte Épouse, nous sollicitons aussi avec confiance votre patronage. Par l’affection qui vous a uni à la Vierge Immaculée, Mère de Dieu ; par l’amour paternel, dont vous avez entouré l’Enfant Jésus, nous vous supplions de regarder avec bonté l’héritage que Jésus-Christ a conquis au prix de Son Sang, et de nous assister de votre puissance et de votre secours dans nos besoins. Protégez, ô très sage gardien de la divine Famille, la race élue de Jésus-Christ. Préservez-nous, ô Père très aimant, de toute souillure d’erreur et de corruption, soyez-nous favorable, ô notre très puissant libérateur. Du haut du ciel, assistez-nous dans le combat que nous livrons à la puissance des ténèbres ; et de même que vous avez arraché autrefois l’Enfant Jésus au péril de la mort, défendez aujourd’hui la Sainte Église de Dieu des embûches de l’ennemi et de toute adversité. Couvrez chacun de nous de votre perpétuelle protection, afin que, à votre exemple, et soutenus par votre secours, nous puissions vivre saintement, pieusement mourir, et obtenir la béatitude éternelle. Ainsi soit-il ».
 
Notre Prieur eut la charité de me faire remarquer, suite à mon tour de "Lettre du 25", que Louis XIV n'avait pas consacré son royaume à saint Joseph, le baron Pinoteau et lui-même n’en ayant jamais trouvé trace dans les documents de l’époque. Un enquêteur du site Union des Cercles Légitimistes de France – je renvoie évidemment à ce si intéressant et essentiel article signé D.R. – pose la question en ces termes : « Si la consécration a bien été commémorée tous les ans jusqu’à la Révolution cela fait 127 ans multiplié par le nombre de paroisses de France et de Navarre ! Alors, où sont les traces, les correspondances privées, les allusions dans les écrits dans les textes, les dessins, les peintures ? Surtout où est le texte de la consécration ? ».
 
Aussi ai-je corrigé là-dessus la phrase incriminée, ce qui donne :
"Est-il besoin de rappeler qu’avant que les papes n’honorassent le Père nourricier du Christ de la charge tutélaire de la sainte Église universelle il y a un siècle et demi, Louis XIV, « le fils aîné de Mon Sacré-Cœur » selon les propres termes du Rédempteur, une fois « majeur » de par la mort du cardinal de Mazarin, accomplissait son tout premier acte politique en faisant solenniser dans le Royaume la fête de saint Joseph ?"
C'est en effet à partir du règne du Grand Roi que la fête de saint Joseph commença à être solennisée en France ; la prescription romaine de le faire n'avait pas eu force de loi jusqu'ici, les décisions romaines devant être enregistrées au parlement.
 
Partons donc, si vous le voulez bien, à la recherche des faits dans cette question qui nous intéresse.
 
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En mars 2009, la revue Stella Maris publia un article intitulé « Louis XIV consacre la France à saint Joseph (le 19 mars 1661) ». Le R.P. Damien-Marie y disait en reprendre « la substance à un ami, Monsieur Christian Gaumy, conservateur de la bibliothèque universitaire de Limoges, qui a eu pour cela la patience d'explorer les montagnes de documents des archives nationales et de la bibliothèque nationale (Département Manuscrits), et qu'honore le profond souci de faire connaître et aimer le saint patron de l'Eglise universelle ; qu'à tous ces titres il soit ici remercié et assuré de ma gratitude ». Dommage que ce conservateur n’ait pas daigné signaler la référence ni publier les documents trouvés... Mais l’auteur assure que « ce fait est connu et rapporté par les historiens du Grand Siècle », alors qu’aucun n’en parle. Et Frère Maximilien-Marie de corriger l’auteur en me précisant : « Le sermon de Bossuet sur saint Joseph de 1661 ne fut pas impromptu ».
 
Sans savoir si cet article est la vraie source de tous les suivants, nous constatons partout que l’affirmation est depuis tenue pour un fait avéré. 
 
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Par exemple, en 2015, Mgr Dominique Letourneau publiait avec le R.P. Pascal-Raphaël Ambrogi le Dictionnaire encyclopédique de Marie. Y était écrit :
« Anne d’Autriche et sa fille, Marie-Thérèse d’Espagne, épouse de Louis XIV, obtient du jeune roi qu’il déclare, en accord avec l’épiscopat, saint Joseph patron du royaume, en 1661, la fête étant chômée ».
Cette phrase est lourdement tournée et grossièrement erronée. Tout d’abord, Marie-Thérèse est la belle-fille et non la fille d’Anne d’Autriche. Le reste est équivoque : soit le patronage (à prouver) entraîna le chômage de la fête, soit celle-ci entraîna cela.
 
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Plus étayée, la thèse de doctorat de Benoist Pierre, La bure et le sceptre (2016) sur la congrégation des Feuillants, nous apprend (pp. 386-387) que :
« Anne d’Autriche devenue régente, plaça encore le royaume sous la protection de saint Joseph. A Paris, les Feuillants furent l’une des toutes premières communautés à vénérer l’époux de la Vierge. Grâce aux libéralités de César de Vendôme et de sa femme, François de Lorraine, ils avaient fondé une confrérie et une chapelle dédiées au père de Jésus. Dès 1629, Anne d’Autriche se fit inscrire sur le registre des confrères. Mais la dissidence politique du frère de Louis XIII entraîna la suspension des activités de la « sainte association » pendant plusieurs années. A partir de 1643, la confrérie fut réactivée. […] La ferveur d’Anne d’Autriche pour ce culte ne cessa alors de grandir. En 1654, Louis XIV se fit inscrire avec son frère, le duc d’Anjou, sur le livre de la confrérie. 
Le 6 janvier 1661, ce fut au tour de la nouvelle reine, l’infante espagnole Marie-Thérèse, d’y faire son entrée. A cette occasion, Jacques de Sainte-Scolastique ne cacha pas sa joie de voir les puissances (sic) de la terre s’estimer « bienheureux d’avoir ce grand saint pour père et protecteur auprès de Jésus-Christ ». La même année, Louis XIV demanda à l’assemblée du clergé que la fête du 19 mars, correspondant à la Saint-Joseph, fût « chômée et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière dans les affaires pour tout le royaume ».
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citant Jean Delumeau, dans un livre publié en 1989 : Rassurer et protéger – Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois ; Fayard. En fait, ce dernier point était déjà évoqué en 1953 dans l’article « Les origines de la dévotion à saint Joseph » des Cahiers de Joséphologie (janvier-juin, vol. I, n° I) :
                « Louis XIV, lors de l’assemblée du clergé de 1661, manifesta la désir de voir rehausser la fête de saint Joseph. Déférant à la volonté du roi, les évêques déclarèrent que cette fête « serait chômée et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière des affaires par tout le royaume »,
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renvoyant cette fois à Lucot (pp. 61-64), que nous allons retrouver.
 
            En 1844, A. Madrolle avait publié Les magnificences de Marie (Hivert, Paris, p. 233), où il reconnaissant qu’il ne s’agissait pas exactement du même patronage qu’envers Notre-Dame, mais qu’il y ressemblait :
            « La France, que Louis le Juste avait mise sous le patronage spécial de la Mariée modèle, fut comme mise sous celui du Mari de ce genre par Louis le Grand. En effet, Louis XIV expédia une Lettre de cachet au Parlement le 16 mars 1661, par laquelle il lui Mandait que « la fête du Saint Époux de la Vierge fût célébrée dans tout son Royaume, non seulement par la célébration des Offices divins propres à une fête solennelle, mais encore par la cessation du travail ».

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En 1870, l’on trouve dans l’ouvrage de l’abbé Lucot, chanoine honoraire de la cathédrale de Châlons, De l’antiquité du culte de saint Joseph dans l’Église universelle et en particulier dans l’Église de Châlons (Châlons, Martin, 1870, pp. 23-24) :

            « Les princes rivalisaient avec les religieux pour faire honorer le grand patriarche. Les décrets de Grégoire XV et d’Urbain VIII n’avaient pas été publiés dans le royaume ; Louis XIV et Marie-Thérèse son épouse supplient le clergé de France, réuni à Paris en 1661, de seconder leur pieux désir de voir célébrer désormais la fête de saint Joseph ; le diocèse de Paris donne l’exemple, que suivront bientôt la plupart des diocèses de France ».
L’année précédente, le 7 juin 1660, jour-même où le jeune Louis accueillait l’infante Marie-Thérèse en vue des épousailles à Saint-Jean-de-Luz, apparaissait à Cotignac en Provence, saint Joseph, à un jeune berger.
 
« Le 31 janvier 1661, après enquête, Monseigneur Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte. Cette même année et suite à ces merveilleux événements, le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille. A cette occasion, Bossuet, avec le talent qu’on lui connaît, s’exprimera en ces termes : « Joseph a mérité les plus grands honneurs parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. L’Eglise n’a rien de plus illustre parce qu’elle n’a rien de plus caché » (source).
 
            Nous connaissons la suite : « Je rends grâces au roi d’avoir voulu honorer sa sainte mémoire avec une nouvelle solennité. Fasse le Dieu tout puissant que toujours il révèle ainsi la vertu cachée ; mais qu’il ne se contente pas de l’honorer dans le ciel, qu’il la chérisse aussi sur la terre. Qu’à l’exemple des rois pieux, il aille quelquefois la forcer dans sa retraite… Si Votre majesté, Madame, inspire au roi ces sages pensées, elle aura pour sa récompense la félicité ».
     
       Malheureusement, ce ne fut point à Versailles qu’eurent lieu les honneurs de la Saint-Joseph – l’on sait que Louis XIV ne s’y installera qu’à partir de 1682 ! – ni la prédication de Mgr Bossuet, comme l’affirme le site missel.free en reprenant l’histoire de la fête, mais en la chapelle des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. Avant de prendre connaissance de ce qui est écrit, lisons en guise d'introduction historique le bienheureux cardinal Schuster :
« Le culte liturgique envers ce grand patriarche prit un développement considérable au XVe siècle, grâce surtout à sainte Brigitte de Suède, à Jean Gerson et à saint Bernardin de Sienne, Le pape franciscain Sixte IV inséra sa mémoire dans le Bréviaire romain avec le rang de fête simple ; Clément IX l’éleva au rite double et Grégoire XV en fit une fête de précepte » (Liber Sacramentorum).
« Innocent VIII l'éleva au rite double, Urbain VIII la rendit obligatoire (1642). Sous le vocable de Prince de la Paix, Ferdinand III proclama patron spécial du royaume de Bohême (1655) saint Joseph que Léopold I° déclara protecteur des Habsbourgs (1677) ; à la demande de Marie-Anne d'Autriche obtint un décret du pape Innocent XI qui plaçait la couronne d'Espagne sous le patronage de saint Joseph (1679) [Par crainte de déplaire à saint Jacques, les espagnols firent révoquer le décret en 1680, mais la Belgique le conserva et même le renouvela après son indépendance]. En France, sous l'influence de Marie-Thérèse d'Autriche, Louis XIV demande aux vicaires généraux de Paris d'établir la fête de saint Joseph [Lettres du 12 mars 1661] pour le 19 mars 1661 où elle est célébrée à Versailles avec éclat [Dans la chapelle magnifiquement ornée, Bossuet fit le panégyrique de saint Joseph : Le Seigneur s'est choisi un homme selon son coeur] ; si la fête est chômée à Paris ce jour-là, on ne la voit pas ainsi mentionnée dans le calendrier de 1680. Clément X l'éleva au rit de II° classe (1670), Clément XI lui composa un nouvel office (1714) et Benoît XIII inséra saint Joseph dans la litanie des saints (1726). Pie IX (1847) déclara saint Joseph patron de l'Eglise universelle (8 décembre 1870), occasion d'une nouvelle fête de rit double de première classe. Léon XIII proposa saint Joseph comme modèle des travailleurs (15 août 1889), Pie X lui donna un octave et approuva les litanies de saint Joseph (18 mars 1909), Benoît XV lui attribua une préface propre (9 avril 1919) et Jean XXIII le fera inscrire au canon de la messe (13 novembre 1962) ».
Dom Pius Parsch précise quant à lui : "La messe et l’office des Heures sont de date récente (l’auteur est le pape Clément XI qui les prescrivit en 1714). Ce qui est typique dans la prière des Heures, c’est la composition systématique propre à cette époque et le parallèle entre Joseph l’Égyptien et saint Joseph".
 
L'article de l'U.C.L.F., étudiant avant nous la question du 19 mars 1661, retrace en effet cette chronologie :
« Chronologie des événements• En 1621, le pape Grégoire XV, usant de son pouvoir spirituel, proclama que la fête de saint Joseph serait fête de précepte pour l’Église universelle.• 16 juin 1660, apparition Saint Joseph à Bessillon (Cotignac) à un jeune pâtre, Gaspard.• 9 mars 1661, mort de Mazarin.• 10 mars, Haut conseil, le Roi gouvernera en personne.• 12 mars, par lettres patentes, Louis XIV, usant de son pouvoir temporel, décrète jour chômé dans tout le royaume le jour de la fête de Saint Joseph, le 19 mars.• Louis XIV écrit, de Paris, à Messieurs les Vicaires Généraux du cardinal de Retz, archevêque de Paris (ce dernier était à Rome), pour que l’on célèbre la fête de Saint Joseph.• 19 mars, le Roi assiste à la messe à la chapelle du Louvre. La Reine-mère écoute le sermon de Bossuet chez les Carmélites de la rue Saint-Jacques. 
La Gazette du 26 mars (n°37 p 283) rapporte que : à l’occasion de la fête de Saint Joseph, le Roi va faire ses dévotions en l’église des Feuillants ».
 
Voici la lettre envoyée en 1661 par Guy Patin, médecin et épistolier (1601-172), à André Falconet, et publiée en 1846 (pp. 344-345) :
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(lire « 19 mars »).
 
            « Nous n’étions pas en Semaine sainte. Cette année là le mercredi des cendres se trouvait le 2 mars ; les Rameaux tomberont le 10 avril et Pâques le 17 avril. Nous en étions donc à la troisième semaine de Carême, un samedi » (U.C.L.F.).
 
L’on trouve précisément dans les Actes de l’Assemblée du clergé de 1660-1661 :
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selon la Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France ; Paris, 1770, t. 4, p. 776, Assemblée de 1660-1661. L'évêque de Bazas (de 1646 à 1667) était Mgr Samuel Martineau de Turé.
 
« ​​L'auteur du ​​Calendrier historique et chronologique de l'Eglise de Paris (Paris, Hérissant, 1747), l'abbé Le Fèvre, donne, au 19 mars, les détails intéressants de l'institution de la fête de saint Joseph » :
« 19 mars. Lettre du Roi pour la fête de saint Joseph en France ; par ordre de Louis XIV, qui expédia une lettre de cachet au Parlement, le 16 mars 1661, par laquelle il lui mandait que la fête du saint Époux de la Vierge fût célébrée dans tout son royaume, non-seulement par la célébration des Offices divins propres à une fête solennelle, mais encore par la cessation du travail. Le Parlement, par son arrêt du 17 mars, ordonna que la fête de saint Joseph serait chômable et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière des affaires par tout le royaume. La fête de S. Joseph fût chommée (sic) dans tons les lieux de son ressort, avec défense au peuple d'ouvrir les boutiques et de vaquer aux œuvres manuelles, et enjoignit aux lieutenans civil et criminel, au procureur du Roi au Châtelet, et aux officiers de police, de tenir la main à l'exécution de l'arrêt. Le Roi fit écrire pareillement au duc de Verneuil, abbé de Saint-Germain-des-Prés, pour faire établir l'observance de cette fête dans les lieux de la dépendance de cette abbaye. La lettre est du 26 mars » (Calendrier historique, etc., page 79).
 
Toutefois,
« Le diocèse de Reims ne l’adopta point cependant comme fête d’obligation. Le rituel de messire Charles Maurice Le Tellier, publié en 1677, ne le mentionne point parmi les fêtes chômées ; on la célébrait néanmoins comme double de deuxième classe. Dans son bréviaire de 1665, Mgr Vialar lui donne rang parmi les doubles de troisième classe ; les doubles majeurs les ont remplacés ».
 
L’abbé Lucot précisera cinq ans plus tard, dans son Étude historique sur son culte(1875) : « Même remarque pour Sens, Lyon, Verdun, Périgueux, Chartres, Langres (Rituels, de 1679 à 1694) ». 
 
 
 
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« En France, en Espagne, en Allemagne, les princes, par leurs exemples, entraînent les peuples à la vénération et à la confiance envers saint Joseph. Tant d'efforts pour répandre cette dévotion ne restèrent point stériles. Elle pénétrait partout ; la marche en fut rapide ; la Cour, la ville, la province en étaient tout embaumées. Les princes rivalisaient avec les religieux pour faire honorer le grand Patriarche. Bossuet lui consacrait les prémices de son éloquence. Par deux fois, en 1659 et 1661, il célébrait, devant la Reine-mère et sa Cour, Joseph comme le plus saint dépositaire des plus saints trésors, et Joseph le lui rendait en devenant le révélateur du génie de l'illustre évêque. On sait avec quelle pieuse admiration furent entendus ces deux panégyriques. 
Cependant la Cour de France voyait avec peine que les décrets de Grégoire XV et d'Urbain VIII n'avaient pas encore été publiés dans le royaume. En effet, la fête de saint Joseph était obligatoire à Rome, en conséquence de ces décrets (aujourd'hui encore, la fête de saint Joseph y est chômée et un jeûne la précède) ; et précédée d'un jeûne préparatoire, elle s'y célébrait à l'égal des grandes fêtes de l'année ; la France restait en arrière. Louis XIV en avait déjà écrit au Pape. Le roi voulut profiter de l'Assemblée du clergé de France réuni à Paris en 1661, pour faire exécuter des décrets chers à sa piété. Lui et la reine Marie-Thérèse exprimèrent aux évêques leur désir de voir célébrer désormais en France, comme à Rome, la fête de saint Joseph. Le diocèse de Paris donna l'exemple, que suivirent bientôt la plupart des diocèses de France. 
Dans les autres contrées de l'Europe, l'enthousiasme n'était pas moins grand ; l'extension du culte de notre Saint fut aussi rapide. Les Bourbons d'Espagne, émules de ceux de France, la favorisaient dans leurs possessions des Pays-Bas ; la fête de saint Joseph y était célébrée avec une pompe toute royale (un auteur contemporain, le P. Michel Prie, jésuite allemand, a raconté cette solennité dans sa Vie de saint Joseph. Vita S. Josephi, etc., exemplis illustrata à P. Miciiaele Frie S.J., Monachii, 1678, in-18, cap. 21). En 1679, sur les instances de Charles II, roi des Espagnes, le pape Innocent XI confirma par une bulle l'élection faite par ce prince, de saint Joseph comme patron de ses royaumes et de ses domaines. Mais l'illustre famille de Lorraine semblait vouloir encore dépasser toutes les autres, en Allemagne et en Lorraine, dans les témoignages de sa dévotion pour saint Joseph. En 1655, l'empereur d'Allemagne, Ferdinand III, procurait l'introduction solennelle de son culte en Bohême, et le donnait comme patron à ce royaume, sous le titre de protecteur de la paix : Conservator pacis. Vingt ans plus tard, Léopold Ier, son fils, cherchant au milieu des désastres de la guerre un refuge pour lui et son peuple, le trouva dans la protection de saint Joseph ; il lui consacra, en 1675, avec l'approbation de Clément X, l'empire tout entier, et ce fut avec l'appareil des solennités les plus magnifiques : les historiens allemands nous en ont gardé l'intéressant récit. L'année d'après, Maximilien, archevêque de Cologne et prince électeur de l'Empire, donnait aussi à la cité et au diocèse de Liège saint Joseph pour patron spécial. Les peuples d'Allemagne suivaient leurs princes, entraînés par leur piété ; ils voyaient avec plaisir ces princes élever à Joseph des églises, favoriser les confréries en son honneur, donner son nom aux enfants héritiers de leur couronne, et témoigner ainsi qu'ils lui étaient redevables de la conservation de leur race ; comment donc fussent-ils restés eux-mêmes étrangers à de tels sentiments ? comment eussent-ils refusé de s'associer à une dévotion si salutaire et de souscrire à des hommages si mérités ? ».
     
       Notre enquêteur de l'U.C.L.F. corrige encore les données sur Bossuet :
« En 1657, il prêche devant les évêques réunis pour l’Assemblée du clergé de France ; en 1659, c’est la Reine qui demande à Bossuet de reprendre le premier panégyrique ! Celui-ci s’en plaint d’ailleurs : Elle m’ordonne de rappeler en mon souvenir des idées que le temps avait effacées. Bossuet n’a eut que deux jours pour recueillir ses souvenirs. Pour 1661, il ne peut s’agir que du deuxième panégyrique ».
« Dans ce sermon (deuxième panégyrique) Bossuet annonce son sujet : Comme je me propose aujourd’hui de traiter ces vertus cachées, c’est-à-dire de vous découvrir le cœur du juste Joseph, etc. Il articule son propos sur trois points qu’il énumère peu après : Les vertus mêmes dont je parlerai ne sont ni de la société ni du commerce ; tout est renfermé dans le secret de sa conscience. La simplicité, le détachement, l’amour de la vie cachée sont donc les trois vertus du juste Joseph, que j’ai dessein de vous proposer. L’adresse de son sermon est sans équivoque : «Mes sœurs ». Ce n’est qu’au milieu de la troisième partie qu’il fait référence à la présence de la Reine. La fin de sa conclusion lui est adressée en exhortation : Je rends grâces au Roi d’avoir voulu honorer sa sainte mémoire avec une nouvelle solennité. Fasse le Dieu tout-puissant que toujours il révère ainsi la vertu cachée ; mais qu’il ne se contente pas de l’honorer dans le ciel, qu’il la chérisse aussi sur la terre ; qu’à l’exemple des rois pieux il aille quelquefois la forcer dans sa retraite ; etc. À aucun moment les termes consacré  ; consécration ; patron ne sont dans la bouche de Bossuet ! L’exhortation qu’il adresse à la Reine est de tout faire pour que le jeune Roi reste vertueux à l’image de Saint Joseph. Il est donc difficile de faire un rapport entre cette conclusion et l’évocation de la consécration ! ». 
         
       Revenons maintenant à la Cour du Roi, vingt ans plus tard, à Versailles cette fois, où le Grand Roi se sera établi. Le très sérieux Alexandre Maral expliquait quant à lui, en 2014, dans La chapelle royale de Versailles sous Louis XIV: cérémonial, liturgie et musique (p. 110) :
« D’après les lettres patentes de 1682 en effet, il était prévu d’exposer le Saint-Sacrement tous les dimanches et jeudis de l’année, ainsi qu’aux fêtes de la Sainte Vierge, de saint Joseph, saint Louis et sainte Thérèse, après la prière du soir de la communauté des Lazaristes ».
          
     Sans être couronné, saint Joseph était toutefois célébré en 1682 à l’égal des patrons de la Famille royale.
« Il est difficile de croire que le jeune roi qui venait de prendre son envol (10 mars), qui décréta l’officialisation de la fête en rendant le jour férié (12 mars) se soit arrêté dans son élan pour faire une consécration a minima dont on ne trouve aucune trace, aucun texte et aucun témoin cité dans aucune chronique ! N’avait-il pas l’exemple de son père qui fit, pour la consécration à la Vierge, un acte officiel : l’Édit de Saint-Germain qui fut enregistré comme loi du Royaume par le Parlement et ratifié par l’épiscopat et par le peuple français ? » (U.C.L.F.).
 
Le grand patriarche a donc obtenu du grand Roi la solennité de sa fête, sans recevoir toutefois un patronage en bonne et due forme. Et nos bibliothécaires en ligne de conclure : « Il aurait été bien utile aux légitimistes d’arguer aux détracteurs de Louis XIV — à qui on reproche de n’avoir pas consacré la France au Sacré-Cœur — que le grand roi n’avait pas hésité à consacrer la France à saint Joseph, mais l’honnêteté prime. Aussi nous faut-il conclure à regret, qu’à part la récente consécration à Saint Joseph du diocèse de Toulon-Fréjus — pour laquelle les preuves historiques abondent –, celle de la France par Louis XIV, en 1661, ne relève que de la légende urbaine ».
 
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            Nous étions donc arrivés à la fin de cette enquête… quand la Providence – comme toujours – nous fit découvrir la solution là où nous ne l’attendions pas ! 
     Deux cent dix ans plus tard, en effet, le 19 mars 1871, lorsque le comte de Chambord, de droit Henri V de France, dans le sillage du grand pape Pie IX, consacra enfin sa Patrie au juste Joseph.
     Le Propagateur de la dévotion à saint Joseph (Périsse, Paris/Tournai, 1872, pp. 185-190) relate l’événement, et nous lui laissons bien volontiers la parole.
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Henri de Bourbon consacre sa Personne, sa Maison et sa Patrie à saint Joseph

 
« D'après des auteurs graves, parmi lesquels nous citerons le docte et pieux Père Faber, la dévotion à saint Joseph fut apportée de l'Orient dans la Provence par Lazare, Marthe et Marie. La pieuse cité d'Avignon fut le berceau d'où elle se répandit en Europe. Gerson, chancelier de l'Université de Paris, fut suscité pour en être le docteur et le théologien, et saint François de Sales pour l'enseigner et la répandre parmi le peuple. Les Carmélites de France, fidèles aux leçons et aux exemples de sainte Thérèse, contribuèrent efficacement à augmenter la confiance des âmes dévotes et fidèles en ce glorieux patriarche. Les écrivains français de la Compagnie de Jésus fournirent dans des ouvrages pieux et savants, de riches matériaux aux panégyristes du virginal Epoux de Marie.
 
De nos jours, c'est de la France catholique qu'est parti ce mouvement providentiel qui entraîne tous les peuples vers saint Joseph, et dont le consolant résultat a été de faire proclamer par l'auguste Pie IX ce glorieux Patriarche Patron de l'Église universelle. Fidèle aux traditions de ses aïeux (c'est à la demande de Louis XIV que la fête de saint Joseph fut chômée en France), le noble chef de la Maison de France a voulu, pour répondre à l'invitation du souverain Pontife, se consacrer d'une manière solennelle au puissant protecteur des Chrétiens.
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Un de nos amis qui a eu le bonheur d'assister à la consécration de Monseigneur le comte de Chambord et de toute sa Maison au glorieux saint Joseph, protecteur de l'Église universelle, nous transmet la relation suivante dont l'importance exceptionnelle n'échappera à aucun de nos lecteurs.
 
L'année dernière, pendant la guerre de la France avec l'Allemagne, Monseigneur le comte de Chambord était dans les environs de Genève avec un petit nombre de personnes ; la plupart de ses serviteurs étaient restés à Frohsdorf. Le samedi soir, 18 mars 1871, un serviteur, parti l'avant-veille de Genève, arrivait au château de Frohsdorf, porteur d'un ordre du prince pour son aumônier. Cet ordre adressé au secrétaire intime était exprimé en ces termes : « Faites mes amitiés à M. l'abbé N***, dites-lui qu'il serait bon de faire la consécration de la colonie à saint Joseph, le 19 ». — On appelle la colonie, à Frohsdorf, la petite société de serviteurs et d'amis qui entourent le prince et qui forment à l'extrémité de l'Autriche comme un petit coin de terre française.
 
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Le lendemain à la grand'messe, M. l'aumônier annonça à ses auditeurs que d'après le désir du prince, la colonie serait consacrée solennellement à saint Joseph, après le Salut qui aurait lieu dans l'après-midi. Tout le monde devait s'y trouver, et en effet personne n'y manqua. Le neveu de Monseigneur le comte de Chambord, S.A.R. le comte de Bardi, frère du duc de Parme [et donc beau-frère du roi de France, celui-là ayant épousé la sœur de celui-ci, NDLR], était présent et représentait tous les autres membres de la famille de Bourbon alors absents. Avec lui était son aide de camp, M. le marquis Malaspies, qui représentait l'Italie ; son précepteur, un vénérable religieux franc-comtois, qui représentait la France ; Madame la vicomtesse de Ch***, dame d'honneur de Madame la comtesse de Chambord, était là au nom de son Auguste Maîtresse. Le Prince était représenté par trois de ses secrétaires, son médecin, son aumônier et tous ses autres serviteurs restés au château. Un vénérable religieux rédemptoriste, confesseur de la Princesse depuis la mort du vénérable abbé Trébuquet, se trouvait là au nom de l'Allemagne catholique. De plus il y avait les Frères de Marie, chargés des écoles de garçons à Frohsdorf, les Sœurs de sainte Chrétienne de Metz, avec leurs pensionnaires et une foule de fidèles du village et des villages environnantsLa magnifique chapelle du château, décorée de ses plus beaux ornements, était au grand complet.
 
Au moment de la consécration, toute l'assistance, pénétrée de la plus vive émotion, tomba à genoux et s'unit de cœur et d'âme au digne aumônier, qui prononça d'une voix forte et pleine de larmes celte touchante consécration au Bienheureux saint Joseph proclamé par l'Auguste Pie IX, patron de l'Église universelle.
 
Après la cérémonie, cette consécration fut envoyée à Mgr le comte de Chambord, qui daigna l'approuver comme ayant parfaitement rendu toute sa pensée. Depuis lors, quelques copies en ont été faites par des personnes qui assistaient à la fête, et c'est une de ces copies, parfaitement conforme à l'original, que nous reproduisons ici :
 

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Consécration à saint Joseph.

« Adorable Jésus, Fils unique et bien-aimé du Père avant tous les siècles, devenu dans le temps, par le choix libre de Votre amour, Fils unique et bien-aimé de Marie et Fils adoptif de son virginal époux saint Joseph, permettez que nous profitions de ce moment solennel et mille fois précieux, où entouré de Vos anges, et présent sur cet autel, Vous daignez agréer nos humbles hommages et Vous préparer à nous bénir, pour venir nous placer, comme Vous le fîtes Vous-même, sous la protection spéciale du bienheureux Patriarche votre Tuteur, Votre Guide et Votre Père pendant la première partie de Votre vie mortelle. Déjà bien des fois nous nous sommes donnés à Vous, ô divin Maître. Nous avons eu aussi le bonheur dans diverses circonstances solennelles de nous consacrer spécialement à Votre céleste Mère, en la suppliant de vouloir nous accepter pour enfants.
Aujourd'hui nous voulons compléter notre œuvre et assurer de plus en plus notre persévérance, le salut de nos âmes en les remettant entre les mains de Votre Père nourricier. Nous sommes heureux de confier à saint Joseph nos destinées temporelles et éternelles en même temps que les intérêts sacrés de notre chère Patrie, de nos augustes Princes, de la sainte Église et de son Chef vénéré. Fidèles à Vos divines inspirations, ô divin Rédempteur, nous cherchons un abri contre les coups de Votre justice dans les bras paternels de Celui qui porta et nourrit Votre Enfance. Puissions-nous, selon la mesure de grâce que nous avons reçue, éprouver pour saint Joseph les sentiments d'amour, de vénération, de tendresse et d'affectueuse confiance que Vous lui manifestâtes si souvent par Vos regards, Vos paroles et Vos divines caresses, qui en faisaient ici-bas le plus heureux des hommes. C'est donc pour répondre aux désirs de Votre Cœur filial que nous allons nous consacrer au Protecteur bien-aimé qui vous tînt lieu de père et que Vous appelâtes de ce nom si doux.
Déjà l'Auguste Pontife, Votre vicaire, a jugé opportun de placer l'Église sous le puissant patronage du glorieux saint Joseph. Mais ce n'est pas assez pour nous de cette consécration générale, si nous n'y ajoutions de notre côté la consécration personnelle de Nous-même et de tout ce qui nous est cher. Nous allons donc sous Vos auspices, ô Jésus, et sous les auspices de Votre Mère Immaculée, exprimer au bienheureux Patriarche les sentiments et les désirs que Vous nous inspirez Vous-même.
C'est au nom de tous Vos fidèles serviteurs que nous parlons, au nom des fils de saint Louis et de tous ceux à qui Vous avez fait la grâce de leur servir de cortège, au nom des présents et des absents, au nom des plus élevés comme des plus humbles, au nom des Princes comme des derniers de leurs serviteurs, au nom des Français d'adoption comme des Français de naissance, au nom des jeunes gens et des jeunes filles, des enfants et des vieillards, des prêtres et des séculiers, des âmes consacrées à Dieu dans la vie religieuse et des personnes engagées dans les liens du mariage, au nom des justes et des pécheurs, des parfaits et des imparfaits, au nom de tous, en un mot, car tous nous voulons devenir les clients et les protégés du puissant saint Joseph, comme nous espérons être les vôtres, ô Jésus, et ceux de Votre divine Mère.
Ô chaste Époux de la Mère de Dieu, Père nourricier de son adorable Fils, gardien, conservateur, confident, imitateur et coopérateur de l'Un et de l'autre ! en vue de vos illustres prérogatives, en vue du pouvoir que Dieu vous a accordé sur la terre et dans le ciel, nous vous consacrons aujourd'hui nos cœurs. Nous voulons qu'après les cœurs de Jésus et de Marie, le vôtre soit l'objet constant de nos respects et de nos hommages.
Que ne pouvons-nous, ô grand Saint ! enchaîner tous les cœurs à votre trône !mais nous n'avons que les nôtres, nous vous les offrons et nous les soumettons à votre empire. Qu'après l'amour et la gloire de Jésus et de Marie, votre gloire et votre amour soient le principe et le germe de toutes nos pensées, de tous nos désirs, de toutes nos paroles et de toutes nos actions !
Jamais cœur ne fut plus enflammé que le vôtre du désir de voir régner l'amour de Jésus et de Marie. Allumez-le dans les nôtres et qu'il les possède, qu'il les pénètre, qu'il les embrase, qu'il les consume ! Nous le désirons, nous vous le demandons. Que ce soit dans les ardeurs sacrées de cet amour et du vôtre que nous rendions le dernier soupir, et que les dernières paroles que prononceront nos lèvres expirantes, soient les saints, les doux, les aimables noms de Jésus, Marie, Joseph.
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Ô bienheureux Joseph, Père nourricier de Jésus, digne époux de Marie, Reine des vierges, nous nous consacrons à votre culte et nous nous donnons tout à vous. Soyez notre Père, notre Protecteur et notre Guide dans les voies du salut ; soyez le Sauveur de notre patrie et le puissant Libérateur de l'Église. Obtenez-nous à tous une grande pureté de corps et d'âme et la grâce de faire à votre exemple toutes nos actions pour la plus grande gloire de Dieu, en union à votre cœur très-pur et aux Cœurs sacrés de Jésus et de Marie. Assistez-nous tous les jours et surtout à l'heure de notre mort. Ainsi-soit-il.
Ô bon saint Joseph, protégez-nous, protégez la sainte Église, protégez notre patrie et la famille de nos rois. Ainsi-soit-il. »
 
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« Cette consécration, qui avait lieu le 19 mars 1871, a été renouvelée cette année pour la fête de saint Joseph en présence de Leurs Altesses Royales le comte et la comtesse de Chambord et de toute leur suite. La fête n'était pas d'obligation, mais elle fut célébrée avec la pompe des plus grandes solennités et cela sur l'ordre de l'auguste chef de la Maison de France, qui tenait à rendre à saint Joseph toute la gloire que mérite son puissant patronage. Tous les assistants furent édifiés de la piété des Princes qui s'unissaient avec une ferveur touchante aux sentiments exprimés par le ministre de Jésus-Christ, agenouillé devant le saint Tabernacle.
 
Nous l'avouons sans détour, cette consécration solennelle au glorieux Patriarche, proclamé solennellement par Pie IX, Patron de l'Église universelle, remplit notre cœur d'espérance. Nous voyons dans ces témoignages de la piété d'un Prince, sur la personne duquel reposent tant d'intérêts sacrés, un gage précieux de régénération et de triomphe pour notre chère France.
 
Que les nouveaux barbares mettent toute leur confiance dans leurs engins meurtriers, dans le nombre et la rapidité de leurs coursiers, hi in curribus et in equis, pour nous, éclairés des plus pures lumières de la foi, nous plaçons notre ferme espérance dans le nom du Seigneur: Nos autem in nomine Domini ».
 
L’abbé anonyme est très vraisemblablement M. l’abbé Amédée-Alexandre Curé (1838-1905), ordonné prêtre en 1861 au diocèse de Châlons, précepteur du duc de Parme puis aumônier de la famille royale en exil à Frohsdorf, membre du tiers-ordre dominicain à partir de 1878 et camérier d'honneur du pape (1887). Il succéda comme Grand-Aumônier de France au chanoine Stanislas-Barnabé Trébuquet (1796-1868), prêtre du diocèse de Beauvais, chanoine de Beauvais et de Paris, mort le 28 mars 1868, et dont il composa l’éloge funèbre.
 
En ce 150e anniversaire de la mort du chanoine Trébuquet, et 5e anniversaire de celui de l’abbé Chanut, présentons au Ciel nos prières pour nos Grands-Aumôniers de France qui portaient celles pour nos Princes, et unissons-nous toujours plus nombreux dans cette chaîne de prières pour la sanctification et restauration de Mgr le prince Louis de France, Chef de la Maison de Bourbon et aîné des Capétiens. Que le glorieux saint Joseph protège et accompagne toujours ce « Prince, sur la personne duquel reposent tant d'intérêts sacrés, un gage précieux de régénération et de triomphe pour notre chère France ». 
 
« Ô bon saint Joseph, protégez-nous, protégez la sainte Église, protégez notre patrie et la famille de nos rois. Ainsi-soit-il ».
 
Abbé Louis de Saint-Taurin +
 
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Abbé Louis de Saint-Taurin +


24/10/2018
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Saint Michel Archange

Saint Michel Archange

Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie Royale

25 septembre 2018

Dans quelques jours nous célébrerons la fête de saint Michel et de tous les saints Anges, dont il est le Chef ou Archange.

Deuxième Séraphin à la création des Anges, il en devint le premier à la révolte de Lucifer, dont l'orgueilleuse rébellion suscita chez lui ce cri d'indignation : "Qui est comme Dieu", en hébreu Mi kha el ? Qui prétend s'égaler à Dieu ?

Premier Ange, il est le "grand Prince", comme l'appelle le saint prophète daniel, le "Prince de la Milice des Anges", dit un répons de la liturgie, le Chevalier des droits de Dieu, et le principal ennemi du diable, selon saint Bruno. Son rôle dans l'histoire du salut et dans celle de l'Eglise est incommensurable (très souvent mentionné dans la Sainte Ecriture sans être nommé, selon les Pères).

Il fut le "Prince d'Israël", selon saint Daniel, l'Ange gardien du Peuple élu de l'Ancien Testament. Premier des Anges, seul il pouvait être désigné par Dieu comme l'Ange gardien de l'Humanité de Jésus, "afin, dit le Psaume XC du saint Roi David, de le garder en toutes ses Voies". Il devint logiquement dans le Nouveau Testament l'Ange gardien de la Sainte Eglise, nouvel Israël, d'après saint Chrysostome. Il convenait qu'il devînt l'Ange gardien de la France, qui est la nouvelle "tribu de Juda", selon le Pape Grégoire IX ; et il vint préparer sa mission en consacrant avec les saints Anges la cathédrale Notre-Dame du Puy, future protectrice du Royaume, le 11 juillet 225.

 

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I. Le Patron du Royaume.

 Aux aurores du Royaume saint Michel apparut au saint Roi Clovis 1er le Grand à la bataille de Tolbiac en 496 pour répondre à son appel au secours au "Dieu de Clothilde", il lui prédit la victoire en vertu de la Croix et réduisit l'armée ennemie à la merci de Clovis. Après la bataille Clovis, par reconnaissance (grande vertu royale envers Dieu), lui consacra sa personne et son Royaume. C'est donc chronologiquement le premier saint Patron de la France, il est "le Patron et Prince de l'empire des Gaules", selon les termes de saint Charlemagne.

Saint Michel compléta son intervention en servant de ministre au Saint-Esprit pour apporter, sous la forme d'une Colombe (qui manifestait la troisième Personne de la Très-Sainte Trinité comme au Baptême du Sauveur), la Sainte Ampoule au sacre de Clovis à la Noël 496 à Rheims, comme le dit une antienne du sacre du Roi de France : "par le ministère d'un Ange". Et tous les Rois des trois Races tinrent saint Michel en grand honneur ; saint Charlemagne le mit sur son étendard et fit de sa fête du 29 septembre une fête d'obligation en 813 (jusqu'au concordat de 1801 !).

 

Eglise de la garenne colombes 95 - apparition st Aubert.JPG

II. Le bastion de Saint Michel.

Pour rendre sa protection perpétuellement visible, saint Michel apparut le 16 octobre 708 à saint Aubert, évêque d'Avranches, pour lui demander "que l'on bâtît une église sous son patronage au sommet du mont Tombe", dit l'office du 16 octobre. Pour vaincre les doutes de l'évêque, à la troisième apparition il lui pressa le crâne avec son doigt sur le côté gauche et y fit un trou, ce qui convainquit l'évêque et son chapitre de la réalité de l'apparition, comme on peut encore le voir sur le crâne du saint en l'église des Saints Gervais et Protais d'Avranches. L'Archange prenait matériellement possession du Royaume en y plaçant son Trône terrestre.

Averti, le Roi Childebert III le juste "voulut s'y rendre en pèlerinage", selon le même office, suivi au cours des siècles par nombre de ses successeurs. Le mont Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer, dont l'église primitive (toujours subsistante sous l'actuelle) fut consacrée par Notre-Seigneur lui-même en présence de saint Michel le 16 octobre 709, est, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, face aux tempêtes de l'océan (figure des tempêtes du monde et des démons), le bastion du Prince des Anges face au prince de ce monde pour la protection du Royaume, et l'un des pèlerinages les plus fréquentés de la France et de la Chrétienté : "Immensi tremor oceani" (la terreur de l'immense océan), selon la devise de l'ordre de Saint-Michel.

 

III. La protection du Royaume.

Dans l'une de ces plus graves tempêtes, alors que la moitié du pays était envahie, le Mont soutint vaillamment un siège de trente-cinq ans (1415-1450), malgré l'abbé, passé à l'ennemi, mais grâce à ses moines, à sa petite garnison et à ses habitants, restés fidèles à saint Michel, car, "tant que dura la monarchie, dit dom Guéranger, l'Archange ne souffrit pas qu'une autre bannière que celle du Roi Très-Chrétien flottât jamais près de la sienne sur ses remparts" (comme au Puy fit Notre-Dame).

L'Archange apparut alors en 1425 à une vierge de treize ans, sainte Jehanne d'Arc, à Domremy, en Barrois mouvant, et peu à peu il lui "raconta la pitié du Royaume de France et comment elle devait aller au secours du Roi".
Lui-même avait reçu mission de la Reine du Puy pour son jubilé de 1429, et il envoya la jeune Pucelle délivrer la ville d'Orléans le 8 mai (en la fête de son Apparition au mont Gargan), puis mener sacrer le Roi Charles VII le Victorieux à Rheims le 17 juillet (pendant l'octave de la Dédicace de la cathédrale Notre-Dame du Puy par saint Michel et les saints Anges).

La sainte envoyé sa mère et les soldats de son escorte gagner le jubilé anicien à sa place et prier l'Archange en l'abbatiale Saint-Michel d'Aiguilhe (consacrée sur son mont le 18 juillet 961) pour le succès de sa mission. Elle-même plaça saint Michel et saint Gabriel sur son étendard. Et à son martyre saint Michel vint prendre sa belle âme.

 

Ste jeanne d'Arc - église à Messery - 74 - FR.jpg


En reconnaissance (vertu royale envers Dieu), le Roi Louis XI le Prudent fonda le 1er août 1469 l' "Ordre et aimable Compagnie de Monsieur saint Michel" en "commémoration et honneur de Monsieur saint Michel Archange, premier Chevalier". C'est le plus ancien ordre royal actuellement subsistant, et pour ce motif son collier se trouve au plus près de l'écu royal. Monseigneur le Duc d'Anjou, Chef et Souverain Grand-Maître, et trois chevaliers (dont deux des Ordres du Roi) continuent cette tradition des vertus chevaleresques à l'image du grand Archange et de la fidélité royale sous la protection de l'Ange gardien du Royaume.

 

IV. La fidélité de saint Michel.

Pendant les périls des guerres de Religion, lors du sacre du Roi Henri IV le Grand à Chartres le 27 février 1594, un jeune enfant vêtu de blanc et resplendissant de lumière demeura auprès du Roi pendant toute la cérémonie comme sainte Jehanne d'Arc au sacre de Charles VII, puis disparut, et l'on pensa que c'était saint Michel (qui avait laissé une trace de pied d'enfant au mont Gargan) : l'Archange était donc toujours fidèle pour protéger le Royaume et "sauver le Roi" (selon le Psaume XIX de saint David). Pensons à prier saint Michel pour le salut du Roi et du Royaume.

Pendant les périls de la Fronde, la Reine Mère Anne d'Autriche, au nom de son fils le Roi Louis XIV le Grand, se tourna vers l'Ange gardien du Royaume et décida en 1652 de consacrer le premier mardi de chaque mois (on honore chaque mardi les saints Anges depuis saint Alcuin au VIIIème siècle) à saint Michel, et d'y faire célébrer une messe en son honneur pour la protection du Royaume, selon la grande tradition royale de la dévotion à saint Michel. Nous pourrions faire célébrer cette messe mensuelle en l'honneur de saint Michel pour le Roi et pour le Royaume.

 Saint Michel apparut en 1751 à la bienheureuse Antoinette d'Astonac, carmélite portugaise (dans un pays capétien), pour lui demander de répandre le chapelet de saint Michel et des neuf chœurs des Anges : quatre Pater en l'honneur de saint Michel, de saint Gabriel, de  saint Rapahël et de notre Ange gardien, puis trois Pater et trois Ave en l'honneur de chacun des neuf chœurs des Anges suivis à chaque fois d'une salutation au chœur concerné. Ce pourrait être une de nos dévotions chaque premier mardi du mois auprès du Chef et des membres de la Milice angélique (munie d'indulgences par le bienheureux Pape Pie IX) pour le Roi et pour le Royaume.

 En 1758 les neuf évêques de Bretagne (comme les neuf chœurs des Anges) instituèrent à la date du 5 janvier, veille de la fête de la Royauté de Jésus-Christ et des saints Rois Mages, une fête en "l'honneur des saints Anges gardiens du Roi et du Royaume", ce dernier étant saint Michel. Même hors de Bretagne ce pourrait être une grande fête en l'honneur de saint Michel et du saint Ange gardien de Louis XX (certainement un grand Ange pour le Roi Très-Chrétien).

Pendant la première Guerre Mondiale Paris fut épargné grâce à un vœu de son archevêque à saint Michel, ce pour quoi il construisit une nouvelle église à saint Michel aux Batignolles. Et l'Archange manifesta encore sa fidèle protection du pays en arrêtant la seconde Guerre Mondiale le 8 mai 1945, en sa fête. Pensons à célébrer les fêtes du saint Ange gardien du Royaume (8 mai Apparition au mont Gargan en 490, 29 décembre Dédicace du mont Gargan par saint Michel en 493 et fête principale de l'Ordre de Saint-Michel, 16 octobre Apparition en 708 et Dédicace par le Sauveur en 709 du mont Tombe, et 5 janvier fête du saint Ange gardien du Royaume). Rappelons-nous que dans les graves périls et tempêtes actuelles c'est saint Michel, Chevalier du Cœur immaculé de Marie et de la Reine du Puy, qui donnera la victoire ; et qu'il nous dit, selon la poësie de sainte Thérèse de Lisieux :

 

"Je suis Michel, le gardien de la France,
Grand général au royaume des cieux".

 

Soixante-deux villes et villages de France, sans compter les hameaux (et combien de sanctuaires et de chapelles d'églises !) lui sont consacrés.

Rappelons-nous qu' "il est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort", selon saint Alphonse, et qu'il est invoqué dans la prière de la recommandation des mourants. Il "vient, dit saint Thomas, au secours des chrétiens, non seulement à l'heure terrible de la mort, mais au jugement particulier", et "Dieu lui a donné, dit saint Bonaventure, de faire pencher la balance en faveur de ses dévoués serviteurs" : "Prévôt du paradis", selon une antienne, il "introduit les âmes dans la sainte lumière" du ciel, selon la messe des Défunts. Puisse-t-il en être ainsi de notre Roi, de notre Reine, de nos petits Princes et Princesse, du plus grand nombre de Français, et de nous-mêmes. Ainsi soit-il.

 

Abbé Gabriel Eyquin +

 

 

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24/09/2018
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