L'Ami de la Religion et du Roi

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Lettre à la Confrérie


Message du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion de la fête de l'Assomption

Mardi 14 août 2018,
Fête de Saint Maximilien-Marie Kolbe,
Vigile de l'Assomption de Notre-Dame.

 

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Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,
Chers Confrères,
Bien chers membres et sympathisants de la Confrérie Royale,

 

A la veille de la très grande et belle fête de l'Assomption de Notre-Dame et principale fête patronale du Royaume de France, permettez-moi de vous rejoindre à travers ces quelques lignes afin de 


1) vous souhaiter à chacun une bonne, belle et surtout très fervente fête (puisque toute fête de notre Mère céleste et souveraine, est une fête de chacun de ses enfants) ;


2) vous encourager, autant que cela est possible (mais je sais bien que ce n'est pas possible pour tous, en raison de la maladie, de l'infirmité, ou bien encore en raison du désert spirituel dans lequel ils se trouvent), à participer non uniquement à la Sainte Messe mais encore aux autres cérémonies - en particulier les processions - en l'honneur de Notre-Dame dont cette fête est l'occasion ;


3)  et dans le cas où cela n'est pas possible (pour l'une ou l'autre des raisons évoquées ci-dessus) de ne pas omettre alors de renouveler en votre particulier la consécration de notre France à Notre-Dame en utilisant les prières traditionnelles prescrites pour cela (vous les trouverez par exemple > ici), car l'accomplissement du Vœu de Louis XIII ne consiste pas à faire une lecture publique de l' édit de Saint-Germain par lequel ce pieux monarque a publié ses volontés concernant la consécration de la France à la Très Sainte Vierge Marie, mais à réciter les prières liturgiques particulières édictées par la Sainte Eglise pour le renouvellement de cette consécration ;


4) à prier de manière toujours plus instante pour notre Souverain Légitime, SMTC le Roi Louis XX, pour qu'il ait toutes les inspirations célestes, lumières naturelles et surnaturelles, et toutes les forces - physiques et morales - nécessaires à la mission que la divine Providence a placée sur ses épaules par l'effet des Lois Fondamentales du Royaume ; 


5) à ne pas négliger de prier pour la Confrérie Royale elle-même, afin qu'elle croisse en nombre, bien sûr, mais plus encore en ferveur et en fruits de sainteté : dans une confrérie, les membres sont plus spécialement unis par des liens de fraternité spirituelle et doivent donc, même éloignés les uns des autres et lors même qu'ils ne se connaissent pas personnellement, avoir un vif souci de prier les uns pour les autres, mus par une sollicitude fraternelle sincère et profonde ;


6) à recommander d'une manière encore et toujours plus instante à Notre-Seigneur, par l'intercession de Sa Très Sainte Mère et de tous nos saints intercesseurs, notre cher confrère Emmanuel, père de famille nombreuse, membre plénier de la Confrérie et militant actif de la Légitimité au sein du Cercle Légitimiste d'Ile de France : nous avons déjà à plusieurs reprises - depuis la fin du mois de mai - demandé des prières à son intention, et nous le faisons encore avec insistance, car après de très grosses alarmes, qui ont fait craindre le pire, et même s'il se trouve aujourd'hui dans un service de rééducation fonctionnelle, son état donne encore lieu à des inquiétudes et nécessite que nous ne relâchions en aucune manière nos prières à son intention, ainsi que pour son admirable épouse et ses enfants.

 

Mosaïque du Vœu de Louis XIII - basilique de Fourvière.jpg

 

Basilique de Fourvière (Lyon) : mosaïque représentant le Vœu de Louis XIII

 

A ces recommandations, permettez-moi encore d'ajouter quelques informations :


- Le 25 août, fête de Saint Louis de France, saint patron de notre Roi et de Monseigneur le Dauphin, céleste protecteur de la France et de la Confrérie Royale, dont ce sera aussi le troisième anniversaire de la fondation, n'omettez pas de marquer avec une ferveur renouvelée le "25 du mois".
Amis Parisiens ou proches de Paris, je vous rappelle qu'une Sainte Messe sera célébrée par des prêtres de la Confrérie en l'église Saint-Germain l'Auxerrois à Paris, à 10 h 30.
Vous êtes loin de Paris ? Mais dans nos provinces, plusieurs membres de la Confrérie ou membres des Cercles Légitimistes font célébrer des Messes pour la Saint-Louis : renseignez-vous !
Quant aux membres des Cercles Légitimistes du Dauphiné et du Vivarais et les membres de la Confrérie Royale qui se trouvent géographiquement proches, ils sont aussi invités à une journée de récollection que j'animerai au Mesnil-Marie (cf. > ici).

 

- Les 29 et 30 septembre prochains, aura lieu le 106ème pèlerinage légitimiste à Sainte-Anne d'Auray, organisé par la Fédération Bretonne Légitimiste : nous n'insisterons jamais assez sur l'importance de ces pèlerinages pour soutenir l'action d'authentique restauration de la royauté capétienne traditionnelle ; nous vous invitons donc instamment à vous rendre à ce pèlerinage, où je compte moi-même être présent. Tous les renseignements se trouvent > ici.

 

- Enfin, je signale à votre attention la publication présentant la fondation des chanoines séculiers de Saint-Remi qui a été faite, ce 13 août, > ici

 

Je vous renouvelle mes vœux les plus fervents à l'occasion de ce 15 août, vous assure de ma (malheureusement très pauvre) prière à l'intention de chacun d'entre vous et à toutes vos intentions, me confiant aussi moi-même à vos charitables prières.

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

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13/08/2018
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Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l'occasion du centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le 17 juillet 1918.

1918 - 17 juillet - 2018

 

Icône sainte famille impériale russe.jpg

 

Icône de la famille impériale russe martyre

 

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, vers le petit matin, dans la cave de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, petite ville de l'Oural, Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch et la Tsarine Alexandra Feodorovna, ainsi que leurs cinq enfants : les grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia et le Tsarévitch Alexis furent horriblement massacrés, puis leurs corps furent jetés dans une fosse à quelque deux kilomètres de là.

Il n'est point dans mon intention de relater les détails de cette abominable boucherie, ni même de rappeler les circonstances qui ont conduit à la chute de l'empire des Romanov.

 

Je veux en revanche insister sur le fait que, selon les paroles de Notre-Dame de Fatima quelques mois plus tôt, l'écroulement de cet empire russe chrétien, allait permettre que la Russie répandrait ses erreurs dans le monde provoquant guerres et persécutions.

A la suite de la famille impériale martyre, des centaines de milliers de moines, de moniales, de fidèles adultes et enfants, en Russie puis dans tous les pays où le communisme triomphant exporta ses doctrines abominables, derrière les rideaux de fer ou de bambou et sur tous les continents, ont subi le martyre sanglant en raison de leur fidélité au Christ.

 

Je veux en revanche insister sur le fait que les deux révolutions russes (1905 et 1917), ne sont que les filles et les épigones de l'abominable révolution de 1789, et que les bourreaux de 1917 et des décennies suivantes ne sont que les successeurs et continuateurs de ceux qui ont conduit à l'échafaud Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, les Bienheureuses Martyres d'Orange, les Bienheureuses Ursulines de Valenciennes, les Bienheureuses Filles de la Charité d'Arras, les Bienheureuses Carmélites de Compiègne (dont la fête liturgique se trouve justement en ce 17 juillet), et tant de milliers d'autres connus ou anonymes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fait mourir à petit feu emmuré Sa Majesté le Roi Louis XVII, ou confiné plusieurs milliers de religieux et de prêtres dans les pontons des navires-mouroirs de Rochefort ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fusillé et percé de baïonnettes les Bienheureux Martyrs d'Angers et d'Avrillé, les milliers de défenseurs de Lyon s'insurgeant contre la Convention ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont brûlé vifs les villageois et les tout petits enfants des Lucs sur Boulogne et les habitants de nombreux bourgs de nos bocages et de nos campagnes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont égorgé avec une liesse satanique les détenus des prisons et des hôpitaux de Paris en septembre 1792, ou organisé des noyades en série dans des mises en scène aussi cruelles qu'impudiques... etc. ...etc.

 

Je veux en revanche insister sur le fait que les millions de victimes des deux guerres mondiales du XXe siècle, ainsi que des guerres liées aux combats d' « unification nationale » au XIXe siècle (par exemple pour l'Italie et l'Allemagne), ou des guerres dites d'indépendance au XXe siècle, comme encore les millions de victimes de toutes les idéologies qui découlent des divers avatars du nationalisme (dont les plus célèbres sont le fascisme et le national socialisme hitlérien) – ce nationalisme vers lequel lorgnent pourtant certains catholiques qui, ce faisant, croient être contre-révolutionnaires ! -, toutes, absolument toutes, sont en fait des victimes de la révolution dite française continuée, exportée, diversifiée, démultipliée, à la manière des têtes sans cesse renaissantes d'une hydre sortie de l'enfer.

Je pourrai développer cette sanglante et sinistre litanie sur des pages et des pages encore...

 

La nuit prochaine, nuit de l'exact centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le Patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou conduira une imposante procession sur 21 km – oui, vous avez bien lu : sur 21 km ! - à Ekaterinbourg.

Certes, je ne suis pas orthodoxe et je ne méconnais ni ne minimise les obstacles doctrinaux qui empêchent l'unité et la pleine communion entre orthodoxes et catholiques, néanmoins je ne peux que souscrire et reprendre à mon propre compte et pour le compte de toute la Confrérie Royale cette déclaration du Patriarche Cyrille : « Lavés par le sang de nos martyrs nous devons devenir un autre peuple qui ne permettra jamais plus d’outrager ses valeurs sacrées, de se refuser à Dieu » ; et l'on voudrait qu'aujourd'hui en Occident et dans l'Eglise catholique romaine des évêques aient des convictions suffisantes et assez de courage pour tenir le même langage au sujet de la révolution de 1789 et de toutes ses continuations : pour tenir le même langage lorsqu'ils sont interrogés par nos médias pourris, pour tenir le même langage en face des politiques marionnettes des loges, pour tenir le même langage surtout dans nos églises et nos cathédrales dévastées par la crise moderniste en face de fidèles qui, dans leur écrasante majorité, ne professent plus que des bribes de la foi authentique révélée par Notre-Seigneur !

Mon Dieu, donnez-nous des évêques et des prêtres capables de prêcher la pénitence et l'expiation au sujet de la satanique révolution, et, ce faisant, entraînant les âmes vers une authentique conversion des intelligences, une authentique conversion des cœurs et une authentique conversion des mœurs pour que la pureté et l'intégralité de la foi divine soit restaurée non seulement dans les âmes mais dans la société tout entière !

Le but de la révolution en effet, en 1789 comme en 1917, a été de détruire les monarchies chrétiennes, remparts de l'Eglise et de la foi, ce pourquoi la seule véritable et nécessaire contre-révolution se fonde sur la conversion profonde des individus, des institutions et des sociétés pour restaurer dans leur pureté et leur splendeur spirituelle des Rois et des Princes authentiquement chrétiens, participant de toute leur légitimité et de toute leur volonté aux desseins rédempteurs et sanctificateurs de Dieu, dans l'ordre social et politique qui leur a été départi par la divine Providence.

 

J'ai cru nécessaire de le rappeler avec force à l'occasion du centième anniversaire du massacre de Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch, la Tsarine Alexandra Feodorovna, et leurs cinq enfants, authentiques martyrs comme la famille royale française lors de la grande révolution, parce que c'est en haine de la royauté chrétienne dont ils incarnaient les principes (malgré leurs faiblesses personnelles), en haine du Droit Divin, et donc en haine du Christ Notre-Seigneur, qu'ils ont été mis à mort.

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

 

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16/07/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie Royale - 25 juin 2018 :

Lettre mensuelle aux membres et sympathisants
de la

Confrérie Royale

 

- 25 juin 2018 -

 

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« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé »

Dévotion au Sacré-Cœur, culte de l’Amour

 

Les atrocités et les douleurs de la Passion ne suffisaient pas aux Juifs, il leur fallait encore accomplir un outrage de plus. De sa lance, le soldat ouvrit le côté du Christ. Telle une clef, la lance du soldat nous ouvre la porte. Bien plus que la lance, c’est le Cœur même de Notre Seigneur qui est la véritable clef. Le côté transpercé, comme à « cœur ouvert », Notre-Seigneur veut que nous allions à Lui. « Quoi de plus pur que ce sang ? Quoi de plus salutaire que cette blessure ? » dira Saint Augustin.

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » et l’Époux, le côté transpercé, le « cœur ouvert » donne vie à l’Église. Elle qui est sortie de ce côté transpercé doit sans cesse revenir à son origine : l’amour du Cœur de Jésus. De haut de la croix, Notre-Seigneur voit les misères et les horreurs des hommes, Il scrute chacun de nos actes. Depuis déjà plusieurs siècles, notre pays a vu ses fils tant aimés du Père devenir des fils de malédiction. L’ancienne lance qui leur avait ouvert la porte de la vie, ils l’ont retournée vers eux-mêmes et ils ont détourné leurs regards. Pour ces raisons, nous avons un devoir d’expiation, de réparation, et de faire amende honorable au Cœur Sacré de Jésus. Dans cette auguste mission, Notre Seigneur ne nous a-t-Il pas dit : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » et aussi « je demanderai au Père, et Il vous donnera un autre Paraclet, l’Esprit de vérité ». Alors, avec de telles promesses, nous pouvons courageusement nous engager dans cette mission.

 

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  1. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé », Lui qui est le pain descendu du ciel.

Le mois de Juin est traditionnellement consacré au Sacré Cœur de Jésus. L’Église dans sa grande sagesse et par sa vénérable liturgie nous conduit. Elle nous envoie l’Esprit Paraclet en la fête de Pentecôte, nous fait ensuite contempler le mystère de la Très Sainte Trinité, puis nous fait adorer l’adorable corps de Jésus-Christ sous les voiles du Saint-Sacrement avec la « Fête Dieu. » À présent nous devons nous approcher plus particulièrement du Sacré Cœur de Jésus, brasier d’amour. Que ce temps liturgique est riche, qu’il est révélateur de la sagesse de l’Église ! Alors, si nous trouvons que l’Église nous propose bon nombre de fêtes entre la fin mai et début juin, il faut y voir une logique, bien plus, l’expression de la sagesse de l’Église. Si la fête du Sacré-Cœur est si proche de celle du Saint-Sacrement, n’est-ce pas pour mieux exprimer le lien très étroit entre les deux ? C’est Notre-Seigneur qui l’a voulu ainsi. Ce désir, Il l’a lui-même exprimé alors que Marguerite-Marie était en prière devant l’Eucharistie.

D’ailleurs, Notre Seigneur n’a-t-Il pas demandé à Sainte Marguerite-Marie la communion réparatrice du vendredi et la pratique de l’heure sainte. En allant devant la Sainte Hostie, nous rencontrons le divin Cœur de Jésus. Disons aussi que la dévotion au Sacré Cœur peut indéniablement avoir une grande influence sur nos communions : plus la dévotion grandit en nous, plus elle nous pousse à toujours mieux communier. Avec la douloureuse Passion, l’Eucharistie est la plus profonde manifestation de l’extrême amour de Jésus pour nous.

 

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  1. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé », Lui qui est Amour.

 

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ». Les hommes ayant désappris l’amour, le Sacré Cœur est le seul à pouvoir réapprendre l’Amour, car Il est l’Amour. Alors Bien-Chers Confrères, ne perdons pas de vue l’essentiel : le Crucifié. C’est Jésus Crucifié qui laisse son Cœur être transpercé de la lance. Allons à lui et offrons-lui quelques consolations. Oh, nous aimons le Sacré Cœur, mais pensons-nous, devant les images du Sacré Cœur, à toutes les douleurs qu’Il a dû endurer pour nous, dans sa douloureuse Passion ?

Marguerite-Marie a été la grande propagatrice de l’amour du Cœur de Jésus, de son Sacré Cœur. L’objet propre de cette dévotion n’est autre que le divin amour, par lequel Jésus s’est livré pour nous. Et Jésus l’a lui-même dit à Sainte Marguerite-Marie, en montrant son Cœur de chair : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. »

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » Le Sacré-Cœur est comme le soleil qui doit éclairer et réchauffer nos propres cœurs. « Ce Sacré-Cœur m’était représenté comme un soleil brillant d’une éclatante lumière, dont les rayons tout ardents donnaient à plomb sur mon cœur. » dira Sainte Marguerite-Marie. L’amour de Dieu fait homme demande notre dévotion, nous ne saurions la lui refuser. Saint Bonaventure ne dit-il pas en commentant le chapitre 19, 31-37 du Saint Évangile de Jean : « Riche trésor, précieuse perle est votre Cœur, très bon Jésus ; nous les trouvons dans le champ labouré de votre corps. Qui rejetterait cette perle ? » Aimons Celui qui est Amour, aimons ce Cœur qui a tant aimé les hommes.

 

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  1. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé », Jésus-Christ a un message pour le Roi (1).

 

Parmi les hommes, il en est un que Notre-Seigneur désigne comme le « fils aîné de son Sacré Cœur », c’est le Roi : « Fais savoir au fils aîné de mon Sacré Cœur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. » Ainsi Marguerite-Marie a-t-elle formulé le message que Notre-Seigneur, au temps de Louis XIV, aurait voulu que l’on transmette à la personne du Roi. Il reste que ce message est d’une actualité certaine. Il nous faut sans cesse renouveler notre consécration, travailler au règne du Sacré Cœur dans notre pays, au sein de nos familles. Notre-Seigneur veut régner dans les cœurs de tous ses fils, Il veut toujours s’établir dans le cœur de son fils aîné.

Le 10 février 1792, alors qu’il est déjà prisonnier, Louis XVI serait entré à Notre-Dame pour se consacrer lui, sa famille et son royaume au Sacré Cœur. Ainsi, prenons cette démarche pour modèle. Dans les troubles actuels, l’instabilité politique, l’immoralité du peuple, la dévastation des mœurs, l’invasion islamique, le rejet de Dieu… consacrons-nous au Sacré Cœur ! Tant de bénédictions et de grâces nous serons assurées.

En ce mois de juin, en récitant les litanies du Sacré Cœur, pensons à tous ces hommes, à toutes ces femmes et à tous ces enfants qui avaient le Sacré Cœur attaché à leurs vêtements, signe de leur fidélité à Dieu et au Roi, son lieutenant. Souvent, ils sont allés jusqu’au sacrifice d’eux-mêmes. À leur exemple, nous devons avoir le Sacré Cœur en quelque sorte brodé « dans la peau ». Face aux grands tourments dont souffre notre pays, cherchons notre secours dans le Sacré Cœur.

Chaque jour, regardons Celui qu’ils ont transpercé et donnons-lui notre cœur. Jésus très aimant et très obéissant rendez nos cœurs semblables au vôtre.

 

Que cela soit-ainsi !

 

Abbé Louis-Samson de La Ferté

 

1 - année 1689.

 

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24/06/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 mai 2018)

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De la maternité de sainte Jeanne d’Arc

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Portrait de Jeanne d’Arc selon une miniature du XVe s., musée de Rouen

Lundi dernier a été célébrée pour la première fois dans l’Église universelle[1] une fête mariale intitulée : « Marie Mère de l’Église », parce qu’en la fête de la Pentecôte, la Mère du Sauveur a enfanté une seconde fois le Christ, mais cette fois-ci son Corps mystique qu’est l’Église, de nouveau sous l’action du Saint-Esprit (cf. Lc 1, 35). Déjà sainte Thérèse de Lisieux disait de la Bienheureuse Vierge Marie qu’« Elle est plus mère que reine ».

Restant sauf le titre de Mater Ecclesiæ, exclusivement réservé à la Sainte Vierge, pourquoi n’y aurait-il pas également des « Mères dans l’Église », qui seraient comme le pendant féminin de ceux que l’Église a appelés très tôt les « Pères de l’Église »[2] ? Le propre d’une mère étant de donner la vie, d’allaiter et d’élever son enfant, le rôle des « Mères dans l’Église » serait d’enfanter les âmes à la vie de l’Église, de les nourrir en leur expliquant l’Évangile et de les faire grandir dans la foi et les autres vertus chrétiennes.

Au XVème siècle, époque de virilité marquée, comment ne pas reconnaître l’intervention proprement divine à l’égard d’une jeune bergère devenue femme soldat, à la tête de l’armée royale ? Si Jeanne est ainsi l’instrument du surnaturel, c’est que Dieu a bien quelque chose à nous dire à travers l’épopée de « la Vierge stupéfiante » (Pie II). D’autant que nous sommes bien renseignés sur ses paroles : l’auteur d’un tout récent Dictionnaire à la fois scientifique et amoureux sur notre héroïne estime que « nous sommes en présence du personnage de l’humanité, après Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Très Sainte Vierge Marie, le plus documenté de tous les temps »[3].

Pourtant, comment une jeune vierge de 19 ans peut-elle exercer une maternité spirituelle ? Comment la jeune bergère qui « ne savait ni a ni b » peut-elle être enseignante dans l’Église ? Comment enfin celle que ses juges ont déclarée hérétique peut-elle ensuite être présentée en modèle aux Chrétiens ?

En appelant « Mère dans l’Église » les « femmes fortes »[4] – il y en a eu, et il y en a encore aujourd’hui – qui, par leur témoignage de foi, ont influencé la vie de l’Église et l’ont imprégnée du rayonnement de leur spiritualité, alors oui : il nous est permis d’accorder ce titre à la Pucelle d’Orléans, dont le destin a fortement marqué, non seulement les Français, mais encore l’Église universelle.

Afin d’approfondir la maternité de Jeanne dans les divers aspects de l’Église, envisageons la division traditionnellement tripartite de l’Église : militante, souffrante et triomphante. À l’instar du Christ, son « doux Seigneur », Jeanne est elle-même passée par ces trois étapes successives.

 

I)                  Jeanne : une Mère dans l’Église militante

Comme on ne peut être père sans d’abord avoir été fils, c’est en étant une « fille modèle » que Jeanne peut devenir une mère spirituelle ; fille respectueuse de ses parents bien sûr[5], en application du 4ème Commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère » (Ex. 20, 12). Mais sa piété filiale dépasse la simple filiation naturelle d’avec ses parents pour s’épanouir jusque dans sa relation à l’égard de Dieu, de l’Église et de son pays, envers lesquels elle exerça saintement cette vertu de piété.

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Maison natale de Jeanne à Domremy-la-Pucelle

§ 1. Fille de Dieu

Fille de Dieu, Jeanne l’est devenue comme tout Chrétien le jour de son baptême, semble-t-il en la fête de l’Épiphanie 1412. Mais cette appellation devient le titre particulier qui lui est attribué de son vivant pour montrer aux yeux de tous qu’elle est envoyée « de par Dieu ». C’est du reste ainsi que l’appellent ses « Voix », saint Michel surtout qui lui annonce que sa mission va commencer : « Va, fille de Dieu, va ! Je serai ton aide ! − Fille de Dieu, il faut que tu quittes ton village et ailles en France ».

Fille saine et sainte[6], examinée physiquement par d’autres femmes[7] et intellectuellement par un conseil de théologiens à Poitiers (mars 1429), son message est rendu facilement et rapidement crédible. Au village de Domremy, on s’accorde pour la dire simple, pieuse, honnête et serviable[8].

Sa mère lui avait transmis les rudiments de la foi : elle connaissait son Credo, son Pater et son Ave Maria[9]. Ses « Voix » complètent son éducation et l’aident à « se gouverner ». « Sois sage et bonne enfant, va souvent à l’église », lui conseillera par exemple l’archange saint Michel.

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Jeanne & ses Voix. Tableau de Hermann Anton Stilke (XIXe s.)

Elle aimait aller prier seule à l’église paroissiale ou à la chapelle plus reculée de Notre-Dame de Bermont ; son amour pour l’intimité avec le Seigneur la prédisposait déjà aux apparitions célestes dont elle bénéficierait dès l’âge de 13 ans. Son guide, c’est Jésus, dont le nom devient, dans la spiritualité profondément christocentrique de l’époque, « comme le souffle incessant de son âme, comme le battement de son cœur, le centre de toute sa vie »[10].

Elle a en effet constamment sur les lèvres le Nom du Christ Seigneur ; Il est sa vie. « J’ai bon Maître, à savoir Notre-Seigneur, auquel je me rapporte de tout. Notre-Seigneur a toujours été le maître de mes faits, et l’ennemi n’y eut jamais puissance ». À son procès, elle répondra souvent : « Je m’en rapporte, Je m’en attends à Notre-Seigneur ».

La fidèle Servante n’entre pas au service de Charles le dauphin, elle est au royal service de son « Droiturier et Souverain Seigneur », le Christ. « Qui est ton Seigneur ? » lui demanda Baudricourt – « C’est le Roi du Ciel », répondit l’adolescente. Charles VII n’était que le « lieu-tenant » de Dieu : le locum tenens du vrai Roi de France : Jésus-Christ. C’est ce qu’illustre magistralement la triple donation du 21 avril 1429 qu’elle demanda au roi de ratifier devant notaires[11].

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Miniature d’un manuscrit de 1505

Instruite du plan divin la concernant, Jeanne se décide à vivre résolument l’engagement qui lui est demandé : elle est en cela un magnifique exemple de fidélité à la vocation[12]. La « Patronne du laïcat chrétien », comme l’appelle Jacques Maritain, « enseigne à la fois son devoir d’obéissance dans l’ordre spirituel et l’autonomie absolue de son action dans l’ordre temporel »[13]. Jeanne d’Arc n’est en effet qu’un exécutant parfait des ordres venus d’En-haut.

 

§ 2. Fille de l’Église

Par son baptême, tout chrétien devient également fils de l’Église, laquelle nous enfante à la vie surnaturelle. C’était du reste le cri de sainte Thérèse d’Avila en mourant : « Je suis fille de l’Église ! ». Saint Cyprien, Père de l’Église, disait également : « Nul n’a Dieu pour père s’il n’a pas également l’Église pour mère ».

Par son comportement, elle rayonne des vertus chrétiennes. Face à la rudesse des soldats qu’elle est amenée à côtoyer, elle les évangélise par sa bonté, son courage et son extraordinaire pureté. Sa vie devient alors « une source surnaturelle d’inspiration pour [notre] propre vie, inspirée par un exemple aussi glorieux que fructueux de l’histoire de France qui est aussi l’histoire de l’Église »[14].

L’interrogatoire qu’elle eut à subir lors de son procès cherche à la piéger sur sa soumission à l’Église institutionnelle afin de pouvoir la déclarer hérétique. Les questions sont révélatrices, et les réponses de Jeanne sont d’une limpidité et d’une profondeur étonnantes :

« Nous vous demandons si vous avez fait quelque chose contre la foi, si vous voulez vous en rapporter à la détermination de notre Sainte Mère l’Église ? – Que mes réponses soient vues et examinées par les clercs et que l’on me dise ensuite s’il y a quelque chose qui soit contre la foi chrétienne... S’il y a quelque chose de mal contre la foi chrétienne que Dieu a commandée, je ne le voudrais soutenir et serais bien courroucée d’aller contre. »

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Jeanne interrogée dans sa prison par le Cardinal de Winchester. Tableau de Paul Delaroche (XIXe s.)

« Voulez-vous vous mettre en la détermination de notre Sainte Mère l’Église de tout ce que vous avez fait, soit en bien, soit en mal ? – Quant à l’Église, je l’aime et je voudrais la soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne, et ce n’est pas moi qu’on devrait empêcher d’aller à l’église et d’entendre messe. – Voulez-vous vous rapporter de vos dits et de vos faits à la détermination de l’Église ? – Je m’en rapporte à Dieu qui m’a envoyée, et à Notre Dame et à tous les saints et saintes qui sont au paradis. Et il me semble que c’est un et même chose de Dieu et de l’Église, et que de cela on ne doit pas faire difficulté ; pourquoi en faites- vous difficulté ? »[15]

« Croyez-vous que vous êtes soumise à l’Église de Dieu qui est sur terre, à savoir notre seigneur le pape, les cardinaux, archevêques, évêques et autres prélats de l’Église ? – Oui, Dieu premier servi – Avez-vous commandement de vos voix de ne pas vous soumettre à l’Église militante qui est sur terre ni à son jugement ? – Je ne réponds rien que je prenne dans ma tête, mais ce que je réponds, c’est du commandement de mes voix et elles ne me commandent pas que je n’obéisse à l’Église. »[16]

Fille de l’Église, elle se soumet entièrement à son chef visible, le Souverain Pontife à qui elle en appelle lors de son procès, comme c’était le droit de tout accusé et qui lui sera refusé : « De tout ce que j’ai dit et fait, que cela soit transmis à Rome devers notre sire le pape, à qui, et à Dieu d’abord, je me rapporte »[17]. Car pour elle, le Christ et l’Église, « c’est tout un ».

            Son amour de l’Église va jusqu’à l’héroïsme puisqu’il la conduit à l’oblation : Jeanne voit le déroulement des événements avec un regard vraiment surnaturel, comme provenant de la volonté de Dieu, et les hommes – même les clercs indignes – comme ses instruments pour l’accomplir. « Dans l’amour de Jésus, Jeanne trouve la force d’aimer l’Église jusqu’à la fin »[18].

 

§ 3. Fille de France

Nous sommes tous les enfants de notre pays : nos parents nous enfantent à la vie naturelle, l’Église à la vie surnaturelle, et notre pays à la société civile, en nous offrant une terre, une langue, un patrimoine. « Patrie » signifie d’ailleurs : la « terre de nos pères ». L’honneur dû à notre pays est, en ce sens, le prolongement du 4ème Commandement de Dieu. Jeanne a rempli ce devoir au plus haut point, jusqu’à la mort.

Avec un aplomb qui dut fortement déplaire à ses juges ecclésiastiques, elle insistera sur la mission unique et personnelle qu’elle avait reçue de Dieu pour intervenir dans le sort de son pays livré à l’occupant anglais par le calamiteux traité de Troyes (1420) :

« Personne au monde, ni duc, ni fille du roi d’Écosse ne peut recouvrer le royaume de France ; il n’y a de salut qu’en moi. Je préférerais bien cependant filer auprès de ma pauvre mère ; car ce n’est pas là œuvre des personnes de mon état ; mais il faut que je le fasse, car ainsi le veut mon Seigneur ».

 Dans la bouche d’une paysanne, c’eût été un délire d’extravagance et d’orgueil si pareil discours n’était pas suivi des mots : « Ainsi le veut mon Seigneur », pour lequel vouloir c’est pouvoir. Elle doit rendre Dieu à la France et la France à son Dieu. « Je puis tout en celui qui me fortifie », répétait-elle après saint Paul (Phil. 4, 13). Et ça, ce n’est pas de la témérité mais la foi ; c’est faire une confiance absolue en Dieu, alors que tout pouvait sembler perdu au milieu de cette France exsangue et découragée.

À 17 ans à peine, elle redonne espérance aux Français qui n’y croyaient plus, enlisés dans l’interminable Guerre de Cent Ans. Sans remettre à plus tard sa décision, sur l’ordre de ses « Voix », elle part aussitôt redonner courage au Dauphin appelé à devenir roi de France, lequel n’était plus que le « roi de Bourges », se croyant même fils illégitime.

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Entrevue de Jeanne d’Arc & Charles VII à Chinon, basilique de Domremy

Paysanne qui n’avait pas été formée à la politique, elle avait compris l’injustice de cette occupation étrangère dont les pauvres gens étaient les premières victimes, dans l’insécurité d’un conflit qui n’en finissait pas. Le lien existant dès l’origine entre son expérience mystique et sa mission politique « fait de cette jeune fille un cas unique dans l’histoire de l’Église », a dit Benoît XVI[19], et il constitue « un des aspects les plus originaux de sa sainteté ».

Lorsque l’archange saint Michel se manifeste à Jeanne alors qu’elle n’a encore que 13 ans, elle se sent autant appelée à « intensifier sa vie chrétienne » qu’à « s’engager personnellement dans la libération de son peuple ». Pour cette « nouvelle Moïse », remplir ses devoirs envers Dieu va de pair avec honorer ceux envers son pays. Cette libération nationale est œuvre de justice humaine, que Jeanne va accomplir avec charité, par amour pour le Christ, charité qui fascina tant le poète Charles Péguy[20]. Ce qui en fait, continue Benoît XVI, « un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, en particulier dans les situations les plus difficiles »[21].

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Étant la digne fille de son pays, Jeanne devient sa protectrice non seulement ici-bas par son combat mené contre l’ennemi, mais encore après sa mort par le titre que lui accordera Pie XI de « Patronne secondaire de la France » (1922) : au Ciel, sa mission n’est donc pas terminée. Dans sa lettre apostolique Galliam Ecclesiæ filiam primogenitam (« France, fille aînée de l’Église ») par laquelle il lui décerne ce titre glorieux, le Pape est persuadé que ce patronage « pourra devenir pour la France une cause de bien, de prospérité et de bonheur »[22].

Depuis, la ferveur du peuple français reconnaissant continue de l’invoquer pour obtenir par son intercession, encore aujourd’hui, le secours de Dieu qui s’était fait en elle si éclatant.

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II)               Jeanne : une Mère dans l’Église souffrante

« Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi », dit le Catéchisme de l’Église catholique (§ 2473). C’est la voie qu’a suivie Jeanne pour être étroitement configurée au Christ, le « Serviteur souffrant » (cf. Is. 50, 4-7). Par son procès et par sa mort, elle mérite encore le titre de « Mère dans l’Église ».

§ 1. La Passion de Jeanne 

Le mystère de la souffrance fait entièrement partie du plan rédempteur de Dieu. La maternité entre de plain-pied dans ce mystère, comme l’évoque Notre-Seigneur :

 « La femme, lorsqu’elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde » (Jn 16, 21).

La maternité spirituelle n’échappe pas à cette règle, et l’Apôtre des Gentils compare lui-même son apostolat à un enfantement douloureux : « Mes petits-enfants que j’enfante encore, pour lesquels je ressens encore les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Jésus-Christ soit formé en vous » (Gal. 4, 19). C’est donc en souffrant sa Passion que Jeanne enfanterait spirituellement de nombreuses âmes. N’est-ce pas au pied de la Croix que la Vierge Marie est devenue la Mère de l’humanité[23] ?

De même que Jésus fut trahi par l’un de ses proches, l’apôtre Judas (cf. Lc 22, 48), Jeanne sera trahie devant Compiègne, faite prisonnière le 23 mai 1430 et vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10.000 £. Sa Passion commence alors, marquée par le long et dramatique procès qui la conduira au bûcher.

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Sainte Thérèse de Lisieux jouant sa propre pièce de théâtre dans le rôle de Jeanne d’Arc (1895).

Le premier procès de Jeanne, celui qui l’amène à sa condamnation, se déroule de janvier à mai 1431. Il deviendra le prototype de tous les procès politiques, « le plus infâme qui ait épouvanté les hommes depuis celui de Jésus-Christ » (Léon Bloy). Là, elle doit faire face à des hauts prélats et théologiens de la prestigieuse Université de Paris réunissant plus de trois cents prêtres, trois cardinaux et onze évêques à la solde des Anglais, sous l’égide d’un nouveau Caïphe en la personne de l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon.

Ce n’est pas un chef de guerre qui est ici jugé, c’est une jeune femme seule face à des théologiens aveuglés qui réclament sa mort, lui font du chantage, la terrorisent et même la torturent. C’est bien une Passion, qui n’est pas sans rappeler celle du Christ. L’injustice est criante. Mais Jeanne, bien qu’écrasée par ses juges, ne perd pas pour autant sa dignité. Elle a terriblement peur ; elle est humaine et la mort l’angoisse, mais elle est forte dans sa foi, et rayonnante lorsqu’il est question de celle-ci.

Ce procès nous révèle le cœur ardent de Jeanne. Émouvante de simplicité et de vérité, elle triomphe de tous les pièges que lui tendent ses juges corrompus. Loin de ce qu’ils pensaient alors, c’est finalement son témoignage qui la sortira grandie, elle qu’ils voulaient humilier.

Au fil des procès-verbaux, l’on découvre les admirables répliques de Jeanne et, à travers elles, tout un enseignement moral. Déjà, sa hauteur de vue, ses inspirations spirituelles que ne peuvent comprendre ses juges terre-à-terre. Elle leur parle de libération, ils pensent à une attaque matérielle. Mais tout comme dans la Passion du Christ, ce n’est pas d’une victoire temporelle dont il est ici question, mais bien d’une victoire spirituelle. L’aveuglement de ces juges hypocrites n’est pas sans rappeler celui des Juifs de l’Évangile[24].

« Ce procès, dira Benoît XVI, est une page bouleversante de l’histoire de la sainteté et également une page éclairante sur le mystère de l’Église qui, selon les paroles du Concile Vatican II, est ‘‘à la fois sainte et appelée à se purifier’’[25]. (…) Ces juges sont des théologiens auxquels manquent la charité et l’humilité pour voir chez cette jeune l’action de Dieu. Les paroles de Jésus viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc 10, 21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme : ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte. »[26]

 

§ 2. Comment meurt une Sainte

Le Sauveur a peu agi et beaucoup souffert ; sa grande œuvre, ce fut de mourir : c’est par sa mort qu’il a vivifié le monde. Ceux et celles qu’il s’est choisis n’échappent pas à la règle : « Le disciple n’est pas plus grand que le maître » (Lc 6, 40), lequel doit achever en sa chair « ce qui manque aux souffrances du Christ au profit de son Corps qui est l’Église » (Col. 1, 24). Le baptême de sang est inséparable de la mission divine. D’ailleurs, les deux conseillères qui assisteront Jeanne dans son appel sont précisément deux femmes martyres : sainte Catherine et sainte Marguerite, comme pour lui annoncer son futur sort.

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‘‘Les Vigiles de Charles VII’’, miniature du XVe s.

Par une incroyable machinerie, dont l’issue était réglée d’avance, elle allait être déclarée « hérétique, apostate, schismatique, blasphématrice, sorcière, idolâtre, relapse… » : pas moins de 69 chefs d’accusation lui sont reprochés ! « Ne te chaille pas de ton martyre, l’avaient encouragée ses « Voix » : prends tout en gré, Dieu t’aidera ; tu t’en iras par grande victoire en Paradis ! »[27]

Elle est brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Pour unir son sacrifice à celui de Jésus, elle embrasse et presse contre son cœur une croix qu’on lui a fabriquée, puis demande à avoir devant les yeux une croix de procession, afin d’y puiser force et consolation. Les flammes l’atteignant, elle crie par trois fois : « Jésus ! Jésus ! Jésus ! ». C’est le testament qu’elle nous laisse : le saint Nom de Jésus, qui explique tout ensemble sa mission, son auteur, son but. Sa mort n’altère en rien la popularité qu’elle a rapidement acquise auprès du peuple, ni n’arrête la marche victorieuse de Charles VII, qui l’avait pourtant lâchement abandonnée.

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Jeanne d’Arc sur le bûcher place du Vieux-Marché à Rouen. Tableau de Jules-Eugène Lenepveu (1874) au Panthéon de Paris

Des témoins affirmèrent avoir vu son âme sous la forme d’une colombe s’élever vers le Ciel. Son corps virginal était quant à lui entièrement réduit en cendres, en signe de la pénitence qu’elle accomplissait pour cette terre qui la trahissait. « Et Dieu dit : ‘‘Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi’’ » (Gn 4, 10). Même son cœur qui, dit-on, était demeuré intact, allait être jeté à la Seine par le bourreau[28]. Dieu ne permit pas que l’on conservât ses reliques : son exemple seul devait traverser les siècles jusqu’à nous. « Ô Jeanne ! s’écriait Malraux dans un discours mémorable[29], Sans sépulcre et sans portrait ! Toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants ! »

 

III)            Jeanne : une Mère dans l’Église triomphante

Ici, notre étude ne suit plus la chronologie de la vie de Jeanne, car sa mission a vite rencontré une gloire terrestre qui allait rapidement laisser la place à la douleur. Pour suivre encore le Christ, elle est passée du Thabor au Calvaire : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Revenons ici sur le triomphe terrestre qu’a connu Jeanne, auquel allait succéder un triomphe posthume bien plus grand encore.

§ 1. Le triomphe terrestre

Son succès ici-bas, c’est la complète réussite de sa mission divine : délivrer Orléans de l’occupation anglaise (8 mai 1429) et faire sacrer le vrai roi de France à Reims (seulement deux mois plus tard, le 17 juillet). Confiante en la véracité de ses « Voix », elle s’était écriée : « Mon Seigneur cependant veut que le Dauphin soit fait roi, et tienne le royaume en commande. Il sera fait roi malgré ses ennemis, et c’est moi qui le conduirai à son sacre ». L’extraordinaire chevauchée de Jeanne va durer exactement 487 jours, soit 16 mois.

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Sacre de Charles VII, auquel assiste Jeanne. Tableau de Jules-Eugène Lenepveu (XIXe s.) au Panthéon de Paris

Si en France, selon les Lois fondamentales du royaume, la naissance désigne le futur roi, elle ne le constitue pas et ne le met pas en possession du royaume. C’est un roi vassal qui doit attendre l’investiture du suzerain, le Seigneur de Jeanne ; cette investiture se fait par le sacre. Le rôle de Jeanne est alors de conduire Charles VII à Reims pour y recevoir l’Onction sainte : sa mission politique sera là encore couronnée de succès.

Des miracles éclatent de son vivant[30] : à Chinon, elle reconnaît aussitôt son « gentil Dauphin » dissimulé parmi les courtisans alors qu’elle ne l’avait jamais vu, elle soulage les douleurs du duc de Lorraine qui l’avait appelée à son chevet, elle ressuscite un nourrisson à Lagny, elle prédit le départ complet des Anglais dans les sept années qui suivront sa mort…

Dernier miracle que nous tenons à souligner : au moment de mourir, elle obtient ce qu’elle demande témérairement : communier une dernière fois. Bien que condamnée comme hérétique et contre toute règle canonique, elle est autorisée à recevoir la sainte Communion. Qu’il nous soit permis d’y voir ici un « petit » miracle que Dieu favorisait pour lui accorder la force du martyre.

 

§ 2. La « Sainte de la Patrie »

« Celle qui est l’insigne gloire de votre patrie, l’est en même temps de la religion catholique » dira Léon XIII[31]. Après le triomphe terrestre, suivi immédiatement de sa Passion, son triomphe céleste va commencer. La « revanche » de l’héroïne condamnée franchit une première étape avec son procès en réhabilitation initié dès 1456[32] par le Pape Calixte III à la demande de sa famille, réunissant quelque 120 témoins oculaires.

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Cérémonie de canonisation de la Bse Jeanne d’Arc en la basilique Saint-Pierre (1922)

Mais il faudra attendre le 27 janvier 1894 pour qu’elle soit déclarée « Vénérable »[33] (Léon XIII), le 18 avril 1909 pour qu’elle soit béatifiée (saint Pie X) et le 16 mai 1920 pour qu’elle soit canonisée (Benoît XV), dans un contexte historique de violentes luttes anticléricales[34]. Deux ans après sa canonisation (1922), Jeanne est déclarée Patronne secondaire de la France (Pie XI). Elle qui, de son vivant, en appelait au Saint-Père pour que sa cause lui soit transmise, ce sont finalement cinq Papes qui vont lui rendre justice, depuis la révision de son procès jusqu’à son patronage céleste sur la France.

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Saintes Patronnes de la France : la Sainte Vierge, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus & sainte Jeanne d’Arc. Tableau de Sr Marie du Saint-Esprit o.c.d. conservé au carmel de Lisieux (1945).

Lorsqu’un saint est canonisé, c’est l’action indéniable et éclatante de Dieu à travers cette personne que l’Église cherche à exalter. On peut se demander quels avantages cette jeune femme de 19 ans pouvait apporter à l’Église. Mais un saint est toujours un trésor pour l’Église. Plus que soldat, elle fut apôtre ; Jeanne d’Arc ne fut pas canonisée pour avoir servi la France, mais pour avoir servi Dieu – mais en servant Dieu, elle servait son pays. Les comptes rendus du procès de Rouen nous montrent à ce propos son incontestable grandeur d’âme. Sa fête est inscrite au calendrier universel au 30 mai, jour de son dies natalis, c’est-à-dire de sa naissance au Ciel ; elle est solennisée en France le deuxième dimanche du mois de mai.

Après sa canonisation par l’Église catholique vient celle de la République laïque : Jeanne devient la « Sainte de la Patrie »[35], personnifiant le vrai patriotisme français. L’historien Michelet, en 1841, en fait une héroïne incarnant le peuple, capable de cristalliser le sentiment national. Dès lors, historiens et politiciens s’emparent de la jeune Pucelle pour en faire tour à tour une figure traditionnelle de gauche comme de droite. Deux mois après sa canonisation par l’Église, une loi civile toujours en vigueur est votée à l’unanimité, instituant la « fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme »[36] fixée au deuxième dimanche de mai : Jeanne devient ainsi la mère de la « nation ». Depuis, une cérémonie militaire a lieu traditionnellement devant sa statue équestre à Paris.

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Statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris (1874)

Tous veulent se reconnaître dans cette figure emblématique, de l’extrême-gauche (on veut la qualifier de « première révolutionnaire » après Jésus, le « premier des sans-culottes » [sic !] selon l’expression du prêtre jacobin Chabot !) à l’extrême-droite (elle est le porte-flambeau du Front National), en passant par les féministes et les « tradis »… Bref, « Jeanne relève du patrimoine universel de l’humanité »[37]. Le nationaliste Maurice Barrès s’en fera l’écho dans un vibrant discours à la Chambre des députés :

« Il n’y a pas un Français, quelle que soit son opinion religieuse, politique ou philosophique, dont Jeanne d’Arc ne satisfasse les vénérations profondes. Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique ? C’est une martyre et une sainte. Êtes-vous royaliste ? C’est l’héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims. Rejetez-vous le surnaturel ? Jamais personne ne fut aussi réaliste que cette mystique ; elle est pratique, frondeuse et goguenarde, comme le soldat de toutes nos épopées… Pour les Républicains, c’est l’enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies… Enfin, les socialistes ne peuvent oublier qu’elle disait : ‘‘J’ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux’’. Ainsi, tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d’Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. »[38]

Elle fait l’unanimité si l’on peut dire, et son culte est répandu jusque chez les « Anglois » qu’elle avait « boutés hors de toute France »[39] ! C’est que la sainteté est à la fois universelle et unifiante.

 

§ 3. Le Docteur de la Royauté sociale du Christ

Plus encore que Mère, Jeanne est « Docteur », c’est-à-dire qu’elle ne nous laisse pas seulement une spiritualité éducative (ce qui est le propre du père et de la mère), elle est véritablement enseignante par la doctrine ecclésiale qu’elle nous livre au cours de sa courte mais intense « vie publique ».

Docteur ? N’est-ce pas exagéré pour celle qu’on dit analphabète et sachant à peine écrire son nom ? Sa science ne procède pas de son instruction, certes, mais elle est chez elle directement infuse par Dieu, en application de la parole du psaume : « C’est moi qui enseigne aux hommes la vraie science » (Ps. 113, 10). En développement de ce verset biblique, l’Imitation fait dire à Jésus-Christ :

« Celui à qui je parle deviendra vite sage et fera de grands progrès spirituels. (…) C’est moi qui élève l’âme humble en un clin d’œil et lui donne plus de rayons de l’éternelle vérité que si elle avait étudié dix ans dans les écoles. Moi, j’enseigne sans bruit de paroles. »[40]

En déclarant sainte Thérèse de Lisieux Docteur de l’Église universelle, le Pape Jean-Paul II précisait :

« La science de l’amour divin que répand le Père de toute miséricorde, par Jésus-Christ en l’Esprit Saint, est un don accordé aux petits et aux humbles afin qu’ils connaissent et qu’ils proclament les secrets du Royaume cachés aux sages et aux savants. »[41]

« La science de l’amour divin » : c’est parce que Jeanne l’a elle-même éminemment pratiquée et enseignée que l’évêque de Blois de l’époque, Mgr de Germiny, réclamait il y a une dizaine d’années le doctorat pour Jeanne à l’occasion des festivités orléanaises[42].

On pourrait en effet reconnaître dans la Sainte de Lorraine le charisme d’enseignement d’un Docteur de l’Église : cela tant, comme pour la « petite Thérèse », « à la fois à cause du don de l’Esprit Saint qu’elle a reçu pour vivre et exprimer son expérience de foi et à cause de son intelligence particulière du mystère du Christ »[43], que, à l’instar de sainte Catherine de Sienne, de sa sagesse infuse :

« Ce qui frappe plus que tout dans la sainte, c’est la sagesse infuse, c’est-à-dire l’assimilation brillante, profonde et exaltante des vérités divines et des mystères de la foi (…) due à un charisme de sagesse de l’Esprit Saint »[44].

Son enseignement rayonne d’ailleurs jusque dans le Catéchisme de l’Église catholique, qui la cite à quatre reprises : la réception ecclésiale de sa doctrine manifeste bien l’autorité qu’elle a acquise dans l’explicitation de notre foi.

Chaque Docteur de l’Église a en quelque sorte sa spécialité : chacun s’est plu à mettre en lumière l’un des mystères divins en particulier. Pour Jeanne, c’est la doctrine du Christ-Roi : « Tout dans son existence, écrivait l’un de ses biographes jésuite, est pour faire resplendir le dogme de la royauté de Jésus-Christ »[46]. Cinq siècles avant que ne soit instituée la fête du Christ-Roi[47], la « Messagère du Roi du Ciel » se fait le héraut de ce titre royal de Jésus, universel dans son étendue sur les individus, les familles et les nations[48], en application de sa propre parole : « Toute puissance m’a été donnée au Ciel et sur la terre » (Mt 28, 18).

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Coupole de la basilique de Domremy : Jeanne offrant la couronne et le sceptre du royaume de France au Christ-Roi

De cette soumission de l’homme à Dieu dépend son bonheur ici-bas, selon ce qu’affirmait Pie XI : « Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix – se répandraient infailliblement sur la société tout entière »[49]. Ce principe, Jeanne y croyait de toutes ses forces, et l’on peut dire qu’elle en est véritablement l’apôtre pour l’avoir appliqué, et fait appliquer en son propre royaume. Sa sainteté ne fut-elle pas de se laisser gouverner entièrement par le Christ ?

Les régimes politiques passent, le règne de Dieu demeure. Au-dessus des régimes pour le moins fluctuants, il existe une constitution supérieure qui « ne passera jamais » (1 Cor. 12, 31) : la loi divine promulguée par l’Homme-Dieu. C’est à cela qu’on reconnaissait la Chrétienté : Jésus-Christ, Roi commun des peuples, et la loi de l’Évangile : leur loi première.

Pour Jeanne, le Salut de la France et des Français n’est pas ailleurs que dans la fidélité à sa vocation chrétienne. Née sous trois Papes[50], Dieu ne l’envoie pourtant pas désigner le « bon » Pape, mais placer le « bon » roi sur le trône de France ; elle n’a pas pour mission de mettre un terme au grand Schisme d’Occident mais à la Guerre de Cent ans.

Jeanne rayonne sur toute la sainte Église et sur le monde entier pour y faire éclater la vérité signifiée dans le mystère de l’Épiphanie : la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Dieu fit naître la Pucelle en la fête de l’Épiphanie, au jour de la manifestation des droits de l’Emmanuel sur les rois et sur les nations qu’elle avait mission de rappeler aux chrétiens oublieux et ingrats. »[51]

La mission de Jeanne dépasse toutefois le domaine du politique, même s’il est essentiel : elle personnifie le surnaturel chrétien faisant irruption dans l’histoire, l’action du surnaturel dans le temporel. « Jamais, sauf peut-être dans l’Ancien Testament, jamais n’était descendu du Ciel un pareil message politique. Scène admirable en vérité, où la leçon de droit public le dispute à la sublimité de l’exemple chevaleresque. »[52]

 

IV)             Jeanne : Mère de la Confrérie royale !

Chers amis et amants de la France, Jeanne est votre mère parce qu’elle a aimé son pays et son roi « jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Il est du rôle d’une mère d’apprendre à ses enfants à aimer, par l’exemple de son cœur maternel : mettons-nous donc à son école pour aimer et servir Dieu, l’Église, notre pays et notre Roi du même amour inconditionnel et du même zèle ardent que notre Sainte nationale ! Défendons et gardons « comme un trésor » (Pv 2, 4) les Lois fondamentales du Royaume que sainte Jeanne d’Arc a si bien honorées.

Chers amis Confrères et sympathisants de la Confrérie royale, pour cela vous vous êtes obligés à un engagement bien léger et pourtant tout-puissant sur le Cœur de Dieu parce qu’il honore sa sainte Mère : la triple récitation quotidienne de l’angélus, auquel est ajoutée l’oraison pour le Roi. Pour réveiller votre ardeur et encourager votre fidélité, rappelons ici que c’est un noble usage français, dû à la piété du roi Louis XI (1472), qui ordonna qu’on sonnât les cloches de toutes les paroisses du royaume le matin, le midi et le soir afin d’imprégner dans son peuple cette belle dévotion mariale.

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‘‘L’angélus’’ par Jean-François Millet (1859)

Au temps fixé des miséricordes de Dieu sur la France, d’ailleurs, c’est à l’heure où sonnait l’angélus de midi qu’un archange descendit sur Domremy, comme un autre été descendu sur Nazareth pour saluer la Vierge immaculée. S. Michel répéta les mots de S. Gabriel : « Ne crains pas, fille de Dieu, va ! ». Il lui fera part de l’extraordinaire mission que Dieu veut confier à sa faiblesse. Un fiat, écho de celui de Marie, répondra, dans le cœur de cette humble fille, aux propositions divines. Quand Jeanne s’avancera plus tard à la tête des armées, avec la scène de l’Annonciation brodée sur le pennon de sa lance, on pourra reconnaître à ce signe qu’elle ne marche que par ordre de cet angélus, qu’il est l’instant décisif de son existence, qu’il marque le point de départ de sa mission, de son avenir, de sa gloire.

Beaucoup parmi vous étiez présents à l’inoubliable Jubilé du Puy-en-Velay il y a deux ans. Le commencement de la « vie publique » de sainte Jeanne d’Arc coïncide avec le Grand Pardon de Notre-Dame du Puy de l’an 1429. Si Christine de Pisan a pu chanter : « L’an mil quatre cent vingt et neuf, Reprit à luire le soleil… », c’est que cette année-là, à la prière d’Isabelle Romée, mère de Jeanne, et des hommes que la Pucelle avait envoyés de Chinon, Notre-Dame du Puy, qui est Notre-Dame de France, bénissait les gestes de son envoyée. Jeanne n’avait voulu marcher que sous cette bénédiction.

Dès le mois de mai 1428, Jeanne d’Arc priait Baudricourt « qu’il mandât au Dauphin de se bien tenir et qu’il n’engageât pas la bataille contre ses ennemis, parce que son Seigneur Dieu lui enverrait du secours avant la Mi-Carême ». Pourquoi ? Parce que cette date, à laquelle elle subordonnait le succès de sa mission, c’était celle où sa mère partirait en pèlerinage au Puy, dont le jubilé allait se célébrer le 25 mars. Et le capitaine de Vaucouleurs y envoyait plusieurs de ses compagnons d’armes. C’est de ces prières à Notre-Dame de France que Jeanne attendait la victoire.

C’est au retour des pèlerins du Puy qu’elle fait peindre ses drapeaux : une bannière, un étendard, un fanion, qui figuraient le mystère de l’Annonciation avec l’ange offrant à la Vierge la fleur de lys, « fleur de pureté et fleur de France ». Comme l’a écrit l’un de ses talentueux biographes : « L’image de l’Annonciation, c’est la commémoration constante, auprès d’elle, de cette fête de Notre-Dame du Puy qui lui a été assignée comme point de départ de sa mission »[53]. Aussi le même historien ne fait-il pas difficulté à le reconnaître :

« La Vierge du Puy fut une Notre-Dame des Victoires… Au Puy se sont réfugiés en quelque sorte l’espoir suprême de la France et le culte spécial de la Vierge annoncée, de la Vierge angélique, celle à qui l’ange incliné apporte la couronne, emblème de la pureté. Le sanctuaire du Puy est en même temps le sanctuaire palladium de la royauté française. La Vierge au lys et la royauté des lys, ces deux images sont unies dans l’enthousiasme des foules ».

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Jeanne d’Arc, sculpture du R.P. André Besqueut s.j. dans la cathédrale du Puy

Aussi, quelle heureuse et providentielle coïncidence d’avoir à associer la Sainte Vierge et la Sainte Pucelle, toutes deux, dans notre piété de mai ! Le mois de Marie est également celui de Jeanne. En effet, l’histoire de Jeanne d’Arc, c’est le miracle du mois de mai : « C’est en mai que la jeune fille entend ses Voix, étincelantes et inflexibles comme des épées. C’est en mai qu’elle délivre Orléans, cœur de lys et cœur de France. C’est en mai qu’elle est surprise à Compiègne, devant les barrières fermées… Et c’est en mai qu’elle gravira la montagne de feu »[54]. Ajoutons que c’est au mois de mai que sa glorification sera consommée par sa canonisation.

 

Conclusion

Une vie humaine est-elle moins utile parce qu’elle a été plus courte ? L’intensité avec laquelle la Pucelle a vécu, comme le Christ, sa « vie cachée » dans la prière et l’anonymat, puis sa « vie publique » dans la vertu et le dévouement, explique à juste titre le rayonnement qu’elle a mérité, non seulement en France mais dans le monde entier, dans l’Église universelle.

Le fabuleux destin de Jeanne, qui a consisté à « vivre de manière extraordinaire les choses ordinaires, et de manière ordinaire les choses extraordinaires » selon la définition de la sainteté donnée par Jean-Paul II[55], fait éclater en elle les titres suivants qui l’honorent :

       elle est pleinement femme, vivant la maternité spirituelle et la virginité consacrée qui sont, selon Jean-Paul II, « les deux dimensions de la vocation de la femme »[56]. « Dans ce ‘‘sexe faible’’ impropre aux grandes entreprises éclate l’une des plus foudroyantes réussites de l’histoire, le plus profond et le plus heureux retournement de nos destinées nationales »[57] ;

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Plaque commémorative des fiançailles rompues de Jeanne (Toul)

       elle est pleinement apôtre, servante de Dieu dont l’apostolat se résume en une formule lapidaire : « Messire Dieu premier servi ! »[58] pour nous élever en toutes circonstances dans le monde surnaturel ;

       elle est pleinement modèle de sainteté :

« Avec son témoignage lumineux, dit Benoît XVI, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne : faire de la prière le fil conducteur de nos journées ; avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit ; vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant, comme elle, dans l’amour de Jésus un profond amour pour l’Église »[59] ;

       elle est pleinement martyre, unissant ses souffrances à la mort rédemptrice du Sauveur ;

       elle est pleinement maîtresse de vie spirituelle : « La pureté de son idéal, la charité de ses motifs, sa piété parfaitement à la portée de tous, conviennent tout-à-fait à l’instruction spirituelle de notre époque », estime le cardinal américain Wright[60].

Au vu de cette liste de titres de noblesse de l’âme, comment ne pas penser à celle qui l’admirait tant, sainte Thérèse de Lisieux, qui s’exclamait :

« Je sens en moi d’autres vocations, je me sens la vocation de guerrier, de prêtre, d’apôtre, de docteur, de martyr ; enfin, je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques... Je sens en mon âme le courage d’un Croisé, d’un Zouave Pontifical, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Église... »[61] ?

Pour toutes ces raisons, nous voyons pleinement en Jeanne une Mère dans l’Église, figure de « femme forte » qui porta « sans peur la grande lumière de l’Évangile dans les complexes événements de l’histoire ». Voilà pourquoi, ajoutait Benoît XVI, nous pourrions la « rapprocher des saintes femmes qui restèrent sur le Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l’avait renié trois fois »[62].

« Quand je suis faible, c’est alors que je suis forte » aurait pu dire sainte Jeanne d’Arc à la suite de l’Apôtre (2 Cor. 12, 20), car « ce quil y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort » (1 Cor. 1, 27). L’évêque du Puy commentait l’an dernier cette parole de saint Paul ainsi : « Quand il s’agit de transformer notre monde en un monde plus juste et plus beau, Dieu a toujours des projets audacieux, et il les réalise souvent avec les petits et les faibles »[63].

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Signature de la Sainte

Jeanne, tout comme Marie, incarne puissamment le choix de Dieu. À la suite de la Sainte Vierge, la Pucelle devient « l’expression du ‘‘génie féminin’’ »[64], se faisant de manière éclatante « la servante du Seigneur » (Lc 1, 38). Et se mettre au service de Dieu, c’est toujours se mettre au service des hommes, tandis que l’inverse n’est pas vrai.

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La Pentecôte, par El Greco (1600), musée du Prado à Madrid

En cette Octave de la Pentecôte, laissons-nous enfanter par le Christ dans l’Esprit Saint afin de Le faire renaître en notre terre de France : oui, que le Saint-Esprit couvre de son ombre le Royaume de Marie, comme Il avait jadis recouvert le corps immaculé de Notre-Dame, pour une renaissance du noble Royaume de France !

Notre-Dame de Pentecôte, priez pour la France ! Faites refleurir le Royaume des lys !

Sainte Jeanne d’Arc, Patronne secondaire de la France, priez pour votre patrie terrestre !

R.P. Clément de Sainte-Thérèse +

 



[1] Cette fête liturgique existait déjà en Pologne ce même lundi de Pentecôte.

[2] Sont appelés Pères de l’Église les auteurs ecclésiastiques remplissant, selon S. Vincent de Lérins (que l’on fête ce 24 mai), quatre critères distinctifs : l’orthodoxie de leur doctrine, la sainteté de leur vie, l’approbation de l’Église et l’ancienneté.

[3] Pascal-Raphaël Ambrogi, Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc, Desclée de Brouwer, 2017.

[4] La « femme forte » est décrite dans le livre des Proverbes : « Cette femme forte, qui la trouvera ? Sa valeur surpasse de beaucoup celle du corail… » (Pv 31, 10 sv).

[5] Le respect dû à ses parents sera évoqué lors de son procès car elle partit à Chinon contre la volonté paternelle. Mais Jeanne répondra qu’« il vaut mieux obéir à Dieu qu’à ses parents » (Procès de condamnation), et rappellera qu’elle avait écrit à son père pour lui demander pardon.

[6] « Être surnaturel en qui la beauté prend sa source dans l’innocence, la gloire dans la vertu », dira d’elle le futur cardinal Pie dans son éloge du 8 mai 1844, prononcé dans la cathédrale d’Orléans. Il poursuit ainsi : « Par l’esprit et par le cœur, je ne connais rien de plus chrétien et de plus français que Jeanne d’Arc, rien de plus mystique et de plus naïf ; en elle la nature et la grâce se sont embrassées comme sœurs ; l’inspiration divine a laissé toute sa part au génie national, tout son libre développement au caractère français ; c’est une extatique chevaleresque, une contemplative guerrière ; elle est du ciel et de la terre ».

[7] Examen de virginité à Domremy et à Vaucouleurs.

[8] Cf. Procès de réhabilitation.

[9] Cf. Procès de condamnation, 8ème séance (21 février 1431), premier interrogatoire après le serment.

[10] Benoît XVI, audience générale du mercredi 26 janvier 2011.

[11] Nous le savons par l’auteur du Breviarium historiale, un clerc français qui vivait à Rome, attaché peut-être à la personne du Pape Martin V. « Un jour, écrit-il, la Pucelle demanda au roi de lui faire un présent. La prière fut agréée. Elle demanda alors que le royaume de France fût le présent sollicité : le roi étonné le lui donna après quelque hésitation, et la jeune fille l’accepta ; elle voulut même que l’acte en fût dressé et lu par les quatre secrétaires du roi. La charte rédigée et lue à haute voix, le roi resta un peu ébahi, lorsque la Pucelle le montrant à l’assistance dit : ‘‘Voilà le plus pauvre chevalier du royaume !’’ ; et après un peu de temps, en présence des mêmes notaires, disposant en maîtresse du royaume de France, elle le remit entre les mains de Dieu tout-puissant. Puis au bout de quelques autres moments, elle investit le roi Charles du royaume de France. De tout cela elle voulut qu’un acte solennel fût dressé par écrit » (R.P. Jean-Baptiste Ayroles s.j., La vraie Jeanne d’Arc, E. Vitte, 1894).

[12] C’est du reste ainsi qu’elle est invoquée dans les Litanies à sainte Jeanne d’Arc approuvées par l’évêque de Blois en 1960 : « Sainte Jeanne d’Arc, docile à l’appel de Dieu et exemple de fidélité à la vocation, priez pour nous ! ».

[13] Me Jacques Trémolet de Villers, Jeanne d’Arc – Le procès de Rouen, Les Belles Lettres, 2016.

[14] Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique en France, préface au Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc précité (4ème de couverture).

[15] Ibid., 17 mars 1431.

[16] Ibid., 31 mars 1431.

[17] Ibid., 24 mai 1431.

[18] Benoît XVI, loc. cit.

[19] Benoît XVI, loc. cit.

[20] Il est l’auteur d’un célèbre drame médiéval intitulé : « Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc » (1897).

[21] Benoît XVI, loc. cit.

[22] Pie XI, lettre apostolique Galliam Ecclesiæ filiam primogenitam (1922) § 2.

[23] « Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : ‘‘Femme, voilà ton fils’’. Puis il dit au disciple : ‘‘Voilà ta mère’’. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 26-27).

[24] « Alors les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple se réunirent (…) et ils délibérèrent sur les moyens d’arrêter Jésus par ruse et de le faire mourir » (Mt 26, 3-4).

[25] Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium (1964) § 8.

[26] Benoît XVI, loc. cit.

[27] Procès de condamnation, 14 mars 1431.

[28] Procès de réhabilitation, déposition de Jean Massieu, huissier.

[29] André Malraux, discours prononcé à Rouen le 31 mai 1964 à l’occasion des fêtes johanniques.

[30] Trois miracles seront plus tard retenus lors de son procès en béatification, et encore trois autres pour sa canonisation.

[31] Bref Rem tu amptam de Léon XIII adressé au R.P. Ayroles pour son ouvrage : Jésus-Christ Roi : point culminant de la mission de Jeanne d’Arc (1894).

[32] La sentence de nullité sera rendue le 7 juillet 1456.

[33] Serviteur ou Servante de Dieu qui a pratiqué les vertus chrétiennes de manière héroïque.

[34] La loi de séparation des Églises et de l’État en France date de 1905.

[35] C’est l’expression du cardinal Touchet (1848-1926), l’évêque d’Orléans surnommé « l’évêque de Jeanne d’Arc » parce qu’il fut l’artisan de son procès en canonisation.

[36] Cf. au Journal officiel la loi du 10 juillet 1920.

 

[37] Pascal-Raphaël Ambrogi, loc. cit.

[38] Discours à la Chambre des Députés en 1919 présentant le projet de loi visant à instituer une fête nationale en l’honneur de Jeanne d’Arc.

[39] Message de Jeanne aux Anglais du 29 avril 1429, lors du siège d’Orléans.

[40] Imitation de Jésus-Christ, livre III, chap. 43 : « La science vaine et profane », § 3.

[41] Jean-Paul II, lettre Divini amoris scientia du 19 octobre 1997 (§ 1), proclamant sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face Docteur de l’Église universelle.

[42] Cf. Mgr Maurice de Germiny, homélie prononcée lors des fêtes johanniques à Orléans le vendredi 8 mai 2009 : « Il semblerait juste et bon que Jeanne d’Arc soit déclarée Docteur de l’Église universelle, rejoignant ainsi Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux ».

[43] Jean-Paul II, op. cit., § 7.

[44] Paul VI, discours du 4 octobre 1970 pour le doctorat de sainte Catherine de Sienne.

[46] Ayroles, Jésus-Christ Roi, op. cit., p. 42.

[47] Cf. Pie XI, encyclique Quas primas du 11 décembre 1925 instituant la « fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi » et ordonnant qu’on récite ce jour-là la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus (§ 19), pour rappeler que le règne du Christ est d’abord un règne d’amour. On s’étonne toutefois qu’une encyclique consacrée à la royauté du Christ ne fasse aucune mention de sainte Jeanne d’Arc !

[48] Cf. Ibid., § 13 : « Les hommes ne sont pas moins soumis à l’autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée ».

[49] Ibid., § 14.

[50] En 1412 régnait le Pape Grégoire XII (1406-1415), auquel s’opposaient deux antipapes : Benoît XIII, à Avignon, et Jean XXIII, à Pise.

[51] Mgr Henri Delassus, La mission posthume de sainte Jeanne d’Arc et le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Desclée de Brouwer, 1913.

[52] Pierre Virion, Le mystère de Jeanne d’Arc & la politique des Nations, Téqui, 1972.

[53] Gabriel Hanotaux, Jeanne d’Arc, P. Hachette & Cie, 1911.

[54] Jean-Jacques Brousson, Les fioretti de Jeanne d’Arc, Flammarion, 1931.

[55] Jean-Paul II, audience du 26 novembre 2001.

[56] Jean-Paul II, lettre aux Femmes Mulieris dignitatem (1988) § 17.

[57] Dom Gaston Aubourg, Entretiens sur les choses de Dieu, Nouvelles Éditions Latines, 1965.

[58] Procès de condamnation, op. cit., p. 228.

[59] Benoît XVI, loc. cit.

[60] Citation rapportée par Pascal-Raphaël Ambrogi, loc. cit.

[61] Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte-Face, Histoire d’une âme, Ms B, fol. 2 v°.

[62] Benoît XVI, loc. cit.

[63] Mgr Luc Crépy, évêque du Puy, sermon du 14 mai 2017 prononcé dans la cathédrale d’Orléans à l’occasion des fêtes johanniques.

[64] Jean-Paul II, Lettre aux Femmes du 29 juin 1995.


24/05/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 avril 2018)

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Lettre

 

 

 

aux membres et amis de la Confrérie royale

 

 

 

du 25 avril A.D. 2018

 


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« Vicit Leo de tribu Juda »

 

Bien chers Amis,

 

Lors de notre prochain pèlerinage au Puy, dans moins d’un mois, nous aurons à cœur de méditer sur le lien unissant Liturgie et Légitimité. Anticipons quelque peu sur le thème qui nous retiendra alors, en puisant dans les trésors que la sainte Liturgie nous offre, chacun de ces jours bénis du saint Temps pascal.

 

Car trop d’entre nous sans doute l’auront oublié, mais Pâques n’est pas terminé ! Ce grand mystère nous occupe pendant cinquante jours, puisque, pendant quarante jours cette fois, Notre Seigneur ressuscité daigne réjouir Ses saints Apôtres et Disciples de Sa présence corporelle glorieuse. « Encore un peu de temps, et vous ne Me verrez plus » (Joann. XVI, 16), entendait-on dimanche dernier.

 

Ce saint jour de l’Ascension, nous le célébrerons ensemble, pèlerins légitimistes, fidèles sujets, aux pieds de Notre-Dame du Puy, reine de France, rassemblés afin de prier pour leur Roi et le « saint Royaume » que chérissait sainte Jehanne d’Arc. Puis, une neuvaine de prières nous conduira à intérioriser notre attente, avant de recevoir les grâces du Saint-Esprit en la grande fête de la Pentecôte, que beaucoup de régnicoles sanctifieront sur les routes de Chartres, autre cité mariale. Loin de la maudite acédie, que cette dévotion bien actuelle et vivante de l’âme française réchauffe notre cœur souvent si attristé par le malheur des temps : « Votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie » (Joann. XVI, 22).

 

Et s’il est une joie qui doit animer nos cœurs cette semaine, c’est bien la gloire de saint Joseph. L’Église célèbre traditionnellement en ces jours l’Octave du Patronage de saint Joseph : est-il besoin de rappeler qu’avant que les papes n’honorassent le Père nourricier du Christ de la charge tutélaire de la sainte Église universelle il y a un siècle et demi, Louis XIV, « le fils aîné de Mon Sacré-Cœur » selon les propres termes du Rédempteur, une fois « majeur » de par la mort du cardinal de Mazarin, accomplissait son tout premier acte politique en faisant solenniser dans le Royaume la fête de saint Joseph ? En ce jour Octave, qui tombe providentiellement cette année en l’anniversaire de notre Souverain, invoquons le Chef de la Sainte Famille pour la sanctification, la liberté, l’exaltation et la restauration de Dieu et du Roi en nos cœurs, en nos vies, en nos familles, en nos cités, en notre pays. Redemptoris Custos – Gardien du Rédempteur (titre d’une exhortation apostolique de 1989) –, ora pro nobis !

 

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Toujours représenté avec des lys, Joseph ne doit pas être pour nous une simple image d’Épinal : modèle de pureté, il est aussi un Saint protecteur de notre France et de sa royauté très-chrétienne. Il l’est d’ailleurs par cette même pureté, Notre-Seigneur ne S’étant entouré ici-bas, en Son intimité, que de tout purs et de vierges : Notre-Dame, saint Joseph, saint Jean-Baptiste, saint Jean, sainte Marthe… et sainte Marie-Madeleine, que saint François de Sales appelle après sa conversion « archivierge » ! Ô grands Disciples du Seigneur, n’êtes-vous donc pas tous venus sur notre sol y porter la semence de la Bonne Nouvelle de la Résurrection ? Les parents du Seigneur, par leurs apparitions à Cotignac notamment ; le Précurseur, par ses reliques ; l’Apôtre favori, par Ses fils spirituels (Ignace d’Antioche, Polycarpe) ; la famille de saint Lazare, en venant s’échouer en Provence…

 

Seigneur, apprenez-nous la pureté, dans l’humilité toujours, afin d’offrir, de cœur et de corps, un sacrifice d’agréable odeur : la Famille royale ne nous offrit-elle pas ce spectacle ? Et le martyre que la Révolution infligea au jeune Louis XVII ne consista-t-il pas à s’attaquer à cette vertu, aujourd’hui si attaquée chez nos jeunes gens, et par un régime politique ?

 

Saint Joseph, que votre exemple nous fasse d’héroïques sujets rayonnants de pureté, à l’image de saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, sainte Bernadette et sainte Thérèse ! Oui, cette vertu – ennemie numéro un de la République – possède un rôle capital dans la Restauration et le combat légitimiste, n’étant que la fidélité appliquée non pas à la doctrine, mais au corps et au cœur-mêmes. Le Christ règnera en France quand Il règnera aussi en nous.

 

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« Vicit Leo de tribu Juda », est-il écrit sur le socle de l’obélisque trônant au centre de la place Saint-Pierre à Rome, au sommet duquel est enchâssée une relique de la Vraie Croix, servant d’exorcisme face aux puissances des Ténèbres qui ont pénétré jusque dans le Sanctuaire-même.

 

En cette fête de l’Évangéliste saint Marc, dont il est l’emblème scripturaire, ne nous étonnons pas d’honorer le roi… des animaux !

 

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« Il vainc, le Lion de Juda », le Rejeton de la tribu royale, Jésus-Christ. Par Sa Résurrection au matin de Pâques.

Mais permettez-moi de voir également en cette expression triomphale honoré… saint Joseph !

 

Avant même de relever Adam au fin fond des Limbes des Patriarches, à qui croyez-vous que, le Samedi Saint, alors que la terre et la première Chrétienté se désolaient, le Fils de Dieu vint en premier adresser Son message d’espérance et de salut… et osons le mot : Ses hommages, si ce n’est à Son tendre père légal ? Son discret mais bien viril nourricier, qui devait tant Lui ressembler, peut-être mieux que le premier Adam.

 

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A qui devait-Il Son titre de « Roi des Juifs » (Marc. XV, 26), exhibé aux multitudes à la sortie de la Ville sainte, condamné, mais couronné et trônant incompréhensiblement pour nous sur le trône de la Croix, il y a quelques heures encore, en ce terrible Vendredi Saint ?

 

Au descendant du roi David, qui, face à l’usurpateur Hérode le Sanguinaire, incarnait la légitimité davidique. Car Joseph de Juda était bien le roi légitime de la Terre sainte, transmettant tous ses droits, tous ses devoirs aussi, à son Fils selon la Loi. Un roi bafoué, tombé dans la pauvreté avec les siens, mais accomplissement avec dignité et majesté son humble devoir d’état quotidien de charpentier, qui le faisait régner d’une manière extraordinaire qu’il nous est difficile d’appréhender. Comme la Sainte Famille a contribué au salut du monde par cette vie cachée, laborieuse et fidèle, silencieuse et priante, que ce soit à Bethléem, en terre païenne d’Égypte ou dans la cosmopolite Nazareth ! Comme la capitale de ce royaume fidèle rayonnait alors mystérieusement de cette bourgade négligée ! Seuls les humbles bergers, seuls les courageux rois mages, voyaient la majesté, la légitimité, la vérité de cette Famille royale pourtant bien moquée !

 

Et - Grégoire IX le rappelait à Louis IX - le royaume des Francs est dans l'histoire de l'Eglise ce qu'était le royaume de Juda sous l'Ancien Testament.

 

Beaucoup ne se moquent-ils pas aujourd’hui de l’accent (au demeurant si charmant) de notre Prince ? Mais la situation différait-elle à l’époque ? Une impertinente servante ne s’écria-t-elle pas avec ses camarades, parlant de saint Pierre : « Celui-ci aussi était avec Jésus le Nazaréen […]. Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître » (Matth. XXVI, 71, 73). Capharnaüm et Bethsaïde n’étaient pas très éloignées de Nazareth, dans la même province de Galilée…

 

Et le mépris que l’on peut avoir aujourd’hui à toiser un roi venant d’Espagne, n’est-il pas comparable à celui que sous-entendait un Nathanaël, rétorquant à saint Philippe qui lui annonçait « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la Loi, et dont les Prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph » : « De Nazareth, peut-il venir quelque chose de bon ? » (Joann. I, 45-46).

 

Venir à Bethléem se faire recenser, au berceau de sa Maison, n’avait-il pas son importance, dans une société où les tables généalogiques étaient conservées au Temple de Jérusalem et apprises par cœur ? A travers l’ordre positif d’Auguste, n’y avait-il pas là la première révélation de la messianité du Sauveur, à travers la manifestation de la légitimité royale de son père ?

 

Cette généalogie christique était-elle autre chose que l’application des Lois fondamentales propres au peuple hébreu depuis David ?

 

Grand saint Joseph, faites-nous non seulement respecter la Légitimité, application des lois divines dans l’ordre temporel, mais en vivre pleinement ! Elles ne sont pas un tout en soi, mais une balise nécessaire, telles les tables qui occupaient naguère la couverture rigide de nos cahiers de brouillon, et qui permettaient des opérations et des emplois insoupçonnés aux ignorants et aux sots.

 

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Malgré les Ténèbres du Vendredi Saint, qui durent chez nous depuis plus de deux cents ans, apprenez-nous à conserver la flamme de l’âme française, afin que nous soyons trouvés prêts quand le retour solennel du Roi permettra la résurrection tant attendue de la France.

 

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         Bénissez, ô roi de Juda, pour son quarante-quatrième anniversaire, Mgr le prince Louis, duc d’Anjou et aîné des Capétiens, fils de saint Louis, notre Roi bien-aimé.

 

Nous n’oublions pas qu’en ce jour, il y a quatre ans seulement, LL.MM. le Roi et la Reine honoraient de leur présence à Aigues-Mortes les commémorations du huitième centenaire de la naisance et du baptême de saint Louis, et l’an dernier, l’exposition organisée à Moscou en l’honneur du grand Saint capétien.

 

L’Union des Cercles Légitimistes de France m’a chargé de célébrer aujourd’hui une Messe d’action de grâces pour l’anniversaire royal. Hier, le second personnage de l’Église de Nîmes répondait à l’invitation du Cercle légitimiste de Nîmes Saint Louis roi de France. N’y aura-t-il que le Languedoc et la Provence pour élever vers le Ciel l’agréable odeur du saint Sacrifice de la Messe en l’honneur de notre Roi bien-aimé ? Chacun est, en outre, capable de chanter – ou au moins réciter – le Te Deum de son vieux missel, à l’instar de nos ancêtres qui voyaient leur vie rythmée par cette belle cadence de ce chant d’action de grâces, à chaque heureux événement dans la Famille royale, à chaque Joyeuse Entrée dans l’une des cités du Royaume, à chaque victoire du monarque, à chaque fête dynastique.

 

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En ce 25 avril, la sainte Église célèbre encore les Litanies mineures (dites majeures à Rome) de la Saint-Marc, bien qu’indépendantes originellement du céleste patron de la Sérénissime...

 

Cette procession, et la Messe qui la suit, ont un aspect pénitentiel prononcé. Tout clerc est tenu d’y prendre part, ou au moins de réciter litanies et oraisons en privé. N’oublions pas, membres de la Confrérie royale, d’ajouter entre les versets « Ut inimícos sanctæ Ecclésiæ * humiliáre dignéris, te rogámus audi nos. Daignez abaisser les ennemis de la sainte Église, nous Vous en supplions, écoutez-nous » et « Ut régibus et princípibus christiánis * pacem et veram concórdiam donáre dignéris, te rogámus audi nos. Daignez établir une paix et une concorde véritables entre les rois et les princes chrétiens, nous Vous en supplions, écoutez-nous », le verset traditionnel « Ut regem nostrum Ludovicum * benedicere dignéris, te rogámus audi nos. Daignez bénir notre roi Louis, nous Vous en supplions, écoutez-nous » ainsi que dans le cours des versets et oraisons, après ceux consacrés au Pontife romain :

« V/. Orémus pro Rege nostro Ludovico. Prions pour notre roi Louis. R/. Dómine salvum fac regem * et exaudi nos in die qua invocaverimus te. Seigneur sauvez le roi, et exaucez-nous au jour de notre prière ».

« Quaesumus, omnipotens Deus, ut famulus Tuus Ludovicus Rex noster, qui Tua miseratione suscepit regni gubernacula, virtutum etiam omnium percipiat incrementa quibus decenter ornatus est, et vitiorum monstra devitare, hostes superare, et ad Te, Qui via, veritas et vita es, gratiosus valeat pervenire. Nous Vous prions, ô Dieu tout puissant, pour Votre serviteur notre Roi Louis, qui par Votre miséricorde a reçu le gouvernement de ce royaume : qu'il reçoive aussi l'accroissement de toutes les vertus par lesquelles, ennobli comme il convient à son état, il évitera la laideur des vices, sera vainqueur des ennemis, et Vous soit assez agréable pour parvenir jusqu'à Vous qui êtes la Voie, la Vérité et la Vie ».

 

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         Inspirés par la collecte de la Messe des Rogations (« Faites, nous Vous en supplions, ô Dieu tout-puissant : que, plein de confiance en Votre bonté dans notre affliction ; nous soyons constamment fortifiés contre toutes les adversités »), mêlons aujourd’hui, en ces nombreux anniversaires et multiples cérémonies liturgiques, nos chants de pénitence et nos actions de grâces, notre tristesse terrestre et notre joie céleste, usant toujours plus abondamment des trésors de la sainte Liturgie, prière officielle de l’Église, de l’Épouse à l’Époux, prière toute puissante selon l’affirmation finale de cette péricope évangélique très adaptée à la bénédiction des champs que sont les Rogations, et qui correspondent tant au Christ-Tête et Bon Pasteur qu’à Son Lieutenant ici-bas, selon le principe qui peut le plus peut le moins : « En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je Suis la vraie vigne, et Mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en Moi, Il le retranchera ; et tout sarment qui porte du fruit, Il l’émondera, afin qu’il porte plus de fruit. Vous êtes déjà purs, à cause de la parole que Je vous ai annoncée. Demeurez en Moi, et Je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, si vous ne demeurez en Moi. Je Suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car, sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en Moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; puis on le ramassera, et on le jettera au feu, et il brûlera. Si vous demeurez en Moi, et que Mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé » (Joann. XV, 1-7).

 

Grand Dieu, sauvez le Roi !

Longue vie au Roi !

Vive le Roi !

 

Abbé Louis de Saint-Taurin +

 

 


24/04/2018
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« Dic nobis, Maria : quid vidisti in via ? »

- Dic nobis, Maria : quid vidisti in via ?

- Sepulchrum Christi viventis, et gloriam vidi Resurgentis !
Angelicos testes, sudarium, et vestes.
Surrexit Christus spes mea : præcedet suos in Galilæam.

 

- Dites-nous, Marie (Magdeleine) : qu'avez-vous vu en chemin ?
- J'ai vu le sépulcre du Christ vivant et la gloire du Ressuscité !
Les témoins angéliques, le suaire et les linges.
Le Christ mon espérance est ressuscité : Il précédera les Siens en Galilée.

 

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 Voeux de Pâques à l'adresse des membres et sympathisants

de la

Confrérie Royale

 

Très chers Amis,

 

au terme d'un carême dont j'espère qu'il aura été pour chacun d'entre vous un moment d'intense ferveur et de générosité dans la pénitence et le sacrifice, ces quelques lignes vous retrouveront pour vous souhaiter de belles et joyeuses fêtes de Pâques
A la sainte quarantaine de la mortification et de l'ascèse qui nous a préparés aux célébrations de la Passion, de la mort et de la Résurrection de notre divin Rédempteur, répond maintenant la sainte quarantaine de l'allégresse qui va nous conduire jusqu'au jour de la glorieuse Ascension.

 

Seuls ceux qui ont pratiqué avec générosité les saintes observances du grand carême peuvent finalement goûter en plénitude toute la profonde et sereine sublimité de la joie et de la consolation spirituelle qui fortifient l'âme en ces jours de Pâques.
Pour les autres - les tièdes, les mous, les véléitaires qui ne vont jamais jusqu'au bout de leurs résolutions -, la plupart du temps, ils s'empressent d'oublier la Passion et la Croix qu'ils masquent par des réjouissances superficielles, elles-mêmes vite oubliées et emportées par les tourbillons du monde.
J'espère qu'il n'en est pas ainsi de vous, et que, loin de les occulter, la lumière de la sainte Résurrection de Notre-Seigneur fait resplendir Sa Croix, Sa bienheureuse Passion et Ses Plaies glorieuses, d'un éclat plus grand, dans lequel votre contemplation et votre amour trouvent d'inépuisables délices ! 

 

Les fondateurs de la Confrérie Royale ont vécu ensemble cette Semaine Sainte, avec un petit groupe d'amis, et ils se proposent fermement de recommencer cela d'année en année.

 

Hier, lundi de Pâques 2 avril, avant de se séparer, ils ont eu l'immense joie de chanter une Sainte Messe dans le sanctuaire de la basilique royale de Sainte Marie-Magdeleine, à Saint-Maximin, en Provence.
Les mots ne peuvent exprimer comme il le conviendrait la grâce presque palpable d'une telle célébration auprès des reliques de celle qui fut, après Notre-Dame, la première à voir le Seigneur Jésus ressuscité et fut choisie par Lui pour être, selon l'expression traditionnelle, "l'apôtre des Apôtres".

 

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Prières au bas de l'autel
(Messe au maître-autel de la basilique de Sainte Marie-Magdeleine - lundi de Pâques 2 avril 2018)

 

Quelle émotion spirituelle il y avait à chanter devant ce maître-autel surmonté de l'urne-reliquaire de porphyre offerte par Sa Majesté le Roi Louis XIV, en laquelle sont conservés des ossements de Sainte Marie-Magdeleine, les magnifiques paroles de la séquence pascale : "Dic nobis, Maria : Quid vidisti in via ? - Sepulchrum Christi viventis et gloriam vidi Resurgentis ! Angelicos testes, sudarium et vestes. Surrexit Christus, spes mea, praecedet suos in Galilaeam" (séquence "Victimae paschali").
Et quelle jubilation aussi à se rendre en procession dans la crypte pour y vénérer le chef de celle à laquelle fut tant pardonné parce qu'elle a tant aimé, en chantant "Et Maria-Magdalene, et Jacobi et Salome corpus venerunt ungere. Alleluia ! Et Marie-Magdeleine, Marie-Jacobé et Marie-Salomé vinrent oindre le Corps : un ange assis, vêtu de blanc, annonce à ces femmes que le Seigneur est ressuscité : Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !" (cantilène pascale "O filii et filiae).

 

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Elévation du Corps de Notre-Seigneur
(Messe au maître-autel de la basilique de Sainte Marie-Magdeleine - lundi de Pâques 2 avril 2018)

 

Nous avons bien évidemment demandé à la sainte pénitente devenue si proche du divin Coeur de Jésus, d'intercéder puissamment pour notre France, priant pour que les Français  abandonnent les voies du reniement et du péché, se convertissent et reviennent vers le Sacré-Coeur, faisant ainsi en sorte que le Royaume ne soit plus apostat mais redevienne fidèle à ce que Dieu a voulu pour lui à travers l'institution de la royauté très chrétienne née dans les fonts baptismaux de Reims.

Nous avons aussi prié Sainte Marie-Magdeleine d'intercéder pour notre Roi, Louis XX, afin qu'il corresponde avec toujours plus d'exactitude et de plénitude aux grâces et aux devoirs qui lui incombent du fait de sa naissance. 

 

En présence des reliques de l'une des plus célèbres converties de l'Evangile nous ne pouvions pas nous empêcher de penser à la célèbre prophétie de Saint Pie X au sujet de la France, et nous avons ardemment demandé au Ciel que soit hâté le jour où se réaliseront les paroles du saint Pontife : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

Alors, comme de Marie-Magdeleine au matin de Pâques, on pourra dire du Royaume de France ressuscité : "Dic nobis, Gallia : quid vidisti in via ? - Misericordiam Christi viventis, et gloriam vidi Regis christianissimi omnipotente Deo restituti ! Dis-nous, ô France : Qu'as-tu vu en chemin ? - J'ai vu la miséricorde du Christ vivant et la gloire du Roi Très Chrétien restauré par Dieu tout-puissant !"

 

Ainsi soit-il !

 

Frère Maximilien-Marie,
prieur.

 

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Prière devant le reliquaire du chef de Sainte Marie-Magdeleine
(crypte de la basilique de Sainte Marie-Magdeleine - lundi de Pâques 2 avril 2018)


03/04/2018
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Avec Dieu, des lys peuvent pousser dans un désert.

Avec Dieu, des lys peuvent pousser dans un désert.

Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale
pour le dimanche des Rameaux
25 mars 2018

En cette fin de mois de mars, beaucoup d’événements liturgiques se bousculent. Aujourd’hui même, nous aurions fêté, si nous n’avions pas été au début de la Semaine Sainte, la belle fête de l’Annonciation. Durant tout le mois, nous avons honoré spécialement saint Joseph, père légal de notre Seigneur Jésus-Christ et patron de l’Église universelle. Enfin, le carême s’achève et nous entrons de plain-pied dans le cœur de l’année liturgique où nous allons revivre, dans la foi et la beauté des offices, ces événements fondamentaux pour notre salut que sont la Passion, la mort et la Résurrection de notre Seigneur.

En tant que membres de notre chère Confrérie, nous nous engageons à prier pour la restauration dans ses droits de l’Aîné des Capétiens, afin que celui qui n’est que le « Lieu-tenant » puisse rendre à Dieu son royaume. Comment inscrire cette intention dans cette période si riche liturgiquement et qui nous concentre entièrement sur la Personne divinement aimable de Jésus-Christ ?

S’il nous faut éviter d’entrer dans des analogies hasardeuses ou risquer de verser dans un providentialisme de mauvais aloi, le temps liturgique nous donne néanmoins quelques beaux parallèles à faire, ainsi que des sujets de méditations pour mieux ancrer notre prière et trouver des consolations lorsque nous souffrons de l’incompréhension de notre entourage, y compris parmi les catholiques, souvent déconcertés voire hostiles à notre engagement spirituel en faveur de la Légitimité. Pie XII n’avait-il pourtant pas dit que « la politique c’est, après la prédication de l’Évangile, la plus grande des charités » ? Et quoi de plus naturel pour un catholique français que de garder ou de retrouver la fidélité à ce qui a fait la France chrétienne pendant près de mille ans ?

 

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L’Annonciation : le « fiat » de l’humilité.

 

L’Annonciation, que nous fêterons le 9 avril prochain, est marquée par le « fiat » de Marie. Le sort du monde entier, le salut des hommes, se retrouvaient suspendus aux paroles qu’allait prononcer une jeune vierge de Nazareth. Dans son amour incomparable et sans bornes pour les hommes, Dieu fait passer la Rédemption par le biais de la coopération humaine dans la liberté, alors même que c’est dans un usage dévoyé de cette dernière que nos premiers parents avaient péché. Adam et Eve avaient en effet mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ils avaient désobéi et s’étaient ainsi érigés en dieux, répondant à la tentation du serpent : « vous serez comme Dieu » (Genèse III, 5).

Marie, tout au contraire, accepte humblement tout ce que vient lui dire l’ange Gabriel : «  voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (S. Luc I, 38). Elle vit tout dans la foi, dans cet abandon total à Celui dont nous espérons tout. Certes, exempte de tout péché en sa conception même, Marie vivait continuellement dans l’obéissance et l’amour de son Dieu. Cependant, elle restait absolument libre, et d’autant plus libre qu’elle n’était aucunement soumise à l’esclavage du péché. Elle ne questionne pas Dieu sur son choix la concernant elle, simple jeune fille d’un village dont on disait qu’il ne pouvait rien en sortir de bon. Elle ne demande pas de temps de réflexion, d’assurances. Elle s’abandonne entièrement.

Parfait exemple pour nous de l’humilité et de la confiance en Dieu, telle est l’attitude que nous devons imiter chaque jour dans la confiance sans réserve que nous plaçons en notre Seigneur, quelque soit la tournure des événements.

 

La situation de la France semble désespérée. Le trône et l’autel sont par terre. Dieu nous demande pourtant de continuer chaque jour à combattre, dans la prière et dans l’action. Allons-nous lui demander un temps de réflexion, des assurances ? Non. Disons simplement et humblement : « fiat ».

 

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Le charpentier de la lignée de David.

 

A côté de la figure de notre Mère du Ciel, nous trouvons celle du charpentier de Nazareth, saint Joseph. Quelle étonnante providence ! Qui de nous aurait fait un messie du fils d’un charpentier ? Les voies de Dieu ne sont définitivement pas les nôtres...

Joseph est une figure discrète dans les évangiles. On ne lui prête aucune parole, et sa discrétion n’a d’égal que son humilité et sa chasteté qui en faisaient l’époux le plus digne pour la très sainte Vierge Marie. Cependant, si Joseph était d’humble condition sociale et matérielle, il n’en n’était pas moins d’une lignée royale, membre « de la maison et de la famille de David » (Luc II, 4-5). Dieu accomplit ainsi les prophéties messianiques de l’Ancien Testament, mais non de la manière dont les juifs l’attendaient. Joseph inscrivait Jésus dans cette lignée davidique nécessaire pour l’accomplissement des prophéties. Cependant, ce Messie « Fils de David » vit le jour couché dans une mangeoire, entouré d’animaux et de bergers, et c’est justement dans cette fragilité, dans cette humilité et dans cet abandon extrêmes que se manifestent de la manière la plus profonde la puissance et la miséricorde de Dieu.

 

La monarchie française et chrétienne ne reprend-t-elle pas un peu cette belle image dans le principe d’hérédité et dans l’exclusivité de la couronne ? Le roi vient bien d’une lignée, et c’est l’appartenance à ce sang qui le porte sur le trône. Les peuples de France l’acceptent, quelles que soient les qualités, les richesses et le pauvretés humaines de celui que désignent les Lois fondamentales. En retour, le roi de France ne peut se dérober à ses devoirs. Ils les assument dans l’obéissance et l’humilité, ayant conscience que les honneurs attachés à cette couronne ne sont surpassés que par les devoirs qu’elle lui impose. Voilà pourquoi nous restons fidèles à l’Aîné des Capétiens, quels que seraient ses qualités et ses défauts, son intelligence, son aspect physique, son accent ou ses éventuels handicaps. Nous n’exigeons pas telle attitude, tel discours, tel ton du Prince, en échange de notre dévouement. Nous le recevons et nous l’aimons, d’un amour surélevé par la charité, le plus bel apanage du chrétien.

 

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Du désert à la Résurrection.

 

Aujourd’hui, les « Hosanna » résonnent dans Jérusalem, lorsque le peuple de la ville rend honneur à son Messie, à son Roi. Pourtant, quelques jours plus tard, ce même Roi sera trahi, méprisé, condamné, flagellé, puis cloué sur une croix comme le dernier des voleurs. Pendant le carême, nous nous sommes efforcés de jeûner et de prier avec davantage d’ardeur pour nous libérer du superflu et nous recentrer sur l’Essentiel qu’est le Christ. Aujourd’hui, nous acclamons avec la foule des juifs notre Roi, le Roi des rois. Et nous allons l’accompagner cette semaine dans sa Passion, car nous savons pourquoi, ou plutôt pour qui il est mort. Nous savons que c’est par la Croix qu’il nous a ouvert les portes du Ciel et que c’est par cette même Croix qu’il nous a témoigné de son amour infini pour nous. Enfin, nous savons que, derrière l’ombre de cette Croix, apparaissent déjà les premières lueurs de la Résurrection. Nous allons revivre avec notre Seigneur ce calme matin de Pâques où la création silencieuse se réconciliait enfin avec son Créateur, cette matinée durant laquelle un tombeau vide témoignait de l’incomparable puissance divine et de sa victoire définitive sur le péché et la mort.

 

Nous traversons depuis plus de deux cents ans maintenant le désert du Royaume de France. Le Roi est tombé, sous le couperet mortel de l’homme « se faisant dieu » qui a renié le « Dieu fait homme ». La situation paraît, en effet, sans espoir. La République des droits de l’homme est bien installée et use de toujours plus d’artifices électoraux pour faire miroiter un changement à ceux qu’elle exaspère. Qui pourrait croire à une résurrection ?

Mais avec Dieu, des lys peuvent toujours pousser, même dans un désert sans eau. Car c’est lorsque tout paraît perdu et que notre foi est mise à l’épreuve, que le doigt de Dieu fait irruption dans le cours des événements. « Nous n'étions peut-être pas à Paris dix républicains le 12 juillet 1789 », disait le révolutionnaire Camille Desmoulins. Et nous désespérerions de la Providence lorsque, contrairement aux révolutionnaires, nous nous appuyons sur la puissance de Dieu et non sur nos seules forces humaines ? Peut-être, et même sûrement, les choses ne se passeront pas comme nous l’imaginons, comme nous le voulons. Nous ne savons ni le jour, ni l’heure. Mais nous avons décidé de placer toute notre confiance en Dieu, de nous abandonner entièrement à son bon vouloir. Car nous savons que c’est lorsque que nous sommes faibles que nous sommes forts, selon la belle expression de saint Paul.

Alors oui, lorsque nous seront mus par ces sentiments, par cette conviction, et non par une simple nostalgie comme aime à le dire notre Prince, nous pourrons espérer admirer un jour Reims se parant à nouveau de ses plus beaux atouts, voir la foule se masser dans l’antique cathédrale, et la couronne prête à tomber des mains du pontife telle un couperet de vie. Nous pourrons déjà sentir quelque chose de l’odeur fleurie des arcs de triomphe, du parfum de l’encens du Saint Sacrifice et du baume du chrême et de l’huile de la Sainte Ampoule. Nous pourrons entendre résonner au loin les Te Deum et les serments de jadis, et retentir les « Vivat Rex in æternum ! »

 

Nous verrons alors refleurir les lys.

 

Abbé F. Sauvigny

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23/03/2018
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Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale - pour le 25 février 2018.

Le Silence du Roi

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Andrea Mantegna : "Ecce Homo"

 

Entrés dans le désert du Carême, nous accompagnons le Roi des rois dans sa montée vers le sacrifice et vers la gloire. Il est notre modèle pour nous préparer, dans la purification et l'ascèse, à suivre le chemin du Jardin des Olives au Tombeau de la mort et de la Résurrection. Une des grandes leçons spirituelles léguées par Notre Seigneur à ses apôtres et ensuite à tous ses disciples est le silence. Pas n'importe lequel mais celui qui est plénitude, écrin de la Parole divine et de toute parole conforme à la vérité.

 

Charles Péguy parle admirablement du silence que nous affrontons à chaque fois que nous nous retournons vers notre race. Même les hommes de lignée royale finissent par se heurter à ce silence des aïeux anonymes dont la généalogie remonte jusqu'au commencement du premier jour de la création de l'homme. Il écrit, dans sa Note conjointe : « (…) Cette silencieuse race est le seul écho que nous puissions percevoir du silence premier de la création. Silence de la prière et silence du vœu, silence du repos et silence du travail même, silence du septième jour mais silence des six jours mêmes ; la voix seule de Dieu ; silence de la peine et silence de la mort ; silence de l'oraison ; silence de la contemplation et de l'offrande ; silence de la méditation et du deuil ; silence de la solitude ; silence de la pauvreté ; silence de l 'élévation et de la retombée, dans cet immense parlement du monde moderne l'homme écoute le silence immense de sa race. Pourquoi tout le monde cause-t-il et qu'est-ce qu'on dit ? Pourquoi tout le monde écrit-il, et qu'est-ce qu'on publie ? L'homme se tait. L'homme se replonge dans le silence de sa race et de remontée en remontée il y trouve le dernier prolongement que nous puissions saisir du silence éternel de la création première. » Puissions-nous suivre ce chemin et obéir à ce conseil afin que ce Carême ne soit pas plein de vides. Il ne suffit pas de prier selon les règles, de jeûner selon les préceptes, de donner l'aumône selon l'envie du moment. Tout cela, et les autres sacrifices, demeurera creux, vain et stérile s'il se réalise dans le brouhaha, la cacophonie, la logorrhée du monde moderne qui hait le silence intérieur. Trop de paroles recouvrent désormais la Parole divine, ceci au sein même de l'Eglise, pourtant gardienne et dispensatrice de la Parole divine. Nos silences sont morts. Lorsqu'ils existent, ils sont souvent la marque de notre lâcheté ou de notre incompétence. Or, nous devrions nous laisser imbiber par le silence divin comme des babas en manque de rhum.

 

Les Saintes Ecritures ne cessent de nous ramener vers le silence intérieur. Les auteurs inspirés, les prophètes attirent l'attention sur ceux qui font un mauvais usage de la parole, qui ne peuvent se taire, qui se perdent en bavardages, radotages, et donc, tôt ou tard, en médisance et en mensonge. Mettre un frein à sa langue est une condition essentielle de la vie de pénitence. Nous avons toujours le désir d'en dire trop, de révéler ce qui ne doit pas l'être, de blesser avec les mots, de laisser traîner des sous-entendus qui détruisent les autres, leur réputation, leur existence. Le monde est rempli de ces bavards qui trouvent fortune en politique, comme journalistes, comme « artistes », comme écrivains, comme ecclésiastiques. La véritable autorité, elle, découle d'un silence fondateur, celui du Christ dans le désert ou dans un lieu retiré pour prier son Père, celui de Notre Seigneur en présence de ceux qui, les mains chargées de pierres, sont prêts à lapider, en face de ses accusateurs et de Pilate qui attendent des paroles alors qu'ils voient en aveugles le Verbe fait chair. Nous nous chargeons de mots comme des ânes, ils sont notre déguisement, notre fuite du silence qui nous terrifie car il nous révélerait notre vrai visage, déformé et grimaçant.

 

En cultivant le silence, nous pouvons avancer à grands pas dans le combat contre la tricherie et la méchanceté, et découvrir aussi que ce sont les silences qui demeurent lorsque tout le reste a disparu. Ce n'est pas par hasard si le Christ a commencé son pèlerinage terrestre dans le silence de la nuit noire de Bethléem et qu'Il l'a achevé dans le silence du Golgotha. Nul doute que les apôtres, se souvenant de son enseignement, gardèrent aussi au cœur, à l'image de la Sainte Vierge, les silences du Maître lorsqu'Il les regardait avec pitié, avec amour et avec lassitude à cause de leur surdité et de leur vanité. L'être du Seigneur dépasse ce qu'Il a dit et chacune de ses paroles s'est inscrite dans l'écrin du silence originel. Ce pouvoir du silence crée la valeur inestimable des rencontres qui bouleversent notre vie : celle de Notre Seigneur d'abord, dans le silence de notre cœur, mais aussi, par ricochet, celles des rencontres humaines qui sont le sel de l'existence. Maurice Maeterlinck souligne justement, dans Le trésor des humbles : « S'il vous est donné un instant de descendre en votre âme jusqu'aux profondeurs habitées par les anges, ce qu'avant tout vous vous rappellerez d'un être aimé profondément, ce n'est pas les paroles qu'il a dites ou les gestes qu'il a faits, mais les silences que vous avez vécus ensemble ; car c'est la qualité de ces silences qui seule a révélé la qualité de votre amour et de vos âmes ».

 

Silence de Gethsémani, de l'Ecce Homo, du Golgotha, du Tombeau, et même de la Résurrection : ce qui est le nœud de toute l'histoire des hommes s'est réalisé dans le silence, uniquement habité par les pleurs et les battements d'ailes des anges et des puissances invisibles. Pendant ce temps, tout autour du Christ, ce ne fut que vociférations, insultes, ricanements, hurlements, questions, jugements, lamentations, à l'exception de sa Sainte Mère, enfermée dans la contemplation de ce qui ferraillait ses entrailles et son cœur depuis qu'Elle avait accueilli la Volonté de Dieu. Quelles paroles d'ailleurs nous a-t-Elle laissées ? Elles sont en petit nombre. Elle est la Mère du Silence, Elle qui a porté le Verbe.

 

Contemplons donc, durant ces semaines liturgiques bouleversantes, le grand silence du Roi des rois. Il est un silence de plénitude et non pas un vide abyssal comme celui des paroles humaines. Là où il se révèle le mieux visiblement est dans le trésor de la sainte liturgie traditionnelle de l'Eglise lorsque le silence sacré enveloppe les fidèles alors que le prêtre offre le sacrifice. Grandeur indépassable de ce silence qui nous élève aussitôt jusqu'aux portes du Paradis. Plus la liturgie est bavarde, plus elle nous éloigne de la Parole faite chair, plus elle tourne le dos au Roi silencieux devant ses juges pour se jeter dans les bras du monde qui tue avec les mots. Plus notre prière est bavarde, plus elle risque de se contempler elle-même dans un miroir et d'être satisfaite de ce qu'elle est. Peu de mots dans le Pater Noster enseigné par Notre Seigneur. Dans sa sagesse millénaire, l'Eglise a toujours su nous éduquer dans cet attachement à la sobriété, à la belle simplicité, au silence habité. Creusons dans cette mine qui recèle tant de trésors. Il est utopique de penser que nous pourrions faire l'économie du silence pour mettre en pratique les commandements divins et pour vivre des Béatitudes. Les saints sont de vivantes figures pour nous prouver que nous serions dans l'erreur. Ils ont tous su mettre un frein à leur langue, écouter le silence et y découvrir les signes venant d'en haut. Imaginerait-on un saint Curé d'Ars passant son temps à bavarder, à réunir autour de lui les journalistes pour commenter les événements du moment et pour donner ses opinions à propos de tout et de n'importe quoi ? Cela aurait passablement abîmé la confiance des pénitents à son égard. Le saint Curé était tout en Dieu dans le silence et les murmures de son confessionnal où il procédait à de grandes lessives de printemps spirituel à longueur de journée.

 

Avançons à la suite de notre Roi des rois dans le désert silencieux où Il se donne au Père. Nous aurons ainsi part à son Royaume malgré notre indignité. Demeurons au fond du sanctuaire, derrière un pilier, sans oser lever les yeux vers la Miséricorde, tout enfouis dans le silence divin qui nous console et nous relève.

 

P. Jean-François Thomas s.j.

Mercredi des Cendres

14 février 2018

Henri Charlier Sacré Coeur Enfant Le Barroux dernière oeuvre de l'artiste.jpg

Henri Charlier : Sacré-Coeur enfant
(dernière oeuvre de l'artiste - abbaye Sainte-Madeleine du Barroux)


24/02/2018
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« Ignis vero numquam dicit : Sufficit ! - Le feu jamais ne dit : C'est assez ! »

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Confrérie Royale

Le Prieur

« Ignis vero numquam dicit : Sufficit »

(Prov. XXX, 16)

 

 

Le dimanche de la Quinquagésime 11 février 2018.

 

Messieurs les Chanoines,
Messieurs les Abbés,
Mes Révérends Pères,
Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis.

 

« Voici que nous montons à Jérusalem et que s'accompliront toutes les choses qui ont été écrites par les prophètes au sujet du Fils de l'homme... » (Luc XVIII, 31).

En ce dimanche où Notre-Seigneur Jésus-Christ annonce solennellement Sa Passion, Sa Mort et Sa Résurrection, je m'autorise à vous rejoindre chacun au travers de ces quelques lignes, dans la perspective du Grand et Saint Carême sur le seuil duquel nous nous trouvons et auquel l'Evangile de ce dimanche fait une introduction aussi profonde que magnifique.

 

Notre-Seigneur monte à Jérusalem pour y accomplir toutes les choses qui ont été écrites par les saints prophètes de l'Ancien Testament, qui décrivent – parfois avec infiniment plus de détails et de réalisme que ne le font les Saints Evangiles - la manière dont le Messie allait souffrir et l'accomplissement du Saint-Sacrifice rédempteur, par lequel nous sommes rachetés et nous sont ouvertes les portes du Ciel.

 

Mais notre divin Maître ne dit pas : « Voici que Je monte à Jérusalem », mais Il dit bien : « Voici que nous montons à Jérusalem ». Au-delà des apôtres et des disciples physiquement présents au moment où Il prononçait ces paroles, Notre-Seigneur S'adressait en particulier à chacun de ceux qui dans toute la suite des siècles prendrait au sérieux sa vocation chrétienne et voudrait s'attacher avec toujours davantage de ferveur et d'amour à suivre Ses pas et Ses exemples, à chacun d'entre nous aujourd'hui, à chacun en particulier. Comme s'Il disait individuellement et un par un à chacun des membres de cette Confrérie Royale :

« Voici que toi et Moi montons à Jérusalem... »


- Et pourquoi devrai-je monter avec Vous à Jérusalem, Seigneur ?

- Pour y souffrir la Passion, pour y mourir et pour y ressusciter !

- Mais n'avez-Vous pas assez souffert, Seigneur ? N'avez-Vous pas offert une Passion surabondante ? Une unique goutte de Votre Précieux Sang répandu n'était-elle pas suffisante pour laver le monde entier de ses crimes (hymne « Adoro Te » de St Thomas d'Aquin) ? Votre mort, survenue une fois pour toute lors de l'unique Vendredi Saint, et depuis lors continûment réactualisée et offerte sur les autels, n'a-t-elle pas suffi ?

- Mon Sacrifice a certes été suffisant pour racheter toutes les âmes et, tant de fois renouvelé et offert, possède-t-il par lui-même tout ce qu'il faut et bien au-delà pour les sanctifier toutes, mais les âmes manquent de correspondance : le Salut que je leur ai obtenu en telle surabondance ne peut s'accomplir sans qu'elles ne s'ouvrent aux grâces que Je leur ai méritées. Sans la franche coopération de leur volonté, sans l'acquiescement de leur liberté, sans leur contrition et sans leur amour, Mes grâces demeureront à jamais stériles pour elles ! C'est la raison pour laquelle à chaque génération, J'ai besoin que, comme Mon Apôtre, ceux qui ont compris ces choses, ceux qui ont compris le prix des âmes, accomplissent dans leur propre chair, pour Mon Corps qui est l'Eglise, ce qui « manque » à Ma surabondante Passion... (cf. Col. I, 24).

- C'est donc cela le Carême, Seigneur ?

- Oui, c'est la prise de conscience plus aiguë que Celui qui vous a créés sans vous ne vous sauvera pas sans vous (cf. St Augustin), et qu'il te faut donc, toi - toi personnellement - , te renouveler dans Ma grâce par une pénitence authentique, par un combat spirituel davantage pugnace, par une générosité qui n'oppose aucune limite à Mon bon plaisir, et par une charité plus fervente, prendre une part plus efficace à ton propre salut et œuvrer, autant qu'il est en ton pouvoir, pour la conversion et la sanctification de tes frères !


Oui, chers membres et sympathisants de la Confrérie Royale, n'opposons aucune limite aux desseins divins et, dans une mâle volonté de cohérence absolue à toutes les exigences de notre vocation chrétienne, faisons preuve d'une générosité totale pour correspondre aux grâces de Notre-Seigneur, pour nous-mêmes bien sûr, pour les âmes de tous les pauvres pécheurs évidemment, et – d'une manière très spéciale en raison de nos engagements en cette confrérie – pour notre Roi légitime, pour sa famille, et pour le Royaume de France qui, s'il ne se convertit pas pour revenir à sa vocation scellée dans les fonts baptismaux de Reims, périra immanquablement.

 

 

Notre-Seigneur a dit qu'Il était venu « allumer un feu sur la terre » (cf. Luc XII, 49). Puisse ce feu brûler en chacun de vos cœurs ! Puisse sa flamme arder avec toujours plus de force en chacune de vos âmes ! Puisse le feu d'une charité inextinguible embraser vos cœurs et vos vies, dans la générosité du don de vous-mêmes, et dans la générosité décuplée de nobles sacrifices amoureusement unis à celui de notre divin Rédempteur !

Et quand survient la tentation de la lassitude, de l' « à quoi bon ? », du découragement, répétez-vous cette sentence extraite des Proverbes de Salomon : « Ignis vero numquam dicit : Sufficit ! Le feu jamais ne dit : c'est assez ! » (Prov. XXX, 16).

Si par malheur, en effet, il advenait qu'il dise un jour : « Il suffit ! C'est assez ! », il deviendrait bientôt cendres : les cendres de la mort dont nos fronts seront symboliquement marqués mercredi en un rappel salutaire qui doit susciter en nous un sursaut de ferveur et de générosité.

 

Bon, fervent et très saint Carême !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

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Rappels pratiques et concrets :

 

1 – Les observances « légales » du Carême, de nos jours dans l'Eglise latine, sont minimalistes, mais nous ne nous contenterons pas du minimum légal en matière de jeûne, d'abstinence et de sacrifices, n'est-ce pas ? « Le feu ne dit jamais : c'est assez ! » Chacun le faisant en accord avec son conseiller spirituel, évidemment.

Ceux qui le désirent trouveront sur le « Blogue du Maître-Chat Lully » des rappels concernant la discipline et l'esprit du Carême (cf. > ici) et un rappel de la discipline antique, toujours en vigueur dans la plupart des Eglises orientales (cf. > ici)

 

2 – Il n'est pas proposé de textes particuliers pour le Carême dans le cadre de la Confrérie Royale, mais les membres qui le désirent (il n'y a bien évidemment aucune obligation) peuvent demander à recevoir les textes de réflexion et de méditation que je diffuse quotidiennement dans l'apostolat du Refuge ND de Compassion (demander > ici).


10/02/2018
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Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale - pour le 25 janvier 2018.

Il faisait froid, ce tragique matin de janvier 1793

 

 

louis-xvi Edward Matthew Ward - Copie.jpg

 

Edward Matthew WardThe Royal Family of France in the Temple, 1851, Magdalen College, Oxford, détail.

 

Il faisait froid, ce tragique matin de janvier 1793, lorsque le valet de chambre Cléry alluma un modeste feu dans une cheminée de cette humide et vieille bâtisse qu’était la prison du Temple. Derrière les rideaux du lit de la chambre, un homme terminait son repos nocturne. S’engagea alors un court et semble-t-il anodin dialogue entre le captif et son valet :

 

- Cinq heures sont-elles sonnées ?

- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.

J’ai bien dormij’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont ?

Sur mon lit.

Et vous ? où avez-vous dormi?

Sur cette chaise.

J’en suis fâché.

Ah, Sirepuis-je penser à moi dans ce moment ?

 

Ce bref échange n’est pas le plus connu, ni le plus éloquent dialogue de cette tragique matinée du 21 janvier 1793. Le captif, c’est Louis XVI, le roi très-chrétien, le roi déchu de ses fonctions par une minorité de petits bourgeois et agitateurs avides de pouvoir et de sang, le roi captif de son peuple, d’un peuple qui s’est engagé dans cette spirale infernale dont nul n’aurait pu imaginer, quelques années plus tôt, les épouvantables effets. Monsieur de Firmont, c’est son aumônier, un prêtre réfractaire d’origine irlandaise, l’abbé Edgeworth. Jean-Baptiste Cléry, c’est le fidèle parmi les fidèles, ancien valet de chambre du duc de Normandie, depuis devenu le Dauphin, lui aussi incarcéré avec ses parents, sa sœur et sa tante, dans la maudite tour du Temple. Cléry fut l’auteur de ce Journal de ce qui s’est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, publié à Londres en 1798, témoignage unique en son genre de la vie du Roi-Martyr avant son assassinat.

 

La rapide discussion que nous avons rapportée résume finalement tout de cet évènement qui constitue inexorablement une rupture dans l’histoire de la France, dans cette histoire bâtie sur l’alliance entre le Trône et l’Autel, entre le principe monarchique et la foi catholique. Une alliance consacrée dans les fonts baptismaux de Reims, lors du baptême de Clovis, près de treize siècles plus tôt.

 

« Cinq heures ont-elles sonné ? »

 

La première question du Roi très-chrétien est on ne peut plus ordinaire. Il demande l’heure, comme son valet la lui annonçait chaque matin, dans la chambre d’apparat du château de Versailles : « Sire, il est huit heures. » Mais cette fois-ci, le roi pose la question. Il sait qu’il doit se lever plus tôt que prévu, pour se préparer spirituellement à son exaltation, non pas sur un trône, mais sur l’échafaud, qui pour lui sera le trône de la gloire, comme la croix des voleurs le fut pour le Christ. Louis XVI est prêt, fin prêt. Depuis le 10 août 1792, où il fut déchu de ses fonctions ; depuis le 22 septembre, lorsque la Convention abolit la monarchie ; depuis le 11 décembre, quand les fanatiques Chaumette et Santerre, sont venus le chercher au Temple pour son premier interrogatoire devant ces messieurs de la Convention. Depuis la veille surtout, 20 janvier, lorsque 361 députés ont voté pour la mort sans conditions, contre 360 autres. À une voix près ! Le triomphe de la démocratie, ou plutôt de la manipulation. Le totalitarisme en marche.

 

Cinq heures ont donc sonné. Louis sait qu’il va mourir, dans quelques heures. Il a fait ses adieux la veille à sa famille. Il va se préparer à la mort en se recommandant à Dieu. Il va entendre la sainte Messe qui lui apportera le plus grand réconfort pour un condamné. Et surtout pour un innocent envoyé à la mort.

 

Cinq heures ont sonné. Louis est en paix avec lui-même. Il sait qu’il doit mourir, pour que son sang scelle un jour, un jour lointain peut-être, de nouveau le pacte qu’on aurait jadis cru éternel entre Dieu et la terre de France. Il sait qu’il doit se préparer au sacrifice d’agréable odeur pour que les grâces descendent un jour de nouveau sur ce royaume, sur ce peuple, sur ces sujets ingrats pour certains, faibles pour d’autres, qui n’ont rien osé faire pour désamorcer la bombe qui allait briser durablement la vraie identité de la France. Et il prie Dieu pour que ce sang qu’il va bientôt répandre ne retombe jamais sur la France en malédictions et vengeances du Ciel.

 

Mais ces cinq heures n’ont pas encore sonné à la pendule de la chambre royale. Petit retard technique sans doute, mais aussi signe du Ciel, car si on ne faisait pas hier attendre le roi, aujourd’hui le roi ne fait attendre personne, certainement pas Dieu, même si le temps devait s’interrompre sur son horloge. La pendule lui a joué un tour, mais Louis ne s’est pas laissé prendre. Dieu l’appelle au sacrifice. Ecce, adsum. Me voici, Seigneur.

 

J’ai bien dormi, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué.

 

Louis XVI a pu jouir de quelques heures de répit, d’apaisement, après les vexations et le harcèlement moral dont, depuis plusieurs jours, il fut victime de la part des censeurs de la Convention. Comme le Christ sous le poids de la Croix, sur le chemin du Calvaire, le lieutenant de Dieu sur terre pouvait ployer sous le fardeau de cet inique procès. Les derniers portraits du souverain, tracés à la va-vite dans sa prison ou à l’assemblée par tel ou tel artiste, à l’exemple du célèbre fusain de Joseph Ducreux, nous révèlent un prince vieilli, épuisé, marqué par la souffrance, et surtout par deux souffrances : la séparation définitive de sa femme et de ses enfants, imposée par les tenants des prétendus droits de l’homme, mais surtout le fait d’avoir été accusé d’avoir répandu le sang de son peuple.

 

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Joseph DucreuxLouis XVI, vers 1792, Musée Carnavalet.

 

Malgré tout ce fardeau moral, Louis a bien dormi. Parce qu’il a la conscience tranquille. Il sait que tout est consommé, que Dieu l’appelle, que la Providence en a décidé ainsi, pour un plus grand bien, sans doute encore impalpable, un plus grand bien dessiné dans le mystère divin.

 

La nuit fut bonne. Il a pu reprendre des forces pour se présenter devant son Créateur et pour manifester au public, avec honneur, la grandeur et la noblesse de son âme et de cette dignité unique inscrite en elle par l’Esprit Saint, au jour de son sacre, le 11 juin 1775. Grandeur et noblesse. Des vertus oubliées depuis 1789, mais des vertus qu’un roi ne peut égarer dans l’abîme des révolutions politiques sans se renier lui-même. Il n’est plus roi sur le papier, mais il reste le roi, par la grâce de Dieu. Il est né pour être roi, il a été fait roi par la mort de son aïeul Louis XV et par l’onction du sacre, il doit donc mourir en roi, en s’élevant ultimement sur un trône de souffrance qui sera aussi un trône d’amour, l’amour d’un roi incompris pour son peuple.

 

Où est Monsieur de Firmont ?

 

Sa première préoccupation, en ce froid matin de janvier, est de savoir où se trouve son aumônier. Louis est toujours le Fils aîné de l’Église, l’héritier des eaux sacrées de Reims et le descendant de saint Louis, n’en déplaise aux vociférateurs de 92. Chaque matin, à son réveil, le Roi pensait d’abord à Dieu. La stricte étiquette imposée par Louis XIV avait clairement mis en évidence cette priorité. À peine éveillé, le souverain, après s’être signé avec l’eau bénite, récitait dans son lit, assisté par son premier aumônier, l’office du Saint-Esprit, en qualité de grand-maître de l’Ordre royal dédié à la troisième Personne de la sainte Trinité.

 

Ce matin du 21 janvier, une légère entorse est faite à l’antique protocole. C’est par la sainte Messe que Louis va commencer sa journée, son ultime journée. Le bon abbé Edgeworth, dit de Firmont, ancien aumônier de Madame Élisabeth, sœur du Roi, avait reçu l’agrément de la Convention pour assister le souverain dans ses derniers moments. Il l’accompagnera jusqu’à l’échafaud où il prononça, quelques secondes avant la chute du fatal couperet, ces mots figés dans l’éternité : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! »

 

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Autrefois, la messe était au cœur de la journée du souverain. En ce jour, elle commence sa dernière journée, car elle est le véritable tremplin qui le conduira dans son éternité. La profonde foi eucharistique du Roi-Martyr est un témoignage essentiel, sans lequel nous ne pouvons comprendre la monarchie française, sans lequel nous ne pouvons comprendre l’inaliénable catholicité du regnum Francorum, sans lequel la pensée monarchiste serait vaine et fausse.

 

« Dieu premier servi » est la devise royale par excellence. Louis XVI l’a faite sienne tout au long de son règne. Jusqu’au bout.

 

Et vous ? où avez-vous dormi ? Sur cette chaise. J’en suis fâché.

 

L’échange se poursuit dans une apparente banalité. Et pourtant, de tels mots d’un roi devraient faire réfléchir. Le roi de France, qui va bientôt être remis entre les mains de ses bourreaux, se préoccupe d’abord de la santé et du bien-être de ses serviteurs. Le pauvre Cléry a cédé son lit au confesseur. Louis regrette l’inconfort qu’il a pris au cours de cette funeste nuit. « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » enseignait le Christ (Mt XXIII, 11). Ah, que ces paroles avaient du sens dans l’antique monarchie très chrétienne ! Ah, qu’elles avaient du sens dans la vie spirituelle de Louis XVI, spécialement en ce moment à la fois de tristesse et de bénédiction !

 

Serviteur de son peuple, il avait promis de l’être au jour de son sacre. Il l’a été tout au long de son règne. Il est conscient qu’il doit le rester jusqu’au bout, malgré les ingratitudes et les mépris dont tant de ses sujets l’ont abreuvé. Des opprobres subies à l’images de celles subies par le Sacré-Cœur. Le roi de France ne pouvait pas ne pas en être conscient, lui qui avait rédigé, un an plus tôt, un acte de consécration de sa famille, de sa Couronne et de son royaume au Cœur de Jésus.

 

Louis XVI est le père de ses sujets. Il l’a manifesté à de nombreuses reprises au cours de son règne. Il le manifeste enfin par cette ultime délicatesse à l’égard de Cléry. Une attention d’une simplicité presque banale, mais d’une transcendance incontestable en ces minutes où le cours de l’histoire s’est comme ralenti sur le lieu du Temple.

 

Hersent Louis XVI distribuant des aumônes - Copie.jpg

 

Louis HersentLouis XVI distribuant des aumônes aux pauvres de Versailles pendant l’hiver de 1788, 1817, Châteaux de Versailles et de Trianon.

 

Ah, Sire, puis-je penser à moi dans ce moment ?

 

La réponse de Cléry est, j’oserai dire, notre participation commémorative à cette tragique journée du 21 janvier 1793. Le serviteur fidèle est à la fois conscient de l’incomparable condescendance de son maître, mais aussi, en même temps, de son inaliénable dignité. Il va bientôt perdre un maître qui s’est révélé être un ami, mais surtout un roi, son roi, le Roi. Aucun calcul, aucun effet oratoire, aucun artifice de rhétorique dans cette réponse interrogative du valet de chambre. Puis-je m’enterrer dans mon confort et mon individualisme alors qu’une mort injuste va frapper celui qui incarne le bien commun de mon pays ? La compassion de Cléry est le modèle de notre propre compassion.

 

En commémorant chaque année la naissance au Ciel du Roi-Martyr, les Français qui font mémoire – parce qu’ils ont osé garder la mémoire face au mémoricide – se détournent de l’individualisme qui ronge notre triste société pour se tourner vers le bien commun de leur patrie. En imitant Cléry : « Puis-je penser à moi chaque 21 janvier ? », nous ne faisons pas que célébrer matériellement un évènement du passé, une action révolue. Nous ne sommes pas non plus des nostalgiques d’une époque dépassée. Nous ne tombons pas non plus dans la dialectique du « Plus jamais çà ». Au contraire, nous « faisons mémoire ». Nous manifestons notre attachement au lien impérissable qui unit le Trône et l’Autel. Nous espérons du fond de notre cœur le rétablissement de ce lien, en le confiant à la volonté de la Providence, par nos prières et nos sacrifices. Nous voulons que le sacrifice du Roi-Martyr soit enfin considéré comme un évènement « national », qui scelle de nouveau l’unité du peuple de France, en rétablissant la vérité historique sur cette période brutale qui a bouleversé l’histoire de notre pays et du monde, et en revenant aux fondamentaux de la loi divine et naturelle, contre lesquels tous les enfers sont déchaînés depuis tant d’années, et surtout depuis cette tragique et froide matinée de janvier 1793.

 

Henri-Pierre Danloux - Copie.jpg

 

Henri-Pierre DanlouxLouis XVI écrivant son testament à la tour du Temple le 20 janvier 1793, 1795, Châteaux de Versailles et Trianon.


24/01/2018
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