L'Ami de la Religion et du Roi

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Lettre à la Confrérie


« Ignis vero numquam dicit : Sufficit ! - Le feu jamais ne dit : C'est assez ! »

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Confrérie Royale

Le Prieur

« Ignis vero numquam dicit : Sufficit »

(Prov. XXX, 16)

 

 

Le dimanche de la Quinquagésime 11 février 2018.

 

Messieurs les Chanoines,
Messieurs les Abbés,
Mes Révérends Pères,
Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis.

 

« Voici que nous montons à Jérusalem et que s'accompliront toutes les choses qui ont été écrites par les prophètes au sujet du Fils de l'homme... » (Luc XVIII, 31).

En ce dimanche où Notre-Seigneur Jésus-Christ annonce solennellement Sa Passion, Sa Mort et Sa Résurrection, je m'autorise à vous rejoindre chacun au travers de ces quelques lignes, dans la perspective du Grand et Saint Carême sur le seuil duquel nous nous trouvons et auquel l'Evangile de ce dimanche fait une introduction aussi profonde que magnifique.

 

Notre-Seigneur monte à Jérusalem pour y accomplir toutes les choses qui ont été écrites par les saints prophètes de l'Ancien Testament, qui décrivent – parfois avec infiniment plus de détails et de réalisme que ne le font les Saints Evangiles - la manière dont le Messie allait souffrir et l'accomplissement du Saint-Sacrifice rédempteur, par lequel nous sommes rachetés et nous sont ouvertes les portes du Ciel.

 

Mais notre divin Maître ne dit pas : « Voici que Je monte à Jérusalem », mais Il dit bien : « Voici que nous montons à Jérusalem ». Au-delà des apôtres et des disciples physiquement présents au moment où Il prononçait ces paroles, Notre-Seigneur S'adressait en particulier à chacun de ceux qui dans toute la suite des siècles prendrait au sérieux sa vocation chrétienne et voudrait s'attacher avec toujours davantage de ferveur et d'amour à suivre Ses pas et Ses exemples, à chacun d'entre nous aujourd'hui, à chacun en particulier. Comme s'Il disait individuellement et un par un à chacun des membres de cette Confrérie Royale :

« Voici que toi et Moi montons à Jérusalem... »


- Et pourquoi devrai-je monter avec Vous à Jérusalem, Seigneur ?

- Pour y souffrir la Passion, pour y mourir et pour y ressusciter !

- Mais n'avez-Vous pas assez souffert, Seigneur ? N'avez-Vous pas offert une Passion surabondante ? Une unique goutte de Votre Précieux Sang répandu n'était-elle pas suffisante pour laver le monde entier de ses crimes (hymne « Adoro Te » de St Thomas d'Aquin) ? Votre mort, survenue une fois pour toute lors de l'unique Vendredi Saint, et depuis lors continûment réactualisée et offerte sur les autels, n'a-t-elle pas suffi ?

- Mon Sacrifice a certes été suffisant pour racheter toutes les âmes et, tant de fois renouvelé et offert, possède-t-il par lui-même tout ce qu'il faut et bien au-delà pour les sanctifier toutes, mais les âmes manquent de correspondance : le Salut que je leur ai obtenu en telle surabondance ne peut s'accomplir sans qu'elles ne s'ouvrent aux grâces que Je leur ai méritées. Sans la franche coopération de leur volonté, sans l'acquiescement de leur liberté, sans leur contrition et sans leur amour, Mes grâces demeureront à jamais stériles pour elles ! C'est la raison pour laquelle à chaque génération, J'ai besoin que, comme Mon Apôtre, ceux qui ont compris ces choses, ceux qui ont compris le prix des âmes, accomplissent dans leur propre chair, pour Mon Corps qui est l'Eglise, ce qui « manque » à Ma surabondante Passion... (cf. Col. I, 24).

- C'est donc cela le Carême, Seigneur ?

- Oui, c'est la prise de conscience plus aiguë que Celui qui vous a créés sans vous ne vous sauvera pas sans vous (cf. St Augustin), et qu'il te faut donc, toi - toi personnellement - , te renouveler dans Ma grâce par une pénitence authentique, par un combat spirituel davantage pugnace, par une générosité qui n'oppose aucune limite à Mon bon plaisir, et par une charité plus fervente, prendre une part plus efficace à ton propre salut et œuvrer, autant qu'il est en ton pouvoir, pour la conversion et la sanctification de tes frères !


Oui, chers membres et sympathisants de la Confrérie Royale, n'opposons aucune limite aux desseins divins et, dans une mâle volonté de cohérence absolue à toutes les exigences de notre vocation chrétienne, faisons preuve d'une générosité totale pour correspondre aux grâces de Notre-Seigneur, pour nous-mêmes bien sûr, pour les âmes de tous les pauvres pécheurs évidemment, et – d'une manière très spéciale en raison de nos engagements en cette confrérie – pour notre Roi légitime, pour sa famille, et pour le Royaume de France qui, s'il ne se convertit pas pour revenir à sa vocation scellée dans les fonts baptismaux de Reims, périra immanquablement.

 

 

Notre-Seigneur a dit qu'Il était venu « allumer un feu sur la terre » (cf. Luc XII, 49). Puisse ce feu brûler en chacun de vos cœurs ! Puisse sa flamme arder avec toujours plus de force en chacune de vos âmes ! Puisse le feu d'une charité inextinguible embraser vos cœurs et vos vies, dans la générosité du don de vous-mêmes, et dans la générosité décuplée de nobles sacrifices amoureusement unis à celui de notre divin Rédempteur !

Et quand survient la tentation de la lassitude, de l' « à quoi bon ? », du découragement, répétez-vous cette sentence extraite des Proverbes de Salomon : « Ignis vero numquam dicit : Sufficit ! Le feu jamais ne dit : c'est assez ! » (Prov. XXX, 16).

Si par malheur, en effet, il advenait qu'il dise un jour : « Il suffit ! C'est assez ! », il deviendrait bientôt cendres : les cendres de la mort dont nos fronts seront symboliquement marqués mercredi en un rappel salutaire qui doit susciter en nous un sursaut de ferveur et de générosité.

 

Bon, fervent et très saint Carême !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

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Rappels pratiques et concrets :

 

1 – Les observances « légales » du Carême, de nos jours dans l'Eglise latine, sont minimalistes, mais nous ne nous contenterons pas du minimum légal en matière de jeûne, d'abstinence et de sacrifices, n'est-ce pas ? « Le feu ne dit jamais : c'est assez ! » Chacun le faisant en accord avec son conseiller spirituel, évidemment.

Ceux qui le désirent trouveront sur le « Blogue du Maître-Chat Lully » des rappels concernant la discipline et l'esprit du Carême (cf. > ici) et un rappel de la discipline antique, toujours en vigueur dans la plupart des Eglises orientales (cf. > ici)

 

2 – Il n'est pas proposé de textes particuliers pour le Carême dans le cadre de la Confrérie Royale, mais les membres qui le désirent (il n'y a bien évidemment aucune obligation) peuvent demander à recevoir les textes de réflexion et de méditation que je diffuse quotidiennement dans l'apostolat du Refuge ND de Compassion (demander > ici).


10/02/2018
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Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale - pour le 25 janvier 2018.

Il faisait froid, ce tragique matin de janvier 1793

 

 

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Edward Matthew WardThe Royal Family of France in the Temple, 1851, Magdalen College, Oxford, détail.

 

Il faisait froid, ce tragique matin de janvier 1793, lorsque le valet de chambre Cléry alluma un modeste feu dans une cheminée de cette humide et vieille bâtisse qu’était la prison du Temple. Derrière les rideaux du lit de la chambre, un homme terminait son repos nocturne. S’engagea alors un court et semble-t-il anodin dialogue entre le captif et son valet :

 

- Cinq heures sont-elles sonnées ?

- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.

J’ai bien dormij’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont ?

Sur mon lit.

Et vous ? où avez-vous dormi?

Sur cette chaise.

J’en suis fâché.

Ah, Sirepuis-je penser à moi dans ce moment ?

 

Ce bref échange n’est pas le plus connu, ni le plus éloquent dialogue de cette tragique matinée du 21 janvier 1793. Le captif, c’est Louis XVI, le roi très-chrétien, le roi déchu de ses fonctions par une minorité de petits bourgeois et agitateurs avides de pouvoir et de sang, le roi captif de son peuple, d’un peuple qui s’est engagé dans cette spirale infernale dont nul n’aurait pu imaginer, quelques années plus tôt, les épouvantables effets. Monsieur de Firmont, c’est son aumônier, un prêtre réfractaire d’origine irlandaise, l’abbé Edgeworth. Jean-Baptiste Cléry, c’est le fidèle parmi les fidèles, ancien valet de chambre du duc de Normandie, depuis devenu le Dauphin, lui aussi incarcéré avec ses parents, sa sœur et sa tante, dans la maudite tour du Temple. Cléry fut l’auteur de ce Journal de ce qui s’est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, publié à Londres en 1798, témoignage unique en son genre de la vie du Roi-Martyr avant son assassinat.

 

La rapide discussion que nous avons rapportée résume finalement tout de cet évènement qui constitue inexorablement une rupture dans l’histoire de la France, dans cette histoire bâtie sur l’alliance entre le Trône et l’Autel, entre le principe monarchique et la foi catholique. Une alliance consacrée dans les fonts baptismaux de Reims, lors du baptême de Clovis, près de treize siècles plus tôt.

 

« Cinq heures ont-elles sonné ? »

 

La première question du Roi très-chrétien est on ne peut plus ordinaire. Il demande l’heure, comme son valet la lui annonçait chaque matin, dans la chambre d’apparat du château de Versailles : « Sire, il est huit heures. » Mais cette fois-ci, le roi pose la question. Il sait qu’il doit se lever plus tôt que prévu, pour se préparer spirituellement à son exaltation, non pas sur un trône, mais sur l’échafaud, qui pour lui sera le trône de la gloire, comme la croix des voleurs le fut pour le Christ. Louis XVI est prêt, fin prêt. Depuis le 10 août 1792, où il fut déchu de ses fonctions ; depuis le 22 septembre, lorsque la Convention abolit la monarchie ; depuis le 11 décembre, quand les fanatiques Chaumette et Santerre, sont venus le chercher au Temple pour son premier interrogatoire devant ces messieurs de la Convention. Depuis la veille surtout, 20 janvier, lorsque 361 députés ont voté pour la mort sans conditions, contre 360 autres. À une voix près ! Le triomphe de la démocratie, ou plutôt de la manipulation. Le totalitarisme en marche.

 

Cinq heures ont donc sonné. Louis sait qu’il va mourir, dans quelques heures. Il a fait ses adieux la veille à sa famille. Il va se préparer à la mort en se recommandant à Dieu. Il va entendre la sainte Messe qui lui apportera le plus grand réconfort pour un condamné. Et surtout pour un innocent envoyé à la mort.

 

Cinq heures ont sonné. Louis est en paix avec lui-même. Il sait qu’il doit mourir, pour que son sang scelle un jour, un jour lointain peut-être, de nouveau le pacte qu’on aurait jadis cru éternel entre Dieu et la terre de France. Il sait qu’il doit se préparer au sacrifice d’agréable odeur pour que les grâces descendent un jour de nouveau sur ce royaume, sur ce peuple, sur ces sujets ingrats pour certains, faibles pour d’autres, qui n’ont rien osé faire pour désamorcer la bombe qui allait briser durablement la vraie identité de la France. Et il prie Dieu pour que ce sang qu’il va bientôt répandre ne retombe jamais sur la France en malédictions et vengeances du Ciel.

 

Mais ces cinq heures n’ont pas encore sonné à la pendule de la chambre royale. Petit retard technique sans doute, mais aussi signe du Ciel, car si on ne faisait pas hier attendre le roi, aujourd’hui le roi ne fait attendre personne, certainement pas Dieu, même si le temps devait s’interrompre sur son horloge. La pendule lui a joué un tour, mais Louis ne s’est pas laissé prendre. Dieu l’appelle au sacrifice. Ecce, adsum. Me voici, Seigneur.

 

J’ai bien dormi, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué.

 

Louis XVI a pu jouir de quelques heures de répit, d’apaisement, après les vexations et le harcèlement moral dont, depuis plusieurs jours, il fut victime de la part des censeurs de la Convention. Comme le Christ sous le poids de la Croix, sur le chemin du Calvaire, le lieutenant de Dieu sur terre pouvait ployer sous le fardeau de cet inique procès. Les derniers portraits du souverain, tracés à la va-vite dans sa prison ou à l’assemblée par tel ou tel artiste, à l’exemple du célèbre fusain de Joseph Ducreux, nous révèlent un prince vieilli, épuisé, marqué par la souffrance, et surtout par deux souffrances : la séparation définitive de sa femme et de ses enfants, imposée par les tenants des prétendus droits de l’homme, mais surtout le fait d’avoir été accusé d’avoir répandu le sang de son peuple.

 

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Joseph DucreuxLouis XVI, vers 1792, Musée Carnavalet.

 

Malgré tout ce fardeau moral, Louis a bien dormi. Parce qu’il a la conscience tranquille. Il sait que tout est consommé, que Dieu l’appelle, que la Providence en a décidé ainsi, pour un plus grand bien, sans doute encore impalpable, un plus grand bien dessiné dans le mystère divin.

 

La nuit fut bonne. Il a pu reprendre des forces pour se présenter devant son Créateur et pour manifester au public, avec honneur, la grandeur et la noblesse de son âme et de cette dignité unique inscrite en elle par l’Esprit Saint, au jour de son sacre, le 11 juin 1775. Grandeur et noblesse. Des vertus oubliées depuis 1789, mais des vertus qu’un roi ne peut égarer dans l’abîme des révolutions politiques sans se renier lui-même. Il n’est plus roi sur le papier, mais il reste le roi, par la grâce de Dieu. Il est né pour être roi, il a été fait roi par la mort de son aïeul Louis XV et par l’onction du sacre, il doit donc mourir en roi, en s’élevant ultimement sur un trône de souffrance qui sera aussi un trône d’amour, l’amour d’un roi incompris pour son peuple.

 

Où est Monsieur de Firmont ?

 

Sa première préoccupation, en ce froid matin de janvier, est de savoir où se trouve son aumônier. Louis est toujours le Fils aîné de l’Église, l’héritier des eaux sacrées de Reims et le descendant de saint Louis, n’en déplaise aux vociférateurs de 92. Chaque matin, à son réveil, le Roi pensait d’abord à Dieu. La stricte étiquette imposée par Louis XIV avait clairement mis en évidence cette priorité. À peine éveillé, le souverain, après s’être signé avec l’eau bénite, récitait dans son lit, assisté par son premier aumônier, l’office du Saint-Esprit, en qualité de grand-maître de l’Ordre royal dédié à la troisième Personne de la sainte Trinité.

 

Ce matin du 21 janvier, une légère entorse est faite à l’antique protocole. C’est par la sainte Messe que Louis va commencer sa journée, son ultime journée. Le bon abbé Edgeworth, dit de Firmont, ancien aumônier de Madame Élisabeth, sœur du Roi, avait reçu l’agrément de la Convention pour assister le souverain dans ses derniers moments. Il l’accompagnera jusqu’à l’échafaud où il prononça, quelques secondes avant la chute du fatal couperet, ces mots figés dans l’éternité : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! »

 

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Autrefois, la messe était au cœur de la journée du souverain. En ce jour, elle commence sa dernière journée, car elle est le véritable tremplin qui le conduira dans son éternité. La profonde foi eucharistique du Roi-Martyr est un témoignage essentiel, sans lequel nous ne pouvons comprendre la monarchie française, sans lequel nous ne pouvons comprendre l’inaliénable catholicité du regnum Francorum, sans lequel la pensée monarchiste serait vaine et fausse.

 

« Dieu premier servi » est la devise royale par excellence. Louis XVI l’a faite sienne tout au long de son règne. Jusqu’au bout.

 

Et vous ? où avez-vous dormi ? Sur cette chaise. J’en suis fâché.

 

L’échange se poursuit dans une apparente banalité. Et pourtant, de tels mots d’un roi devraient faire réfléchir. Le roi de France, qui va bientôt être remis entre les mains de ses bourreaux, se préoccupe d’abord de la santé et du bien-être de ses serviteurs. Le pauvre Cléry a cédé son lit au confesseur. Louis regrette l’inconfort qu’il a pris au cours de cette funeste nuit. « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » enseignait le Christ (Mt XXIII, 11). Ah, que ces paroles avaient du sens dans l’antique monarchie très chrétienne ! Ah, qu’elles avaient du sens dans la vie spirituelle de Louis XVI, spécialement en ce moment à la fois de tristesse et de bénédiction !

 

Serviteur de son peuple, il avait promis de l’être au jour de son sacre. Il l’a été tout au long de son règne. Il est conscient qu’il doit le rester jusqu’au bout, malgré les ingratitudes et les mépris dont tant de ses sujets l’ont abreuvé. Des opprobres subies à l’images de celles subies par le Sacré-Cœur. Le roi de France ne pouvait pas ne pas en être conscient, lui qui avait rédigé, un an plus tôt, un acte de consécration de sa famille, de sa Couronne et de son royaume au Cœur de Jésus.

 

Louis XVI est le père de ses sujets. Il l’a manifesté à de nombreuses reprises au cours de son règne. Il le manifeste enfin par cette ultime délicatesse à l’égard de Cléry. Une attention d’une simplicité presque banale, mais d’une transcendance incontestable en ces minutes où le cours de l’histoire s’est comme ralenti sur le lieu du Temple.

 

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Louis HersentLouis XVI distribuant des aumônes aux pauvres de Versailles pendant l’hiver de 1788, 1817, Châteaux de Versailles et de Trianon.

 

Ah, Sire, puis-je penser à moi dans ce moment ?

 

La réponse de Cléry est, j’oserai dire, notre participation commémorative à cette tragique journée du 21 janvier 1793. Le serviteur fidèle est à la fois conscient de l’incomparable condescendance de son maître, mais aussi, en même temps, de son inaliénable dignité. Il va bientôt perdre un maître qui s’est révélé être un ami, mais surtout un roi, son roi, le Roi. Aucun calcul, aucun effet oratoire, aucun artifice de rhétorique dans cette réponse interrogative du valet de chambre. Puis-je m’enterrer dans mon confort et mon individualisme alors qu’une mort injuste va frapper celui qui incarne le bien commun de mon pays ? La compassion de Cléry est le modèle de notre propre compassion.

 

En commémorant chaque année la naissance au Ciel du Roi-Martyr, les Français qui font mémoire – parce qu’ils ont osé garder la mémoire face au mémoricide – se détournent de l’individualisme qui ronge notre triste société pour se tourner vers le bien commun de leur patrie. En imitant Cléry : « Puis-je penser à moi chaque 21 janvier ? », nous ne faisons pas que célébrer matériellement un évènement du passé, une action révolue. Nous ne sommes pas non plus des nostalgiques d’une époque dépassée. Nous ne tombons pas non plus dans la dialectique du « Plus jamais çà ». Au contraire, nous « faisons mémoire ». Nous manifestons notre attachement au lien impérissable qui unit le Trône et l’Autel. Nous espérons du fond de notre cœur le rétablissement de ce lien, en le confiant à la volonté de la Providence, par nos prières et nos sacrifices. Nous voulons que le sacrifice du Roi-Martyr soit enfin considéré comme un évènement « national », qui scelle de nouveau l’unité du peuple de France, en rétablissant la vérité historique sur cette période brutale qui a bouleversé l’histoire de notre pays et du monde, et en revenant aux fondamentaux de la loi divine et naturelle, contre lesquels tous les enfers sont déchaînés depuis tant d’années, et surtout depuis cette tragique et froide matinée de janvier 1793.

 

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Henri-Pierre DanlouxLouis XVI écrivant son testament à la tour du Temple le 20 janvier 1793, 1795, Châteaux de Versailles et Trianon.


24/01/2018
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Voeux du Prieur de la Confrérie Royale pour l'an de grâce 2018

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Confrérie Royale

Le Prieur

 

 

 

Mercredi 3 janvier 2018,
Fête de Sainte Geneviève.

 

 

Messieurs les Chanoines,
Messieurs les Abbés,
Mes Révérends Pères,
Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis,

 

 

Dans l'avalanche des vœux dont le commencement de l'année civile est l'occasion, permettez que votre Prieur en « rajoute une couche ».

Je souhaiterais avoir du temps (beaucoup de temps !) pour connaître ou mieux connaître chacun d'entre vous, pour écrire à chacun personnellement des vœux circonstanciés et ciblés, mais compte-tenu de votre nombre et de mon emploi du temps cela relève sans doute du « pieux désir » qui ne verra jamais d'accomplissement... sinon peut-être au Ciel où nous disposerons de l'éternité !

Ainsi donc en suis-je réduit à reprendre de manière générale les formules habituelles que la répétition a usées et polies comme des galets roulés par le torrent : « Bonne et sainte année, chers membres de la Confrérie Royale ! »

 

Mes vœux sont avant toute autre chose une prière, demandant à Dieu de vous combler tout au long de cette année 2018 de toutes les bénédictions nécessaires ici-bas, dans l'ordre physique et matériel et – bien sûr ! - dans l'ordre spirituel et surnaturel, pour que jour après jour, chaque jour et à chaque instant du jour, vous croissiez en grâce et en sainteté devant Dieu et devant les hommes.

 

Et puis « Bonne année et bonne santé » à notre chère Confrérie Royale elle-même !

  • Bonne Année : l'année sera « bonne » en effet si la Confrérie Royale se développe en nombre, si la ferveur et le rayonnement de ses membres attirent de nouvelles âmes à cet engagement spirituel exigeant mais si épanouissant au service de notre Roi légitime – de sa personne et de sa mission - et de la France.

  • Bonne santé : la santé de la Confrérie tout entière sera en quelque manière la somme de la bonne santé spirituelle de chacun de ses membres. Aussi ne cesserai-je de vous exhorter à toujours plus de générosité et d'efforts pour aller toujours plus loin et toujours plus haut.

     

Il faut que chacun prenne conscience avec une acuité toujours plus vive que la vie, le développement et le rayonnement de la Confrérie Royale n'incombent pas à ses seuls responsables tandis que les membres pratiqueraient leur « petites dévotions » de manière tout-à-fait individuelle dans leur coin.

Les responsables de la Confrérie s'investissent quotidiennement pour rédiger des notes ou de petites exhortations accessibles en particulier par le moyen d'internet, pour collecter et publier des informations propres à stimuler la ferveur ou mieux faire prendre conscience de l'actuelle situation de l'Eglise, de la France, pour diffuser des nouvelles de la Famille Royale... etc. Toutefois, il incombe aussi à chacun des membres de la Confrérie Royale de s'investir quotidiennement, selon ses moyens, sa vocation propre et les dons qui lui ont été départis par Dieu...

 

De quelle manière ? Par la prière, au premier chef puisque la Confrérie Royale est essentiellement une œuvre de prière. Une prière quotidienne (et répétée plusieurs fois par jour) qui monte vers le Ciel à la manière dont des archers, au sein d'une bataille décisive, lancent inlassablement leurs traits quand ils se trouvent en face de barbares cruels et sans pitié. Ainsi, la prière des membres de la Confrérie Royale doit-elle échapper à toute espèce de routine et jaillir de nos cœurs comme des flèches ardentes.

Par la pénitence et l'offrande fréquente de sacrifices ensuite. La pénitence et le sacrifice décuplent la force et l'efficacité de la prière ; elles la prémunissent aussi contre les illusions. Vous dites aimer notre Roi ? Vous dites aimer la France ? Vous dites aimer la monarchie capétienne traditionnelle ? Eh bien sachez que la réalité de votre amour pour le Roi et pour la France se mesure exactement à votre capacité d'offrir des pénitences et des sacrifices pour le Roi et pour la France. Peu de sacrifices est l'indice de bien peu d'amour ; une grande capacité à offrir chaque jour des sacrifices est la preuve d'un grand amour. Ni plus, ni moins !

 

Mais je veux également insister sur la lettre du 25 de chaque mois, publiée sur les sites « Confrérie Royale » et « L'Ami de la Religion et du Roi » la plupart du temps dès la veille, et répercutée sur les réseaux sociaux. Normalement, chaque membre (sauf impossibilité d'accéder à internet) la reçoit dans sa boite aux lettres électronique (s'il a bien accompli son inscription correctement) : j'insiste pour que ces lettres du 25 de chaque mois ne soient pas lues de manière superficielle, mais pour qu'elle fasse l'objet de plusieurs lectures attentives et pour qu'elle soit méditée et approfondie. Les ecclésiastiques qui en sont à tour de rôle les rédacteurs produisent dans ces textes de véritables petits chefs d'oeuvre de spiritualité et de doctrine légitimiste.

Au passage, je tiens à les remercier chaleureusement pour le travail de grande qualité qu'ils accomplissent, chacun avec son style et son génie propre.

 

Il y a, enfin, un dernier point sur lequel je souhaite attirer votre attention : le pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay.

J'espère que chacun des membres de la Confrérie a bien enregistré qu'il a lieu tous les ans les vendredi et samedi qui suivent l'Ascension. En 2018 donc, les vendredi 11 et samedi 12 mai. Autant que possible, il est souhaitable que ce pèlerinage devienne par le fait même le grand rassemblement annuel de la Confrérie Royale, à la manière d'une réunion de famille : notre famille spirituelle de fidèles engagés dans l'ordre spirituel pour le soutien de notre Roi légitime et la restauration de la monarchie traditionnelle.

J'insiste donc pour que dès à présent des membres de la Confrérie se mobilisent et s'investissent pour aider à la préparation de ce pèlerinage : c'est un travail d'élaboration des documents le présentant, un travail de diffusion, mais aussi en aval un travail de secrétariat (inscriptions mais aussi, de façon urgente, pour préciser un certain nombre de modalités pratiques de l'organisation que nous voulons rendre plus performante.

Je souhaite aussi que chacun d'entre vous porte cette préparation dans la prière et travaille ainsi dès maintenant à obtenir de Notre-Dame du Puy de grandes grâces pour la Confrérie Royale, pour la France et pour son Roi.

Il conviendrait que les tracts soient prêts à la fin de ce mois de janvier et que les inscriptions soient terminées à la fin du Carême. Il n'y a donc plus à traîner...

 

Voilà donc tout ce qu'il importait que je vous précisasse à l'occasion de ces vœux du début de l'année civile, mes très chers Amis.

En cette fête de Sainte Geneviève, exemple lumineux et modèle pour chacun d'entre nous, je vous assure de ma prière et de mon dévouement, en me recommandant aussi à la vôtre dont – pauvre pécheur - j'ai un si grand besoin.

 

Vôtre in Corde Iesu & Mariae.

 

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.   


03/01/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 décembre 2017)

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          « Noël ! Noël ! » C’est par ce cri naïf que les Français saluaient l’arrivée de leurs rois au sein de leurs cités et de leurs provinces, en souvenir du jour-anniversaire où la France avait été engendrée à la foi. C’est que « Noël est devenu signe de l’unité française »[1] en marquant de son rayonnement le destin religieux et national de la France.

 

La France est née à Noël

La vocation de la France s’est en effet décidée au jour de la fête de la Nativité de Notre-Seigneur de l’an 496, en ce baptistère de Reims où Clovis devint fils de Dieu et de Son Église avec ses quelque 3.000 compagnons de guerre. « Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou », lui dit alors S. Remi[2], faisant le lien avec la fête liturgique de ce jour : comment ne t’inclinerais-tu pas devant Celui qui s’abaisse en partageant aujourd’hui notre misère ?

 

 

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Il n’y avait pas qu’un symbolique parallélisme entre la naissance temporelle de Jésus-Christ et la naissance spirituelle des Francs : dans cette rencontre, un pacte était signé qui engagerait pour toujours la France à soutenir le règne d’idéal inauguré par le divin Enfant de Bethléem. Ainsi devait l’interpréter la Loi salique, en des acclamations triomphales dignes de cette première et la plus noble de toutes nos chartes : « Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu’Il garde leur royaume, qu’Il remplisse leurs chefs de la lumière de Sa grâce, qu’Il protège leur armée, qu’Il leur accorde l’énergie de la foi, qu’Il leur concède par Sa clémence, Lui, le Seigneur des seigneurs, les joies de la paix et des jours pleins de félicité ».

Souhaits jamais mieux réalisés ni programme mieux accompli que par Charlemagne, comme le signifiera encore l’Étoile de Noël illuminant le sacre de l’an 800 à Rome. De tous les rois venus s’agenouiller devant la Crèche, nul plus que le conquérant à « la barbe fleurie » ne pouvait abaisser tant de gloire devant la Petitesse divine. Protecteur de la sainte Église de Dieu, le saint pape Léon III le couronna « Empereur des Romains », Imperator Romanorum, dans la triple tradition : biblique, avec pour modèle David, exemplaire du roi sacré dans l’Ancien testament ; impériale, marquée par la personnalité d’Auguste, premier empereur romain ; et chrétienne, incarnée par celle de Constantin, premier empereur chrétien.

 

Le roi de France : l’« Emmanuel temporel »

Le cri de Noël ! Noël ! au sacre du roi de France renvoie également au pouvoir délégué que celui-ci tient de Notre-Seigneur. Par cette référence, la foule rendait hommage au divin Emmanuel (« Dieu avec nous ») qu’elle croyait voir présent dans le roi-lieutenant, « tenant-lieu » de Dieu dans la sphère temporelle. L’on comprend  alors que la Nativité ait été une fête privilégiée pour nos Rois : baptême de Clovis (496), couronnement comme empereur d’Occident de Charlemagne (800) tout comme son petit-fils Charles le Chauve (875), sacre de Robert II le Pieux (987).

Si « toute autorité vient de Dieu » (Rom. 13, 1), comme d’ailleurs toute paternité (cf. Éph. 3, 15), combien plus manifeste l’est l’autorité royale en France, détenue par le « père » des Français. Si dans la Personne du Christ, « Son pouvoir royal repose sur cette admirable union [entre la nature divine et la nature humaine] qu’on appelle l’union hypostatique »[3], ce pouvoir est sur terre délégué : dans le domaine spirituel, au Souverain-Pontife sur toute l’Église ; dans le domaine temporel, au Souverain-Roi sur tout la France.

La cérémonie du sacre vient investir par grâce le roi désigné par les lois fondamentales du Royaume des lys du pouvoir détenu par nature par le Seigneur du Royaume des Cieux. Sacrement d’institution ecclésiastique, le sacre est destiné à « faire » le roi de France, comme l’Ordre, sacrement d’institution divine, « fait » les évêques et les prêtres. Le sacre est alors pour le roi-vassal le serment solennel d’être fidèle à maintenir la lettre et l’esprit de la loi constitutionnelle donnée à la France par le « Souverain Droiturier »[4]. La lettre, c’est la loi chrétienne ; l’esprit, c’est celui de Notre-Seigneur Lui-même. Qu’on lise le Pontifical : on y trouvera que le Prince n’est sacré que pour faire régner le droit chrétien : inviolable justice pour tous, protection particulière des faibles et des petits.

À l’école de Noël

Grâce à Noël, c’est dès lors tradition française d’unir vaillance et charité, de mettre l’épée au service de la faiblesse. Tradition française encore d’unir joie et héroïsme, comme en offre la légendaire épée du grand Charlemagne, appelée du beau nom de Joyeuse : « C’est la joie, en effet, écrit Joseph Bédier, que respirent les chevaliers, la joie hautaine d’avoir librement accepté leur tâche et d’aimer la gloire, celle que l’on conquiert au service d’une juste cause et dont on jouit sur terre, puis au Paradis en fleurs, parmi les Innocents ».

 

 

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Charles VII en Roi Mage (1456)
 
 
            Les merveilles d’art nous rendent plus sensible ce culte de Noël chez nos rois très-chrétiens. Beaucoup de rois, de princes et de princesses se firent représenter à la Crèche dans leurs somptueux Livres d’Heures. Charles VII et Charles VIII, entre autres, y prirent la figure et le rôle de Mages. 
            En paraissant ainsi lier leur destin au culte de l’Enfant-Dieu, nos rois donnaient un exemple dont ils furent les premiers à tirer bénéfice. Car leurs sujets avaient compris à merveille la leçon du Noël de Reims : ce jour-là, Dieu avait créé « le plus beau royaume après celui du Ciel »[5] et fait du roi son premier lieutenant. Avec un sens très sûr, le peuple exprima son adhésion par le cri de son loyalisme : Noël ! Noël ! Ce fut le cri national des jours de triomphe comme des jours de détresse. Il jaillira surtout lorsque la monarchie sera violemment ébranlée par la Guerre de Cent Ans : Noël ! Noël ! sonne alors le ralliement des fidèles de l’unité française et s’oppose aux cris des ennemis coalisés contre elle, aux « Je regny Dé » des Bourguignons, aux « Saint Georges m’aist » des Anglais.

Le même cri éclate, triomphal, au-devant de la Libératrice, à Orléans comme à Reims. Devant cette allégresse, Jeanne songeait que l’Étoile de Noël l’avait conduite tout au long de sa glorieuse chevauchée jusqu’à l’apothéose dans le même temple d’où « la douce France » était sortie chrétienne. Sainte Jeanne d’Arc, le Docteur de la Royauté sociale du Christ, n’était-elle pas née le jour de la fête de l’Épiphanie (1412), où les Mages viennent adorer le Roi des rois ?

La paix de Noël

Les Noëls populaires rappellent à leur tour le lien qui unit la France à la Naissance du Christ : « Faisons réjouissance et prions Dieu, hiver, été, pour le roi de France » dit un poème, ou, comme le chante Jean Daniel terminant l’un de ses Noëls ainsi dédié à François Ier : « Supplions Dieu, tous pauvres indigents, Que bonne paix veuille en France réduire, Qu’au noble roy François aucun ne puisse nuire, et à la fin pardonne aux négligents ».

La paix : voilà ce qu’on implore avec véhémence auprès du berceau du Dieu, en apparence de faiblesse, mais déjà tout-puissant. Le magnifique Noël de la paix s’adresse au « divin Enfançon » pour lui demander : « La paix, ô Dieu, mon espérance, la paix au doux pays de France, donnez la paix ! ». C’est que le « Prince de la Paix » (Is. 9, 6) n’est pas encore « venu apporter l’épée » (Mt 10, 34) mais la paix. À la bienheureuse minuit, les Anges eux-mêmes ne chantent-ils pas de leurs voix mélodieuses : « Paix sur la terre ! » ? Et un peu plus tard, l’admirable hymne Crudelis Herodes des Vêpres de l’Épiphanie viendra rassurer ceux qui pourraient craindre pour leur trône bien établi : « Cruel Hérode ! Pourquoi crains-tu l’arrivée d’un Dieu-Roi ? Il ne ravit pas les sceptres mortels Celui qui donne le Royaume céleste ! ».

 

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La reine Anne d'Autriche & le dauphin Louis

 

 

Il faut aussi se rappeler que c’est à l’Enfant-Jésus que la France s’adressa pour que le lys royal eût le rejeton tant désiré durant la stérilité d’Anne d’Autriche : elle alla prier Notre-Dame de la Crèche au Val-de-Grâce, et promit d’élever en ce lieu « un temple magnifique à Jésus naissant et à la Vierge-Mère : Jesu nascenti Virginique Matri », si la Sainte Vierge et son divin Fils lui accordaient un héritier. Après 23 ans de mariage infécond naîtra alors Louis-Dieudonné, Quatorzième du nom (1638).

La Crèche a cependant des assises plus stables que les trônes. À la Révolution, si la dynastie royale est livrée, la fête de Noël, elle, est sauvée : malgré les défenses de la Commune et après courageuses protestations, les Parisiens purent « messer effrontément » à l’heure de minuit dans divers quartiers l’an 1792 ; cette fidélité s’affichait trois mois après les boucheries de septembre et moins d’un mois avant le martyre de Louis XVI.

C’est qu’il n’était pas facile de déraciner un culte implanté chez nous depuis les origines, une fête qui est à l’origine-même de la France et qui s’épanouit dans l’allégresse de rites familiaux, de chansons et de coutumes régionales. Coutumes et chants, se répétant à peu près semblables et avec la même vogue à travers nos provinces, ont contribué à maintenir l’unité de la foi et renforcé le lien entre les terroirs, le sens de la communion et de l’entente sociale. Noël a fait l’accord parfait de tous, des petits et des grands, dans leur gratitude envers Celui dont le règne est d’une fraternité plus vraie que la devise républicaine. Même ceux qui pensèrent en avoir fini avec les bigoteries ont senti se réveiller, aux carillons de minuit, sinon la foi, du moins la conscience de ce que notre civilisation doit à Noël.

 

 

Les 3 convertis de Noël

           Pour finir avec « la magie de Noël », rappelons-nous combien Dieu aime à toucher les cœurs de façon privilégiée dans la nuit de la Nativité, comme cadeau qu’Il se plaît à offrir le jour de son propre anniversaire. En une seule nuit, à la Noël 1886, trois destins vont basculer. Après la Messe de Minuit à la cathédrale de Lisieux, Thérèse Martin, âgée de 13 ans, renonce à son égocentrisme puéril. Quant à l’aven­turier Charles de Foucauld, deux mois après sa conversion en l’église Saint-Augustin à Paris, il exulte dans l’adoration émerveillée de ce Dieu qui se fait homme «dans labjection et lobscurité» et quil naura de cesse dimiter. Ce même 25 décembre, le jeune écrivain agnostique Paul Claudel devient soudain catholique en assistant aux vêpres chantées à Notre-Dame de Paris.

 

 

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La première est devenue «la plus grande sainte des temps modernes» (S. Pie X) et docteur de l’Église ; le deuxième fut déclaré bienheureux en 2005 par le pape Benoît XVI et le sang de son ­martyre ne cesse dirriguer nos déserts spirituels ; le troisième est l’un des plus grands poètes chrétiens. Maîtres spirituels chacun à sa façon, ils nous racontent eux-mêmes cet instant unique où leur vie a été transformée pour toujours ; ils nous livrent aussi quelques conditions d’une authentique conversion et que favorise le Temps de Noël qui vient de s’ouvrir: accepter de sagenouiller, se recentrer sur Dieu et Le désirer davantage, nourrir notre flamme intérieure, ne jamais désespérer de la grâce.

Après d’aussi retentissantes conversions, n’est-on pas en droit d’espérer la conversion de notre bien-aimée France ? Croyons-y, chers Amis : la grâce de Noël a su tant de fois retourner les cœurs en un seul instant ! Le Très-Haut qui sest fait Très-Bas cette nuit-là n’est-Il pas capable de relever la France tombée si bas pour l’élever à sa haute vocation ?

L’amour est ce qui donne du prix aux choses ; la Nativité est elle-même l’œuvre d’amour par excellence parce que dans l’Incarnation se réalise la mission invisible la plus grandiose du Saint-Esprit. C’est pourquoi Mauriac n’a pas eu tort d’écrire que « Noël est la nuit où la charité est née, et qu’aucune révolution ne pourra plus faire de ce monde un monde sans amour »[6]. Qu’en cette nuit de Noël où l’Amour nous est né, soient ravivés notre amour pour l’Enfant-Dieu, notre amour pour la France, notre amour pour son Roi. Sainte fête de Noël à tous !

R.P. Clément de Sainte-Thérèse +

 

 

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[1] Maurice Vloberg.

[2] S. Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

[3] Encyclique Quas primas de Pie XI (1925), § 8.

[4] C’est ainsi que sainte Jeanne d’Arc appelait son Seigneur-Dieu.

[5] Grotius.

[6] Ce billet de François Mauriac, La charité est née, a 80 ans aujourd’hui.

 

24/12/2017
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Lettre du Prieur à tous les membres de la Confrérie Royale à l'occasion du début de son priorat :

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Confrérie Royale

Le Prieur

 

 

 

Ce 1er décembre 2017,
en la fête du Bienheureux Charles de Foucauld ;
et celle de Saint Eloi.

 

 

Ad Te levavi animam meam : Deus meus, in Te confido, non erubescam ;
Neque irrideant me inimici mei : etenim universi qui Te exspectant, non confundentur !

Vers Vous, j'ai élevé mon âme : ô mon Dieu, en Vous je me confie, je ne rougirai point ;

Que mes ennemis ne puissent pas rire de moi : car ceux qui Vous espèrent ne seront point confondus !

 

 

 

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,

Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis,

 

« Honor onus » dit en son admirable concision latine, en bâtissant une sorte de jeu de mots fondé sur l'assonance, un antique adage que le français, avec moins de génie, peut rendre par : l'honneur est une charge.

Désigné par les autres fondateurs de la Confrérie Royale pour en être le nouveau Prieur, je me retrouve donc, depuis le jour de la fête de la Présentation de Notre-Dame au Temple et pour le temps que la divine Providence voudra, à présider à ses destinées et en charge de sa cohésion et de sa croissance en nombre, mais plus encore en ferveur et en grâce « devant Dieu et devant les hommes » (cf. Luc II, 52).

L'acceptation de cette charge, malgré ma misère et mes limites humaines et spirituelles (formule qui n'a rien de rhétorique), ne s'est faite que devant Dieu et dans la recherche du seul intérêt de notre chère Confrérie, tel qu'il m'a été présenté par les autres fondateurs ainsi que par mes propres conseillers spirituels. Aussi, et cela se trouvait déjà mentionné dans le communiqué officialisant ma désignation, n'est-il pas superflu de dire et de redire avec une suppliante insistance, que je me recommande à vos prières afin d'être fidèle en tout aux grâces et lumières de Notre-Seigneur : le dire n'est pas le fait d'une piété convenue, c'est une demande instante que j'adresse à chacun de vous personnellement.

 

Je tiens en tout premier lieu à remercier chaleureusement Monsieur l'abbé Louis de Saint-Taurin pour les deux années au cours desquelles il a assumé la charge de Grand Prieur de la Confrérie Royale, lui donnant les ferventes impulsions qui lui étaient nécessaires depuis sa fondation, le 25 août 2015.

 

Je dois ensuite immédiatement préciser que, la sage et admirable organisation de la monarchie capétienne traditionnelle, envers laquelle nous nourrissons une admiration pleinement justifiée, sera le modèle de mon priorat : de la même manière que le Souverain gouverne « en son conseil », vous pouvez être assurés que ce n'est qu'après avoir sollicité l'avis de conseillers sagaces et prudents que je prendrai les décisions concernant la Confrérie Royale.

Il ne saurait s'agir d'ailleurs en aucune manière de la conduire dans des chemins aventureux ou « innovants », mais seulement, en toutes choses, toujours et partout, de maintenir, d'approfondir et d'intensifier son esprit initial, puis d'alimenter la flamme. Rien de plus, mais c'est une tâche de tous les jours qui ne s'exprime pas nécessairement par des œuvres visibles !

 

Ne vous attendez donc à rien d'autre de ma part qu'à ce que, selon le conseil de l'Apôtre, j'insiste « à temps et à contre-temps » (cf. 2 Tim. IV, 1) pour dire et redire que la Confrérie Royale est avant tout une œuvre de prière, de prières soutenues, fréquentes et persévérantes, offertes à l'intention de l'aîné des Capétiens, de jure notre Roi, qui est aujourd'hui Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou : pour sa personne, pour sa mission, pour sa famille, et par le fait même pour la France, car le Prince est le principe dans lequel se réalisent l'unité et la vocation du Royaume.

Prions ! Prions ! Prions !

Prions encore et toujours pour que notre Prince révéré reçoive toutes les grâces, toutes les inspirations et toutes les lumières surnaturelles qui lui sont nécessaires, et pour qu'il y corresponde pleinement.

Et parce que la prière doit nécessairement être accompagnée de la pénitence et du sacrifice, montrons-nous toujours plus généreux dans ces domaines si peu « à la mode », en nous souvenant que c'est par l'union à la Croix de notre divin Rédempteur que l'on s'associe au salut du monde, au salut des personnes et au salut des sociétés elles-mêmes et des Royaumes.

 

Les membres de la Confrérie Royale ne doivent pas être des mondains pénétrés d'esprit courtisan et du désir de paraître : ils sont ici pour mener un combat, un combat spirituel, mais - dans l'ordre spirituel - un authentique combat de chouans qui ne négligent rien pour cette cause sacrée : le soutien spirituel du descendant et successeur du Grand Roi que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même a appelé « le Fils aîné de Mon Sacré-Coeur ».

 

Or dans un combat, on donne des coups et on en reçoit. Rien d'étonnant dès lors à ce que chacun des membres de cette Confrérie rencontre des oppositions, soit affronté à des contradictions, subisse même quelque forme de persécution psychologique et morale, en attendant peut-être le jour où la persécution deviendra physique et que nous soyons trouvés dignes de verser notre sang « pour le trône et l'autel ».

Ce qui n'est pas le moins cruel, c'est lorsque les incompréhensions et les épreuves de ce type nous sont infligées non point par les ennemis déclarés de la cause pour laquelle nous nous sommes engagés, mais par des personnes qui nous semblent proches par les convictions qu'elles affichent, ainsi que par leur appartenance à la Sainte Eglise et la place qu'elles y occupent, qui eût normalement dû les porter à nous soutenir et encourager. Cela aussi n'a finalement rien que de très normal, si nous nous souvenons que Notre-Seigneur Lui-même n'a pas d'abord été condamné par les mécréants, mais qu'Il a en premier lieu été livré et renié par Ses plus proches, qu'Il a été rejeté par les plus zélés observateurs de la Loi divine et qu'il a été anathématisé par les légitimes représentants de Dieu, pour être ensuite déféré aux païens afin que ce soient eux qui Le mettent à mort !

Souvenons-nous encore que Sainte Jehanne d'Arc, la sainte de la Légitimité, a elle aussi été trahie et vendue par des Français, par des catholiques, et condamnée par des clercs de la Sainte Eglise, avant d'être livrée aux ennemis du Royaume et suppliciée par eux.

Sur les voies authentiques par lesquelles Dieu conduit Ses privilégiés, on rencontre et on rencontrera toujours la Croix, la contradiction, la calomnie, les oppositions et la persécution. Nous le savons, nous ne devons pas en être étonnés ; et parce que nous sommes engagés à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ, quoi qu'il puisse en coûter à la nature - toujours effrayée à la perspective de la souffrance - , nous l'acceptons, nous le voulons et nous nous y soumettons par amour.

 

« Ad Te levavi animam meam... : vers Vous, j'ai élevé mon âme : ô mon Dieu, en Vous je me confie, je ne rougirai point ; que mes ennemis ne puissent pas rire de moi : car ceux qui Vous espèrent ne seront point confondus ! » Comme elles sont magnifiques les paroles inspirées du psalmiste que la liturgie de la Sainte Eglise nous fait reprendre à l'introït de ce premier dimanche de l'Avent ! Qu'il est précieux de les méditer, de les ruminer intérieurement et de nous les approprier pour en faire la respiration de notre âme ! Comme Prieur de cette Confrérie Royale j'en fais ma prière pour la Confrérie elle-même, pour chacun de ses membres et pour moi-même aussi dans l'exercice de cette responsabilité terrible et incommensurable.

Malgré tous ceux qui ricanent et voudraient nous faire passer pour de « doux dingues », bons pour l'internement ou la mise au ban de l'Eglise, en raison de l'engagement spirituel « pour Dieu et pour le Roi » qui est le nôtre en la Confrérie Royale, nous gardons indéfectiblement la force de l'espérance surnaturelle et une très ferme confiance dans les promesses de Dieu qui « ne peut ni Se tromper ni nous tromper » (cf. acte de foi), élevant nos âmes vers Dieu, Sauveur de Son peuple, duquel on obtient tout autant qu'on en espère.

 

« Domine, salvum fac Regem, et exaudi nos in die qua invocaverimus Te ! »

 

 

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

 

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01/12/2017
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La Royauté divine sur la France.

Lettre mensuelle

aux membres et amis de la Confrérie Royale

pour le 25 novembre 2017

 

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Le 25 novembre 2017,
en la Sainte-Catherine d'Alexandrie.

 

La Royauté divine sur la France.

 

Le 25 novembre est la fête de Sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des philosophes (représentée au transept nord de la cathédrale angélique du Puy), l'une des saintes qui apparurent à Sainte Jeanne d'Arc pour la préparer à sa mission : délivrer Orléans et faire sacrer le Roi, et par là, restaurer le Roi légitime et rappeler la Royauté divine sur la France.

Comme pour le Saint-Sacrifice de la Messe et tout acte de culte, la reconnaissance de la Royauté de Dieu a quatre fins : l'adoration et l'action de grâces envers Dieu qui maintient l'Etat et le pays, et la sanctification et la protection du peuple par Dieu.

 

I - Adoration et action de grâces envers Dieu.

 

Comme le disait Louis XIV, « il y a un souverain infiniment élevé au-dessus des rois de la terre. C'est à nous à nous soumettre à ses ordres suprêmes ».

De là, comme le disait le Cardinal-duc de Richelieu, « le règne de Dieu est le principe du gouvernement des Etats ».

Henri IV disait déjà : « Il ne faut pas diviser l'Etat d'avec la Religion. La Religion et la justice sont les colonnes et les fondements de ce Royaume ».

L'ordre de Dieu est un ordre hiérarchique et monarchique (Saint Denys l'Aréopagite). Ce qui fit dire à Monseigneur Henri Delassus : « La monarchie existe dans le ciel. Il n'y a qu'un Dieu qui règne sur tout l'univers. Dieu a fait la famille et l'Eglise, ces deux sociétés principales, à l'image de ce qui est au plus haut des cieux : un père souverain et un pape souverain comme un Dieu souverain Seigneur. L'histoire montre avec la plus lumineuse clarté, que les nations ont prospéré d'autant plus que leur constitution se rapprochait davantage de la constitution si admirable dont la Providence avait doté la France ».

En conséquence de l'ordre divin, Saint Thomas d'Aquin écrivait : le Roi est « dans son royaume comme l'âme dans le corps et comme Dieu dans le monde, établi pour exercer dans son royaume l'office de juge à la place de Dieu ».

Et le philosophe Antoine Blanc de Saint-Bonnet écrivait : « La légitimité des rois est l'anneau par lequel les nations se rattachent à Dieu pour demeurer vivantes et honorées ».

Le respect dû au Roi est donc en vue du respect dû à Dieu, devant qui le Roi s'efface. Bossuet pouvait dire : « Il y a quelque chose de religieux dans le respect qu'on rend au Prince. Le service de Dieu et le respect pour les Rois sont choses unies. Ce que Tertullien appelle très bien « la religion de la seconde majesté ». Cette seconde majesté n'est qu'un écoulement de la première ; c'est-à-dire de la divine, qui pour le bien des choses humaines, a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois ».

Et ailleurs il dit : « Je n'appelle pas majesté cette pompe qui environne les rois. C'est le rejaillissement de la majesté et non la majesté elle-même. La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince. Elle est empruntée de Dieu, qui la lui donne pour le bien de ses peuples ».

Monseigneur de Ségur écrivait : « Pour un souverain quelconque, régner de droit divin, c'est tout simplement régner légitimement, en vertu des droits légitimes ; c'est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d'une société, d'un peuple ».

En conséquence, comme le dit Louis XX, le sacre était « l'onction divine, le renouvellement de la société, un nouveau souffle dans la continuité du pays, un espoir, celui de tout un peuple pour celui qui incarnait l'unité de la France ».

Le Roi est donc seul responsable de ses sujets, devant Dieu (sur son salut éternel) et en présence des hommes (malgré toutes les théories démocratiques des monarchies constitutionnelles ou parlementaires).

C'est ainsi que l'Empereur d'Autriche François-Joseph disait : « Toutes ces histoires de responsabilités ministérielles ne sont au fond qu'une plaisanterie. En réalité, la responsabilité, c'est nous qui la portons ! »

Et le Bienheureux Charles 1er d'Autriche ajoutait : « Le monarque est seul responsable devant l'histoire ».

Le Cardinal de Faulhaberg, archevêque de Freysing, disait aux funérailles du Roi (détrôné) de Bavière Louis III : « Les rois par la grâce du peuple ne sont pas une grâce pour le peuple, et lorsque le peuple est son propre roi, il sera tôt ou tard son propre fossoyeur ».

 

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II – Sanctification et protection du peuple.

 

De cette légitimité divine provient le rôle du Roi envers ses sujets. « Ce qu'un souverain, touché par la grâce de Dieu, peut faire dans l'intérêt de l'Eglise et des âmes, mille missions ne le feront jamais », disait Saint Alphonse-Marie de Liguori.

C'est ainsi que Monseigneur Freppel disait : « Le plus grand missionnaire de tous les temps fut Constantin ».

Et les papes Saint Grégoire II et Saint Grégoire III dirent de Charles Martel, maire du Palais, qu'il avait le plus contribué après Dieu (avant même Saint Boniface) à la conversion de cent mille idolâtres par l'assistance qu'il donna à Saint Boniface en Germanie.

Ainsi Saint Grégoire 1er le Grand écrivait-il aux Empereurs de Byzance : « Le pouvoir a été donné d'en-haut à mes seigneurs sur tous les hommes, pour guider ceux qui veulent faire le bien, pour ouvrir plus largement la voie qui mêne au ciel, pour que le royaume terrestre soit au service du royaume des cieux ».

C'est bien le rôle du souverain, tel qu'il est compris par les humbles. Il n'est pas question de forcer les consciences, mais de leur montrer l'exemple et de les guider par des institutions et des actes vers Dieu et le salut.

Un paysan russe en pèlerinage à Ekaterinbourg en 2008 disait de l'Empereur Nicolas II de Russie : « Nicolas était un souverain, et un souverain ce n'est pas un président. Il guide son peuple vers Dieu ».

Un paysan français interrogé par Daniel Halévy au début du Xxème siècle, disait, associant Dieu et le Roi avec confiance : « Les maux de la nature, c'est à Dieu d'en garder, les maux de la société, c'est au Roi ».

Le Roi gouverne en bon père de famille, soucieux du corps et de l'âme de ses sujets.

Comme le disait le marquis de Roux, « la Restauration a été le dernier gouvernement français qui ait compté parmi ses devoirs d'Etat l'appui à donner à l'Eglise pour le bien des âmes ».

L'humilité des Rois s'incline devant la Loi divine, la miséricorde est introduite dans les jugements, la sainteté du mariage chrétien et de la famille est favorisée, la sanctification de la vie quotidienne et donc le salut éternel sont plus faciles.

En effet, le vénérable Pie XII déclarait : « De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes ».

Les sujets en sont protégés, élevés, sanctifiés, et même leur obéissance est plus facile. Car, comme le dit Louis de Bonald, « la religion chrétienne, réunissant par les liens d'une charité fraternelle des hommes que séparent des inégalités naturelles et des distinctions sociales, rend le gouvernement plus débonnaire et la dépendance moins chagrine ».

 

 

III – Devoirs des rois envers Dieu.

 

Ce rôle du Roi entraîne de grands devoirs envers Dieu en une grande conversion et sanctification personnelle. C'est le Roi qui gouverne, certes, et non pas le clergé, mais le gouvernement en est surélevé.

Saint Grégoire de Nazianze prêchait aux Empereurs de Byzance : « Ô monarques ! Respectez votre pourpre, révérez votre propre autorité qui un rayon de celle de Dieu. Les choses hautes sont à lui seul ; il partage avec vous les inférieures : soyez les sujets de Dieu, comme vous en êtes les images ».

Le serviteur de Dieu Louis XIII reconnaissait donc : « Dieu ne m'a fait Roi que pour lui obéir et donner l'exemple ».

Et Saint Louis IX recommandait à son fils, le futur Philippe III : « Je t'enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir ».

Le Roi Louis XIV disait donc à son petit-fils le nouveau Roi d'Espagne Philippe V : « Faites honorer Dieu partout où vous aurez du pouvoir ; procurez sa gloire ; donnez-en l'exemple : c'est un des plus grands biens que les rois puissent faire » ; et à son arrière-petit-fils, le futur Roi Louis XV : « Mettez en Dieu toute votre confiance, vivez en chrétien plus qu'en roi ».

Le vénérable Louis XVI résumait en disant : « Régner c'est connaître et faire connaître Dieu ».

En conséquence, le Roi doit d'abord entraîner ses sujets par son exemples et ses décisions vers Dieu et la sanctification.

Saint Childebert 1er disait : « Il est de devoir et de nécessité que Nous fassions observer dans Notre Royaume les ordonnances des premiers Ministres de l'Eglise ».

Saint Charlemagne recommandait à ses sujets « de servir fidèlement le Seigneur et de persévérer constamment dans son service ».

Saint Louis IX disait à son fils le futur Philippe III : « Mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre ».

Philippe IV le Bel affirmait : « Je suis chargé de la part du Roi des cieux de la défense de la Religion ».

Et le serviteur de Dieu Louis XIII demandait aux évêques « d'admonester tous Nos Peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge ».

 

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IV – Devoirs des rois envers leurs sujets.

 

Mais ce rôle du Roi entraîne de grands devoirs envers ses sujets, qui lui ont été donnés par Dieu pour fils et pour filles. Tous les devoirs matériels des Rois et des sujets demeurent, mais ils sont transfigurés, le Roi est plus humble et les sujets plus aimés et plus aimants.

La Reine Blanche de Castille disait à son fils Saint Louis IX : « N'oubliez jamais que vous appartenez aux deux cités : que vous êtes dans la cité terrestre le suzerain de vos sujets, et que vous êtes dans la cité céleste le serviteur de vos serfs ».

Ce que disait Dante : « Si le consul ou le roi ont seigneurie sur les autres au regard de la route à suivre, il n'empêche qu'au regard du but ils sont serviteurs des autres ».

Louis XV, qui disait de ses sujets : « Ils sont tous mes enfants » ; enseignait à son fils le Dauphin : « Il est bon que vous vous accoutumiez à vous regarder comme le père, plutôt que le maître, des peuples qui doivent être un jour vos sujets ».

Louis XIV écrivait de même : « Comme je tiens lieu de père à mes sujets, je dois préférablement à toute autre considération songer à leur conservation ». Et il écrivait à son petit-fils Philippe V : « Quoique rebelles, ils sont vos sujets, et vous devez les traiter en père ».

Et Louis XVIII disait encore à la naissance du futur Henri V : « Il nous est né un enfant. Un jour il sera votre père. Il vous aimera comme je vous aime ».

Cela change tout dans les relations entre le Prince et ses sujets. Les ordres mêmes du Prince sont faits pour le bien commun de ses sujets. Louis XX est notre père : le voyons-nous comme tel ?

Christine de Pisan parlait de « l'amour réciproque du roi et de son peuple, fondement de la monarchie ».

Et Bossuet disait : « La crainte servile nous fait un tyran, l'espérance mercenaire nous donne un maître, mais l'amour soumis par devoir et engagé par inclination donne à notre cœur un roi légitime ».

Louis XIV enseignait donc à son fils le Dauphin : « Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre ». Et encore : « S'il y a quelque caractère singulier dans cette monarchie, c'est l'accès libre et facile des sujets au prince ».

En d'autres circonstances Louis XIV put écrire : « Je ne veux point qu'on soit dur à mon peuple ». Et à un général : « Ayez grand soin des malades et des blessés ».

Charles X disait encore : « Descendez jusque dans la cabane du pauvre pour y interroger ses besoins, et je vous y suivrai ».

L'Impératrice Marie-Thérèse d'Autriche pouvait donc dire : « Nous, les Rois, sommes dans ce monde pour faire du bien aux autres ».

Et le Roi Charles V disait : « Je ne connais qu'un seul bonheur attaché au pouvoir. C'est de pouvoir faire du bien à autrui ».

 

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Conclusion :

 

La monarchie française est éminemment divine et catholique, familiale et populaire. Tous ses Rois l'on comprise ainsi et ont donné l'exemple à leurs peuples. A nous de suivre cet exemple et de reconstruire autour de nous, selon nos possibilités et notre devoir d'état, cette société divine et catholique, familiale et populaire, et bientôt, espérons-le, royale et monarchique.

En ce sens, même le moins vertueux des Rois de France est supérieur au meilleur des présidents de la République (même catholique à titre privé), car le Roi procure tout le bien (même surnaturel) de son peuple et le conduit à Dieu pour le salut temporel et éternel du peuple et de son souverain.

Et ce caractère de la monarchie française impressionne même ses adversaires. Ainsi même Jean Jaurès parlait du « charme séculaire de la monarchie ». Et l'abbé Sieyès avouait : « Il y a plus de liberté pour le citoyen en la monarchie qu'en la république ».

Souvenez-vous que le vénérable Philippe II Auguste pouvait dire avant la bataille de Bouvines dans un mélange d'humilité personnelle et de conscience royale de son devoir : « Seigneur, je ne suis qu'un homme, mais roi de France est cet homme ».

Ayons nous-mêmes cet esprit catholique et surnaturel, et songeons à nous sanctifier, là où Dieu nous a placés, par les moyens voulus par Dieu : la prière et le devoir d'état personnel, dans la fidélité à Dieu, à Marie et au Roi. La Confrérie Royale est un moyen de sanctification.

Rappelons-nous cette phrase de la Mère Camille de Soyecourt, carmélite qui traversa fortement la Révolution : « Bien comprise, la fidélité à la monarchie est un hommage rendu à la Majesté divine ».

Et selon le mot de Julie Lavergne, « la terre de France ne produira que des épines, tant que les lys n'y refleuriront pas ».

 

« Seigneur, sauvez le Roi. Et exaucez-nous au jour où nous vous invoquerons » (prière pour le Roi tirée du Psaume XIX, 10).

 

                                              Abbé Gabriel Equin +       

 

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23/11/2017
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Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces !

Εν Τουτω Νικα



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Raphaël : la vision de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

* * *

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale
- 25 octobre 2017 -

A - Rappel d'un contexte historique complexe.

 

Affronté aux invasions barbares, l'empereur Dioclétien (qui règne de 284 à 305), estimant que l'Empire devait faire face à trop de menaces pour être défendu par un seul homme, avait mis en place un système de gouvernement nommé Tétrarchie parce que, sans le diviser, il répartissait le pouvoir sur quatre personnages (quatre co-empereurs en quelque sorte).

 

Dioclétien avait été l'initiateur de l'une des plus cruelles persécutions contre les chrétiens : celle où périrent Saint Maurice et ses très nombreux compagnons de la Légion Thébaine, Sainte Agnès de Rome, Saint Julien de Brioude, Sainte Catherine d'Alexandrie, Saint Vincent de Saragosse, Sainte Eulalie de Mérida, Saint Victor de Marseille, Sainte Foy d'Agen, Saint Georges de Lydda, Sainte Julitte et son jeune enfant Saint Cyr, les papes Saint Marcel et Saint Marcellin, Saint Janvier de Bénévent, Saint Sébastien, ainsi que des milliers d'autres, connus ou inconnus.
L'empereur Galère (règne : 305-311) mit fin à la persécution ordonnée par Dioclétien par un édit de tolérance, l'Edit de Sardique (30 avril 311), qui fut son dernier acte : il mourut en effet 5 jours plus tard (5 mai 311).
La disparition de Galère laisse l'Empire dans une situation de crise profonde : le pouvoir est partagé entre trois empereurs légitimes - tous trois Augustes -, Licinius, Maximin Daïa et Constantin, et un usurpateur, Maxence. 

 

Tandis que Licinius et Maximin Daia vont entrer en conflit pour le contrôle de la partie orientale de l'Empire, Maxence, qui a usurpé le pouvoir à Rome, déclare la guerre à Constantin, qui a été proclamé Auguste à York par les troupes de son père - Constance Chlore - à la mort de ce dernier.
Quittant la Bretagne (aujourd'hui Grande-Bretagne) et s'étant soumis les Gaules, Constantin entreprend en 312 la conquête de l'Italie.

 

B - La bataille décisive du Pont Milvius : 28 octobre 312.

 

L'affrontement n'a lieu que lorsque les troupes de Constantin approchent de Rome.
Maxence, qui dispose des cohortes prétoriennes et des troupes de protection de la ville, sort de Rome à leur rencontre.
Le combat s'engage à une dizaine de kilomètres au nord-est de la cité, au lieu dit "Saxa rubra" (les roches rouges), sur la via Flaminia.
Maxence a choisi de combattre en avant du Pont Milvius, un pont de pierre édifié au-dessus du Tibre : le contrôle de ce pont est en effet stratégique puisqu'il est un point de passage obligé vers Rome.
Les troupes de Constantin sont inférieures en nombre : elles semblent même dépassées par cette supériorité numérique ; mais Constantin agit en tacticien sagace et inspiré.
Les troupes de Maxence sont bientôt acculées dos au Tibre et ne peuvent pas toutes emprunter le pont de pierre. Maxence avait fait construire des ponts de bateaux pour faciliter la traversée de ses troupes mais, dans l'affolement de la retraite, leurs amarres sont rompues : des centaines de soldats et Maxence lui-même se noient.


La victoire de Constantin est totale.
Nous sommes au 28 octobre 312.

Constantin entre à Rome en triomphateur, et il est proclamé unique Auguste romain d'Occident.

 

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Raphaël : la victoire de Constantin au Pont Milvius (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

C - La vision de Constantin : « Εν Τουτω Νικα - in hoc signo vinces ! »

 

Peu de temps avant le commencement de la bataille, Constantin a déclaré qu'il a été gratifié d'une vision : il a vu apparaître dans le ciel le monogramme du Christ, formé de la superposition des deux lettres grecques par lesquelles commence le mot "Christ" : ce sont le "Chi" et le "Rho" qui forment le chrisme.


Selon Lactance (250-325), c'est dans un songe que Constantin a reçu l'injonction de marquer du « signe céleste de Dieu » les boucliers de ses troupes la veille de la bataille qui l'oppose à Maxence.
Eusèbe de Césarée, lui, parle d'une vision à l'état de veille, vision partagée par les soldats de Constantin, et ensuite confirmée dans un songe : selon Eusèbe ce serait semble-t-il la Croix qui aurait été manifestée, accompagnée par ces paroles (vues ou entendues) "Εν Τουτω Νικα", en latin : "In hoc signo vinces, ce qui signifie : par ce signe tu vaincras.

 

Bien qu'encore païen (comme son père Constance Chlore, il rendait un culte au "Sol invictus", le soleil invaincu), Constantin a obtempéré et a demandé à ses soldats de marquer leurs boucliers du signe céleste, qu'il a fait aussi placer sur ses enseignes : c'est ainsi qu'est apparu le labarum, étendard militaire surmonté du chrisme. 


C'est parce qu'il a obéi à la vision céleste que Constantin a vaincu Maxence : il le sait.
Et cette obéissance, cette victoire et cette prise de conscience vont être lourdes de conséquences pour l'Eglise, pour Rome et pour l'Empire, ainsi que pour le monde entier.

 

Bien sûr, les historiens modernes sous l'influence du rationalisme, du modernisme et de l'antichristianisme qui se généralise, cherchent à minimiser ces faits : ils essaient de trouver des explications naturelles à la "prétendue" (sic) vision de Constantin tantôt en invoquant certaines conjonctures astrales, tantôt en alléguant d'hypothétiques phénomènes atmosphériques liés à quelque non moins hypothétique éruption volcanique, ou que sais-je encore...
Ces mécréants sont prêts à tout pour nier la Tradition, récuser les miracles et rejeter toute forme de surnaturel !

 

 

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Pièce de monnaie, dite nummus, datée de 327, à l'effigie de Constantin sur le revers de laquelle on voit le labarum surmonté du chrisme (formé par la superposition des lettres grecques "Chi" et "Rho", initiales de "Christos") avec l'inscription "spes publica" (espérance publique) : le labarum est fiché dans un serpent, symbole de l'ennemi.

 

D - L'Edit de Milan : avril 313.

 

La conséquence immédiate de la victoire du Pont Milvius le 28 octobre 312, réside, en avril 313, dans ce que l'on appelle communément l'Edit de Milan.
Reprenant et élargissant l'Edit de Sardique, Constantin, en accord avec Licinius, promulgue la liberté de culte pour toutes les religions : il insiste formellement sur le fait que les chrétiens peuvent désormais accomplir librement et publiquement leurs cérémonies et qu'il ne leur est plus imposé de vénérer l'empereur comme un dieu. 
De la liberté de fait que leur accordait l'Edit de Sardique, les chrétiens passent à la liberté de droit. C'est ce que les auteurs anciens ont appelé : la paix de l'Eglise.

Les persécutions cessent. L'Eglise paraît au grand jour. Elle peut déployer et développer ses cérémonies, construire des églises et, à travers tout cela, attirer davantage d'âmes.
Les communautés chrétiennes croissent en nombre.

 

Selon la tradition romaine, Constantin lui-même abandonne les superstitions païennes et se fait baptiser par le pape Saint Sylvestre 1er [alors que certaines traditions orientales prétendent qu'il aurait été baptisé seulement à son lit de mort, le 22 mai 337].

 

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Raphaël : Constantin est baptisé par Saint Sylvstre (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.

 

Constantin va bientôt donner à Saint Sylvestre le palais du Latran et faire construire à côté la cathédrale de Rome : « tête et mère de toutes les églises de la Ville et du monde » (omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput), dont la dédicace (le 9 novembre 324) sera marquée par un miracle renouvelant celui qui s'était produit à Jérusalem lors de la dédicace du Temple par Salomon quelque mille-deux-cent-cinquante ans plus tôt.
Il fait aussi édifier les basiliques de Saint Pierre au Vatican et de Saint Paul sur la voie d'Ostie, au-dessus des tombes des deux Apôtres, ainsi que la basilique de Sainte Croix près du palais de sa mère Sainte Hélène.

 

Cette dernière, soutenue par son fils, fait entreprendre de grands travaux de prospection en Terre Sainte afin de retrouver les lieux sanctifiés par les événements de la vie du Sauveur : à Nazareth, à Bethléem, à Capharnaüm... etc. et bien sûr à Jérusalem, où l'on retrouve la Croix, le Golgotha et le Saint Sépulcre qui sont alors enchâssés dans une splendide basilique.

 

Constantin, quittant Rome dont il abandonne l'administration au pape Saint Sylvestre, au lieu où se trouve la bourgade de Byzance, fait édifier la première capitale politique chrétienne : Constantinople (Constantinopolis : la ville de Constantin).

Enfin, en raison des dangers que la doctrine hérétique d'Arius commence à faire peser sur la foi chrétienne, Constantin convoque à Nicée, en 325, le premier concile oecuménique pour que soit précisée et définie la foi droite telle qu'elle a été authentiquement reçue des apôtres.

 

Une ère nouvelle s'est ouverte pour l'Eglise du Christ.
Les souverains temporels ne sont plus ses bourreaux, mais ils s'enorgueilliront désormais de se mettre à son service.
Soixante-sept ans plus tard, par l'Edit de Thessalonique (27 février/24 novembre 380), l'empereur Saint Théodose 1er le Grand, fera du christianisme la religion officielle de l'Empire et en bannira les cultes païens.

 

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Raphaël : la donation de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.
Constantin laisse Rome à l'administration du pape Saint Sylvestre avant de s'installer dans sa nouvelle capitale : Constantinople.

 

E - Des événements anciens mais toujours actuels.

 

Bien que loin de nous dans le temps, ces faits nous concernent directement toutefois, et même ils demeurent des plus actuels quant à notre vie liturgique et spirituelle.

 

E1 - Quant à notre vie liturgique :
- E1 a) Parce que notre missel romain classique (je parle donc de la liturgie célébrée selon le rite latin traditionnel, liturgie dite "de Saint Pie V", et non du missel issu de la réforme postconciliaire dans lequel cela - comme beaucoup d'autres choses importantes - a été singulièrement édulcoré) comprend un nombre incalculable de notations, d'allusions, de références... etc. à tous les événements rappelés ci-dessus.
- E1 b) Et parce que l'ordonnancement de la Sainte Messe lui-même, dans son déroulement, est directement lié aux développements et déploiements des cérémonies lorsque l'Eglise, sortant des catacombes, grâce à l'empereur Constantin le Grand, a pu librement s'épanouir dans l'espace public de la cité.

 

E2 - Quant à notre vie spirituelle :
- E2 a) Parce que ce sont là des racines - nos racines chrétiennes - qui, de la même manière que les racines d'un arbre, assurent la stabilité et l'équilibre de tout ce qui se développe au-dessus et lui apportent également la nourriture et la force ; de la même manière, la pieuse connaissance de ces faits assure notre stabilité et notre équilibre dans la vie selon la foi, en même temps qu'elle nourrit et fortifie nos convictions. Car la Sainte Eglise notre Mère, de par les mystérieux et admirables desseins de la Providence, n'est pas seulement romaine parce que les saints Apôtres Pierre et Paul ont évangélisé Rome et y ont répandu leur sang, mais elle est aussi, et peut-être même davantage, romaine parce que l'empereur Saint Constantin 1er le Grand - "égal aux apôtres" selon la terminologie des Eglises d'Orient -  par son obéissance à la vision céleste, par sa glorieuse victoire au Pont Milvius remportée sous le signe du Christ Sauveur, par sa conversion, par son baptême et par la protection généreuse et féconde qu'il a accordée à l'Eglise, a transformé Rome, lieu où jusqu'alors l'on ne venait que très discrètement se recueillir sur le tombeau des Apôtres, en une capitale spirituelle rayonnant sur tout l'univers, et parce qu'il s'est montré, en actes plus qu'en paroles, l'un des premiers modèles du culte du Christ-Roi, Prince des rois de la terre ("Princeps regum terrae" - Apoc. I, 5).

- E2 b) Par-dessus tout parce que ces événements nous redisent d'une manière grandiose et exaltante que c'est la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est la source et le motif de toutes les véritables victoires.

- E2 c) Enfin, en conséquence, et d'une manière très spéciale pour les membres de cette Confrérie Royale, parce que l'histoire de la victoire et de la conversion de Constantin nous montrent à l'évidence que Dieu, dans Ses miséricordieux desseins sur les peuples et pour leur accorder Ses grâces, a pour instruments privilégiés les Souverains qui sont attentifs à Ses inspirations et mettent leur sceptre au service du règne du Christ : cela nous doit donc stimuler à prier plus instamment pour celui qui est aujourd'hui le représentant légitime du pouvoir légitime voulu par Dieu pour la France, à savoir Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

 

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Rome : l'arc de triomphe de Constantin édifié en 315 sur l'ordre du Sénat Romain pour célébrer la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius et son accession au pouvoir à Rome.

 

F - Par la Croix la victoire.

 

La Croix !
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ a vaincu.
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne.

C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ triomphe et  gouverne.

Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !

Et Ses disciples aussi.
C'est par la Croix qu'ils ont été rachetés. C'est par la Croix qu'ils vivent de Sa vie et reçoivent Sa grâce. C'est par la Croix qu'ils sont eux-mêmes sanctifiés et qu'ils s'unissent à Son travail de rédemption des âmes. C'est par la Croix qu'ils oeuvrent à la transformation du monde d'ici-bas pour que la cité de la terre soit le plus conforme à la Cité des cieux qu'ils attendent et qu'ils préparent.

 

Mais la croix n'est lumineuse qu'à distance.

Et son resplendissement est celui de la grâce surnaturelle, pas celui de la gloire humaine.

Si l'on sert le Christ-Roi en s'attachant à Sa Croix, l'on sert aussi les rois serviteurs du Christ-Roi en ne se dérobant pas à cette même Croix, qui fait mal, qui pèse lourdement sur nos épaules, qui nous brise, qui semble nous écraser parfois, qui fait entrer des échardes dans notre chair, qui nous fait saigner, qui nous immobilise par des clous...

Il n'y a cependant pas d'autre voie pour celui qui veut être authentiquement chrétien : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à lui-même et porte sa croix  chaque jour et Me suive » (Luc IX, 23), « Et qui ne porte point sa croix et ne Me suit point, ne peut être Mon disciple » (ibid. XIV, 27).

 

Nous ne sommes donc pas les membres d'une Confrérie Royale pour briller à nos propres yeux et pour en retirer une gloire et des satisfactions mondaines, mais pour nous attacher encore plus étroitement à la Croix, étant non seulement les serviteurs du Christ au même que titre que tous les chrétiens que Jésus invite à porter Sa Croix derrière Lui, mais étant en outre au service spirituel du lieu-tenant du Christ-Roi pour ce Royaume de France, le Souverain des Lys : Louis XX, auquel revient de droit le titre de "Roi Très Chrétien".

 

Chers Membres de notre humble Confrérie Royale, soyons toujours plus fidèles et généreux dans l'embrassement volontaire et amoureux de nos croix de chaque jour, dans l'embrassement volontaire et amoureux de la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous est tendue et proposée à travers les mille et uns petits sacrifices quotidiens, offerts pour Dieu et pour le Roi.

C'est là que réside notre victoire : "Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces" !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

 

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Le Bernin : statue équestre de Saint Constantin dans le péristyle de la basilique vaticane (1670)

 

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24/10/2017
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Les martyrs de septembre 1792 : mémoire et dévotion.

 

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale

 

25 septembre 2017

 

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Chaque année, le mois de septembre nous fait commémorer en France l’un des plus tragiques épisodes de notre histoire, l’une des taches indélébiles que la Révolution dite française imprima sur le sol de notre pays et dans la mémoire historique de notre peuple. Il s’agit des massacres de septembre 1792.

 

Les atrocités de la Révolution ne manquent pas au tableau de cette période charnière de notre histoire. Le « livre noir » de la Révolution a commencé à être écrit par les historiens de l’école traditionnelle et contre-révolutionnaire – catholique et royaliste – mais aussi, à partir des années 1960, à la suite d’un mouvement impulsé par les historiens anglo-saxons, par une école qu’on pourrait positivement qualifier de « révisionniste », autour de François Furet et Mona Ozouf notamment.

 

Une historiographie catholique aurait toutefois besoin de reprendre en charge les dossiers brûlants de la persécution anticatholique engagée au fil de la dernière décennie du XVIIIe siècle. Cette persécution – l’une des premières de l’histoire occidentale, après celles des premiers siècles et celle engagée par les protestants au XVIe siècle – a pris plusieurs visages successifs. Les artisans de la Révolution, fanatisés par la franc-maçonnerie et désireux d’abattre définitivement l’union sacrée du Sceptre et de l’Autel, ont d’abord voulu séduire l’Église de France, avant de la contraindre à se soumettre au diktat de la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790), en imposant des sanctions graves aux contrevenants (prison, exil, bannissement, etc.). Puis, après l’abolition de la monarchie, en septembre 1792, la Révolution a pris sa tournure profondément anticatholique : il fallait imposer dans les esprits et dans les cœurs l’idéal révolutionnaire en détruisant les restes de la « superstition », c’est-à-dire du catholicisme. C’est alors qu’à partir de 1793, les églises furent transformées en temples de la Raison, les objets sacrés fondus, les ornements dispersés après avoir été profanés dans des mascarades, le calendrier chrétien a été remplacé par le calendrier révolutionnaire, les villes au nom chrétien ont été débaptisées, les prêtres ont été contraints à défroquer et à se marier, ou à affronter le « couperet égalitaire » de la guillotine. Nous connaissons aussi la suite, et notamment la révolte salutaire de la Vendée et de tant d’autres provinces françaises restées fidèles à Dieu et au Roi, qui ont refusé, selon le noble et saint réflexe du « sens fidei », de cautionner ce mouvement de haine imposé par une poignée d’hommes grisés par un pouvoir quasi-illimité, qui imposèrent la peur et l’angoisse dans la majorité de la population française.

 

Le contexte historique des Massacres de Septembre

 

Les évènements de septembre 1792 se situent à cheval entre ces deux périodes de persécution larvée et de persécution violente. Si la Révolution avait répandu, depuis juillet 1789, des bains de sang, les premiers massacres de masse ont été perpétrés à cette période où les tenants de la Révolution, après avoir mis fin au règne de Louis XVI, se sont retrouvés confrontés à la menace austro-prussienne sur les frontières du nord-est. L’armée révolutionnaire, renforcée par les contingents arrivés des provinces, pouvait craindre d’être écrasée par les puissantes forces des monarchies d’Europe centrale qui, par leur probable victoire, risquaient de mettre un terme définitif à « l’épopée » révolutionnaire, en restaurant du même coup Louis XVI sur le trône. En outre, le manifeste de Brunswick, composé par le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Lunebourg, publié le 1er août 1792, et qui menaçait Paris d’une « exécution militaire et une subversion totale » en cas d’agression de la famille royale, avait chauffé les esprits des Parisiens et conduit à la prise des Tuileries et à l’enfermement du roi et des siens (10 août).

Au début du mois de septembre, Paris était dans un état d’ébullition sans précédent. La menace étrangère et les révoltes de certaines provinces suscitèrent la pression de la « Commune insurrectionnelle », sorte de pouvoir municipal alternatif imposé par les sans-culottes au lendemain de la journée du 10 août, face à la Convention. La Commune avait abusé de la situation et s’était octroyé des pouvoirs extrêmes. Le 17 août, elle créa un tribunal pour juger les responsables de la tuerie des Tuileries – évidemment, seuls les royalistes étaient visés. Devant la lenteur des procédures, les « Patriotes » s’inquiétèrent et ordonnèrent des visites domiciliaires afin d’arrêter les « suspects ». Qui étaient ces suspects ? Tous ceux qui étaient accusés de comploter contre les « Patriotes », bref ceux qui ne rentraient pas dans le « moule » idéologique imposé par la Commune insurrectionnelle. Bien entendu, les aristocrates et les ecclésiastiques étaient les premiers visés, et, en peu de jours, à la fin du mois d’août, les prisons de la capitale – l’Abbaye, le Grand Châtelet, la Conciergerie, Bicêtre, la Salpêtrière, la Force – et les couvents transformés en prisons – les Carmes déchaussés – furent vite remplis.

 

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Mais cela ne suffisait pas. La panique était à son comble. Maintenir en vie ces « suspects » était une menace pour les « Patriotes » et leurs familles. Le 30 août, les Girondins, craignant la tournure dangereuse imposée par les sans-culottes, réclamèrent la dissolution de la Commune insurrectionnelle. Cette démarche exacerba l’inquiétude des « Patriotes », qui décidèrent de passer eux-mêmes à l’acte en exterminant les foules d’innocents étiquetés « Ennemis de la Nation ». Jean-Paul Marat, le grand orateur des sans-culottes, répandit, dans la chaire de mensonge du club des Cordeliers, des appels au meurtre, relayés dans sa populaire feuille de chou, L’Ami du peuple. Il écrivait, dans le numéro du 19 août : « Debout ! Debout ! Et que le sang des traîtres commence à couler ! » Une circulaire du Comité de surveillance, imprimée le 3 septembre par les presses de L’Ami du peuple, justifia cette réaction brutale par un prétendu « affreux complot tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de l’empire français ». La circulaire encourageait les provinces à suivre l’exemple de la capitale en employant ce « moyen si nécessaire au salut public » :

 

« La commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple ; actes de justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l’ont conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s’écrieront comme les Parisiens : Nous marchons à l’ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour égorger nos enfants et nos femmes. »

 

Nous ne commenterons pas un tel passage qui montre au fond toute la perversité employée par les ténors et les inspirateurs de la Révolution dans leur opération de manipulation des esprits. Le premier totalitarisme de l’histoire était à l’œuvre.

 

Les martyrs de septembre

 

À Paris, les massacres furent perpétrés du 2 au 4 septembre. En province, quelques épisodes sont recensés, mais il faudrait effectuer de nouvelles vérifications historiques à partir de l’été 1789. Les massacres parisiens restent toutefois la principale illustration de cet épisode sanguinaire. Sans entrer dans le détail de l’épouvante qui s’abattit sur la capitale, de jour comme de nuit, notons que le bilan humain des massacres de septembre s’étendrait entre 1200 et 1400 victimes – selon les recensements les plus équilibrés donnés par François Bluche et François Furet. Nous ne rentrerons pas dans la polémique des chiffres, qui peuvent atteindre de grandes variations selon les écoles historiographiques (ainsi, l’abbé Augustin Barruel donnait le chiffre certainement exagéré de 13.000 morts).

La plupart des victimes furent des laïcs, en particulier membres de la noblesse, hommes et femmes. Nous avons tous en mémoire notamment l’atroce assassinat de Marie-Thérèse de Savoie-Carignan (1749-1792), princesse de Lamballe, ancienne surintendante de la Maison de la Reine et grande amie de Marie-Antoinette, dépecée et décapitée par une bande de sauvages en furie, et dont la tête fut présentée devant les fenêtres de la reine, au Temple.

 

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Une place considérable fut « accordée » aux prêtres, séminaristes et religieux. Ils étaient au moins 223, soit entre 16 et 18% de l’ensemble des victimes. Ils étaient « ennemis de la Nation », non pas parce qu’ils étaient avec les Suisses des Tuileries le 10 août, non pas parce qu’ils prêchaient publiquement en faveur de la France et de la Prusse, non pas parce qu’ils manifestaient ouvertement leur haine de la Révolution. Ils étaient « ennemis » et « contre-révolutionnaires » tout simplement parce qu’ils avaient donné leur vie à Dieu, à ce Dieu rejeté par la Révolution. Le Dieu des catholiques est le Dieu de l’ordre social, de la hiérarchie terrestre et céleste, du pacte national fondé dans les eaux baptismales de Reims. Le Dieu des révolutionnaires est le Dieu des philosophes, le grand architecte de l’Univers, celui qui inspire les évolutions du processus historique, celui qui a voulu et désiré la Révolution comme tournant inéluctable de l’histoire humaine. Bref, deux « dieux » qui ne pouvaient pas cohabiter. La suite de la Révolution, avec sa campagne virulente de déchristianisation et de régénération des esprits, prouva qu’il fallait abattre Dieu pour imposer le nouveau « dieu », ou plutôt la « déesse » Raison, puis les autres avatars introduits sous le Directoire – tel le culte « théophilanthropique ».

 

En fin de compte, en massacrant les clercs et les religieux restés fidèles à Rome – ils étaient assermentés ou réfractaires parce qu’ils avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé – et à l’ordre ancien de la France, caractérisé par le lien indissoluble entre le Sceptre et l’Autel, les « septembriseurs », comme on les appellera, s’attaquaient tout bonnement aux racines de la France. Tout ce qui rappelait ces racines, tout ce qui restait profondément attaché à ces racines – sans pour autant constituer des menaces humainement réelles à l’égard du nouvel ordre révolutionnaire – devait être absolument extirpé. L’histoire de la Vendée illustrera bientôt, avec une encore plus abominable virulence idéologique, le désir du gouvernement révolutionnaire d’exterminer ceux qui étaient arbitrairement désignés comme « ennemis de la Nation ». L’accusation qui tue : nous sommes devant le premier génocide de l’histoire, comme a osé l’affirmé, depuis tant d’années, Reynald Seycher, et plus récemment le diplomate Jacques Villemain, dans son ouvrage Vendée 1793-1794.

 

Bref, l’assassinat des prêtres et des religieux perpétré en septembre 1792 – comme plus tard les autres exécutions et massacres de masse bien connus, comme l’affaire des Carmélites de Compiègne (17 juillet 1794) et les Noyades de Nantes (de novembre 1793 à février 1794) – constitue un vrai acte de persécution anticatholique. Morts incontestablement pour leur foi, ces victimes sont de véritables martyrs. L’Église a rapidement reconnu leur témoignage. En 1906, saint Pie X béatifia les seize Carmélites de Compiègne. En 1920, Benoît XV béatifia les quatre Filles de la Charité d’Arras et les onze Ursulines de Valenciennes, condamnées en 1794 pour avoir « enseigné la religion catholique, apostolique et romaine ». En 1925, 32 religieuses d’Orange, guillotinées en 1794, étaient béatifiées par Pie XI. L’année suivante, 191 victimes des massacres de septembre ont été en même temps élevées sur les autels, aux côtés du prêtre angevin Noël Pinot. Plus tard, d’autres béatifications suivront, comme, en 1984, celle des 99 martyrs d’Angers et d’Avrillé, fusillés et noyés entre janvier et février 1794, ou les 64 prêtres réfractaires morts en déportation à Rochefort, béatifiés en 1995. En octobre 2016, le frère des écoles chrétiennes Salomon Leclercq, a été inscrit au catalogue des saints. Et tant d’autres victimes, clercs et laïcs, restent sur la liste d’attente !

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L’escalier des Carmes, où tombèrent de nombreux prêtres

 

Parmi les martyrs de septembre 1792, trois évêques étaient au tableau d’honneur : Jean-Marie du Lau d’Allemans, 53 ans, archevêque d’Arles, et les frères François-Joseph de La Rochefoucauld-Bayers, 56 ans, évêque de Beauvais, et Pierre-Louis de La Rochefoucauld-Bayers, 47 ans, évêque de Saintes. Un autre évêque, Jean-Arnaud de Castellane, 59 ans, évêque de Mende, tué à Versailles le 5 septembre, n’a pas encore été béatifié. Nous n’entrerons pas dans les détails biographiques de ces grands témoins de la foi, ni dans ceux de cette foule de prêtres et religieux qui les ont accompagnés au supplice lors de ces tragiques journées de septembre. L’acte même de leur offrande et la raison profonde de leur assassinat (la haine de la foi proclamée par les septembriseurs) suffit à justifier leur titre de martyrs, comme l’écrivait Mgr de Teil, vice-postulateur de la cause des martyrs de septembre, au début du XXe siècle :

 

« En effet, tandis que des scélérats s’acharnaient sur les ministres de Dieu et répandaient partout la terreur, ils leur donnèrent par les outrages, les tourments et les supplices, le moyen de confesser solennellement leur foi et de l’attester par l’effusion de leur sang. Et voici que la tempête apaisée, les flots soumis, la barque de Pierre sort plus forte que jamais d’une mer qui aurait dû l’engloutir, et que ces nombreuses victimes, objets de tant de mépris et de tant de colère, apparaissent portant les palmes du martyre. »
(Henri Welschinger,
Les martyrs de septembre, Paris, Gabalda, 1919, p. 147)

 

La dévotion aux martyrs de septembre

 

Quelle leçon les martyrs de septembre doivent-ils nous donner, plus de 200 ans après leur mort ? Pour le Français fidèle à son Dieu et à son Roi, le témoignage des martyrs de septembre est le témoignage de la fidélité au pacte sacré de Reims, qui unit définitivement le pouvoir royal et la foi catholique, lors du baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. Malgré les crises et les bousculements de l’histoire de la monarchie française, ce pacte est resté incontesté jusqu’en 1789. La Révolution porte bien son nom : il fallait opérer un changement radical, un bouleversement fondamental, une tabula rasa dans l’histoire de la France, en rompant définitivement ce lien sacré. La suite des épisodes révolutionnaires s’inscrit dans ce dessein pervers d’en finir avec la royauté de droit divin, d’enlever à Dieu la suprême majesté sur la France. Les massacres de septembre illustrent, au moment même où la royauté a été suspendue (10 août) et peu avant la proclamation de la République et l’abolition de la monarchie (21 septembre), ce désir d’en finir avec l’ordre représentatif de ce pacte divin, autrement dit le clergé. En voulant ôter la vie de personnes consacrées, dans ces circonstances horribles qui montrent que la barbarie a vite remplacé le peuple « le plus éclairé » d’Europe, les révolutionnaires n’avaient pas peur de commettre de véritables sacrilèges, comme ils le démontreront plus tard, avec encore plus de virulence. La haine de Dieu était leur motif incontestable. Ils ne pouvaient pas agir de manière inconsciente à cet égard. Tout cela nous prouve, une fois encore, le caractère proprement démoniaque de la Révolution française, en dépit des « gentilles » – quoique perverses – intuitions de 1789...

 

martyrs septembre 1792 - Copie.jpg

 

Sans entrer dans le débat sur l’idéologie révolutionnaire et ses ambiguïtés, ni sur les responsabilités authentiques des uns et des autres au fil de cette sanglante « épopée », un catholique fidèle à son pays et à son histoire ne peut accepter, comme voudraient l’imposer les fanatiques des « valeurs de la république », de cautionner la Révolution. Il doit par contre continuer à faire parler le témoignage de l’histoire. Comment cela ? En s’instruisant lui-même sur les évènements de la Révolution, en commémorant chaque année les tragiques épisodes pour « faire mémoire », c’est-à-dire pour imprégner son âme et son cœur du combat éternel de Dieu contre Satan, de la vérité contre le mensonge, du bien contre le mal, en prenant exemple sur les martyrs de cette époque. Car demain, nous aurons peut-être aussi à témoigner dans les épreuves et dans le sang. Puissions-nous, en implorant la protection des bienheureux martyrs de septembre, rester fidèle aux engagements sacrés de notre baptême, qui sont inséparables, pour nous Français, des engagements sacrés du baptême de la France, du pacte sacré entre le Trône et l’Autel.

Profitons donc de la fin de ce mois de septembre pour contempler une de ces grandes figures de la foi et recommandons-nous à son intercession auprès du Christ, Roi de l’Univers et Maître de l’histoire.

 

Pierre-Louis_de_la_Rochefoucauld_Stained_glass_window_Saint-Eutropius_upper_Basilica_Saintes_Charente-Maritime (1) - Copie.jpg

 

Bx Pierre-Louis de La Rochefoucauld

(vitrail de la basilique Saint-Eutrope de Saintes)

 

Mathias Balticensis


24/09/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 juin 2017)

Confrérie de prière

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie royale
25 juin 2017

 

         Chers Membres de la Confrérie Royale & Sympathisants,

 

 

 

Dans son admirable Discours sur l’histoire universelle, Bossuet enseigne au dauphin, fils de Louis XIV, que « Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes touchant les rois et les monarchies qu’Il élève ou qu’Il détruit. Mais l’ayant fait tant de fois dans ces grands empires [de l’Antiquité] dont nous venons de parler, Il nous montre par ces exemples fameux ce qu’Il fait dans tous les autres, et Il apprend aux rois ces deux vérités fondamentales : premièrement, que c’est Lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il Lui plaît ; et secondement, qu’Il sait les faire servir, dans les temps et dans l’ordre qu’Il a résolu, aux desseins qu’Il a sur son peuple. C’est, Monseigneur, ce qui doit tenir tous les princes dans une entière dépendance, et les rendre toujours attentifs aux ordres de Dieu, afin de prêter la main à ce qu’Il médite pour sa gloire dans toutes les occasions qu’Il leur en présente »[1].

Avec son regard d’aigle, le grand Évêque de Meaux voit dans l’histoire du genre humain la manifestation de la Providence divine, dans laquelle Dieu intervient pour faire triompher Son plan, et « la vraie science de l’histoire, écrit-il encore, est de remarquer dans chaque temps ces secrètes dispositions qui ont préparé les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arriver »[2].

 

Pourtant, il est intéressant de remarquer que dans l’histoire du peuple hébreu, la royauté fut instaurée pour un motif tout autre que celui de faire régner Dieu parmi « Son peuple » (Jér. 30, 22). Jusque-là, en effet, le Peuple de Dieu était gouverné par des prophètes, comme Moïse ou Samuel, ou encore par des juges que le Seigneur suscitait aux heures critiques de son histoire pour sauver Israël.

 

Ce type de recours à un intermédiaire royal ne correspond pas entièrement au plan originel de Dieu ; en effet, depuis toujours, Dieu souhaite instaurer avec chaque homme une relation directe permettant à ce dernier de recevoir lumière et force pour chaque jour. Ainsi Moïse s’exclamait-il : « Si seulement tout le peuple du Seigneur était composé de prophètes ! » (Nb 11, 29).

 

Le prophète Samuel oignant le roi David.

 

Cependant, les prophètes et les juges recevaient leurs instructions du Seigneur Lui-même et les transmettaient au peuple ; leur rôle était donc au service de l’autorité exercée par Dieu sur Son peuple. Avec la royauté, il en va autrement. L’instauration de la monarchie, ce « péché originel d’Israël » comme on l’a appelé [3], provient de la même cause que le péché originel de l’humanité : le mimétisme. Alors qu’Adam et Ève voulaient devenir « comme des dieux » (Gn 3, 5), les fils d’Israël veulent être « comme les autres nations ». Les anciens d’Israël dirent en effet au prophète Samuel : « Installe-nous un roi pour nous juger comme toutes les nations » (1 Sam. 8, 5). Dieu ne s’y trompe pas : cette volonté d’« être comme » est une manière de Le rejeter, Lui, car elle constitue une alternative trompeuse à l’« être par » Dieu ; c’est pourquoi le Seigneur déclare à Samuel en retour : « Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est Moi, afin que Je ne règne plus sur eux » (1 Sam. 8, 7).

 

Pour nous, c’est tout l’inverse : c’est pour faire régner Dieu que nous demandons un roi ! C’est pour ne pas suivre nos moutons contemporains englués dans la démocratie moderne que nous réclamons un roi ! « Da nobis regem », lisions-nous au bréviaire jeudi dernier [4] : Seigneur, donnez-nous ce roi qui nous permette de restaurer Vos droits sur la France, Votre fille bien ingrate ! Mais une fille indigne, quand bien même elle se prostituerait, demeurerait la fille de son père, et c’est cette filiation, souillée mais non pas désavouée, qu’il nous faut faire reconnaître aux yeux de tous.

 

Dans le récit de l’instauration de la royauté au sein d’Israël, nous voyons que le Seigneur, qui est assez puissant pour faire rejoindre les caprices de ses enfants gâtés à Son plan de Salut, non seulement va accorder le régime réclamé par Son peuple, mais va encore lui envoyer un roi « selon Son Cœur » (Actes 13, 22), en retirant la royauté à Saül pour la confier à David, le roi-prophète. Tel est, selon saint Paul, le témoignage que Dieu rendit au premier roi fidèle de Juda, et ce n’est pas un hasard si c’est de sa postérité que sortira le Messie. Quant à nous, nous fêtons d’ailleurs ces jours-ci le 1030e anniversaire du sacre et couronnement de Hugues Capet, fondateur de la dynastie d’où naîtra le successeur légitime de nos rois de France.

 

 

Couronnement du roi Hugues Capet (987)

 

 

En ce mois du Sacré-Cœur, c’est ce qu’il nous faut demander dans nos prières : que S.M. le roi de jure Louis XX puisse exercer sa royauté selon le Cœur de Dieu.

 

 

En 1689, lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ révéla Son Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, Il lui fit cette demande importante : « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par sa consécration à Mon Cœur adorable. Mon Cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous ceux de la sainte Église ». Mais Louis XIV ne fit pas droit à cette céleste requête et cent ans jour pour jour après le message du 17 juin 1689 resté sans réponse, le Tiers-État se proclamera Assemblée constituante et emportera la Monarchie française dans le sang et la terreur.

 

C’est donc par la consécration au Sacré-Cœur que nous viendra le salut de la France, tout comme Notre-Dame de Fatima nous assurait, il y a un siècle, que c’est par la consécration à son Cœur immaculé que la paix serait rendue au monde.

 

Avec ce charisme prophétique que leur insuffle bien souvent le Souverain Pontificat, les Papes, depuis plus d’un siècle, ont annoncé clairement les bienfaits que nous pourrions attendre d’une telle consécration au Cœur adorable de Jésus, « fruits nombreux et excellents, non seulement pour chacun en particulier, mais pour la société tout entière : religieuse, civile ou familiale » [5] – Notre-Seigneur lui-même a promis en effet à sainte Marguerite-Marie que « tous ceux qui honoreraient Son Cœur seraient comblés d’abondantes grâces célestes » ; mais encore les calamités qui s’abattraient sur nous si nous Le méprisions.

 

Mosaïque de la voûte de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre édifiée en Vœu national (loi de 1873)

 

En élevant la fête du Sacré-Cœur que nous solennisons justement aujourd’hui au rang de double de première classe avec octave, le pape Pie XI incitait tous les Catholiques à faire « amende honorable à Notre-Seigneur, dans laquelle toutes nos fautes sont déplorées, et hommage est rendu aux droits violés de notre Roi et de Notre-Seigneur très aimant »[6].

 

 

Avant lui, le pape Léon XIII avait consacré le genre humain au Sacré-Cœur. Dans son encyclique Annum sacrum (1899), il expliquait : « Une telle consécration apporte aussi aux États l’espoir d’une situation meilleure, car cet acte de piété peut établir ou raffermir les liens qui unissent naturellement les affaires publiques à Dieu. (…) Il arrive fatalement que les fondements les plus solides du salut public s’écroulent lorsqu’on laisse de côté la religion. Dieu, pour faire subir à ses ennemis le châtiment qu’ils avaient mérité, les a livrés à leurs penchants, de sorte qu’ils s’abandonnent à leurs passions et s’épuisent dans une licence excessive. De là, cette abondance de maux qui depuis longtemps sévissent sur le monde, et qui Nous obligent à demander le secours de Celui qui seul peut les écarter ».

 

 

Cet enseignement sera repris par le même Pie XI lorsqu’il instituera la fête liturgique du Christ Roi, afin d’exalter la royauté du Christ sur tout l’Univers et inciter les individus comme les États à proclamer leur soumission à Son règne d’amour, puisqu’Il veut régner par Son Sacré-Cœur. Ainsi écrivait-il dans son encyclique Quas primas : « À l’heure où les hommes et les États sans Dieu, devenus la proie des guerres qu’allument la haine et des discordes intestines, se précipitent à la ruine et à la mort, l’Église de Dieu, continuant à donner au genre humain l’aliment de la vie spirituelle, engendre et élève pour le Christ des générations successives de saints et de saintes ; le Christ, à son tour, ne cesse d’appeler à l’éternelle béatitude de Son royaume céleste ceux en qui Il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de Son royaume terrestre »[7].

 

Et plus loin : « Les États, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à Ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui L’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui L’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles ; car Sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs »[8].

 

Notre défense et promotion de la royauté, chers Amis, doit en conséquence se réaliser d’abord dans notre propre âme, selon la parole de Notre-Seigneur : « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine » (Lc 11, 17). Comment en effet pourrions-nous faire triompher la royauté du Christ dans la société si notre âme n’est pas maîtresse de nos passions, si le père ne commande pas au sein de la famille, si le roi ne règne pas sur ses sujets ? Qu’il me soit permis de vous rappeler notre engagement de sanctifier particulièrement, la grâce aidant, le 25 de chaque mois plus encore que les autres jours, dans le but d’offrir nos efforts, nos peines et nos sacrifices à toutes les intentions de la Confrérie royale. Ce mois-ci, la sainte Messe dominicale et la sainte Communion nous y aideront grandement !

 

Ici encore le pape Pie XI a des mots percutants : « Si enfin cette puissance embrasse la nature humaine tout entière, poursuit-il dans son encyclique, on doit évidemment conclure quaucune de nos facultés ne peut se soustraire à cette souveraineté. Il faut donc qu’Il [le Sacré-Cœur] règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu’Il règne sur nos volontés : nous devons observer les lois et les commandements de Dieu. Il faut qu’Il règne sur nos cœurs : nous devons sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-dessus toutes choses et nous attacher à Lui seul. Il faut qu’Il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d’instruments ou, pour emprunter le langage de l’Apôtre saint Paul, ‘‘d’armes de justice offertes à Dieu’’ (Rm 6, 13) pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes. (…) Ainsi nous récolterons les heureux fruits d’une vie conforme aux lois du royaume divin. Reconnus par le Christ pour de bons et fidèles serviteurs de Son royaume terrestre, nous participerons ensuite, avec Lui, à la félicité et à la gloire sans fin de Son royaume céleste »[9].

 

Voici tracés en quelques lignes notre programme de vie, en un mot notre mission, bien chers Membres ! Demandons à saint Jean-Baptiste, dont nous célébrions la Nativité hier, de faire de nous également des Précurseurs du Christ pour annoncer Son Royaume en travaillant ici-bas à l’établissement de Son règne d’amour par le rétablissement du « fils aîné de Son Sacré-Cœur » !

 

Le Chancelier +

 


[1] Bossuet, Discours sur l’histoire universelle (1681), à l’introduction.

[2] Ibid.

[3] Abbé Dominique Janthial, c.e., Devenir enfin soi-même – À la suite des grands hommes du Premier Testament (2016), d’où nous tirons cette analyse vétéro-testamentaire.

[4] 2ème leçon des matines du jeudi de la IIème semaine après la Pentecôte, tiré de 1 Sam. 8, 6.

[5] Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor sur la réparation que nous devons au Sacré-Cœur de Jésus (1928), § 7.

[6] Ibid., § 6.

[7] Encyclique Quas primas (1925), § 3.

[8] Ibid., § 21.

[9] Ibid., § 22.

 


24/06/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 mai 2017)

Lettre mensuelle
aux membres et sympathisants de la

Confrérie Royale

pour le 25 mai anno Domini 2017

 

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Le 25 mai 2017,
en l'Ascension du Seigneur.

 

En ce jour de l'Ascension du Seigneur, rappelons-nous cette autre Ascension de l'an de grâce 1643, 14 mai cette année-là, où s'endormit dans la paix du Seigneur son serviteur le Roi Très-Chrétien Louis, XIIIème du nom, par la grâce de Dieu Roi de France et de Navarre.

 

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Saint Vincent de Paul assistant Louis XIII dans sa dernière agonie
(vitrail de l'église Saint-Séverin, à Paris - détail)

 

  1. Le serviteur de Dieu Louis XIII le Juste.

 

Celui-ci eut un règne difficile, mais glorieux, où il montra les qualités d'un Roi Très-Chrétien.

 

Foi. Louis le Juste eut une foi sans faille, conscient des devoirs tenus de son sacre et de la nécessité de se sanctifier pour le salut de ses peuples, et refusant que les moines d'Argenteuil exposassent la Sainte Tunique exprès pour lui, disant : « La foi me suffit. »

 

Espérance. Il eut une espérance vraiment surnaturelle, vivant sans cesse avec l'idée qu'il rendrait compte à Dieu de son gouvernement, disant : « Dieu ne m'a fait Roi que pour lui obéir et donner l'exemple » ; et disant en mourant : « Je suis ravi d'aller à Dieu. »

 

Charité. Il eut une charité profonde, cherchant le bien naturel et surnaturel de ses sujets, étant pacifique par sa longue patience envers les huguenots et les grands malgré leurs insoumissions et envers les ennemis extérieurs malgré leurs provocations, pardonnant miséricordieusement à ses sujets rebelles repentants, ne sévissant qu'envers les plus coupables, et ne voulant obtenir la conversion des huguenots que de la persuasion, sans faiblesse ni contrainte.

 

Prudence. Il agit toujours avec une grande prudence, vertu du chef, n'entrant en guerre que contraint par les rébellions des huguenots et des grands, ou par l'attaque de ses alliés par les ennemis extérieurs (n'entrant dans la guerre de Trente Ans que pour défendre l'archevêque et prince-électeur de Trèves, fait prisonnier par l'Infante gouvernante des Pays-Bas), et, malgré l'exemple de ses ennemis catholiques qui s'alliaient aux protestants anglais, allemands ou français contre lui, n'acceptant des protestants parmi ses alliés qu'après les assurances des théologiens et en imposant des conditions en faveur de la Religion catholique.

 

Justice. Il agit toujours avec une vraie justice, vertu royale, rendant la justice à ses sujets, rendant la paix à son Royaume, s'attachant à n'entrer en guerre que pour des causes justes (la défense du Royaume, de ses alliés et de la Religion), et disant : « On m'enlèvera plutôt mon sceptre et ma couronne que le titre de Juste qui m'est plus cher que tout. »

 

Religion. Il agit avec une sincère religion, tenant à faire respecter les droits de Dieu (qu'il rétablit en Béarn et à La Rochelle, entrant dans la ville précédé du Saint-Sacrement et accompagné de pains), protégeant l'Eglise et favorisant les réformes voulues par le concile de Trente, favorisant les missions extérieures et les missions de conversion des protestants, commençant la lutte contre le jansénisme, composant de la musique religieuse, rendant de larges grâces à Dieu pour sa protection et ses victoires, consacrant solennellement son Royaume à la Vierge de l'Assomption, revêtu du saint Scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel, consacré lui-même à Notre-Dame du Puy qui lui avait donné « de grandes grâces ».

 

Force. Il agit toujours avec une constante force, renversant à quinze ans un ministre ambitieux qui le tenait en tutelle et en mépris, accomplissant tous ses devoirs publics malgré une très mauvaise santé continuelle, maintenant un grand ministre utile à l'Eglise et au Royaume malgré les ennemis de celui-ci, gouvernant personnellement sans se laisser imposer par la forte personnalité de son ministre, étant à la tête de ses armées à la guerre, maintenant l'édit sur les duels malgré toutes les pressions mais pour protéger sa noblesse contre cette mauvaise habitude.

 

Tempérance. Il agit toujours avec une tempérance assumée, résistant à toutes les tentations qu'une cour propose trop souvent, vivant une vie austère dont le seul plaisir était la chasse, se sacrifiant pour le bien de ses sujets.

 

Ecrits. Ses lettres, édits et ordonnances protégèrent l'Eglise, la famille, les mœurs, disant : « Les bonnes familles sont la condition nécessaire et suffisante d'un bon Royaume. » Et sa déclaration de consécration de la France à Notre-Dame est un véritable petit traité de la Médiation universelle de Marie.

 

Miracles. Sans parler des guérisons des écrouelles (même d'Espagnols venus en France à l'occasion de son mariage à l'occasion de son mariage avec l'Infante Anne), miracles dus non à sa sainteté personnelle, mais à son sacre de Roi de France, il guérit miraculeusement une jeune fille muette en lui imposant les mains pendant le siège de La Rochelle, ce qui provoqua la conversion du duc de la Trémoille, jusque-là calviniste. Et sur son lit de mort il prophétisa au Prince de Condé la victoire de Rocroy, qui sera gagnée par le fils de celui-ci le Duc d'Enghien quelques jours après sa mort.

 

Réputation de sainteté. Saint Vincent de Paul, qui l'assista sur sa demande à sa mort, écrivit ensuite : « Depuis que je suis sur la terre, je n'ai vu mourir personne plus chrétiennement. » Sa réputation de sainteté était telle que Monseigneur Harscouët, évêque de Chartres au XXème siècle, fit les démarches introductives d'un procès en béatification. L'on a parlé d'un second saint Louis.

 

Rocheservière - 85 - Vitrail voeu de Louis XIII.JPG

 

(vitrail de l'église de Rocheservières, en Vendée)

 

  1. Appel à la sainteté.

 

Ce qui précède est l'esquisse de tous les dossiers de ce qui pourrait être un procès en canonisation du Roi Louis XIII.

 

Assurément la fidélité à un supérieur, en particulier à un Roi, ne se fonde pas sur ses qualités ni sur sa sainteté. La fidélité royale repose sur la légitimité divine et humaine de la Royauté française et sur les vertus naturelles et surnaturelles de ses institutions. On n'obéit pas un supérieur parce qu'il est saint, mais parce qu'il nous a été donné par Dieu. Les Rois sont des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts, et nous ne devons pas passer notre temps à voir la paille de leur œil en oubliant la poutre du nôtre.

Mais la Royauté française, par ses vertus intrinsèques et par les grâces de prédilection divine, porte à la sainteté ses titulaires et par eux ses peuples. La Chrétienté autrefois était admirative des qualités de la lignée royale française (supérieures et plus constantes que dans beaucoup de royaumes).

Depuis Clovis, si l'on compte les Rois qui ont reçu la canonisation, la mise au martyrologe romain, un culte local liturgique ou non liturgique, un début de procès de canonisation, la mort en bas âge après le baptême, ou tout simplement la mort en odeur de sainteté ou de grandes vertus chrétiennes, l'on arrive aux deux tiers environ des Rois de France ; tous les autres ont été des chrétiens plus ou moins pécheurs, mais tous de bons chrétiens, protégeant la Religion, veillant au bien commun, et rendant la justice à leurs peuples, vertu dont l'absence aux dires de Louis XV, pouvait damner un Roi ; et certains ont accompli leur rôle jusqu'au sacrifice suprême.

Comme le disait un prédicateur en 1795 à la mort de Louis XVII, « ô vous tous amis du sceptre et du catholicisme, faites en sorte de ne pas ramper dans la fange, lorsque vous le voyez élevé à une si haute sublimité ». C'est un appel à notre sainteté et pour cela à notre sanctification pour Dieu, pour nous, et pour obtenir des grâces pour le Roi, la Famille Royale et le Royaume.

 

Depuis 1789 et 1830, nos Princes remplissent leurs devoirs avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec fidélité (ce qui n'est pas toujours le cas de toutes les monarchies subsistantes ou renversées). Sommes-nous, quant à nous, fidèles à nos devoirs envers eux ? Nous efforçons-nous, à la suite du serviteur de Dieu le Roi Louis XIII le Juste et de nos Rois, de croître dans la sainteté par la vie de prière, par le bon accomplissement de notre devoir d'état là où Dieu nous a placés dans la société, et en répandant avec zèle et discernement la fidélité au Roi légitime ? Pensons à prier pour le Roi de France (il y a diverses indulgences accordées par les Papes pour cela) ? La Confrérie Royale en est un moyen providentiel.

 

Le jeune Louis XIV voyait dans la Royauté les délices de pouvoir répandre le bien sur ses sujets, Louis XVI à la veille de mourir voyait le poids redoutable de la Royauté. Les deux sont vrais. Mais si être Roi gouvernant le Royaume comporte beaucoup de devoirs, accompagnés de nombreux pouvoirs pour ce faire, en revanche être Roi de droit comporte presque autant de devoirs au moins moraux, sans presque aucun pouvoir : c'est un « métier » des plus ingrats et des plus difficiles.

Autrefois le Roi pouvait récompenser ses sujets méritants ; maintenant qu'il est sans pouvoir, servons-le par fidélité : si le Roi ne peut nous en récompenser, Dieu le fera à notre mort dans le ciel.

 

Louis XX est fidèle à ses devoirs, sur les traces de ses prédécesseurs et de son vénéré Père Alphonse II, qui s'est manifestement sanctifié par son devoir d'état royal accompli jusqu'à l'héroïsme. C'est une lourde tâche, qui a besoin de nos prières pour l'aider. Peut-il compter sur elles ?

 

Autrefois tous les couvents, toutes les paroisses, tous les sujets priaient pour le Roi ; maintenant que nous sommes moins nombreux à le faire, prions pour lui davantage (la prière n'empêche pas l'action mais la fonde).

La conversion des Français, notre conversion, est la condition nécessaire d'une Restauration stable. Henri V disait : « Il faut, pour que la France soit sauvée, que Dieu y rentre en Maître pour que j'y puisse régner en Roi. » Dieu est-il le Maître en notre âme ? Et sommes-nous prêts à vraiment servir le Roi ? Commençons donc par notre conversion, et prions pour le Roi, la Reine, le Dauphin, la Famille Royale et le Royaume. Alors notre action pourra être efficace ici-bas, et notre salut assuré au ciel.

 

« Seigneur, sauvez le Roi. Et exaucez-nous au jour où nous vous invoquerons » (prière pour le Roi tirée du Psaume XIX, 10).

 

Abbé Gabriel Equin +

 

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Philippe de Champaigne : Louis XIII couronné par la Victoire


24/05/2017
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