L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Lettre à la Confrérie


Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces !

Εν Τουτω Νικα



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Raphaël : la vision de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

* * *

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale
- 25 octobre 2017 -

A - Rappel d'un contexte historique complexe.

 

Affronté aux invasions barbares, l'empereur Dioclétien (qui règne de 284 à 305), estimant que l'Empire devait faire face à trop de menaces pour être défendu par un seul homme, avait mis en place un système de gouvernement nommé Tétrarchie parce que, sans le diviser, il répartissait le pouvoir sur quatre personnages (quatre co-empereurs en quelque sorte).

 

Dioclétien avait été l'initiateur de l'une des plus cruelles persécutions contre les chrétiens : celle où périrent Saint Maurice et ses très nombreux compagnons de la Légion Thébaine, Sainte Agnès de Rome, Saint Julien de Brioude, Sainte Catherine d'Alexandrie, Saint Vincent de Saragosse, Sainte Eulalie de Mérida, Saint Victor de Marseille, Sainte Foy d'Agen, Saint Georges de Lydda, Sainte Julitte et son jeune enfant Saint Cyr, les papes Saint Marcel et Saint Marcellin, Saint Janvier de Bénévent, Saint Sébastien, ainsi que des milliers d'autres, connus ou inconnus.
L'empereur Galère (règne : 305-311) mit fin à la persécution ordonnée par Dioclétien par un édit de tolérance, l'Edit de Sardique (30 avril 311), qui fut son dernier acte : il mourut en effet 5 jours plus tard (5 mai 311).
La disparition de Galère laisse l'Empire dans une situation de crise profonde : le pouvoir est partagé entre trois empereurs légitimes - tous trois Augustes -, Licinius, Maximin Daïa et Constantin, et un usurpateur, Maxence. 

 

Tandis que Licinius et Maximin Daia vont entrer en conflit pour le contrôle de la partie orientale de l'Empire, Maxence, qui a usurpé le pouvoir à Rome, déclare la guerre à Constantin, qui a été proclamé Auguste à York par les troupes de son père - Constance Chlore - à la mort de ce dernier.
Quittant la Bretagne (aujourd'hui Grande-Bretagne) et s'étant soumis les Gaules, Constantin entreprend en 312 la conquête de l'Italie.

 

B - La bataille décisive du Pont Milvius : 28 octobre 312.

 

L'affrontement n'a lieu que lorsque les troupes de Constantin approchent de Rome.
Maxence, qui dispose des cohortes prétoriennes et des troupes de protection de la ville, sort de Rome à leur rencontre.
Le combat s'engage à une dizaine de kilomètres au nord-est de la cité, au lieu dit "Saxa rubra" (les roches rouges), sur la via Flaminia.
Maxence a choisi de combattre en avant du Pont Milvius, un pont de pierre édifié au-dessus du Tibre : le contrôle de ce pont est en effet stratégique puisqu'il est un point de passage obligé vers Rome.
Les troupes de Constantin sont inférieures en nombre : elles semblent même dépassées par cette supériorité numérique ; mais Constantin agit en tacticien sagace et inspiré.
Les troupes de Maxence sont bientôt acculées dos au Tibre et ne peuvent pas toutes emprunter le pont de pierre. Maxence avait fait construire des ponts de bateaux pour faciliter la traversée de ses troupes mais, dans l'affolement de la retraite, leurs amarres sont rompues : des centaines de soldats et Maxence lui-même se noient.


La victoire de Constantin est totale.
Nous sommes au 28 octobre 312.

Constantin entre à Rome en triomphateur, et il est proclamé unique Auguste romain d'Occident.

 

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Raphaël : la victoire de Constantin au Pont Milvius (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

C - La vision de Constantin : « Εν Τουτω Νικα - in hoc signo vinces ! »

 

Peu de temps avant le commencement de la bataille, Constantin a déclaré qu'il a été gratifié d'une vision : il a vu apparaître dans le ciel le monogramme du Christ, formé de la superposition des deux lettres grecques par lesquelles commence le mot "Christ" : ce sont le "Chi" et le "Rho" qui forment le chrisme.


Selon Lactance (250-325), c'est dans un songe que Constantin a reçu l'injonction de marquer du « signe céleste de Dieu » les boucliers de ses troupes la veille de la bataille qui l'oppose à Maxence.
Eusèbe de Césarée, lui, parle d'une vision à l'état de veille, vision partagée par les soldats de Constantin, et ensuite confirmée dans un songe : selon Eusèbe ce serait semble-t-il la Croix qui aurait été manifestée, accompagnée par ces paroles (vues ou entendues) "Εν Τουτω Νικα", en latin : "In hoc signo vinces, ce qui signifie : par ce signe tu vaincras.

 

Bien qu'encore païen (comme son père Constance Chlore, il rendait un culte au "Sol invictus", le soleil invaincu), Constantin a obtempéré et a demandé à ses soldats de marquer leurs boucliers du signe céleste, qu'il a fait aussi placer sur ses enseignes : c'est ainsi qu'est apparu le labarum, étendard militaire surmonté du chrisme. 


C'est parce qu'il a obéi à la vision céleste que Constantin a vaincu Maxence : il le sait.
Et cette obéissance, cette victoire et cette prise de conscience vont être lourdes de conséquences pour l'Eglise, pour Rome et pour l'Empire, ainsi que pour le monde entier.

 

Bien sûr, les historiens modernes sous l'influence du rationalisme, du modernisme et de l'antichristianisme qui se généralise, cherchent à minimiser ces faits : ils essaient de trouver des explications naturelles à la "prétendue" (sic) vision de Constantin tantôt en invoquant certaines conjonctures astrales, tantôt en alléguant d'hypothétiques phénomènes atmosphériques liés à quelque non moins hypothétique éruption volcanique, ou que sais-je encore...
Ces mécréants sont prêts à tout pour nier la Tradition, récuser les miracles et rejeter toute forme de surnaturel !

 

 

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Pièce de monnaie, dite nummus, datée de 327, à l'effigie de Constantin sur le revers de laquelle on voit le labarum surmonté du chrisme (formé par la superposition des lettres grecques "Chi" et "Rho", initiales de "Christos") avec l'inscription "spes publica" (espérance publique) : le labarum est fiché dans un serpent, symbole de l'ennemi.

 

D - L'Edit de Milan : avril 313.

 

La conséquence immédiate de la victoire du Pont Milvius le 28 octobre 312, réside, en avril 313, dans ce que l'on appelle communément l'Edit de Milan.
Reprenant et élargissant l'Edit de Sardique, Constantin, en accord avec Licinius, promulgue la liberté de culte pour toutes les religions : il insiste formellement sur le fait que les chrétiens peuvent désormais accomplir librement et publiquement leurs cérémonies et qu'il ne leur est plus imposé de vénérer l'empereur comme un dieu. 
De la liberté de fait que leur accordait l'Edit de Sardique, les chrétiens passent à la liberté de droit. C'est ce que les auteurs anciens ont appelé : la paix de l'Eglise.

Les persécutions cessent. L'Eglise paraît au grand jour. Elle peut déployer et développer ses cérémonies, construire des églises et, à travers tout cela, attirer davantage d'âmes.
Les communautés chrétiennes croissent en nombre.

 

Selon la tradition romaine, Constantin lui-même abandonne les superstitions païennes et se fait baptiser par le pape Saint Sylvestre 1er [alors que certaines traditions orientales prétendent qu'il aurait été baptisé seulement à son lit de mort, le 22 mai 337].

 

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Raphaël : Constantin est baptisé par Saint Sylvstre (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.

 

Constantin va bientôt donner à Saint Sylvestre le palais du Latran et faire construire à côté la cathédrale de Rome : « tête et mère de toutes les églises de la Ville et du monde » (omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput), dont la dédicace (le 9 novembre 324) sera marquée par un miracle renouvelant celui qui s'était produit à Jérusalem lors de la dédicace du Temple par Salomon quelque mille-deux-cent-cinquante ans plus tôt.
Il fait aussi édifier les basiliques de Saint Pierre au Vatican et de Saint Paul sur la voie d'Ostie, au-dessus des tombes des deux Apôtres, ainsi que la basilique de Sainte Croix près du palais de sa mère Sainte Hélène.

 

Cette dernière, soutenue par son fils, fait entreprendre de grands travaux de prospection en Terre Sainte afin de retrouver les lieux sanctifiés par les événements de la vie du Sauveur : à Nazareth, à Bethléem, à Capharnaüm... etc. et bien sûr à Jérusalem, où l'on retrouve la Croix, le Golgotha et le Saint Sépulcre qui sont alors enchâssés dans une splendide basilique.

 

Constantin, quittant Rome dont il abandonne l'administration au pape Saint Sylvestre, au lieu où se trouve la bourgade de Byzance, fait édifier la première capitale politique chrétienne : Constantinople (Constantinopolis : la ville de Constantin).

Enfin, en raison des dangers que la doctrine hérétique d'Arius commence à faire peser sur la foi chrétienne, Constantin convoque à Nicée, en 325, le premier concile oecuménique pour que soit précisée et définie la foi droite telle qu'elle a été authentiquement reçue des apôtres.

 

Une ère nouvelle s'est ouverte pour l'Eglise du Christ.
Les souverains temporels ne sont plus ses bourreaux, mais ils s'enorgueilliront désormais de se mettre à son service.
Soixante-sept ans plus tard, par l'Edit de Thessalonique (27 février/24 novembre 380), l'empereur Saint Théodose 1er le Grand, fera du christianisme la religion officielle de l'Empire et en bannira les cultes païens.

 

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Raphaël : la donation de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.
Constantin laisse Rome à l'administration du pape Saint Sylvestre avant de s'installer dans sa nouvelle capitale : Constantinople.

 

E - Des événements anciens mais toujours actuels.

 

Bien que loin de nous dans le temps, ces faits nous concernent directement toutefois, et même ils demeurent des plus actuels quant à notre vie liturgique et spirituelle.

 

E1 - Quant à notre vie liturgique :
- E1 a) Parce que notre missel romain classique (je parle donc de la liturgie célébrée selon le rite latin traditionnel, liturgie dite "de Saint Pie V", et non du missel issu de la réforme postconciliaire dans lequel cela - comme beaucoup d'autres choses importantes - a été singulièrement édulcoré) comprend un nombre incalculable de notations, d'allusions, de références... etc. à tous les événements rappelés ci-dessus.
- E1 b) Et parce que l'ordonnancement de la Sainte Messe lui-même, dans son déroulement, est directement lié aux développements et déploiements des cérémonies lorsque l'Eglise, sortant des catacombes, grâce à l'empereur Constantin le Grand, a pu librement s'épanouir dans l'espace public de la cité.

 

E2 - Quant à notre vie spirituelle :
- E2 a) Parce que ce sont là des racines - nos racines chrétiennes - qui, de la même manière que les racines d'un arbre, assurent la stabilité et l'équilibre de tout ce qui se développe au-dessus et lui apportent également la nourriture et la force ; de la même manière, la pieuse connaissance de ces faits assure notre stabilité et notre équilibre dans la vie selon la foi, en même temps qu'elle nourrit et fortifie nos convictions. Car la Sainte Eglise notre Mère, de par les mystérieux et admirables desseins de la Providence, n'est pas seulement romaine parce que les saints Apôtres Pierre et Paul ont évangélisé Rome et y ont répandu leur sang, mais elle est aussi, et peut-être même davantage, romaine parce que l'empereur Saint Constantin 1er le Grand - "égal aux apôtres" selon la terminologie des Eglises d'Orient -  par son obéissance à la vision céleste, par sa glorieuse victoire au Pont Milvius remportée sous le signe du Christ Sauveur, par sa conversion, par son baptême et par la protection généreuse et féconde qu'il a accordée à l'Eglise, a transformé Rome, lieu où jusqu'alors l'on ne venait que très discrètement se recueillir sur le tombeau des Apôtres, en une capitale spirituelle rayonnant sur tout l'univers, et parce qu'il s'est montré, en actes plus qu'en paroles, l'un des premiers modèles du culte du Christ-Roi, Prince des rois de la terre ("Princeps regum terrae" - Apoc. I, 5).

- E2 b) Par-dessus tout parce que ces événements nous redisent d'une manière grandiose et exaltante que c'est la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est la source et le motif de toutes les véritables victoires.

- E2 c) Enfin, en conséquence, et d'une manière très spéciale pour les membres de cette Confrérie Royale, parce que l'histoire de la victoire et de la conversion de Constantin nous montrent à l'évidence que Dieu, dans Ses miséricordieux desseins sur les peuples et pour leur accorder Ses grâces, a pour instruments privilégiés les Souverains qui sont attentifs à Ses inspirations et mettent leur sceptre au service du règne du Christ : cela nous doit donc stimuler à prier plus instamment pour celui qui est aujourd'hui le représentant légitime du pouvoir légitime voulu par Dieu pour la France, à savoir Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

 

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Rome : l'arc de triomphe de Constantin édifié en 315 sur l'ordre du Sénat Romain pour célébrer la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius et son accession au pouvoir à Rome.

 

F - Par la Croix la victoire.

 

La Croix !
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ a vaincu.
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne.

C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ triomphe et  gouverne.

Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !

Et Ses disciples aussi.
C'est par la Croix qu'ils ont été rachetés. C'est par la Croix qu'ils vivent de Sa vie et reçoivent Sa grâce. C'est par la Croix qu'ils sont eux-mêmes sanctifiés et qu'ils s'unissent à Son travail de rédemption des âmes. C'est par la Croix qu'ils oeuvrent à la transformation du monde d'ici-bas pour que la cité de la terre soit le plus conforme à la Cité des cieux qu'ils attendent et qu'ils préparent.

 

Mais la croix n'est lumineuse qu'à distance.

Et son resplendissement est celui de la grâce surnaturelle, pas celui de la gloire humaine.

Si l'on sert le Christ-Roi en s'attachant à Sa Croix, l'on sert aussi les rois serviteurs du Christ-Roi en ne se dérobant pas à cette même Croix, qui fait mal, qui pèse lourdement sur nos épaules, qui nous brise, qui semble nous écraser parfois, qui fait entrer des échardes dans notre chair, qui nous fait saigner, qui nous immobilise par des clous...

Il n'y a cependant pas d'autre voie pour celui qui veut être authentiquement chrétien : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à lui-même et porte sa croix  chaque jour et Me suive » (Luc IX, 23), « Et qui ne porte point sa croix et ne Me suit point, ne peut être Mon disciple » (ibid. XIV, 27).

 

Nous ne sommes donc pas les membres d'une Confrérie Royale pour briller à nos propres yeux et pour en retirer une gloire et des satisfactions mondaines, mais pour nous attacher encore plus étroitement à la Croix, étant non seulement les serviteurs du Christ au même que titre que tous les chrétiens que Jésus invite à porter Sa Croix derrière Lui, mais étant en outre au service spirituel du lieu-tenant du Christ-Roi pour ce Royaume de France, le Souverain des Lys : Louis XX, auquel revient de droit le titre de "Roi Très Chrétien".

 

Chers Membres de notre humble Confrérie Royale, soyons toujours plus fidèles et généreux dans l'embrassement volontaire et amoureux de nos croix de chaque jour, dans l'embrassement volontaire et amoureux de la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous est tendue et proposée à travers les mille et uns petits sacrifices quotidiens, offerts pour Dieu et pour le Roi.

C'est là que réside notre victoire : "Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces" !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

 

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Le Bernin : statue équestre de Saint Constantin dans le péristyle de la basilique vaticane (1670)

 

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24/10/2017
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Les martyrs de septembre 1792 : mémoire et dévotion.

 

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale

 

25 septembre 2017

 

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Chaque année, le mois de septembre nous fait commémorer en France l’un des plus tragiques épisodes de notre histoire, l’une des taches indélébiles que la Révolution dite française imprima sur le sol de notre pays et dans la mémoire historique de notre peuple. Il s’agit des massacres de septembre 1792.

 

Les atrocités de la Révolution ne manquent pas au tableau de cette période charnière de notre histoire. Le « livre noir » de la Révolution a commencé à être écrit par les historiens de l’école traditionnelle et contre-révolutionnaire – catholique et royaliste – mais aussi, à partir des années 1960, à la suite d’un mouvement impulsé par les historiens anglo-saxons, par une école qu’on pourrait positivement qualifier de « révisionniste », autour de François Furet et Mona Ozouf notamment.

 

Une historiographie catholique aurait toutefois besoin de reprendre en charge les dossiers brûlants de la persécution anticatholique engagée au fil de la dernière décennie du XVIIIe siècle. Cette persécution – l’une des premières de l’histoire occidentale, après celles des premiers siècles et celle engagée par les protestants au XVIe siècle – a pris plusieurs visages successifs. Les artisans de la Révolution, fanatisés par la franc-maçonnerie et désireux d’abattre définitivement l’union sacrée du Sceptre et de l’Autel, ont d’abord voulu séduire l’Église de France, avant de la contraindre à se soumettre au diktat de la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790), en imposant des sanctions graves aux contrevenants (prison, exil, bannissement, etc.). Puis, après l’abolition de la monarchie, en septembre 1792, la Révolution a pris sa tournure profondément anticatholique : il fallait imposer dans les esprits et dans les cœurs l’idéal révolutionnaire en détruisant les restes de la « superstition », c’est-à-dire du catholicisme. C’est alors qu’à partir de 1793, les églises furent transformées en temples de la Raison, les objets sacrés fondus, les ornements dispersés après avoir été profanés dans des mascarades, le calendrier chrétien a été remplacé par le calendrier révolutionnaire, les villes au nom chrétien ont été débaptisées, les prêtres ont été contraints à défroquer et à se marier, ou à affronter le « couperet égalitaire » de la guillotine. Nous connaissons aussi la suite, et notamment la révolte salutaire de la Vendée et de tant d’autres provinces françaises restées fidèles à Dieu et au Roi, qui ont refusé, selon le noble et saint réflexe du « sens fidei », de cautionner ce mouvement de haine imposé par une poignée d’hommes grisés par un pouvoir quasi-illimité, qui imposèrent la peur et l’angoisse dans la majorité de la population française.

 

Le contexte historique des Massacres de Septembre

 

Les évènements de septembre 1792 se situent à cheval entre ces deux périodes de persécution larvée et de persécution violente. Si la Révolution avait répandu, depuis juillet 1789, des bains de sang, les premiers massacres de masse ont été perpétrés à cette période où les tenants de la Révolution, après avoir mis fin au règne de Louis XVI, se sont retrouvés confrontés à la menace austro-prussienne sur les frontières du nord-est. L’armée révolutionnaire, renforcée par les contingents arrivés des provinces, pouvait craindre d’être écrasée par les puissantes forces des monarchies d’Europe centrale qui, par leur probable victoire, risquaient de mettre un terme définitif à « l’épopée » révolutionnaire, en restaurant du même coup Louis XVI sur le trône. En outre, le manifeste de Brunswick, composé par le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Lunebourg, publié le 1er août 1792, et qui menaçait Paris d’une « exécution militaire et une subversion totale » en cas d’agression de la famille royale, avait chauffé les esprits des Parisiens et conduit à la prise des Tuileries et à l’enfermement du roi et des siens (10 août).

Au début du mois de septembre, Paris était dans un état d’ébullition sans précédent. La menace étrangère et les révoltes de certaines provinces suscitèrent la pression de la « Commune insurrectionnelle », sorte de pouvoir municipal alternatif imposé par les sans-culottes au lendemain de la journée du 10 août, face à la Convention. La Commune avait abusé de la situation et s’était octroyé des pouvoirs extrêmes. Le 17 août, elle créa un tribunal pour juger les responsables de la tuerie des Tuileries – évidemment, seuls les royalistes étaient visés. Devant la lenteur des procédures, les « Patriotes » s’inquiétèrent et ordonnèrent des visites domiciliaires afin d’arrêter les « suspects ». Qui étaient ces suspects ? Tous ceux qui étaient accusés de comploter contre les « Patriotes », bref ceux qui ne rentraient pas dans le « moule » idéologique imposé par la Commune insurrectionnelle. Bien entendu, les aristocrates et les ecclésiastiques étaient les premiers visés, et, en peu de jours, à la fin du mois d’août, les prisons de la capitale – l’Abbaye, le Grand Châtelet, la Conciergerie, Bicêtre, la Salpêtrière, la Force – et les couvents transformés en prisons – les Carmes déchaussés – furent vite remplis.

 

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Mais cela ne suffisait pas. La panique était à son comble. Maintenir en vie ces « suspects » était une menace pour les « Patriotes » et leurs familles. Le 30 août, les Girondins, craignant la tournure dangereuse imposée par les sans-culottes, réclamèrent la dissolution de la Commune insurrectionnelle. Cette démarche exacerba l’inquiétude des « Patriotes », qui décidèrent de passer eux-mêmes à l’acte en exterminant les foules d’innocents étiquetés « Ennemis de la Nation ». Jean-Paul Marat, le grand orateur des sans-culottes, répandit, dans la chaire de mensonge du club des Cordeliers, des appels au meurtre, relayés dans sa populaire feuille de chou, L’Ami du peuple. Il écrivait, dans le numéro du 19 août : « Debout ! Debout ! Et que le sang des traîtres commence à couler ! » Une circulaire du Comité de surveillance, imprimée le 3 septembre par les presses de L’Ami du peuple, justifia cette réaction brutale par un prétendu « affreux complot tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de l’empire français ». La circulaire encourageait les provinces à suivre l’exemple de la capitale en employant ce « moyen si nécessaire au salut public » :

 

« La commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple ; actes de justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l’ont conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s’écrieront comme les Parisiens : Nous marchons à l’ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour égorger nos enfants et nos femmes. »

 

Nous ne commenterons pas un tel passage qui montre au fond toute la perversité employée par les ténors et les inspirateurs de la Révolution dans leur opération de manipulation des esprits. Le premier totalitarisme de l’histoire était à l’œuvre.

 

Les martyrs de septembre

 

À Paris, les massacres furent perpétrés du 2 au 4 septembre. En province, quelques épisodes sont recensés, mais il faudrait effectuer de nouvelles vérifications historiques à partir de l’été 1789. Les massacres parisiens restent toutefois la principale illustration de cet épisode sanguinaire. Sans entrer dans le détail de l’épouvante qui s’abattit sur la capitale, de jour comme de nuit, notons que le bilan humain des massacres de septembre s’étendrait entre 1200 et 1400 victimes – selon les recensements les plus équilibrés donnés par François Bluche et François Furet. Nous ne rentrerons pas dans la polémique des chiffres, qui peuvent atteindre de grandes variations selon les écoles historiographiques (ainsi, l’abbé Augustin Barruel donnait le chiffre certainement exagéré de 13.000 morts).

La plupart des victimes furent des laïcs, en particulier membres de la noblesse, hommes et femmes. Nous avons tous en mémoire notamment l’atroce assassinat de Marie-Thérèse de Savoie-Carignan (1749-1792), princesse de Lamballe, ancienne surintendante de la Maison de la Reine et grande amie de Marie-Antoinette, dépecée et décapitée par une bande de sauvages en furie, et dont la tête fut présentée devant les fenêtres de la reine, au Temple.

 

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Une place considérable fut « accordée » aux prêtres, séminaristes et religieux. Ils étaient au moins 223, soit entre 16 et 18% de l’ensemble des victimes. Ils étaient « ennemis de la Nation », non pas parce qu’ils étaient avec les Suisses des Tuileries le 10 août, non pas parce qu’ils prêchaient publiquement en faveur de la France et de la Prusse, non pas parce qu’ils manifestaient ouvertement leur haine de la Révolution. Ils étaient « ennemis » et « contre-révolutionnaires » tout simplement parce qu’ils avaient donné leur vie à Dieu, à ce Dieu rejeté par la Révolution. Le Dieu des catholiques est le Dieu de l’ordre social, de la hiérarchie terrestre et céleste, du pacte national fondé dans les eaux baptismales de Reims. Le Dieu des révolutionnaires est le Dieu des philosophes, le grand architecte de l’Univers, celui qui inspire les évolutions du processus historique, celui qui a voulu et désiré la Révolution comme tournant inéluctable de l’histoire humaine. Bref, deux « dieux » qui ne pouvaient pas cohabiter. La suite de la Révolution, avec sa campagne virulente de déchristianisation et de régénération des esprits, prouva qu’il fallait abattre Dieu pour imposer le nouveau « dieu », ou plutôt la « déesse » Raison, puis les autres avatars introduits sous le Directoire – tel le culte « théophilanthropique ».

 

En fin de compte, en massacrant les clercs et les religieux restés fidèles à Rome – ils étaient assermentés ou réfractaires parce qu’ils avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé – et à l’ordre ancien de la France, caractérisé par le lien indissoluble entre le Sceptre et l’Autel, les « septembriseurs », comme on les appellera, s’attaquaient tout bonnement aux racines de la France. Tout ce qui rappelait ces racines, tout ce qui restait profondément attaché à ces racines – sans pour autant constituer des menaces humainement réelles à l’égard du nouvel ordre révolutionnaire – devait être absolument extirpé. L’histoire de la Vendée illustrera bientôt, avec une encore plus abominable virulence idéologique, le désir du gouvernement révolutionnaire d’exterminer ceux qui étaient arbitrairement désignés comme « ennemis de la Nation ». L’accusation qui tue : nous sommes devant le premier génocide de l’histoire, comme a osé l’affirmé, depuis tant d’années, Reynald Seycher, et plus récemment le diplomate Jacques Villemain, dans son ouvrage Vendée 1793-1794.

 

Bref, l’assassinat des prêtres et des religieux perpétré en septembre 1792 – comme plus tard les autres exécutions et massacres de masse bien connus, comme l’affaire des Carmélites de Compiègne (17 juillet 1794) et les Noyades de Nantes (de novembre 1793 à février 1794) – constitue un vrai acte de persécution anticatholique. Morts incontestablement pour leur foi, ces victimes sont de véritables martyrs. L’Église a rapidement reconnu leur témoignage. En 1906, saint Pie X béatifia les seize Carmélites de Compiègne. En 1920, Benoît XV béatifia les quatre Filles de la Charité d’Arras et les onze Ursulines de Valenciennes, condamnées en 1794 pour avoir « enseigné la religion catholique, apostolique et romaine ». En 1925, 32 religieuses d’Orange, guillotinées en 1794, étaient béatifiées par Pie XI. L’année suivante, 191 victimes des massacres de septembre ont été en même temps élevées sur les autels, aux côtés du prêtre angevin Noël Pinot. Plus tard, d’autres béatifications suivront, comme, en 1984, celle des 99 martyrs d’Angers et d’Avrillé, fusillés et noyés entre janvier et février 1794, ou les 64 prêtres réfractaires morts en déportation à Rochefort, béatifiés en 1995. En octobre 2016, le frère des écoles chrétiennes Salomon Leclercq, a été inscrit au catalogue des saints. Et tant d’autres victimes, clercs et laïcs, restent sur la liste d’attente !

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L’escalier des Carmes, où tombèrent de nombreux prêtres

 

Parmi les martyrs de septembre 1792, trois évêques étaient au tableau d’honneur : Jean-Marie du Lau d’Allemans, 53 ans, archevêque d’Arles, et les frères François-Joseph de La Rochefoucauld-Bayers, 56 ans, évêque de Beauvais, et Pierre-Louis de La Rochefoucauld-Bayers, 47 ans, évêque de Saintes. Un autre évêque, Jean-Arnaud de Castellane, 59 ans, évêque de Mende, tué à Versailles le 5 septembre, n’a pas encore été béatifié. Nous n’entrerons pas dans les détails biographiques de ces grands témoins de la foi, ni dans ceux de cette foule de prêtres et religieux qui les ont accompagnés au supplice lors de ces tragiques journées de septembre. L’acte même de leur offrande et la raison profonde de leur assassinat (la haine de la foi proclamée par les septembriseurs) suffit à justifier leur titre de martyrs, comme l’écrivait Mgr de Teil, vice-postulateur de la cause des martyrs de septembre, au début du XXe siècle :

 

« En effet, tandis que des scélérats s’acharnaient sur les ministres de Dieu et répandaient partout la terreur, ils leur donnèrent par les outrages, les tourments et les supplices, le moyen de confesser solennellement leur foi et de l’attester par l’effusion de leur sang. Et voici que la tempête apaisée, les flots soumis, la barque de Pierre sort plus forte que jamais d’une mer qui aurait dû l’engloutir, et que ces nombreuses victimes, objets de tant de mépris et de tant de colère, apparaissent portant les palmes du martyre. »
(Henri Welschinger,
Les martyrs de septembre, Paris, Gabalda, 1919, p. 147)

 

La dévotion aux martyrs de septembre

 

Quelle leçon les martyrs de septembre doivent-ils nous donner, plus de 200 ans après leur mort ? Pour le Français fidèle à son Dieu et à son Roi, le témoignage des martyrs de septembre est le témoignage de la fidélité au pacte sacré de Reims, qui unit définitivement le pouvoir royal et la foi catholique, lors du baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. Malgré les crises et les bousculements de l’histoire de la monarchie française, ce pacte est resté incontesté jusqu’en 1789. La Révolution porte bien son nom : il fallait opérer un changement radical, un bouleversement fondamental, une tabula rasa dans l’histoire de la France, en rompant définitivement ce lien sacré. La suite des épisodes révolutionnaires s’inscrit dans ce dessein pervers d’en finir avec la royauté de droit divin, d’enlever à Dieu la suprême majesté sur la France. Les massacres de septembre illustrent, au moment même où la royauté a été suspendue (10 août) et peu avant la proclamation de la République et l’abolition de la monarchie (21 septembre), ce désir d’en finir avec l’ordre représentatif de ce pacte divin, autrement dit le clergé. En voulant ôter la vie de personnes consacrées, dans ces circonstances horribles qui montrent que la barbarie a vite remplacé le peuple « le plus éclairé » d’Europe, les révolutionnaires n’avaient pas peur de commettre de véritables sacrilèges, comme ils le démontreront plus tard, avec encore plus de virulence. La haine de Dieu était leur motif incontestable. Ils ne pouvaient pas agir de manière inconsciente à cet égard. Tout cela nous prouve, une fois encore, le caractère proprement démoniaque de la Révolution française, en dépit des « gentilles » – quoique perverses – intuitions de 1789...

 

martyrs septembre 1792 - Copie.jpg

 

Sans entrer dans le débat sur l’idéologie révolutionnaire et ses ambiguïtés, ni sur les responsabilités authentiques des uns et des autres au fil de cette sanglante « épopée », un catholique fidèle à son pays et à son histoire ne peut accepter, comme voudraient l’imposer les fanatiques des « valeurs de la république », de cautionner la Révolution. Il doit par contre continuer à faire parler le témoignage de l’histoire. Comment cela ? En s’instruisant lui-même sur les évènements de la Révolution, en commémorant chaque année les tragiques épisodes pour « faire mémoire », c’est-à-dire pour imprégner son âme et son cœur du combat éternel de Dieu contre Satan, de la vérité contre le mensonge, du bien contre le mal, en prenant exemple sur les martyrs de cette époque. Car demain, nous aurons peut-être aussi à témoigner dans les épreuves et dans le sang. Puissions-nous, en implorant la protection des bienheureux martyrs de septembre, rester fidèle aux engagements sacrés de notre baptême, qui sont inséparables, pour nous Français, des engagements sacrés du baptême de la France, du pacte sacré entre le Trône et l’Autel.

Profitons donc de la fin de ce mois de septembre pour contempler une de ces grandes figures de la foi et recommandons-nous à son intercession auprès du Christ, Roi de l’Univers et Maître de l’histoire.

 

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Bx Pierre-Louis de La Rochefoucauld

(vitrail de la basilique Saint-Eutrope de Saintes)

 

Mathias Balticensis


24/09/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 juin 2017)

Confrérie de prière

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie royale
25 juin 2017

 

         Chers Membres de la Confrérie Royale & Sympathisants,

 

 

 

Dans son admirable Discours sur l’histoire universelle, Bossuet enseigne au dauphin, fils de Louis XIV, que « Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes touchant les rois et les monarchies qu’Il élève ou qu’Il détruit. Mais l’ayant fait tant de fois dans ces grands empires [de l’Antiquité] dont nous venons de parler, Il nous montre par ces exemples fameux ce qu’Il fait dans tous les autres, et Il apprend aux rois ces deux vérités fondamentales : premièrement, que c’est Lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il Lui plaît ; et secondement, qu’Il sait les faire servir, dans les temps et dans l’ordre qu’Il a résolu, aux desseins qu’Il a sur son peuple. C’est, Monseigneur, ce qui doit tenir tous les princes dans une entière dépendance, et les rendre toujours attentifs aux ordres de Dieu, afin de prêter la main à ce qu’Il médite pour sa gloire dans toutes les occasions qu’Il leur en présente »[1].

Avec son regard d’aigle, le grand Évêque de Meaux voit dans l’histoire du genre humain la manifestation de la Providence divine, dans laquelle Dieu intervient pour faire triompher Son plan, et « la vraie science de l’histoire, écrit-il encore, est de remarquer dans chaque temps ces secrètes dispositions qui ont préparé les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arriver »[2].

 

Pourtant, il est intéressant de remarquer que dans l’histoire du peuple hébreu, la royauté fut instaurée pour un motif tout autre que celui de faire régner Dieu parmi « Son peuple » (Jér. 30, 22). Jusque-là, en effet, le Peuple de Dieu était gouverné par des prophètes, comme Moïse ou Samuel, ou encore par des juges que le Seigneur suscitait aux heures critiques de son histoire pour sauver Israël.

 

Ce type de recours à un intermédiaire royal ne correspond pas entièrement au plan originel de Dieu ; en effet, depuis toujours, Dieu souhaite instaurer avec chaque homme une relation directe permettant à ce dernier de recevoir lumière et force pour chaque jour. Ainsi Moïse s’exclamait-il : « Si seulement tout le peuple du Seigneur était composé de prophètes ! » (Nb 11, 29).

 

Le prophète Samuel oignant le roi David.

 

Cependant, les prophètes et les juges recevaient leurs instructions du Seigneur Lui-même et les transmettaient au peuple ; leur rôle était donc au service de l’autorité exercée par Dieu sur Son peuple. Avec la royauté, il en va autrement. L’instauration de la monarchie, ce « péché originel d’Israël » comme on l’a appelé [3], provient de la même cause que le péché originel de l’humanité : le mimétisme. Alors qu’Adam et Ève voulaient devenir « comme des dieux » (Gn 3, 5), les fils d’Israël veulent être « comme les autres nations ». Les anciens d’Israël dirent en effet au prophète Samuel : « Installe-nous un roi pour nous juger comme toutes les nations » (1 Sam. 8, 5). Dieu ne s’y trompe pas : cette volonté d’« être comme » est une manière de Le rejeter, Lui, car elle constitue une alternative trompeuse à l’« être par » Dieu ; c’est pourquoi le Seigneur déclare à Samuel en retour : « Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est Moi, afin que Je ne règne plus sur eux » (1 Sam. 8, 7).

 

Pour nous, c’est tout l’inverse : c’est pour faire régner Dieu que nous demandons un roi ! C’est pour ne pas suivre nos moutons contemporains englués dans la démocratie moderne que nous réclamons un roi ! « Da nobis regem », lisions-nous au bréviaire jeudi dernier [4] : Seigneur, donnez-nous ce roi qui nous permette de restaurer Vos droits sur la France, Votre fille bien ingrate ! Mais une fille indigne, quand bien même elle se prostituerait, demeurerait la fille de son père, et c’est cette filiation, souillée mais non pas désavouée, qu’il nous faut faire reconnaître aux yeux de tous.

 

Dans le récit de l’instauration de la royauté au sein d’Israël, nous voyons que le Seigneur, qui est assez puissant pour faire rejoindre les caprices de ses enfants gâtés à Son plan de Salut, non seulement va accorder le régime réclamé par Son peuple, mais va encore lui envoyer un roi « selon Son Cœur » (Actes 13, 22), en retirant la royauté à Saül pour la confier à David, le roi-prophète. Tel est, selon saint Paul, le témoignage que Dieu rendit au premier roi fidèle de Juda, et ce n’est pas un hasard si c’est de sa postérité que sortira le Messie. Quant à nous, nous fêtons d’ailleurs ces jours-ci le 1030e anniversaire du sacre et couronnement de Hugues Capet, fondateur de la dynastie d’où naîtra le successeur légitime de nos rois de France.

 

 

Couronnement du roi Hugues Capet (987)

 

 

En ce mois du Sacré-Cœur, c’est ce qu’il nous faut demander dans nos prières : que S.M. le roi de jure Louis XX puisse exercer sa royauté selon le Cœur de Dieu.

 

 

En 1689, lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ révéla Son Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, Il lui fit cette demande importante : « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par sa consécration à Mon Cœur adorable. Mon Cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous ceux de la sainte Église ». Mais Louis XIV ne fit pas droit à cette céleste requête et cent ans jour pour jour après le message du 17 juin 1689 resté sans réponse, le Tiers-État se proclamera Assemblée constituante et emportera la Monarchie française dans le sang et la terreur.

 

C’est donc par la consécration au Sacré-Cœur que nous viendra le salut de la France, tout comme Notre-Dame de Fatima nous assurait, il y a un siècle, que c’est par la consécration à son Cœur immaculé que la paix serait rendue au monde.

 

Avec ce charisme prophétique que leur insuffle bien souvent le Souverain Pontificat, les Papes, depuis plus d’un siècle, ont annoncé clairement les bienfaits que nous pourrions attendre d’une telle consécration au Cœur adorable de Jésus, « fruits nombreux et excellents, non seulement pour chacun en particulier, mais pour la société tout entière : religieuse, civile ou familiale » [5] – Notre-Seigneur lui-même a promis en effet à sainte Marguerite-Marie que « tous ceux qui honoreraient Son Cœur seraient comblés d’abondantes grâces célestes » ; mais encore les calamités qui s’abattraient sur nous si nous Le méprisions.

 

Mosaïque de la voûte de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre édifiée en Vœu national (loi de 1873)

 

En élevant la fête du Sacré-Cœur que nous solennisons justement aujourd’hui au rang de double de première classe avec octave, le pape Pie XI incitait tous les Catholiques à faire « amende honorable à Notre-Seigneur, dans laquelle toutes nos fautes sont déplorées, et hommage est rendu aux droits violés de notre Roi et de Notre-Seigneur très aimant »[6].

 

 

Avant lui, le pape Léon XIII avait consacré le genre humain au Sacré-Cœur. Dans son encyclique Annum sacrum (1899), il expliquait : « Une telle consécration apporte aussi aux États l’espoir d’une situation meilleure, car cet acte de piété peut établir ou raffermir les liens qui unissent naturellement les affaires publiques à Dieu. (…) Il arrive fatalement que les fondements les plus solides du salut public s’écroulent lorsqu’on laisse de côté la religion. Dieu, pour faire subir à ses ennemis le châtiment qu’ils avaient mérité, les a livrés à leurs penchants, de sorte qu’ils s’abandonnent à leurs passions et s’épuisent dans une licence excessive. De là, cette abondance de maux qui depuis longtemps sévissent sur le monde, et qui Nous obligent à demander le secours de Celui qui seul peut les écarter ».

 

 

Cet enseignement sera repris par le même Pie XI lorsqu’il instituera la fête liturgique du Christ Roi, afin d’exalter la royauté du Christ sur tout l’Univers et inciter les individus comme les États à proclamer leur soumission à Son règne d’amour, puisqu’Il veut régner par Son Sacré-Cœur. Ainsi écrivait-il dans son encyclique Quas primas : « À l’heure où les hommes et les États sans Dieu, devenus la proie des guerres qu’allument la haine et des discordes intestines, se précipitent à la ruine et à la mort, l’Église de Dieu, continuant à donner au genre humain l’aliment de la vie spirituelle, engendre et élève pour le Christ des générations successives de saints et de saintes ; le Christ, à son tour, ne cesse d’appeler à l’éternelle béatitude de Son royaume céleste ceux en qui Il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de Son royaume terrestre »[7].

 

Et plus loin : « Les États, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à Ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui L’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui L’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles ; car Sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs »[8].

 

Notre défense et promotion de la royauté, chers Amis, doit en conséquence se réaliser d’abord dans notre propre âme, selon la parole de Notre-Seigneur : « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine » (Lc 11, 17). Comment en effet pourrions-nous faire triompher la royauté du Christ dans la société si notre âme n’est pas maîtresse de nos passions, si le père ne commande pas au sein de la famille, si le roi ne règne pas sur ses sujets ? Qu’il me soit permis de vous rappeler notre engagement de sanctifier particulièrement, la grâce aidant, le 25 de chaque mois plus encore que les autres jours, dans le but d’offrir nos efforts, nos peines et nos sacrifices à toutes les intentions de la Confrérie royale. Ce mois-ci, la sainte Messe dominicale et la sainte Communion nous y aideront grandement !

 

Ici encore le pape Pie XI a des mots percutants : « Si enfin cette puissance embrasse la nature humaine tout entière, poursuit-il dans son encyclique, on doit évidemment conclure quaucune de nos facultés ne peut se soustraire à cette souveraineté. Il faut donc qu’Il [le Sacré-Cœur] règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu’Il règne sur nos volontés : nous devons observer les lois et les commandements de Dieu. Il faut qu’Il règne sur nos cœurs : nous devons sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-dessus toutes choses et nous attacher à Lui seul. Il faut qu’Il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d’instruments ou, pour emprunter le langage de l’Apôtre saint Paul, ‘‘d’armes de justice offertes à Dieu’’ (Rm 6, 13) pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes. (…) Ainsi nous récolterons les heureux fruits d’une vie conforme aux lois du royaume divin. Reconnus par le Christ pour de bons et fidèles serviteurs de Son royaume terrestre, nous participerons ensuite, avec Lui, à la félicité et à la gloire sans fin de Son royaume céleste »[9].

 

Voici tracés en quelques lignes notre programme de vie, en un mot notre mission, bien chers Membres ! Demandons à saint Jean-Baptiste, dont nous célébrions la Nativité hier, de faire de nous également des Précurseurs du Christ pour annoncer Son Royaume en travaillant ici-bas à l’établissement de Son règne d’amour par le rétablissement du « fils aîné de Son Sacré-Cœur » !

 

Le Chancelier +

 


[1] Bossuet, Discours sur l’histoire universelle (1681), à l’introduction.

[2] Ibid.

[3] Abbé Dominique Janthial, c.e., Devenir enfin soi-même – À la suite des grands hommes du Premier Testament (2016), d’où nous tirons cette analyse vétéro-testamentaire.

[4] 2ème leçon des matines du jeudi de la IIème semaine après la Pentecôte, tiré de 1 Sam. 8, 6.

[5] Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor sur la réparation que nous devons au Sacré-Cœur de Jésus (1928), § 7.

[6] Ibid., § 6.

[7] Encyclique Quas primas (1925), § 3.

[8] Ibid., § 21.

[9] Ibid., § 22.

 


24/06/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 mai 2017)

Lettre mensuelle
aux membres et sympathisants de la

Confrérie Royale

pour le 25 mai anno Domini 2017

 

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Le 25 mai 2017,
en l'Ascension du Seigneur.

 

En ce jour de l'Ascension du Seigneur, rappelons-nous cette autre Ascension de l'an de grâce 1643, 14 mai cette année-là, où s'endormit dans la paix du Seigneur son serviteur le Roi Très-Chrétien Louis, XIIIème du nom, par la grâce de Dieu Roi de France et de Navarre.

 

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Saint Vincent de Paul assistant Louis XIII dans sa dernière agonie
(vitrail de l'église Saint-Séverin, à Paris - détail)

 

  1. Le serviteur de Dieu Louis XIII le Juste.

 

Celui-ci eut un règne difficile, mais glorieux, où il montra les qualités d'un Roi Très-Chrétien.

 

Foi. Louis le Juste eut une foi sans faille, conscient des devoirs tenus de son sacre et de la nécessité de se sanctifier pour le salut de ses peuples, et refusant que les moines d'Argenteuil exposassent la Sainte Tunique exprès pour lui, disant : « La foi me suffit. »

 

Espérance. Il eut une espérance vraiment surnaturelle, vivant sans cesse avec l'idée qu'il rendrait compte à Dieu de son gouvernement, disant : « Dieu ne m'a fait Roi que pour lui obéir et donner l'exemple » ; et disant en mourant : « Je suis ravi d'aller à Dieu. »

 

Charité. Il eut une charité profonde, cherchant le bien naturel et surnaturel de ses sujets, étant pacifique par sa longue patience envers les huguenots et les grands malgré leurs insoumissions et envers les ennemis extérieurs malgré leurs provocations, pardonnant miséricordieusement à ses sujets rebelles repentants, ne sévissant qu'envers les plus coupables, et ne voulant obtenir la conversion des huguenots que de la persuasion, sans faiblesse ni contrainte.

 

Prudence. Il agit toujours avec une grande prudence, vertu du chef, n'entrant en guerre que contraint par les rébellions des huguenots et des grands, ou par l'attaque de ses alliés par les ennemis extérieurs (n'entrant dans la guerre de Trente Ans que pour défendre l'archevêque et prince-électeur de Trèves, fait prisonnier par l'Infante gouvernante des Pays-Bas), et, malgré l'exemple de ses ennemis catholiques qui s'alliaient aux protestants anglais, allemands ou français contre lui, n'acceptant des protestants parmi ses alliés qu'après les assurances des théologiens et en imposant des conditions en faveur de la Religion catholique.

 

Justice. Il agit toujours avec une vraie justice, vertu royale, rendant la justice à ses sujets, rendant la paix à son Royaume, s'attachant à n'entrer en guerre que pour des causes justes (la défense du Royaume, de ses alliés et de la Religion), et disant : « On m'enlèvera plutôt mon sceptre et ma couronne que le titre de Juste qui m'est plus cher que tout. »

 

Religion. Il agit avec une sincère religion, tenant à faire respecter les droits de Dieu (qu'il rétablit en Béarn et à La Rochelle, entrant dans la ville précédé du Saint-Sacrement et accompagné de pains), protégeant l'Eglise et favorisant les réformes voulues par le concile de Trente, favorisant les missions extérieures et les missions de conversion des protestants, commençant la lutte contre le jansénisme, composant de la musique religieuse, rendant de larges grâces à Dieu pour sa protection et ses victoires, consacrant solennellement son Royaume à la Vierge de l'Assomption, revêtu du saint Scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel, consacré lui-même à Notre-Dame du Puy qui lui avait donné « de grandes grâces ».

 

Force. Il agit toujours avec une constante force, renversant à quinze ans un ministre ambitieux qui le tenait en tutelle et en mépris, accomplissant tous ses devoirs publics malgré une très mauvaise santé continuelle, maintenant un grand ministre utile à l'Eglise et au Royaume malgré les ennemis de celui-ci, gouvernant personnellement sans se laisser imposer par la forte personnalité de son ministre, étant à la tête de ses armées à la guerre, maintenant l'édit sur les duels malgré toutes les pressions mais pour protéger sa noblesse contre cette mauvaise habitude.

 

Tempérance. Il agit toujours avec une tempérance assumée, résistant à toutes les tentations qu'une cour propose trop souvent, vivant une vie austère dont le seul plaisir était la chasse, se sacrifiant pour le bien de ses sujets.

 

Ecrits. Ses lettres, édits et ordonnances protégèrent l'Eglise, la famille, les mœurs, disant : « Les bonnes familles sont la condition nécessaire et suffisante d'un bon Royaume. » Et sa déclaration de consécration de la France à Notre-Dame est un véritable petit traité de la Médiation universelle de Marie.

 

Miracles. Sans parler des guérisons des écrouelles (même d'Espagnols venus en France à l'occasion de son mariage à l'occasion de son mariage avec l'Infante Anne), miracles dus non à sa sainteté personnelle, mais à son sacre de Roi de France, il guérit miraculeusement une jeune fille muette en lui imposant les mains pendant le siège de La Rochelle, ce qui provoqua la conversion du duc de la Trémoille, jusque-là calviniste. Et sur son lit de mort il prophétisa au Prince de Condé la victoire de Rocroy, qui sera gagnée par le fils de celui-ci le Duc d'Enghien quelques jours après sa mort.

 

Réputation de sainteté. Saint Vincent de Paul, qui l'assista sur sa demande à sa mort, écrivit ensuite : « Depuis que je suis sur la terre, je n'ai vu mourir personne plus chrétiennement. » Sa réputation de sainteté était telle que Monseigneur Harscouët, évêque de Chartres au XXème siècle, fit les démarches introductives d'un procès en béatification. L'on a parlé d'un second saint Louis.

 

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(vitrail de l'église de Rocheservières, en Vendée)

 

  1. Appel à la sainteté.

 

Ce qui précède est l'esquisse de tous les dossiers de ce qui pourrait être un procès en canonisation du Roi Louis XIII.

 

Assurément la fidélité à un supérieur, en particulier à un Roi, ne se fonde pas sur ses qualités ni sur sa sainteté. La fidélité royale repose sur la légitimité divine et humaine de la Royauté française et sur les vertus naturelles et surnaturelles de ses institutions. On n'obéit pas un supérieur parce qu'il est saint, mais parce qu'il nous a été donné par Dieu. Les Rois sont des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts, et nous ne devons pas passer notre temps à voir la paille de leur œil en oubliant la poutre du nôtre.

Mais la Royauté française, par ses vertus intrinsèques et par les grâces de prédilection divine, porte à la sainteté ses titulaires et par eux ses peuples. La Chrétienté autrefois était admirative des qualités de la lignée royale française (supérieures et plus constantes que dans beaucoup de royaumes).

Depuis Clovis, si l'on compte les Rois qui ont reçu la canonisation, la mise au martyrologe romain, un culte local liturgique ou non liturgique, un début de procès de canonisation, la mort en bas âge après le baptême, ou tout simplement la mort en odeur de sainteté ou de grandes vertus chrétiennes, l'on arrive aux deux tiers environ des Rois de France ; tous les autres ont été des chrétiens plus ou moins pécheurs, mais tous de bons chrétiens, protégeant la Religion, veillant au bien commun, et rendant la justice à leurs peuples, vertu dont l'absence aux dires de Louis XV, pouvait damner un Roi ; et certains ont accompli leur rôle jusqu'au sacrifice suprême.

Comme le disait un prédicateur en 1795 à la mort de Louis XVII, « ô vous tous amis du sceptre et du catholicisme, faites en sorte de ne pas ramper dans la fange, lorsque vous le voyez élevé à une si haute sublimité ». C'est un appel à notre sainteté et pour cela à notre sanctification pour Dieu, pour nous, et pour obtenir des grâces pour le Roi, la Famille Royale et le Royaume.

 

Depuis 1789 et 1830, nos Princes remplissent leurs devoirs avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec fidélité (ce qui n'est pas toujours le cas de toutes les monarchies subsistantes ou renversées). Sommes-nous, quant à nous, fidèles à nos devoirs envers eux ? Nous efforçons-nous, à la suite du serviteur de Dieu le Roi Louis XIII le Juste et de nos Rois, de croître dans la sainteté par la vie de prière, par le bon accomplissement de notre devoir d'état là où Dieu nous a placés dans la société, et en répandant avec zèle et discernement la fidélité au Roi légitime ? Pensons à prier pour le Roi de France (il y a diverses indulgences accordées par les Papes pour cela) ? La Confrérie Royale en est un moyen providentiel.

 

Le jeune Louis XIV voyait dans la Royauté les délices de pouvoir répandre le bien sur ses sujets, Louis XVI à la veille de mourir voyait le poids redoutable de la Royauté. Les deux sont vrais. Mais si être Roi gouvernant le Royaume comporte beaucoup de devoirs, accompagnés de nombreux pouvoirs pour ce faire, en revanche être Roi de droit comporte presque autant de devoirs au moins moraux, sans presque aucun pouvoir : c'est un « métier » des plus ingrats et des plus difficiles.

Autrefois le Roi pouvait récompenser ses sujets méritants ; maintenant qu'il est sans pouvoir, servons-le par fidélité : si le Roi ne peut nous en récompenser, Dieu le fera à notre mort dans le ciel.

 

Louis XX est fidèle à ses devoirs, sur les traces de ses prédécesseurs et de son vénéré Père Alphonse II, qui s'est manifestement sanctifié par son devoir d'état royal accompli jusqu'à l'héroïsme. C'est une lourde tâche, qui a besoin de nos prières pour l'aider. Peut-il compter sur elles ?

 

Autrefois tous les couvents, toutes les paroisses, tous les sujets priaient pour le Roi ; maintenant que nous sommes moins nombreux à le faire, prions pour lui davantage (la prière n'empêche pas l'action mais la fonde).

La conversion des Français, notre conversion, est la condition nécessaire d'une Restauration stable. Henri V disait : « Il faut, pour que la France soit sauvée, que Dieu y rentre en Maître pour que j'y puisse régner en Roi. » Dieu est-il le Maître en notre âme ? Et sommes-nous prêts à vraiment servir le Roi ? Commençons donc par notre conversion, et prions pour le Roi, la Reine, le Dauphin, la Famille Royale et le Royaume. Alors notre action pourra être efficace ici-bas, et notre salut assuré au ciel.

 

« Seigneur, sauvez le Roi. Et exaucez-nous au jour où nous vous invoquerons » (prière pour le Roi tirée du Psaume XIX, 10).

 

Abbé Gabriel Equin +

 

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Philippe de Champaigne : Louis XIII couronné par la Victoire


24/05/2017
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"Appelez tout le peuple et montrons-lui son Roi !"

Lettre Mensuelle aux membres de la Confrérie Royale

25 avril 2017

43ème anniversaire de la naissance de notre Roi

 

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"Appelez tout le peuple et montrons-lui son Roi !"

 

Mardi 25 avril 2017,
43ème anniversaire de la naissance de S.M.T.C. le Roi Louis XX.

 

Au milieu des singuliers égarements de ce monde, au milieu des singuliers égarements d'une grande partie des catholiques, au milieu des singuliers égarements des Français, au milieu des singuliers égarements d'un bon nombre de ceux qui se disent royalistes, il incombe au petit troupeau des membres de la Confrérie Royale d'être "différents" et d'être plus que jamais "forts et fidèles".

 

Différents !

 

 

- Dans ce monde, dans cette Eglise, dans cette France, dans ce microcosme royaliste, la grande majorité des personnes ne réfléchit plus, n'est plus capable de penser et d'agir par soi-même, n'est plus en mesure de poser un raisonnement solide et cohérent, n'a plus la capacité d'énoncer des connaissances et une argumentation consistantes, capables d'entraîner l'adhésion de l'esprit, de l'âme et du coeur de ses interlocuteurs autrement qu'en s'adressant à leur sentimentalité ou à leurs passions.

En face de cela, il est plus que jamais nécessaire et urgent que chacun des membres et sympathisants de cette Confrérie Royale ait le souci constant de se former, d'étudier la doctrine royale légitimiste autant que la doctrine catholique, d'approfondir sans cesse ses connaissances historiques et les principes de la Royauté capétienne traditionnelle.
Sans cela, on aura beau arborer des fleurs de lys à sa boutonnière, on aura beau crier à tout bout de champ : "Vive le Roy ! Vive Louis XX !", on aura beau courir ici ou là avec des drapeaux et des bannières : on ne sera pas solide et on court le risque d'être entraîné dans des voies sans issue.

 

- Dans ce monde, dans cette Eglise, dans cette France, dans ce microcosme royaliste, la grande majorité des personnes ne prie plus, ne prie pas assez, prie mal... 

En face de cela, il est plus que jamais nécessaire et urgent que chacun des membres et sympathisants de cette Confrérie Royale ait le souci constant de prier mieux et davantage, ne se contente pas de réciter de "pieuses formules" - aussi belles et aussi longues soient elles - , mais plutôt que de "dire des prières" à intervalles réguliers avec plus ou moins d'attention, d'être prière à tout instant et à chaque instant, en toutes ses activités, par une union du coeur et une offrande d'intention qui embrasse, anime et vivifie toute sa vie.
Sans cela, on aura beau arborer des fleurs de lys à sa boutonnière, on aura beau crier à tout bout de champ : "Vive le Roy ! Vive Louis XX !", on aura beau courir ici ou là avec des drapeaux et des bannières : on ne sera que dans l'agitation superficielle et le sel s'affadira jusqu'à n'être plus bon qu'à être jeté dehors et piétiné...

 

- Dans ce monde, dans cette Eglise, dans cette France, dans ce microcosme royaliste, la grande majorité des personnes ne fait plus pénitence et répugne aux sacrifices... 

En face de cela, il est plus que jamais nécessaire et urgent que chacun des membres et sympathisants de cette Confrérie Royale ait le souci constant de l'expiation, de la pénitence, de la réparation et de l'union à la Croix salvatrice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne se contente pas d'être "en règle" par rapport aux observances légales du carême et des quelques rares pratiques pénitentielles qui subsistent officiellement, mais soit plus zélé et ingénieux pour offrir chaque jour et plusieurs fois par jour des sacrifices généreux offerts pour la conversion et le salut de la France, pour la personne auguste de notre Souverain légitime, pour la pleine et entière restauration de la Royauté des Lys.
Sans cela, on aura beau arborer des fleurs de lys à sa boutonnière, on aura beau crier à tout bout de champ : "Vive le Roy ! Vive Louis XX !", on aura beau courir ici ou là avec des drapeaux et des bannières : on encourra la terrible sentence tombée des lèvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ "si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous de la même manière !" (cf. Luc XIII, 1-5)...

 

Sans une formation plus profonde et plus solide, sans une prière plus intense et plus constante, sans des sacrifices plus généreux et plus nombreux, nous ne serons jamais "différents" de la masse des hommes superficielle et creuse, nous ne pourrons jamais être "forts et fidèles", nous ne passerons jamais que pour de doux dingues aux yeux de nos contemporains pénétrés des faux principes et des illusions républicains, nous ne travaillerons jamais efficacement à la restauration monarchique que nous prétendons espérer !

 

Forts et fidèles !

 

- La force est une vertu ; la vertu n'a pas grand' chose à voir avec le bon point rose attribué à des bambins de maternelle qui n'ont pas fait de bruit et ne se sont pas agités pendant un quart d'heure. La vertu est une espèce de muscle spirituel et moral, que, comme les sportifs, l'on a entraîné et développé.

On n'est pas un légitimiste fort sans un entraînement assidu, et souvent pénible. On n'est pas un légitimiste fort, sans faire d'effort, sans des heures de "musculation", sans des heures de "course" ou des heures de "punching ball" qui mettent en sueur et qui font mal parfois !

- La fidélité ne consiste pas - ou du moins pas seulement - à se souvenir et à organiser des commémorations des hauts faits et de la gloire de la France et des souverains de jadis. La fidélité est une rigueur, une ascèse que l'on exerce aujourd'hui, au jour le jour, et elle exige une cohérence de tous les instants à tous les principes de pensée et d'action qui ont animé la monarchie traditionnelle depuis Clovis jusqu'à la funeste révolution.

 

"Appelez tout le peuple et montrons-lui son Roi !"

 

A la scène 7 de l'acte 5 d' "Athalie", le sublime Jean Racine a écrit :

« Appelez tout le peuple, et montrons−lui son Roi :
Qu’il lui vienne en ses mains renouveler sa foi.
Roi, prêtres, peuple, allons, pleins de reconnaissance,
De Jacob avec Dieu confirmer l’alliance,
Et saintement confus de nos égarements,
Nous rengager à lui par de nouveaux serments. »

 

 

J'aime à actualiser ces vers en y remplaçant le nom de Jacob par celui de Clovis, et à ainsi transposer dans nos temps si misérables le drame biblique merveilleusement mis en scène par Racine :

« Appelez tout le peuple, et montrons−lui son Roi :
Qu’il lui vienne en ses mains renouveler sa foi.
Roi, prêtres, peuple, allons, pleins de reconnaissance,
De Clovis avec Dieu confirmer l’alliance,
Et saintement confus de nos égarements,
Nous rengager à lui par de nouveaux serments. »

 

- Légitimistes, membres et sympathisants de la Confrérie Royale, nous avons pour devoir, pour impérieux devoir, de montrer le Roi légitime au peuple abusé et égaré : le montrer pas seulement par nos - belles et nécessaires certes - fleurs de lys et bannières, pas seulement par les portraits du Prince Louis mis à l'honneur dans nos maisons, pas seulement par notre présence aux diverses manifestations légitimistes organisées çà et là en telles circonstances ponctuelles. Nous devons le montrer par toute notre vie, à travers la cohérence catholique et française, à travers la différence, à travers la force et la fidélité, exprimées par chacun de nos jours et par chacun des instants de chacun de nos jours.

- Légitimistes, membres et sympathisants de la Confrérie Royalenous avons pour devoir, pour impérieux devoir, d'être au bord du chemin de nos contemporains des balises, des poteaux indicateurs qui montrent la route et qui guident le peuple abusé et égaré vers son Roi légitime, et qui le préparent à revenir vers lui et à lui renouveler les serments d'hommage et de fidélité de jadis : c'est ainsi que nous oeuvrerons au renouvellement de l'alliance sainte conclue dans les fonts baptismaux de Reims aux origines de la France ; c'est ainsi que nous combattrons tous les poisons et toutes les funestes conséquences de la révolution impie ; c'est ainsi que, fidèles et aimants sujets, nous pouvons offrir à notre Souverain légitime et bien-aimé le plus beau de tous les cadeaux d'anniversaire.

« Appelez tout le peuple, et montrons−lui son Roi :
Qu’il lui vienne en ses mains renouveler sa foi.
Roi, prêtres, peuple, allons, pleins de reconnaissance,
De Clovis avec Dieu confirmer l’alliance,
Et saintement confus de nos égarements,
Nous rengager à lui par de nouveaux serments. »

 

Ainsi soit-il !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

 

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24/04/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 mars 2017)

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Lettre

aux membres et amis de la Confrérie royale

du 25 mars A.D. 2017

 

 

 

le 24 mars 2017

en la fête de saint Gabriel Archange

 

Chers Amis,

 

         Si le 25 août est l’anniversaire de notre Confrérie, le 25 mars en est la solennité majeure, en tant que fête de l’Angélus – auquel s’engagent nos membres trois fois par jour – et en tant que mystère central de l’École française de spiritualité. A tous donc, joyeuse et sainte fête !

 

       « Ma personne n’est rien, mon principe est tout ».

S’il est une citation que tout le monde connaît du vénéré comte de Chambord, notre roi Henri V (que l’évêque de Goritz n’a-t-il encore ouvert son procès en béatification !), il s’agit bien de celle-là. Cette admirable expression doit être la devise de la Légitimité, tant en théorie – puisqu’elle résume en les concentrant les Lois fondamentales du Royaume – qu’en pratique, par notre « non-culte » de la personnalité du Roi principalement. Notre bien-aimé Prince, S.M. T.-C. le roi Louis XX, reprend d’ailleurs régulièrement cet héritage à son compte.

 

         Il y a une dizaine de jours, en la fête de sainte Louise de Marillac, la dévouée auxiliaire de Monsieur Vincent, la Sainte Église offrait à notre méditation l’évangile de la récompense promise, à la fin des temps. En voici la conclusion : « Le Roi leur répondra : En vérité, Je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait au moindre de Mes frères que voici, c’est à Moi Que vous l’avez fait ».

     Chers Confrères, à chaque fois que vous êtes fidèles à la récitation de l’angélus (et pour beaucoup d’entre vous, à toutes sortes de bonnes œuvres offertes et consacrées d’avance par Vœu), à chaque fois, pendant ce saint Carême, que vous luttez contre vos défauts et travaillez à courir dans la voie des vertus par vos efforts, avec l’aide de la sainte grâce, à chaque fois que vous offrez votre humble devoir d’état et chacune de vos bonnes actions (et beaucoup d’entre vous, par Vœu), « c’est au Roi que vous l’avez fait », c’est pour la sanctification et la restauration de notre Roi légitime que vous l’avez fait.

Vous êtes, nous sommes les gardes de l’âme du roi Louis : rappelez-vous toujours que, selon le mot de dom Guéranger, ce sont les Saints qui font l’Histoire ; c’est par la profondeur de votre vie chrétienne et spirituelle que vous contribuerez à l’avènement du Règne de Dieu sur terre à travers Son lieutenant.

 

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        « Faire les choses ordinaires de manière extraordinaire, et les choses extraordinaires de manière ordinaire », se répétait saint Jean Berchmans. L’auguste Mère de Dieu n’a pas agi autrement au cours de toute sa vie, et en cette nuit bénie de l’Annonciation où, gracieuse à son habitude, elle délivre son Fiat en un bouquet odoriférant de toutes les vertus. Grandes ou petites choses : faisons tout en Saints, « à la française, c’est-à-dire royalement »[1], et disons au Patron des rois chrétiens :

 

« Sire le Roy, qui envoyez vos plus beaux chevaliers à la pointe de votre armée, daignez vous souvenir d'un sujet qui voudrait se hausser jusqu'à vous pour mieux servir Sire Dieu et Dame Sainte Église.

Donnez-moi le péché en horreur et gardez-moi pur comme le lys de votre blason.

Vous teniez votre parole, fût-elle donnée à un noble chevalier ou un infidèle, faites que jamais mensonge ne passe ma gorge, dût franchise me coûter la vie.

Ô le plus fier des barons français, inspirez-moi de mépriser le jugement des hommes et donnez-moi le goût de me compromettre pour l'amour du Christ.

Enfin, Prince au grand cœur, ne permettez pas que je sois jamais médiocre, mesquin ou vulgaire, mais partagez-moi votre cœur royal, et faites qu'à votre exemple je serve Dieu et mon prochain à la française, royalement. Ainsi soit-il ».

  

         Soyez convaincus de l’importance de notre fidélité à nos engagements, pour faire resplendir notre Cause, dans un monde sombrant inlassablement dans l’abîme. La situation de la Sainte Église est proprement lamentable, en ce centenaire de Fatima.

Nous verrons – cela est entièrement plausible pour ne pas dire certain – si les châtiments du Ciel s’abattront sur notre terre, mais reconnaissons que le pire des châtiments est bien ce tableau, sous nos yeux, des âmes « en état de se perdre éternellement », avec beaucoup d’ecclésiastiques dont l’attitude y contribue hélas.

     Mais comme nous l’enseigne saint Augustin, « Docteur des Docteurs » (dom Guéranger), la barque de Pierre « en a vu d’autres », peut-être et sans doute même jamais aussi graves, mais nous avons la Sainte Messe, le Catéchisme et la Sainte Écriture, et donc tout pour être des Saints et contribuer à l’avènement du Règne du Christ au Royaume des Lys !

 

Au corbeau criant Cras (demain), c'est bien cet Hodie que porte gravé sur sa croix saint Expédit, et qui est le secret de notre sanctification selon saint François de Sales.


         Parlant de saint Louis, je voudrais vous faire part de mes joies en cette pluie de grâces annoncées pour ce 25 mars, en reprenant la tradition liturgique des « Hodie » (aujourd’hui), multipliés à l’antienne de Magnificat des Vêpres des solennités majeures, comme celle de l’Annonciation, pour décliner tous les mystères commémorés et toutes les grâces reçues alors :

HODIE, dans une église dédiée au Roi-juge de Vincennes,

HODIE, à l’autel qui vit la consécration de la France au Cœur Immaculé de Marie,

HODIE, un frêle poupon reçoit l’eau salutaire, l’adoption divine et l’incorporation au Corps du Christ,

HODIE, un jeune fidèle entre dans la Confrérie Royale,

HODIE, un lévite revêt la livrée du Christ et de la milice cléricale,

HODIE, un ecclésiastique de plus prononce son Vœu de consécration à la Couronne de France !

 

"Aujourd'hui, le Christ est né ; aujourd'hui, le Sauveur est apparu ; aujourd'hui, les Anges chantent sur terre, les Archanges se réjouissent ; aujourd'hui les justes exultent en disant : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, a******* !"

 

         Il sera fondamental de prier avec une ferveur redoublée ce mois-ci :

–depuis ce jour, plus important (chronologiquement parlant) mystère de la Rédemption par l’Incarnation du Fils de Dieu dans les chastes entrailles de la plus pure des vierges ;

–jusqu’au 25 avril, anniversaire de naissance de notre Roi (né 760 ans jour pour jour après son aïeul saint Louis), qui aura 43 ans, âge d’entrée dans la gloire de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (célébré le 28 avril), dont les deux noms doivent nous inciter à confier Louis à Marie, notre Roi à notre Reine…

         Prier pour une intention particulière, de grand intérêt pour la Confrérie. Prier également pour les intentions qui nous sont confiées, notamment la santé de l'épouse d'un postulant romain [que je devrais recevoir dans la Confrérie lors d'un prochain pèlerinage ad limina Apostolorum], ainsi que celle d’un Légitimiste, Emmanuel, dont le nom (Dieu avec nous) se réalise aujourd’hui : portons-nous bien mutuellement dans la prière d’une vraie charité, contribuant ainsi déjà à la vraie union des Français que consacre la Royauté de droit divin.

 

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« Comment cela arrivera-t-il ? » (Luc. I, 34), demandons-nous avec la Très Sainte Vierge, qui préférait s’il était possible préserver son principe (son vœu de virginité consacrée) plutôt qu’exalter sa personne[2], par la si recherchée – parmi les filles d’Israël – qualité de mère du Messie (et d’un Dieu, mais cela, qui pouvait s’en douter ?), comme avec la Pucelle de Domrémy, que l’on imagine ébahie devant sa vocation… Comme ces deux figures, nous sommes petits et faibles[3], bien qu’encore plus, elles étant incomparablement pures, et Notre-Dame de manière inégalée et inconcevable !

     Quelle différence entre la Vierge toute ouverte et pleine de foi, par rapport à son cousin par alliance, saint Zacharie, incrédule face à ce qui est pourtant LA nouvelle fondamentale de sa vie : la naissance tant désirée d'un héritier malgré son grand âge. Ne retrouvons-nous pas en lui tous ces Français nostalgiques du passé et horrifiés du présent, mais incapables hélas d'oser espérer un avenir chrétien, et qui plus est d'y contribuer ? Comme le père de saint Jean-Baptiste, ils risquent d'être condamnés au mutisme...

     Et le séraphin saint Gabriel, célébré aujourd’hui, de nous répondre à tous, tandis que devant nos yeux se déroule rapidement et majestueusement la formidable « épopée » de notre Mère du Ciel comme de notre héroïne nationale[4] : « Rien n’est impossible à Dieu » (Luc. I, 37), repris par Notre-Seigneur Lui-même trente ans plus tard : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Luc. XVIII, 27).

Toute la Révolution se résume dans le NON du diable et son « Non serviam », « Nolumus hunc regnare super nos » ; la Contre-Révolution, synonyme d’Ordre sacré (hiérarchie), s’écrie aujourd’hui et toujours avec l’Immaculée Conception, dans l’humilité et la confiance, et surtout une foi à transporter les montagnes : OUI, « Fiat » !

 

« Notre-Dame qui par votre Oui avez changé la face du monde, prenez en pitié ceux qui veulent dire Oui pour toujours

Vous qui savez à quel prix ce mot s'achète et se tient ; apprenez-nous à le dire comme vous dans l'humilité, la pauvreté, la fidélité et l'abandon à la volonté du Père.

Demandez à votre divin Fils, que les oui que nous dirons après celui-là, tout au long de notre vie, nous servent, à l’exemple du vôtre, à faire encore plus parfaitement la volonté de Dieu : pour notre salut, celui de la France et du monde entier. Ainsi soit-il ».

 

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« Et que la ferveur de vos prières contribue à protéger la France ! » (Louis XX).

 

Pro Rege et Francia

Ad pristinum Regnum restituendum

 

Abbé Louis de Saint-Taurin +

Grand-Prieur


[1] Prière scoute à saint Louis.

[2] « Tandis que Jésus parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui t'a porté ! Heureuses les mamelles qui t'ont allaité! Et Il répondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc. XI, 27-28). Cette citation scripturaire est le fondement scripturaire de la citation de Henri V, comme l’on pourrait dire : « Vive le Roi de par sa naissance », et Notre-Seigneur de nous corriger : « Vive le Roi bien plus de par sa fidélité à sa mission ».

[3] « Il a daigné jeter les yeux sur la bassesse de Sa servante » (Luc. I, 48) s’écrie Notre-Dame au Magnificat.

[4] De Domrémy à Chinon, de Poitiers à Orléans, de Reims aux geôles puis au bucher de Rouen, et enfin le Ciel !


24/03/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 février 2016)

Lettre mensuelle

aux membres et amis

de la Confrérie royale

pour le 25 février anno Domini 2017

 

Un sujet vertueux

 

« Lorsque la nostalgie est le seul mouvement qui guide l'esprit vers l'attachement à la monarchie, le regard est biaisé et la direction prise complètement erronée. Certains se mettront alors à rêver d'un roi pieux et vertueux pour résoudre les problèmes du temps, sans jamais se regarder eux-mêmes et se demander si œuvre de conversion n'est pas aussi nécessaire pour mériter un tel prince. La monarchie est un système complexe de relations entre un chef sacré par Dieu et des sujets mettant tout en œuvre pour être conformes, eux aussi -chacun à son degré- à cette élection surnaturelle. Il est possible que Dieu nous ait retiré, si violemment, le roi si vertueux Louis XVI, parce que nous ne correspondions plus à notre vocation éminente de sujets vertueux. Un pays n'a pas simplement besoin d'un souverain au-delà de tout reproche, il repose aussi sur des âmes qui doivent partager cette même et unique grâce. Ce n'est pas simplement la tête qui doit être fidèle aux promesses du baptême reçu par Clovis, mais tous les sujets de France et Navarre.

 

 

     A partir du moment où les Français ont voulu s'émanciper de cet appel commun à la sainteté, ils ont abandonné leur statut de sujets vertueux pour devenir des citoyens soucieux de leur liberté, pourtant très surveillée. La quête de la liberté, mal comprise, a remplacé celle de la vertu. Or les grands siècles chrétiens de notre histoire sont une lutte constante et individuelle pour grandir dans l'exercice des vertus, surtout les XII°-XIV° siècles et le XVII° siècle. Etre vertueux ne signifie pas être immaculé et sans péché, mais être un pécheur domptant sans cesse ses faiblesses avec la grâce de Dieu et dévoilant ainsi sa force. Lorsque tout un peuple, et pas simplement le prince, s'applique à cet exercice, le résultat est celui de la grandeur, même si les hommes demeurent toujours imparfaits.

     René Schwob, dans Ni grec ni juif, écrit : « La faiblesse qui se croit forte est impotente et vaine. La faiblesse qui se sachant telle, consent à son effacement, s'exalte d'autant. Dieu n'y résiste pas. Il s'y engouffre. Il la déborde. Il l'inonde, jusque dans ses souffrances, des grâces de la lumière et de l'indubitable joie. Il faut donc, sinon prêcher la faiblesse, la confesser et la vivre. » Telle est la véritable vertu de force, celle qui renverse des montagnes avec humilité.

      L'homme de 1789 a oublié cette vérité pour s'engouffrer dans l'orgueil bien vain d'une autonomie réclamée en tout domaine. L'homme du Moyen-Age et du Grand Siècle, beaucoup plus libre, ne l'était que par son obéissance au réel et son adhésion à son statut de sujet aimé de Dieu et protégé par le prince. L'important n'est pas de savoir si des chefs très chrétiens ont failli à leur mission, ce qui est inévitable humainement, mais de juger de la capacité d'un peuple à grandir dans la foi et la vertu car conscient de son élection particulière. Les scandales et les crimes politiques qui parsèment l'histoire de nos républiques successives montrent bien que sans le guide de la vertu évangélique, rien de bon ne peut être accompli. Les hommes d'aujourd'hui ne sont pas essentiellement plus pécheurs que leurs ancêtres, mais ils sont moins vertueux car naviguant à vue et sans boussole, ceci par refus conscient et volontaire.

     Certes, pour reprendre une expression de Claudel, « le combat spirituel est aussi   brutal que la bataille d'hommes », mais il fut un temps, celui du royaume terrestre de France, où les sujets étaient quotidiennement aidés dans cette lutte par la contemplation de ce à quoi ils étaient appelés. Ils savaient qu'ils pouvaient atteindre ce qui semblait être trop haut à première vue. Les habitants de Paris ou d'Amiens, passant chaque jour devant leur cathédrale, n'avaient pas à lever les yeux vers le ciel pour deviner les statues des vertus.

     Elles trônaient, comme des jeunes filles chastes et simples, à portée de main, et la poussière soulevée par l'activité incessante de la cité les enveloppait. Ces vertus sont en lutte avec les vices. Depuis Tertullien et son De Spectaculis, chaque baptisé connaissait la forme concrète de la lutte intérieure de l'homme dont parle sans cesse l'Evangile. Tertullien avait donné figure à ces vertus et à ces vices, et les artistes chrétiens mettront en images ce vers quoi un sujet fidèle devait tendre. Emile Mâle, dans L'Histoire de l'art religieux au XIII° siècle, souligne très justement : « Le christianisme n'a point apporté la paix au monde, mais la guerre ; l'âme est devenue un champ de bataille. L'harmonie que les anciens sages, dans    leur ignorance de la vraie nature de l'homme, avaient voulu faire régner en eux, n'est pas de ce monde : tant que nous vivons, les deux hommes qui sont en nous combattent. » L'homme de la révolution, déjà tout pétri des idées de Rousseau et persuadé que l'homme était naturellement bon, n'a plus besoin d'être un sujet vertueux constamment dans la mêlée de cette tension de sa conscience et de son âme. Il se déclare maître de lui-même et les pires catastrophes le guettent. Le poète antique Prudence, -au nom si providentiel-, avait pourtant, avant le christianisme, perçu et analysé ce combat dans sa Psychomachie qui inspirera aussi tant d'artistes, déjà dans les fresques des catacombes. Ainsi, au portail de la cathédrale de Strasbourg, nous pouvons contempler les vertus virginales qui achèvent à coup de lance les vices tombés à terre. Tous les grands sanctuaires présentent peu à peu, sur le verre ou dans la pierre, la bataille acharnée entre les vertus et les vices, ceci toujours dans le même ordre et avec une liste identique : la Foi et l'Idolâtrie, l'Espérance et le Désespoir, la Charité et l'Avarice, la Chasteté et la Luxure, la Prudence et la Folie, l'Humilité et l'Orgueil, la Force et la Lâcheté, la Patience et la Colère, la Douceur et la Dureté, la Concorde et la Discorde, l'Obéissance et la Rébellion, la Persévérance et l'Inconstance. Sans toujours un rapport direct avec la description des vertus et des vices dans les grandes oeuvres théologiques de saint Augustin, d'Isidore de Séville, de saint Thomas d'Aquin ou de Guillaume d'Auvergne, ces représentations, en statues ou en bas-reliefs, ont façonné la conscience morale des sujets vertueux pendant des générations.

 

 

     Aujourd'hui, même les âmes les plus pieuses ne portent qu'un regard distrait sur les œuvres léguées par nos pères dans la foi ou bien n'éprouvent qu'un intérêt esthétique, somme toute très superficiel. Si nous voulons retrouver notre vocation de sujets vertueux, nous devons renouer aussi avec les méthodes éprouvées au cours des temps pour grandir dans la vertu et gagner de plus en plus de batailles. Nous sommes loin du christianisme mou trop couramment prêché depuis que les chaires ont été désertées. Le sujet vertueux sait que l'Esprit Saint est prêt à fondre sur lui comme une cataracte de feu à chaque instant, d'où son souci de demeurer dans la disposition la moins indigne possible pour L'accueillir.

     N'attendons pas passivement une renaissance monarchique, grâce à un homme providentiel, qui nous serait accordée sans effort moral de notre part. La restauration, qui sera une renaissance, doit jaillir d'abord dans chaque cœur soucieux du bien, du beau et du vrai. Sinon la monarchie ne serait qu'un décor de théâtre, comme elle l’est d'ailleurs encore en certains pays. Si nous voulons que royaume de France ressuscite, il est nécessaire de devenir des sujets vertueux pour accueillir un prince qui sera fidèle aux mêmes commandements et exigences évangéliques. Tout le reste n'est que rêve politique inutile et condamné à l'échec. Ne nous lassons pas de contempler les vierges sages et les vierges folles aux portails des cathédrales et demandons-nous ce que nous mettons en œuvre pour aider les premières à vaincre les secondes.

 

 

P. Jean-François Thomas s.j.


24/02/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 janvier 2017)

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Lettre mensuelle

aux membres et amis de la Confrérie royale

pour le 25 janvier anno Domini 2017

 

 

Le Royaume est-il un paradis terrestre ?

Le meilleur n’est pas le parfait…

 

« Il était une fois, dans un royaume très lointain… » Tous les contes, pour ainsi dire, commencent de cette façon, et il n’y est question que de rois et de princesses. Pourquoi, d’instinct, l’univers de nos rêves se situe-t-il d’emblée dans un royaume ? Serait-ce la nostalgie d’un passé lointain et ancré dans la mémoire collective ?

 

« Dans un royaume lointain… » :

« Par cette formule familière, analyse un site internet[1]le narrateur situe d’emblée le récit dans un monde imaginaire où les repères spatio-temporels demeurent flous. Le merveilleux permet de donner une dimension universelle au récit et crée une distance rassurante entre l’enfant et les thèmes abordés. L’enfant peut alors apprivoiser ses peurs et se sentir moins seul, plus fort face à elles ».

 

La sagesse populaire nous transmet donc à sa façon l’idéal du gouvernement dans lequel l’enfant peut se construire : un royaume, parce qu’il est le plus naturel à l’homme. La République, à côté, est un système en pratique beaucoup plus artificiel et en théorie beaucoup moins idéal ! Vous ne trouverez donc pas de président ni de médiateur de la République dans nos belles histoires pour enfants… seulement dans les « histoires à dormir debout » que se fabriquent les adultes en perte d’innocence !

 

Mais tous les royaumes ne sont pas imaginaires, et ils sont ce que nous en faisons. Tout homme aspire au bonheur, mais peu en trouvent le chemin ; la plupart se jettent éperdument dans des bonheurs apparents et − il est vrai − séduisants, mais il n’est qu’à évaluer le moral ambiant de nos contemporains pour se rendre compte que les promesses matérialistes n’ont pas été à la hauteur.

 

Venons-en à cette assertion que nous prouve l’histoire des sociétés : tous les régimes désirant instaurer un paradis terrestre se transforment inévitablement en un véritable enfer. Les exemples historiques ne manquent pas : les goulags du communisme, les camps de concentration du national-socialisme, les persécutions religieuses de la République athée (IIIeme République en France, croisade des Cristeros au Mexique…) et toutes les révolutions « libératrices » (1789, 1830, 1848, 1870, 1917, 1968). L’idéalisme est du ressort des rêves, pas de l’action ; l’espoir fait vivre, l’idéalisme tue (au sens propre comme au figuré !).

 

 

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Les grilles dorées d’un paradis terrestre ?

 

Pourquoi tant d’échecs de ces si belles pensées et − quelquefois − bonnes intentions ? Parce que c’est oublier que depuis le péché originel, l’homme est une créature déchue, les portes du Paradis lui ont été fermées. Dès lors, le Paradis tient du domaine à la fois de la nostalgie d’un passé perdu, et à la fois de notre espérance chrétienne d’une promesse désirée, mais il ne sera jamais vécu ici-bas ! Le Christ nous a rouvert les portes et Il nous promet certes, comme au bon Larron, son Royaume, mais qui « n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36).

 

Alors pourquoi croire en un régime − osons le mot de nos contemporains – passéiste, du moins suranné ? Parce que tous les bonheurs sans Dieu que l’on nous promet se transforment toujours en déception. Seul Dieu peut nous apporter le vrai bonheur, puisqu’Il est le Bien absolu, et seul un régime en accord avec la loi de Dieu peut nous apporter une réelle prospérité, qui n’exclut toutefois pas les épreuves. Régime passéiste ? Pas tant que cela, puisque selon un sondage de 2013[2], 54 % des Français seraient favorables à un retour à une monarchie.

 

Les fortes paroles de S. Pie X sont toujours d’actualité :

« Non, Vénérables Frères − il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et en législateur −, on ne bâtira pas la société autrement que Dieu l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo »[3]. Et Faoudel de poser la question[4] : « Quelle cité catholique non bâtie dans les nuées le saint pape évoque-t-il quand il s’adresse à notre pays, si ce n’est celle de notre monarchie traditionnelle ? ».

 

« L’utopie est mère de toutes les dictatures » a dit, horresco referens, Jacques Attali. Quant à nous, nous voulons être réalistes ; de cette adhérence au réel qui a valu à S. Thomas d’Aquin de devenir « le maître dans l’art de bien penser » (Paul VI[5]), ce réalisme qui nous fait savoir que l’homme ici-bas n’échappe pas et n’échappera jamais à la souffrance, malgré tous les charlatans qui lui vendent du rêve. Cette vérité nous est connue à la fois par l’expérience et par la Révélation, le rachat de l’homme déchu étant la raison-même de l’Incarnation de Dieu.

 

Saint Thomas en vient à s’interroger sur la notion de meilleur régime[6], c’est-à-dire celui le plus apte à conduire la multitude vers le Bien commun, qui est le maintien de l’unité et de la paix. Il défend alors avec des arguments percutants le système monarchique comme le plus naturel, à l’image de ce qu’est le Paradis de Dieu : un Royaume où Dieu commande seul[7]. Le monarque devient le dépositaire temporel de cette souveraineté divine.

 

Mais dire qu’un gouvernement est le meilleur ne veut pas dire pour autant qu’il est parfait : il est le plus raisonnable, le plus naturel, ce qui n’est déjà pas si mal. C’est lui qui est le plus ordonné au plan de Dieu, et là où il y a bon ordre, il y a paix[8]. Ce n’est pas le pied qui gouverne le corps mais le « chef » (le bien-nommé), c’est-à-dire la tête. De même, la société ne peut être gouvernée par la base : le peuple. La démocratie, en ce sens[9], est plus qu’une aberration : c’est une supercherie. Le Bx Pie IX a dit pour résumer : « Suffrage universel, mensonge universel ! »[10].

 

Un régime de bon sens et de bonne foi ne promet pas LE bonheur assuré aux habitants de la Cité, mais il promet de leur apporter son meilleur soutien. Notre-Seigneur n’est pas venu abolir la souffrance, mais lui donner un sens. « Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir » (Mt 5, 17) nous annonce le Christ, et la souffrance est la loi de l’humanité : on ne trouvera personne qui ne fasse exception à cette règle, pas même Notre-Dame, la Virgo dolorosa comme nous la célébrons le 15 septembre : la Vierge des douleurs.

 

Toutes les sectes et les fausses religions vous promettront le contraire, du ventripotent Bouddha au non moins opulent (financièrement cette fois-ci) « révérend » Moon ; seul Jésus dépouillé, nu sur la Croix, nous apporte la vraie réponse, et la plus consolante aussi. Lui seul peut affirmer en toute vérité qu’Il est venu accomplir cette loi universelle de la souffrance, parce que chaque goutte versée l’a été pour chacun de nous.

 

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Le Bouddha bien-en-chair face au Dieu-fait-chair dépouillé : un saisissant contraste !

 

Le Royaume de Dieu est d’en haut, et nous sommes déjà constitués « héritiers [de ce] Royaume qu’Il a promis à ceux qui L’aiment » (Jc 2, 5) ; mais il commence déjà ici-bas. « Le règne de Dieu est déjà présent au milieu de nous » nous dit S. Paul (Rm 12, 8) et le Pater nous fait demander à Dieu l’avènement de son règne sur la terre comme au Ciel. Mais rassurez-vous, ô Hérodes modernes qui craignez pour vos trônes, l’admirable hymne des Vêpres de l’Épiphanie vous annonce : Non eripit mortalia, Qui regna dat cælestia : « Il ne retire pas les royaumes terrestres Celui qui nous donne le Royaume céleste » ! Le Christ-Roi ne vient prendre la place de personne, Il est déjà de droit le Roi des rois, que les Mages viennent proclamer en venant L’adorer dans la crèche.

 

Les primaires électorales nous renvoient la question du « candidat idéal », voire d’un Sauveur de la Nation qui nous relèvera du marasme et de la décadence ambiants dans lesquels nous sommes enlisés depuis si longtemps. Nous, nous vous disons en toute vérité : ce candidat n’existe pas, il n’y a pas de super-héros à espérer, mais la fonction idéale existe et s’incarne bien en un homme, qui n’a pas de super-pouvoirs mais qui est, par son sacre, revêtu de la grâce divine, onction qui s’écoulera sur tout le corps social que constituent les Français, à l’image de l’huile sainte répandue sur la tête d’Aaron, frère de Moïse et premier grand-prêtre d’Israël, et qui « coulait sur sa barbe et jusque sur les bords de ses vêtements » (Ps. 133, 2).

 

Cet écoulement « capital » (i.e. depuis la tête) de la grâce se vérifie dans la vie sacramentelle : le sacrement de baptême purifie ainsi l’âme tout entière lorsque l’eau coule sur le sommet du crâne du baptisé. Il se vérifie en outre dans les hiérarchies angéliques, dans lesquelles l’illumination des anges s’effectue de chœur en chœur, des supérieurs aux inférieurs, selon l’admirable sagesse de Dieu qui « a tout réglé avec ordre, poids et mesure » (Sg 11, 20). Dieu est cette fontaine inépuisable qui déverse ses grâces de haut en bas, selon la loi de la « pesanteur spirituelle », si l’on peut dire !

 

Revenons donc au bon sens, à la loi naturelle, à la raison éclairée ! Dieu nous donne un Chef, comme Il nous donne des parents que nous n’avons pas choisis. Mais attention : c’est un homme qu’Il nous désigne, pas un ange qu’Il nous envoie et encore moins Lui-même ! Voilà pourquoi nous disons que la mission divine s’incarne proprement en un homme, que nous pouvons appeler en toute vérité « providentiel » car sa destinée s’inscrit dans le plan de Dieu.

 

Vous connaissez peut-être des prêtres qui vous ont blessés ou scandalisés : cela est malheureusement possible parce que le prêtre demeure un homme avant tout ; son ordination sacerdotale ne l’a pas « angélisé » ! Le Roi que Dieu nous donne a sans doute ses défauts, il n’est sans doute pas expert dans tous les domaines (d’où la nécessité de bien s’entourer…) et le Sacre pour lequel nous prions tous les jours ne le rendra ni surhomme, ni prince charmant, ni gourou, ni Dieu sur terre, mais le lieu-tenant de Dieu, aidé et voulu par Lui pour maintenir les Français dans la vertu et les conduire vers le Bien. Si nous avions le Royaume parfait ici-bas, pourquoi espérerions-nous encore le Royaume à venir ?

 

Célébrant aujourd’hui la Conversion de S. Paul, comment ne pas rappeler ici la prophétique prière de S. Pie X[11] comparant la France à l’ex-persécuteur de Chrétiens ? « Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répètera : ‘‘Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ?’’. Et, sur sa réponse : ‘‘Qui es-tu, Seigneur ?’’, la voix répliquera : ‘‘Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même’’. Et elle, tremblante, étonnée, dira : ‘‘Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?’’. Et Lui : ‘‘Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, fille aînée de l’Église, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre’’ ».

 

Chers Membres de la Confrérie, tout le programme d’action est contenu ici : celui de la France comme le nôtre !

 

Le Chancelier +

 



[3] Lettre sur le Sillon Notre charge apostolique du 25 août 1910.

[5] Lettre Lumen Ecclesiae (1974) § 1-2 et Allocution au Congrès sur S. Thomas d’Aquin à l’occasion du VIIcentenaire de sa mort, Doc.Cath. n° 1654 (1974) p. 456.

[6] Cf. son De Regno, inspiré de La Politique d’Aristote.

[7] « Toutes les patries ici-bas doivent être le signe de la Patrie céleste (…). Tout homme à naître dans ce monde aspire à s’épanouir au sein d’une société harmonieuse et unie, dès cette vie et dans l’autre. Il relève du gouvernement divin sur l’humanité et nul ne peut l’abroger. La patrie est d’institution divine » (Frère Luc-Marie Perrier, Patrie céleste et patries terrestres, revue Maîtrises Scouts d’Europe n° 182, p. 19).

[8] « La paix est la tranquillité de l’ordre », selon la définition qu’en donne S. Augustin (Bibliothèque augustinienne, chap. 37, p. 740). Il nous livre à l’occasion sa belle « charte de la Paix » : « La paix du corps, c’est l’agencement harmonieux de ses parties. La paix de l’âme sans raison, c’est le repos bien réglé de ses appétits. La paix de l’âme raisonnable, c’est l’accord bien ordonné de la pensée et de l’action. La paix de l’âme et du corps, c’est la vie et la santé bien ordonnées de l’être animé. La paix de l’homme mortel avec Dieu, c’est l’obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle. La paix des hommes, c’est leur concorde bien ordonnée. La paix de la maison, c’est la concorde bien ordonnée de ses habitants dans le commandement et l’obéissance. La paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens dans le commandement et l’obéissance. La paix de la cité céleste, c'est la communauté parfaitement ordonnée et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu et dans la jouissance mutuelle en Dieu. La paix de toutes choses, c’est la tranquillité de l’ordre. L’ordre, c’est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient ».

[9] Nous ne parlons pas ici de la conception antique de la démocratie, comme à Athènes, mais de la démocratie libérale.

[10] Discours aux pèlerins français du 5 mai 1874.

[11] Discours du 29 novembre 1911 lors d’un Consistoire.

 


26/01/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 décembre 2016)

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Lettre mensuelle

aux membres et amis de la Confrérie royale

pour le 25 décembre anno Domini 2016

 

 

le 24 décembre A.D. 2016

en la vigile de la Nativité du Sauveur

 

Chers Amis,

 

Dans le Saint Évangile, Notre-Seigneur

« ayant appelé un petit enfant, le mit au milieu d’eux, et leur dit : Je vous dis en vérité, que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Quiconque donc s’humiliera et se rendra petit comme cet enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux ; et quiconque reçoit en Mon Nom un enfant tel que je viens de dire, c’est Moi-même Qu’il reçoit. Si quelqu’un scandalise un de ces petits qui croient en Moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui pendît au cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! […] Prenez bien garde de ne mépriser aucun de ces petits : Je vous déclare que dans le ciel leurs anges voient sans cesse la face de Mon Père Qui est dans les cieux. […] Ainsi votre Père Qui est dans les cieux, ne veut pas qu’un seul de ces petits périsse. […] Je vous dis encore que si deux d’entre vous s’unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu’ils demandent, elle leur sera accordée par Mon Père Qui est dans les cieux. Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en Mon Nom, Je M’y trouve au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 2-10, 14, 19-20[1]).

Alors que s’achève le temps liturgique de l’Avent et que Dieu Se montre aux hommes – et particulièrement à Sa Sainte Mère qui Le portait sans Le voir depuis la nuit bénie de l’Annonciation –, c’est d’une certaine manière le Christ Lui-même Qui applique Ses propres leçons, Lui « Qui est descendu du ciel » (Joann. III, 13), « ne retenant pas jalousement le rang qui L’égalait à Dieu », « Qui, ayant la forme et la nature de Dieu, n’a point cru que ce fût pour Lui une usurpation d’être égal à Dieu ; mais Il S’est anéanti Lui-même en prenant la forme et la nature de serviteur, en Se rendant semblable aux hommes, et étant reconnu pour homme par tout ce qui a paru de Lui au dehors. Il S’est rabaissé Lui-même » (Philipp. II, 6-8), pour Se faire – qui l’eût imaginé ?! – petit enfant, Fils de l’homme. 

 

 

C’est ce grand mystère de l’Incarnation que, depuis Bérulle, adore l’École française de spiritualité, pierre précieuse du « génie français » (saint Pie X).

« De nous-même nous devons faire élection et de tous côtés nous rendre au silence, à la séparation, à la soumission et docilité du Saint Enfant Jésus, Qui de Verbe Dieu S’est Lui-même, remarquons Lui-même, anéanti ; et de là, sur cette base, Il S’est laissé conduire en obéissance par tous les états de Sa vie jusqu’à la mort de la Croix et en Sa gloire […]. C’est donc, ma chère Sœur, par la grâce que nous trouvons en la Sainte Enfance qu’il nous faut laisser conduire selon tous les décrets de Dieu sur nous sans discernement »[2].
« C’est de la crèche que l’on tire le chemin de tous les mystères de la Croix et de la gloire ; il n’y a qu’un Jésus-Christ, mais c’est une grâce de L’entendre et d’être des premiers avec les saints pasteurs et les saints rois à reconnaître Sa grandeur en la plus grande bassesse »[3].

 

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Et cette dévotion porte des fruits incontestables. En effet, comme nos ancêtres ont prié pour la naissance d’un Dauphin ! Louis-Dieudonné, quatorzième du nom, fut le fruit de la dévotion à la Sainte Enfance du Seigneur[4] : ne l’oublions pas en ce Temps de Noël qui commence, et ne soyons pas ingrats, mais reconnaissants à Dieu pour Ses grâces insignes et répétées : il n’y a pas de raison qu’elles nous manquent à l’avenir, si nous-mêmes sommes fidèles à ne pas manquer à la grâce.

 

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La consécration du 25e jour de chaque mois est une caractéristique de la dévotion à la Sainte Enfance. C’est d’ailleurs à cette date qu’apparaissait Notre-Dame du Rosaire aux Arroyos, en Argentine, de 1983 à 1990, comme l’évêque du lieu l’a reconnu le 22 mai dernier.

 

 

Il y a dix-neuf jours, à Nîmes, en recevant, lors d’une Messe votive de saint Michel à l’occasion du premier mardi du mois, le plus jeune membre de la Confrérie royale (8 ans et prénommé comme notre premier roi), c’était encore à la même réalisation du précepte évangélique que nous assistions, comme lorsque saint Luc, l’évangéliste de l’Enfance du Seigneur, expliquait que :

« étant venu à Nazareth, où Il avait été élevé, [Jésus] entra, selon Sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue, et Il Se leva pour lire. On Lui présenta le livre du prophète Isaïe ; et l’ayant ouvert, Il trouva l’endroit où ces paroles étaient écrites : L’Esprit du Seigneur S’est reposé sur Moi ; c’est pourquoi Il M’a consacré par Son onction : Il M’a envoyé pour prêcher l’Évangile aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour annoncer aux captifs leur délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour mettre en liberté ceux qui sont brisés sous leurs fers ; pour publier l’année favorable du Seigneur, et le jour où Il Se vengera de Ses ennemis. Ayant fermé le livre, Il le rendit au ministre, et S’assit. Tout le monde dans la synagogue avait les yeux arrêtés sur Lui. Et Il commença à leur dire : C’est aujourd’hui que cette Écriture que vous venez d’entendre est accomplie. Et tous Lui rendaient témoignage ; et dans l’étonnement où ils étaient des paroles pleines de grâce qui sortaient de Sa bouche, ils disaient : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » (Luc. IV, 16-22).

         Attentifs au fait que Notre-Dame se manifeste comme par prédilection à de jeunes gens, sachons encourager autour de nous, voire en nos familles, l’engagement des enfants – avec l’accord de leurs parents jusqu’à leur majorité – pour la Couronne : la pureté et magnanimité de leurs prières sauront toucher le Cœur du divin Enfant Roi. N’est-ce pas justement à eux que s’adressait Notre-Dame de la Prière à L’Ile-Bouchard, en 1947 ?

 

Puissions-nous grâce à eux entendre prochainement notre souverain bien-aimé, le corps fraîchement oint, prononcer à Reims ces paroles de l’Écriture : « L’Esprit du Seigneur S’est reposé sur moi ; c’est pourquoi Il m’a consacré par Son onction : Il m’a envoyé pour prêcher la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour annoncer aux captifs leur délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour mettre en liberté ceux qui sont brisés sous leurs fers ; pour publier l’année favorable du Seigneur, et le jour où Il Se vengera de Ses ennemis » !

 

Chaque année, le beau Temps de l’Avent ravive en nous l’espérance de l’avènement du Lieu-tenant du Messie, selon le mot d’Aristote : « Qui peut le plus peut le moins »[5]. Si S’incarner n’a pas paru insensé à Dieu, en quoi la restauration de Son serviteur serait-elle impensable ? « Car rien n’est impossible à Dieu » (Luc. I, 37).

 

En ce Temps de la Nativité, pensons aux belles choses que nous verrons si nous savons travailler résolument à ce que Dieu attend de nous. Car notre « amour pour le Roi et la Couronne » est bien fondé surnaturellement sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, et appuyé naturellement, philosophiquement, expérimentalement sur les bienfaits de ce régime qui a fait la France.

 

 

Si je vous dis « 1515 », vous me répondrez (normalement) « Marignan ». Du moins était-ce ce qu’apprenaient naguère les élèves. Et si je vous dis « 1520 », que me répondrez-vous ?

 

Non, ce n’est pas Luther et sa prétendue réforme ; lui, c’est 1517. Et comme le disait en début d’année le préfet de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la foi, « nous, les Catholiques, n’avons aucune raison de célébrer le 31 octobre 1517, la date qui marque le début de la [prétendue] Réforme et qui mena à la rupture du Christianisme occidental ».

 

Je ne vous parle pas là d’une année mais d’un anniversaire…

 

 

En ce grand jour de la Nativité du Sauveur a lieu la naissance de Sa fille aînée[6], la première nation chrétienne, disons-même très-chrétienne. Nous célébrons le 1520e anniversaire du baptême de Clovis. Ce fier guerrier païen a su retenir lui aussi la leçon de saint Remi et descendre au baptistère rémois, y dépouillant – fier Sicambre ! – vêtements et insignes afin de naître à nouveau par l’eau salutaire du baptême, « en la quinzième année de son règne » nous rapporte saint Grégoire de Tours, nous rappelant inévitablement l’évangile lu cet Avent[7], dans lequel commence la prédication de saint Jean-Baptiste, devant conduire au Baptême de Notre Seigneur, inaugurant Sa vie publique.

 

« XXXI. […] Il se rendit donc au milieu des siens, et, avant même qu’il eût pris la parole, la puissance de Dieu l’ayant devancé, tout le peuple s’écria en même temps : « Les dieux mortels nous les rejetons, pieux roi, et c’est Dieu immortel que prêche Rémi que nous sommes prêts à suivre ». Ces nouvelles sont portées au prélat qui, rempli d’une grande joie, fit préparer la piscine. Les rues sont ombragées de tentures de couleur, les églises ornées de courtines blanches ; le baptistère apprêté, des parfums sont répandus, des cierges odoriférants brillent ; tout le temple du baptistère est imprégné d’une odeur divine et Dieu y comble les assistants d’une telle grâce qu’ils se croient transportés au milieu des parfums du paradis. Ce fut le roi, qui, le premier, demanda à être baptisé par le pontife. Il s’avance, nouveau Constantin, vers la piscine, pour effacer la maladie d’une vielle lèpre et pour effacer avec une eau fraîche les sordides taches anciennement acquises. Lorsqu’il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella d’une voix éloquente en ces termes : « Dépose humblement tes colliers, ô Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». […] Ainsi donc, le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans Sa Trinité, fut baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés » (saint Grégoire de Tours, Historia Francorum, II, MGH. SS. RM, éd. B. Krusch, I, Hanovre, 1885, p. 91-93 ; éd. 1951, p. 75-78).

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« A la vue de ces feux qui rendent plus splendide encore la décoration de la maison de Dieu, nous exclamerons-nous avec dom Guéranger en rejoignant ce soir, au son des cloches, l’église pour la Messe de minuit, nous nous rappelons le mot de Clovis entrant le même jour, à cette même heure, dans la Basilique de Reims où il devait être régénéré : Mon Père, […] est-ce là le royaume que vous m’avez promis ? —Non, mon Fils, répondit l’apôtre des Francs, ce n’est que l’entrée du chemin qui doit t’y conduire » !

 

 

En outre, le Normand qui vous écrit peut-il passer sous silence le 950e anniversaire – nous ne verrons peut-être pas le millénaire… –, du couronnement, toujours en ce saint jour de Noël, du duc Guillaume le Conquérant comme roi d’Angleterre, en l’abbaye de Westminster ? Nous avions évoqué en octobre la fameuse bataille de Hastings. La portée de cet événement fut considérable en Europe. Alfred, archevêque d’York, couronna roi le duc de Normandie après avoir demandé aux Anglais s’ils le reconnaissaient pour roi, tandis qu’Odon, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume, le demandait aux Normands présents. Sous les voûtes du monastère, les cris de joie ayant dû paraître sauvages, les soldats normands se trouvant au-dehors crurent à une révolte et incendièrent les maisons alentour…

 

 

Tout en devant mater les révoltes locales, Guillaume réorganisa de façon impressionnante, avec l’appui de saint Grégoire VII notamment, le royaume britannique. Il fonda une société féodale exemplaire, mit en place des sheriffs chargés de maintenir l'ordre, et put, grâce à un gigantesque recensement nommé Domesday Book (1086), améliorer le rendement fiscal et les armées. L'Église bénéficia du renouveau en recevant pour archevêque de Canterbury, l'abbé Lanfranc, de Saint-Étienne de Caen. Une abbaye bénédictine fut construite sur le champ de bataille de Hastings. Notons que la devise de la monarchie anglaise actuelle, toujours en français, est due à Guillaume le Conquérant : « Dieu est mon droit ».

 

 

Son épouse Mathilde serait quant à elle solennellement couronnée reine d’Angleterre à Westminster à la Pentecôte 1068.

 

 

 

Enfin, dernière « naissance » que j’évoquerai aujourd’hui : celle, il y a 130 ans, de sainte Thérèse, par sa conversion à la sainteté.

 

Elle passait, à 13 ans et demi, de l’orgueil de l’enfance à la maturité de la petite voie d’Enfance spirituelle. Le pape Benoît XV la présentait ainsi :

« L’enfance spirituelle est formée de confiance en Dieu et d’un abandon aveugle entre Ses mains […]. Il n’est pas difficile de montrer les mérites de cette enfance spirituelle pour ce qu’elle exclut comme pour ce qu’elle suppose. Elle exclut en effet l’orgueilleuse idée de soi ; elle exclut la présomption d’atteindre par des moyens humains une fin surnaturelle ; elle exclut l’idée fausse que l’on se suffit à soi-même à l’heure du danger et de la tentation. Et par ailleurs, elle suppose une foi vive dans l’existence de Dieu ; elle suppose un hommage concret à Sa puissance et à Sa miséricorde ; elle suppose le recours confiant à la Providence de Celui Dont nous pouvons obtenir la grâce d’éviter tout mal et de parvenir à tout bien. […] Nous souhaitons que le secret de la sainteté de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus ne reste inconnu à personne »[8].

Aussi permettez-moi, malgré sa longueur (relative...), de le citer in extenso, en guise de conclusion, tant cette conversion de « la plus grande Sainte des temps modernes »[9] est admirable, ayant su, comme le demandait saint Jean Berchmans, faire les choses ordinaires de manière extraordinaire.

 

Thérèse racontera elle-même sa conversion, par obéissance, un an avant de mourir (en 1897), dans ses manuscrits autobiographiques :

 

« J'étais vraiment insupportable par ma trop grande sensibilité... Je pleurais comme une Madeleine et lorsque je commençais à me consoler, je pleurais d'avoir pleuré... Il fallut que le Bon Dieu fasse un petit miracle pour me faire grandir en un moment et ce miracle Il le fit au jour inoubliable de Noël, en cette nuit lumineuse qui éclaire les délices de la Trinité Sainte, Jésus le doux petit Enfant d'une heure, changea la nuit de mon âme en torrents de lumière... En cette nuit où Il Se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de Ses armes et depuis cette nuit bénie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commençais pour ainsi dire, 'une course de géant !...
Ce fut le 25 décembre 1886 que je reçus la grâce de sortir de l’enfance, en un mot la grâce de ma complète conversion. Nous revenions de la messe de minuit où j’avais eu le bonheur de recevoir le Dieu fort et puissant. En arrivant aux Buissonnets, je me réjouissais d’aller prendre mes souliers dans la cheminée, cet antique usage nous avait causé tant de joie pendant notre enfance que Céline [l’une de ses quatre sœurs, NDLR] voulait continuer de me traiter comme un bébé puisque j’étais la plus petite de la famille…
Papa aimait à voir mon bonheur, à entendre mes cris de joie en tirant chaque surprise des souliers enchantés, et la gaîté de mon Roi chéri augmentait beaucoup mon bonheur, mais Jésus voulant me montrer que je devais me défaire des défauts de l’enfance m’en retira aussi les innocentes joies, il permit que Papa fatigué de la messe de minuit éprouvât de l’ennui en voyant mes souliers dans la cheminée et qu’il dît ces paroles qui me percèrent le cœur : “Enfin, heureusement que c’est la dernière année !”
Je montais alors l’escalier pour aller défaire mon chapeau, Céline connaissant ma sensibilité et voyant des larmes briller dans mes yeux eut aussi bien envie d’en verser, car elle m’aimait beaucoup et comprenait mon chagrin : “Ô Thérèse ! me dit-elle, ne descends pas, cela te ferait trop de peine de regarder tout de suite dans tes souliers”. Mais Thérèse n’était plus la même, Jésus avait changé son cœur ! Refoulant mes larmes, je descendis rapidement l’escalier et comprimant les battements de mon cœur, je pris mes souliers et les posant devant Papa, je tirai joyeusement tous les objets, ayant l’air heureuse comme une reine. Papa riait, il était redevenu joyeux et Céline croyait rêver !... Heureusement c’était une douce réalité, la petite Thérèse avait retrouvé la force d’âme qu’elle avait perdue à 4 ans et demi et c’était pour toujours qu’elle devait la conserver !...
En cette nuit de lumière commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du Ciel… En un instant l’ouvrage que je n’avais pu faire en dix ans, Jésus le fit Se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. […] Il fit de moi un pécheur d’âmes, je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs, désir que je n’avais [pas] senti aussi vivement… Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse ! ».

 

 

Que la patronne « en second » de la France obtienne à nos âmes, en cette nuit merveilleuse, cette même grâce de la conversion totale à une sainteté résolue et à une résolue sainteté.

 

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« Et que la ferveur de [n]os prières contribue à protéger la France ! » en son 1520e anniversaire (S.M. T.-C. le roi Louis XX).

 

 

Pro Rege et Francia

Ad pristinum Regnum restituendum

 

Abbé Louis de Saint-Taurin +

Grand-Prieur

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[1] Traduction en 1667 par l’abbé Louis-Isaac Lemaistre, sieur de Sacy (1613-1684).

[2] Lettre 243 à Mère Élisabeth, prieure de Beaune, du 2 octobre 1645.

[3] Lettre 267 à Mère Élisabeth de l’Enfant-Jésus (Baillou), sous-prieure des Dominicaines de Paris, du 29 décembre 1645.

[4] Lettre du 17 juin 1689 de sainte Marguerite-Marie Alacoque : « Voici les paroles que j'entendis sur ce sujet : Fais savoir au Fils aîné de mon Sacré-Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par la consécration à Mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et, par son entremise, de celui des grands de la terre ».

[5] Éthique à Nicomaque.

[6] Par association (« concomitance ») de l’antique titre du roi de France, puisque nous pourrions dire, en reprenant le mot de Jehanne : « Le Roi Très-Chrétien et la France, c’est tout un »…

[7] « L'an quinze du règne de l'empereur Tibère,... » (Luc. III, 1).

[8] Décret sur les vertus héroïques de Thérèse Martin, 14 août 1921.

[9] Citation de saint Pie X.


24/12/2016
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Pour qu'en cette France où le péché abonde la grâce de Dieu surabonde...

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Lettre mensuelle aux membres et sympathisants de la Confrérie

25 novembre 2016

 

Chers membres et sympathisants de la Confrérie Royale,

 

« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rom. V, 20).

La désobéissance d'Adam a entraîné la chute du genre humain dans un abîme de misères, bien loin de l'état de grâce et de justice que le divin Créateur avait voulu pour lui.
Dès lors, pendant de longs siècles, la pauvre humanité va gémir dans l'inflation de ses péchés accumulés, incapable de se relever par elle-même, se traînant lamentablement dans la séparation et l'ignorance de Dieu...

Cependant, dans Sa miséricorde infinie, le Très-Haut n'a pas abandonné l'homme. Pour qu'il ne désespère pas, au moment même où tombe sur lui la sentence qui le châtie, lui est aussi donnée la promesse solennelle d'un Sauveur : car pour obvier à son incapacité, pour détruire son péché, et pour lui rendre la grâce, Dieu a conçu le dessein inouï de l'Incarnation et de la Rédemption par la Croix.  « Dieu a tant aimé le monde, qu'Il lui a donné Son Fils unique » (Johan. III, 16) ; « Et le Verbe S'est fait chair, et Il a habité parmi nous... et à tous ceux qui L'ont reçu, Il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu » (Johan. I, 14. 13).

Le saint temps de l'Avent dans lequel nous allons entrer nous permet de nous replonger spirituellement dans l'histoire du salut afin de mieux accueillir « Celui qui vient », afin de mieux accueillir Ses grâces, afin de mieux accueillir Son salut.

 

Le grand malheur - NOTRE très grand malheur - , c'est que nous savons déjà ces choses : pour la plupart d'entre nous, elles nous ont été enseignées depuis l'enfance ; nous les connaissons ; elles font partie de notre substrat de connaissances, nous y sommes habitués... et, bien souvent, nous ne voyons pas ce qu'il y a d'extraordinaire et de merveilleux dans ces mystères de notre salut par le Verbe de Dieu incarné et crucifié.

Trop souvent, notre connaissance de ces mystères inconcevables reste purement intellectuelle... et malheureusement stérile.

Le saint temps de l'Avent devrait – il faudrait que cela devienne dans les faits un DEVOIR spirituel, un impératif – nous permettre de rompre nos pieuses routines, de renouveler notre regard sur ces divins mystères par une contemplation et des approfondissements vraiment personnels, et de prendre un nouvel élan pour mieux aimer et servir le Roi du Ciel qui S'est fait le Fils de l'homme.

Ce qu'il nous faut, c'est retrouver un cœur semblable à celui du petit enfant qui, pour la première fois, entend parler de la faute d'Adam, qui vibre de tout son être navré de la chute à l'espérance des patriarches et des prophètes, et qui s'émerveille dans une gratitude éperdue devant la Crèche : « En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez, et ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux » (Matth. XVIII, 3).

 

Et si nous prenions les moyens, pendant ce saint temps de l'Avent, pour redevenir semblables aux petits enfants ?

De nombreux parents ou éducateurs catholiques invitent leurs enfants à préparer Noël par des efforts spirituels et des sacrifices, et il arrive qu'ils sont symbolisés par la progression des moutons vers la crèche : chaque enfant a « son mouton » et, au moment de la prière du soir, il a le droit d'avancer ce santon qui le représente proportionnellement aux efforts et sacrifices consentis dans la journée...

Mais pourquoi cela serait-il réservé aux enfants ?

 

Vous, membres de la Confrérie Royale, auxquels Notre-Seigneur fait l'obligation de vous convertir pour devenir comme les petits enfants si vous voulez vraiment entrer dans le Royaume des Cieux, pourquoi, à l'occasion de cette préparation spirituelle à Noël, ne reprendriez-vous pas à votre compte cette tradition qui n'est naïve qu'en apparence ?

Si vous ne voulez pas ou ne pouvez pas avoir un santon-mouton à faire avancer vers la crèche, vous pouvez toujours néanmoins trouver quelque autre symbole concret (ne serait-ce qu'au moyen de petites croix cochées sur un calepin ad hoc) pour matérialiser votre progression vers « le Roi qui vient ».

Ce qui importe, ce qui compte, c'est qu'il n'y ait pas un seul jour de cet avent 2016 où vous ne fassiez un effort, où vous n'ayez la générosité d'au moins un sacrifice.

Car il est absolument illusoire et vain de vouloir s'approcher du Christ Sauveur sans efforts et sans sacrifices !

 

Ce qui est vrai pour la vie chrétienne authentique, l'est tout autant pour la cause royale : la restauration du Roi légitime sur le Trône de France ne se fera pas sans les sacrifices, généreux et nombreux, de ceux qui ne se contentent pas de « souhaiter » une vraie monarchie chrétienne, mais qui ont le désir d'un engagement concret pour que la France revienne dans les voies de la fidélité à Dieu et à son lieu-tenant en terre, le Roi Très Chrétien.

Pas un seul jour de cet avent où je ne doive offrir à Dieu au moins un sacrifice, en plus de mon devoir d'état et de mes obligations ordinaires, pour Monseigneur le Prince Louis de Bourbon et pour la France : un vrai sacrifice - c'est-à-dire un sacrifice qui coûte, un sacrifice qui mortifie ma nature toujours prompte à se ménager – généreusement présenté au Roi du Ciel, pour que le Roi de la terre reçoive toutes les grâces qui lui sont nécessaires en vue du rétablissement de l'Alliance qui fut scellée dans les fonts baptismaux de Reims en la nuit de Noël 496, et pour qu'en cette France où le péché abonde la grâce de Dieu surabonde.

 

Faites donc avancer vos petits moutons vers la crèche du Sauveur en leur donnant pour cela chaque jour - et même plusieurs fois par jour - de vrais efforts généreux, de vrais sacrifices, afin que le Prince que nous servons soit un Roi selon le cœur de Dieu, comme jadis le fut David, comparaison que nous pouvons nous autoriser puisque le pape Grégoire IX a déclaré que le Royaume de France était la tribu de Juda du Nouveau Testament.
Et qu'advienne sur nous et sur la France ce que le Très-Haut prophétisait par Ezéchiel : « Je sauverai Mon troupeau, et il ne sera plus en proie (…) Et Moi, le Seigneur, Je serai leur Dieu, et Mon serviteur David sera prince au milieu d'eux (…). Et Je ferai avec eux une alliance de paix (…). Et ils seront dans leur terre sans crainte ; et ils sauront que Je suis le Seigneur lorsque J'aurai brisé les chaînes de leur joug, et que Je les aurai arrachés de la main de ceux qui les tenaient sous leur empire. Et ils ne seront plus en proie aux nations, et les bêtes de la terre ne les dévoreront pas ; mais ils habiteront avec confiance sans aucune crainte. Et Je leur susciterai un germe renommé, ils ne seront plus détruits par la famine sur la terre, et ils ne porteront plus l'opprobre des nations. Et ils sauront que Moi, le Seigneur leur Dieu, Je suis avec eux, et qu'eux-mêmes sont Mon peuple (…). Mais vous, Mes troupeaux, les troupeaux de Mon pâturage, vous êtes des hommes, et Moi, Je suis le Seigneur votre Dieu, dit le Seigneur Dieu » (Ezech. XXXIV, 22... 31).

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

 

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24/11/2016
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