L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Lettre à la Confrérie


« Dic nobis, Maria : quid vidisti in via ? »

- Dic nobis, Maria : quid vidisti in via ?

- Sepulchrum Christi viventis, et gloriam vidi Resurgentis !
Angelicos testes, sudarium, et vestes.
Surrexit Christus spes mea : præcedet suos in Galilæam.

 

- Dites-nous, Marie (Magdeleine) : qu'avez-vous vu en chemin ?
- J'ai vu le sépulcre du Christ vivant et la gloire du Ressuscité !
Les témoins angéliques, le suaire et les linges.
Le Christ mon espérance est ressuscité : Il précédera les Siens en Galilée.

 

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 Voeux de Pâques à l'adresse des membres et sympathisants

de la

Confrérie Royale

 

Très chers Amis,

 

au terme d'un carême dont j'espère qu'il aura été pour chacun d'entre vous un moment d'intense ferveur et de générosité dans la pénitence et le sacrifice, ces quelques lignes vous retrouveront pour vous souhaiter de belles et joyeuses fêtes de Pâques
A la sainte quarantaine de la mortification et de l'ascèse qui nous a préparés aux célébrations de la Passion, de la mort et de la Résurrection de notre divin Rédempteur, répond maintenant la sainte quarantaine de l'allégresse qui va nous conduire jusqu'au jour de la glorieuse Ascension.

 

Seuls ceux qui ont pratiqué avec générosité les saintes observances du grand carême peuvent finalement goûter en plénitude toute la profonde et sereine sublimité de la joie et de la consolation spirituelle qui fortifient l'âme en ces jours de Pâques.
Pour les autres - les tièdes, les mous, les véléitaires qui ne vont jamais jusqu'au bout de leurs résolutions -, la plupart du temps, ils s'empressent d'oublier la Passion et la Croix qu'ils masquent par des réjouissances superficielles, elles-mêmes vite oubliées et emportées par les tourbillons du monde.
J'espère qu'il n'en est pas ainsi de vous, et que, loin de les occulter, la lumière de la sainte Résurrection de Notre-Seigneur fait resplendir Sa Croix, Sa bienheureuse Passion et Ses Plaies glorieuses, d'un éclat plus grand, dans lequel votre contemplation et votre amour trouvent d'inépuisables délices ! 

 

Les fondateurs de la Confrérie Royale ont vécu ensemble cette Semaine Sainte, avec un petit groupe d'amis, et ils se proposent fermement de recommencer cela d'année en année.

 

Hier, lundi de Pâques 2 avril, avant de se séparer, ils ont eu l'immense joie de chanter une Sainte Messe dans le sanctuaire de la basilique royale de Sainte Marie-Magdeleine, à Saint-Maximin, en Provence.
Les mots ne peuvent exprimer comme il le conviendrait la grâce presque palpable d'une telle célébration auprès des reliques de celle qui fut, après Notre-Dame, la première à voir le Seigneur Jésus ressuscité et fut choisie par Lui pour être, selon l'expression traditionnelle, "l'apôtre des Apôtres".

 

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Prières au bas de l'autel
(Messe au maître-autel de la basilique de Sainte Marie-Magdeleine - lundi de Pâques 2 avril 2018)

 

Quelle émotion spirituelle il y avait à chanter devant ce maître-autel surmonté de l'urne-reliquaire de porphyre offerte par Sa Majesté le Roi Louis XIV, en laquelle sont conservés des ossements de Sainte Marie-Magdeleine, les magnifiques paroles de la séquence pascale : "Dic nobis, Maria : Quid vidisti in via ? - Sepulchrum Christi viventis et gloriam vidi Resurgentis ! Angelicos testes, sudarium et vestes. Surrexit Christus, spes mea, praecedet suos in Galilaeam" (séquence "Victimae paschali").
Et quelle jubilation aussi à se rendre en procession dans la crypte pour y vénérer le chef de celle à laquelle fut tant pardonné parce qu'elle a tant aimé, en chantant "Et Maria-Magdalene, et Jacobi et Salome corpus venerunt ungere. Alleluia ! Et Marie-Magdeleine, Marie-Jacobé et Marie-Salomé vinrent oindre le Corps : un ange assis, vêtu de blanc, annonce à ces femmes que le Seigneur est ressuscité : Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !" (cantilène pascale "O filii et filiae).

 

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Elévation du Corps de Notre-Seigneur
(Messe au maître-autel de la basilique de Sainte Marie-Magdeleine - lundi de Pâques 2 avril 2018)

 

Nous avons bien évidemment demandé à la sainte pénitente devenue si proche du divin Coeur de Jésus, d'intercéder puissamment pour notre France, priant pour que les Français  abandonnent les voies du reniement et du péché, se convertissent et reviennent vers le Sacré-Coeur, faisant ainsi en sorte que le Royaume ne soit plus apostat mais redevienne fidèle à ce que Dieu a voulu pour lui à travers l'institution de la royauté très chrétienne née dans les fonts baptismaux de Reims.

Nous avons aussi prié Sainte Marie-Magdeleine d'intercéder pour notre Roi, Louis XX, afin qu'il corresponde avec toujours plus d'exactitude et de plénitude aux grâces et aux devoirs qui lui incombent du fait de sa naissance. 

 

En présence des reliques de l'une des plus célèbres converties de l'Evangile nous ne pouvions pas nous empêcher de penser à la célèbre prophétie de Saint Pie X au sujet de la France, et nous avons ardemment demandé au Ciel que soit hâté le jour où se réaliseront les paroles du saint Pontife : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ».

Alors, comme de Marie-Magdeleine au matin de Pâques, on pourra dire du Royaume de France ressuscité : "Dic nobis, Gallia : quid vidisti in via ? - Misericordiam Christi viventis, et gloriam vidi Regis christianissimi omnipotente Deo restituti ! Dis-nous, ô France : Qu'as-tu vu en chemin ? - J'ai vu la miséricorde du Christ vivant et la gloire du Roi Très Chrétien restauré par Dieu tout-puissant !"

 

Ainsi soit-il !

 

Frère Maximilien-Marie,
prieur.

 

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Prière devant le reliquaire du chef de Sainte Marie-Magdeleine
(crypte de la basilique de Sainte Marie-Magdeleine - lundi de Pâques 2 avril 2018)


03/04/2018
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Avec Dieu, des lys peuvent pousser dans un désert.

Avec Dieu, des lys peuvent pousser dans un désert.

Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale
pour le dimanche des Rameaux
25 mars 2018

En cette fin de mois de mars, beaucoup d’événements liturgiques se bousculent. Aujourd’hui même, nous aurions fêté, si nous n’avions pas été au début de la Semaine Sainte, la belle fête de l’Annonciation. Durant tout le mois, nous avons honoré spécialement saint Joseph, père légal de notre Seigneur Jésus-Christ et patron de l’Église universelle. Enfin, le carême s’achève et nous entrons de plain-pied dans le cœur de l’année liturgique où nous allons revivre, dans la foi et la beauté des offices, ces événements fondamentaux pour notre salut que sont la Passion, la mort et la Résurrection de notre Seigneur.

En tant que membres de notre chère Confrérie, nous nous engageons à prier pour la restauration dans ses droits de l’Aîné des Capétiens, afin que celui qui n’est que le « Lieu-tenant » puisse rendre à Dieu son royaume. Comment inscrire cette intention dans cette période si riche liturgiquement et qui nous concentre entièrement sur la Personne divinement aimable de Jésus-Christ ?

S’il nous faut éviter d’entrer dans des analogies hasardeuses ou risquer de verser dans un providentialisme de mauvais aloi, le temps liturgique nous donne néanmoins quelques beaux parallèles à faire, ainsi que des sujets de méditations pour mieux ancrer notre prière et trouver des consolations lorsque nous souffrons de l’incompréhension de notre entourage, y compris parmi les catholiques, souvent déconcertés voire hostiles à notre engagement spirituel en faveur de la Légitimité. Pie XII n’avait-il pourtant pas dit que « la politique c’est, après la prédication de l’Évangile, la plus grande des charités » ? Et quoi de plus naturel pour un catholique français que de garder ou de retrouver la fidélité à ce qui a fait la France chrétienne pendant près de mille ans ?

 

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L’Annonciation : le « fiat » de l’humilité.

 

L’Annonciation, que nous fêterons le 9 avril prochain, est marquée par le « fiat » de Marie. Le sort du monde entier, le salut des hommes, se retrouvaient suspendus aux paroles qu’allait prononcer une jeune vierge de Nazareth. Dans son amour incomparable et sans bornes pour les hommes, Dieu fait passer la Rédemption par le biais de la coopération humaine dans la liberté, alors même que c’est dans un usage dévoyé de cette dernière que nos premiers parents avaient péché. Adam et Eve avaient en effet mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ils avaient désobéi et s’étaient ainsi érigés en dieux, répondant à la tentation du serpent : « vous serez comme Dieu » (Genèse III, 5).

Marie, tout au contraire, accepte humblement tout ce que vient lui dire l’ange Gabriel : «  voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (S. Luc I, 38). Elle vit tout dans la foi, dans cet abandon total à Celui dont nous espérons tout. Certes, exempte de tout péché en sa conception même, Marie vivait continuellement dans l’obéissance et l’amour de son Dieu. Cependant, elle restait absolument libre, et d’autant plus libre qu’elle n’était aucunement soumise à l’esclavage du péché. Elle ne questionne pas Dieu sur son choix la concernant elle, simple jeune fille d’un village dont on disait qu’il ne pouvait rien en sortir de bon. Elle ne demande pas de temps de réflexion, d’assurances. Elle s’abandonne entièrement.

Parfait exemple pour nous de l’humilité et de la confiance en Dieu, telle est l’attitude que nous devons imiter chaque jour dans la confiance sans réserve que nous plaçons en notre Seigneur, quelque soit la tournure des événements.

 

La situation de la France semble désespérée. Le trône et l’autel sont par terre. Dieu nous demande pourtant de continuer chaque jour à combattre, dans la prière et dans l’action. Allons-nous lui demander un temps de réflexion, des assurances ? Non. Disons simplement et humblement : « fiat ».

 

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Le charpentier de la lignée de David.

 

A côté de la figure de notre Mère du Ciel, nous trouvons celle du charpentier de Nazareth, saint Joseph. Quelle étonnante providence ! Qui de nous aurait fait un messie du fils d’un charpentier ? Les voies de Dieu ne sont définitivement pas les nôtres...

Joseph est une figure discrète dans les évangiles. On ne lui prête aucune parole, et sa discrétion n’a d’égal que son humilité et sa chasteté qui en faisaient l’époux le plus digne pour la très sainte Vierge Marie. Cependant, si Joseph était d’humble condition sociale et matérielle, il n’en n’était pas moins d’une lignée royale, membre « de la maison et de la famille de David » (Luc II, 4-5). Dieu accomplit ainsi les prophéties messianiques de l’Ancien Testament, mais non de la manière dont les juifs l’attendaient. Joseph inscrivait Jésus dans cette lignée davidique nécessaire pour l’accomplissement des prophéties. Cependant, ce Messie « Fils de David » vit le jour couché dans une mangeoire, entouré d’animaux et de bergers, et c’est justement dans cette fragilité, dans cette humilité et dans cet abandon extrêmes que se manifestent de la manière la plus profonde la puissance et la miséricorde de Dieu.

 

La monarchie française et chrétienne ne reprend-t-elle pas un peu cette belle image dans le principe d’hérédité et dans l’exclusivité de la couronne ? Le roi vient bien d’une lignée, et c’est l’appartenance à ce sang qui le porte sur le trône. Les peuples de France l’acceptent, quelles que soient les qualités, les richesses et le pauvretés humaines de celui que désignent les Lois fondamentales. En retour, le roi de France ne peut se dérober à ses devoirs. Ils les assument dans l’obéissance et l’humilité, ayant conscience que les honneurs attachés à cette couronne ne sont surpassés que par les devoirs qu’elle lui impose. Voilà pourquoi nous restons fidèles à l’Aîné des Capétiens, quels que seraient ses qualités et ses défauts, son intelligence, son aspect physique, son accent ou ses éventuels handicaps. Nous n’exigeons pas telle attitude, tel discours, tel ton du Prince, en échange de notre dévouement. Nous le recevons et nous l’aimons, d’un amour surélevé par la charité, le plus bel apanage du chrétien.

 

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Du désert à la Résurrection.

 

Aujourd’hui, les « Hosanna » résonnent dans Jérusalem, lorsque le peuple de la ville rend honneur à son Messie, à son Roi. Pourtant, quelques jours plus tard, ce même Roi sera trahi, méprisé, condamné, flagellé, puis cloué sur une croix comme le dernier des voleurs. Pendant le carême, nous nous sommes efforcés de jeûner et de prier avec davantage d’ardeur pour nous libérer du superflu et nous recentrer sur l’Essentiel qu’est le Christ. Aujourd’hui, nous acclamons avec la foule des juifs notre Roi, le Roi des rois. Et nous allons l’accompagner cette semaine dans sa Passion, car nous savons pourquoi, ou plutôt pour qui il est mort. Nous savons que c’est par la Croix qu’il nous a ouvert les portes du Ciel et que c’est par cette même Croix qu’il nous a témoigné de son amour infini pour nous. Enfin, nous savons que, derrière l’ombre de cette Croix, apparaissent déjà les premières lueurs de la Résurrection. Nous allons revivre avec notre Seigneur ce calme matin de Pâques où la création silencieuse se réconciliait enfin avec son Créateur, cette matinée durant laquelle un tombeau vide témoignait de l’incomparable puissance divine et de sa victoire définitive sur le péché et la mort.

 

Nous traversons depuis plus de deux cents ans maintenant le désert du Royaume de France. Le Roi est tombé, sous le couperet mortel de l’homme « se faisant dieu » qui a renié le « Dieu fait homme ». La situation paraît, en effet, sans espoir. La République des droits de l’homme est bien installée et use de toujours plus d’artifices électoraux pour faire miroiter un changement à ceux qu’elle exaspère. Qui pourrait croire à une résurrection ?

Mais avec Dieu, des lys peuvent toujours pousser, même dans un désert sans eau. Car c’est lorsque tout paraît perdu et que notre foi est mise à l’épreuve, que le doigt de Dieu fait irruption dans le cours des événements. « Nous n'étions peut-être pas à Paris dix républicains le 12 juillet 1789 », disait le révolutionnaire Camille Desmoulins. Et nous désespérerions de la Providence lorsque, contrairement aux révolutionnaires, nous nous appuyons sur la puissance de Dieu et non sur nos seules forces humaines ? Peut-être, et même sûrement, les choses ne se passeront pas comme nous l’imaginons, comme nous le voulons. Nous ne savons ni le jour, ni l’heure. Mais nous avons décidé de placer toute notre confiance en Dieu, de nous abandonner entièrement à son bon vouloir. Car nous savons que c’est lorsque que nous sommes faibles que nous sommes forts, selon la belle expression de saint Paul.

Alors oui, lorsque nous seront mus par ces sentiments, par cette conviction, et non par une simple nostalgie comme aime à le dire notre Prince, nous pourrons espérer admirer un jour Reims se parant à nouveau de ses plus beaux atouts, voir la foule se masser dans l’antique cathédrale, et la couronne prête à tomber des mains du pontife telle un couperet de vie. Nous pourrons déjà sentir quelque chose de l’odeur fleurie des arcs de triomphe, du parfum de l’encens du Saint Sacrifice et du baume du chrême et de l’huile de la Sainte Ampoule. Nous pourrons entendre résonner au loin les Te Deum et les serments de jadis, et retentir les « Vivat Rex in æternum ! »

 

Nous verrons alors refleurir les lys.

 

Abbé F. Sauvigny

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23/03/2018
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Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale - pour le 25 février 2018.

Le Silence du Roi

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Andrea Mantegna : "Ecce Homo"

 

Entrés dans le désert du Carême, nous accompagnons le Roi des rois dans sa montée vers le sacrifice et vers la gloire. Il est notre modèle pour nous préparer, dans la purification et l'ascèse, à suivre le chemin du Jardin des Olives au Tombeau de la mort et de la Résurrection. Une des grandes leçons spirituelles léguées par Notre Seigneur à ses apôtres et ensuite à tous ses disciples est le silence. Pas n'importe lequel mais celui qui est plénitude, écrin de la Parole divine et de toute parole conforme à la vérité.

 

Charles Péguy parle admirablement du silence que nous affrontons à chaque fois que nous nous retournons vers notre race. Même les hommes de lignée royale finissent par se heurter à ce silence des aïeux anonymes dont la généalogie remonte jusqu'au commencement du premier jour de la création de l'homme. Il écrit, dans sa Note conjointe : « (…) Cette silencieuse race est le seul écho que nous puissions percevoir du silence premier de la création. Silence de la prière et silence du vœu, silence du repos et silence du travail même, silence du septième jour mais silence des six jours mêmes ; la voix seule de Dieu ; silence de la peine et silence de la mort ; silence de l'oraison ; silence de la contemplation et de l'offrande ; silence de la méditation et du deuil ; silence de la solitude ; silence de la pauvreté ; silence de l 'élévation et de la retombée, dans cet immense parlement du monde moderne l'homme écoute le silence immense de sa race. Pourquoi tout le monde cause-t-il et qu'est-ce qu'on dit ? Pourquoi tout le monde écrit-il, et qu'est-ce qu'on publie ? L'homme se tait. L'homme se replonge dans le silence de sa race et de remontée en remontée il y trouve le dernier prolongement que nous puissions saisir du silence éternel de la création première. » Puissions-nous suivre ce chemin et obéir à ce conseil afin que ce Carême ne soit pas plein de vides. Il ne suffit pas de prier selon les règles, de jeûner selon les préceptes, de donner l'aumône selon l'envie du moment. Tout cela, et les autres sacrifices, demeurera creux, vain et stérile s'il se réalise dans le brouhaha, la cacophonie, la logorrhée du monde moderne qui hait le silence intérieur. Trop de paroles recouvrent désormais la Parole divine, ceci au sein même de l'Eglise, pourtant gardienne et dispensatrice de la Parole divine. Nos silences sont morts. Lorsqu'ils existent, ils sont souvent la marque de notre lâcheté ou de notre incompétence. Or, nous devrions nous laisser imbiber par le silence divin comme des babas en manque de rhum.

 

Les Saintes Ecritures ne cessent de nous ramener vers le silence intérieur. Les auteurs inspirés, les prophètes attirent l'attention sur ceux qui font un mauvais usage de la parole, qui ne peuvent se taire, qui se perdent en bavardages, radotages, et donc, tôt ou tard, en médisance et en mensonge. Mettre un frein à sa langue est une condition essentielle de la vie de pénitence. Nous avons toujours le désir d'en dire trop, de révéler ce qui ne doit pas l'être, de blesser avec les mots, de laisser traîner des sous-entendus qui détruisent les autres, leur réputation, leur existence. Le monde est rempli de ces bavards qui trouvent fortune en politique, comme journalistes, comme « artistes », comme écrivains, comme ecclésiastiques. La véritable autorité, elle, découle d'un silence fondateur, celui du Christ dans le désert ou dans un lieu retiré pour prier son Père, celui de Notre Seigneur en présence de ceux qui, les mains chargées de pierres, sont prêts à lapider, en face de ses accusateurs et de Pilate qui attendent des paroles alors qu'ils voient en aveugles le Verbe fait chair. Nous nous chargeons de mots comme des ânes, ils sont notre déguisement, notre fuite du silence qui nous terrifie car il nous révélerait notre vrai visage, déformé et grimaçant.

 

En cultivant le silence, nous pouvons avancer à grands pas dans le combat contre la tricherie et la méchanceté, et découvrir aussi que ce sont les silences qui demeurent lorsque tout le reste a disparu. Ce n'est pas par hasard si le Christ a commencé son pèlerinage terrestre dans le silence de la nuit noire de Bethléem et qu'Il l'a achevé dans le silence du Golgotha. Nul doute que les apôtres, se souvenant de son enseignement, gardèrent aussi au cœur, à l'image de la Sainte Vierge, les silences du Maître lorsqu'Il les regardait avec pitié, avec amour et avec lassitude à cause de leur surdité et de leur vanité. L'être du Seigneur dépasse ce qu'Il a dit et chacune de ses paroles s'est inscrite dans l'écrin du silence originel. Ce pouvoir du silence crée la valeur inestimable des rencontres qui bouleversent notre vie : celle de Notre Seigneur d'abord, dans le silence de notre cœur, mais aussi, par ricochet, celles des rencontres humaines qui sont le sel de l'existence. Maurice Maeterlinck souligne justement, dans Le trésor des humbles : « S'il vous est donné un instant de descendre en votre âme jusqu'aux profondeurs habitées par les anges, ce qu'avant tout vous vous rappellerez d'un être aimé profondément, ce n'est pas les paroles qu'il a dites ou les gestes qu'il a faits, mais les silences que vous avez vécus ensemble ; car c'est la qualité de ces silences qui seule a révélé la qualité de votre amour et de vos âmes ».

 

Silence de Gethsémani, de l'Ecce Homo, du Golgotha, du Tombeau, et même de la Résurrection : ce qui est le nœud de toute l'histoire des hommes s'est réalisé dans le silence, uniquement habité par les pleurs et les battements d'ailes des anges et des puissances invisibles. Pendant ce temps, tout autour du Christ, ce ne fut que vociférations, insultes, ricanements, hurlements, questions, jugements, lamentations, à l'exception de sa Sainte Mère, enfermée dans la contemplation de ce qui ferraillait ses entrailles et son cœur depuis qu'Elle avait accueilli la Volonté de Dieu. Quelles paroles d'ailleurs nous a-t-Elle laissées ? Elles sont en petit nombre. Elle est la Mère du Silence, Elle qui a porté le Verbe.

 

Contemplons donc, durant ces semaines liturgiques bouleversantes, le grand silence du Roi des rois. Il est un silence de plénitude et non pas un vide abyssal comme celui des paroles humaines. Là où il se révèle le mieux visiblement est dans le trésor de la sainte liturgie traditionnelle de l'Eglise lorsque le silence sacré enveloppe les fidèles alors que le prêtre offre le sacrifice. Grandeur indépassable de ce silence qui nous élève aussitôt jusqu'aux portes du Paradis. Plus la liturgie est bavarde, plus elle nous éloigne de la Parole faite chair, plus elle tourne le dos au Roi silencieux devant ses juges pour se jeter dans les bras du monde qui tue avec les mots. Plus notre prière est bavarde, plus elle risque de se contempler elle-même dans un miroir et d'être satisfaite de ce qu'elle est. Peu de mots dans le Pater Noster enseigné par Notre Seigneur. Dans sa sagesse millénaire, l'Eglise a toujours su nous éduquer dans cet attachement à la sobriété, à la belle simplicité, au silence habité. Creusons dans cette mine qui recèle tant de trésors. Il est utopique de penser que nous pourrions faire l'économie du silence pour mettre en pratique les commandements divins et pour vivre des Béatitudes. Les saints sont de vivantes figures pour nous prouver que nous serions dans l'erreur. Ils ont tous su mettre un frein à leur langue, écouter le silence et y découvrir les signes venant d'en haut. Imaginerait-on un saint Curé d'Ars passant son temps à bavarder, à réunir autour de lui les journalistes pour commenter les événements du moment et pour donner ses opinions à propos de tout et de n'importe quoi ? Cela aurait passablement abîmé la confiance des pénitents à son égard. Le saint Curé était tout en Dieu dans le silence et les murmures de son confessionnal où il procédait à de grandes lessives de printemps spirituel à longueur de journée.

 

Avançons à la suite de notre Roi des rois dans le désert silencieux où Il se donne au Père. Nous aurons ainsi part à son Royaume malgré notre indignité. Demeurons au fond du sanctuaire, derrière un pilier, sans oser lever les yeux vers la Miséricorde, tout enfouis dans le silence divin qui nous console et nous relève.

 

P. Jean-François Thomas s.j.

Mercredi des Cendres

14 février 2018

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Henri Charlier : Sacré-Coeur enfant
(dernière oeuvre de l'artiste - abbaye Sainte-Madeleine du Barroux)


24/02/2018
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« Ignis vero numquam dicit : Sufficit ! - Le feu jamais ne dit : C'est assez ! »

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Confrérie Royale

Le Prieur

« Ignis vero numquam dicit : Sufficit »

(Prov. XXX, 16)

 

 

Le dimanche de la Quinquagésime 11 février 2018.

 

Messieurs les Chanoines,
Messieurs les Abbés,
Mes Révérends Pères,
Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis.

 

« Voici que nous montons à Jérusalem et que s'accompliront toutes les choses qui ont été écrites par les prophètes au sujet du Fils de l'homme... » (Luc XVIII, 31).

En ce dimanche où Notre-Seigneur Jésus-Christ annonce solennellement Sa Passion, Sa Mort et Sa Résurrection, je m'autorise à vous rejoindre chacun au travers de ces quelques lignes, dans la perspective du Grand et Saint Carême sur le seuil duquel nous nous trouvons et auquel l'Evangile de ce dimanche fait une introduction aussi profonde que magnifique.

 

Notre-Seigneur monte à Jérusalem pour y accomplir toutes les choses qui ont été écrites par les saints prophètes de l'Ancien Testament, qui décrivent – parfois avec infiniment plus de détails et de réalisme que ne le font les Saints Evangiles - la manière dont le Messie allait souffrir et l'accomplissement du Saint-Sacrifice rédempteur, par lequel nous sommes rachetés et nous sont ouvertes les portes du Ciel.

 

Mais notre divin Maître ne dit pas : « Voici que Je monte à Jérusalem », mais Il dit bien : « Voici que nous montons à Jérusalem ». Au-delà des apôtres et des disciples physiquement présents au moment où Il prononçait ces paroles, Notre-Seigneur S'adressait en particulier à chacun de ceux qui dans toute la suite des siècles prendrait au sérieux sa vocation chrétienne et voudrait s'attacher avec toujours davantage de ferveur et d'amour à suivre Ses pas et Ses exemples, à chacun d'entre nous aujourd'hui, à chacun en particulier. Comme s'Il disait individuellement et un par un à chacun des membres de cette Confrérie Royale :

« Voici que toi et Moi montons à Jérusalem... »


- Et pourquoi devrai-je monter avec Vous à Jérusalem, Seigneur ?

- Pour y souffrir la Passion, pour y mourir et pour y ressusciter !

- Mais n'avez-Vous pas assez souffert, Seigneur ? N'avez-Vous pas offert une Passion surabondante ? Une unique goutte de Votre Précieux Sang répandu n'était-elle pas suffisante pour laver le monde entier de ses crimes (hymne « Adoro Te » de St Thomas d'Aquin) ? Votre mort, survenue une fois pour toute lors de l'unique Vendredi Saint, et depuis lors continûment réactualisée et offerte sur les autels, n'a-t-elle pas suffi ?

- Mon Sacrifice a certes été suffisant pour racheter toutes les âmes et, tant de fois renouvelé et offert, possède-t-il par lui-même tout ce qu'il faut et bien au-delà pour les sanctifier toutes, mais les âmes manquent de correspondance : le Salut que je leur ai obtenu en telle surabondance ne peut s'accomplir sans qu'elles ne s'ouvrent aux grâces que Je leur ai méritées. Sans la franche coopération de leur volonté, sans l'acquiescement de leur liberté, sans leur contrition et sans leur amour, Mes grâces demeureront à jamais stériles pour elles ! C'est la raison pour laquelle à chaque génération, J'ai besoin que, comme Mon Apôtre, ceux qui ont compris ces choses, ceux qui ont compris le prix des âmes, accomplissent dans leur propre chair, pour Mon Corps qui est l'Eglise, ce qui « manque » à Ma surabondante Passion... (cf. Col. I, 24).

- C'est donc cela le Carême, Seigneur ?

- Oui, c'est la prise de conscience plus aiguë que Celui qui vous a créés sans vous ne vous sauvera pas sans vous (cf. St Augustin), et qu'il te faut donc, toi - toi personnellement - , te renouveler dans Ma grâce par une pénitence authentique, par un combat spirituel davantage pugnace, par une générosité qui n'oppose aucune limite à Mon bon plaisir, et par une charité plus fervente, prendre une part plus efficace à ton propre salut et œuvrer, autant qu'il est en ton pouvoir, pour la conversion et la sanctification de tes frères !


Oui, chers membres et sympathisants de la Confrérie Royale, n'opposons aucune limite aux desseins divins et, dans une mâle volonté de cohérence absolue à toutes les exigences de notre vocation chrétienne, faisons preuve d'une générosité totale pour correspondre aux grâces de Notre-Seigneur, pour nous-mêmes bien sûr, pour les âmes de tous les pauvres pécheurs évidemment, et – d'une manière très spéciale en raison de nos engagements en cette confrérie – pour notre Roi légitime, pour sa famille, et pour le Royaume de France qui, s'il ne se convertit pas pour revenir à sa vocation scellée dans les fonts baptismaux de Reims, périra immanquablement.

 

 

Notre-Seigneur a dit qu'Il était venu « allumer un feu sur la terre » (cf. Luc XII, 49). Puisse ce feu brûler en chacun de vos cœurs ! Puisse sa flamme arder avec toujours plus de force en chacune de vos âmes ! Puisse le feu d'une charité inextinguible embraser vos cœurs et vos vies, dans la générosité du don de vous-mêmes, et dans la générosité décuplée de nobles sacrifices amoureusement unis à celui de notre divin Rédempteur !

Et quand survient la tentation de la lassitude, de l' « à quoi bon ? », du découragement, répétez-vous cette sentence extraite des Proverbes de Salomon : « Ignis vero numquam dicit : Sufficit ! Le feu jamais ne dit : c'est assez ! » (Prov. XXX, 16).

Si par malheur, en effet, il advenait qu'il dise un jour : « Il suffit ! C'est assez ! », il deviendrait bientôt cendres : les cendres de la mort dont nos fronts seront symboliquement marqués mercredi en un rappel salutaire qui doit susciter en nous un sursaut de ferveur et de générosité.

 

Bon, fervent et très saint Carême !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

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Rappels pratiques et concrets :

 

1 – Les observances « légales » du Carême, de nos jours dans l'Eglise latine, sont minimalistes, mais nous ne nous contenterons pas du minimum légal en matière de jeûne, d'abstinence et de sacrifices, n'est-ce pas ? « Le feu ne dit jamais : c'est assez ! » Chacun le faisant en accord avec son conseiller spirituel, évidemment.

Ceux qui le désirent trouveront sur le « Blogue du Maître-Chat Lully » des rappels concernant la discipline et l'esprit du Carême (cf. > ici) et un rappel de la discipline antique, toujours en vigueur dans la plupart des Eglises orientales (cf. > ici)

 

2 – Il n'est pas proposé de textes particuliers pour le Carême dans le cadre de la Confrérie Royale, mais les membres qui le désirent (il n'y a bien évidemment aucune obligation) peuvent demander à recevoir les textes de réflexion et de méditation que je diffuse quotidiennement dans l'apostolat du Refuge ND de Compassion (demander > ici).


10/02/2018
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Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale - pour le 25 janvier 2018.

Il faisait froid, ce tragique matin de janvier 1793

 

 

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Edward Matthew WardThe Royal Family of France in the Temple, 1851, Magdalen College, Oxford, détail.

 

Il faisait froid, ce tragique matin de janvier 1793, lorsque le valet de chambre Cléry alluma un modeste feu dans une cheminée de cette humide et vieille bâtisse qu’était la prison du Temple. Derrière les rideaux du lit de la chambre, un homme terminait son repos nocturne. S’engagea alors un court et semble-t-il anodin dialogue entre le captif et son valet :

 

- Cinq heures sont-elles sonnées ?

- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.

J’ai bien dormij’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont ?

Sur mon lit.

Et vous ? où avez-vous dormi?

Sur cette chaise.

J’en suis fâché.

Ah, Sirepuis-je penser à moi dans ce moment ?

 

Ce bref échange n’est pas le plus connu, ni le plus éloquent dialogue de cette tragique matinée du 21 janvier 1793. Le captif, c’est Louis XVI, le roi très-chrétien, le roi déchu de ses fonctions par une minorité de petits bourgeois et agitateurs avides de pouvoir et de sang, le roi captif de son peuple, d’un peuple qui s’est engagé dans cette spirale infernale dont nul n’aurait pu imaginer, quelques années plus tôt, les épouvantables effets. Monsieur de Firmont, c’est son aumônier, un prêtre réfractaire d’origine irlandaise, l’abbé Edgeworth. Jean-Baptiste Cléry, c’est le fidèle parmi les fidèles, ancien valet de chambre du duc de Normandie, depuis devenu le Dauphin, lui aussi incarcéré avec ses parents, sa sœur et sa tante, dans la maudite tour du Temple. Cléry fut l’auteur de ce Journal de ce qui s’est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI, publié à Londres en 1798, témoignage unique en son genre de la vie du Roi-Martyr avant son assassinat.

 

La rapide discussion que nous avons rapportée résume finalement tout de cet évènement qui constitue inexorablement une rupture dans l’histoire de la France, dans cette histoire bâtie sur l’alliance entre le Trône et l’Autel, entre le principe monarchique et la foi catholique. Une alliance consacrée dans les fonts baptismaux de Reims, lors du baptême de Clovis, près de treize siècles plus tôt.

 

« Cinq heures ont-elles sonné ? »

 

La première question du Roi très-chrétien est on ne peut plus ordinaire. Il demande l’heure, comme son valet la lui annonçait chaque matin, dans la chambre d’apparat du château de Versailles : « Sire, il est huit heures. » Mais cette fois-ci, le roi pose la question. Il sait qu’il doit se lever plus tôt que prévu, pour se préparer spirituellement à son exaltation, non pas sur un trône, mais sur l’échafaud, qui pour lui sera le trône de la gloire, comme la croix des voleurs le fut pour le Christ. Louis XVI est prêt, fin prêt. Depuis le 10 août 1792, où il fut déchu de ses fonctions ; depuis le 22 septembre, lorsque la Convention abolit la monarchie ; depuis le 11 décembre, quand les fanatiques Chaumette et Santerre, sont venus le chercher au Temple pour son premier interrogatoire devant ces messieurs de la Convention. Depuis la veille surtout, 20 janvier, lorsque 361 députés ont voté pour la mort sans conditions, contre 360 autres. À une voix près ! Le triomphe de la démocratie, ou plutôt de la manipulation. Le totalitarisme en marche.

 

Cinq heures ont donc sonné. Louis sait qu’il va mourir, dans quelques heures. Il a fait ses adieux la veille à sa famille. Il va se préparer à la mort en se recommandant à Dieu. Il va entendre la sainte Messe qui lui apportera le plus grand réconfort pour un condamné. Et surtout pour un innocent envoyé à la mort.

 

Cinq heures ont sonné. Louis est en paix avec lui-même. Il sait qu’il doit mourir, pour que son sang scelle un jour, un jour lointain peut-être, de nouveau le pacte qu’on aurait jadis cru éternel entre Dieu et la terre de France. Il sait qu’il doit se préparer au sacrifice d’agréable odeur pour que les grâces descendent un jour de nouveau sur ce royaume, sur ce peuple, sur ces sujets ingrats pour certains, faibles pour d’autres, qui n’ont rien osé faire pour désamorcer la bombe qui allait briser durablement la vraie identité de la France. Et il prie Dieu pour que ce sang qu’il va bientôt répandre ne retombe jamais sur la France en malédictions et vengeances du Ciel.

 

Mais ces cinq heures n’ont pas encore sonné à la pendule de la chambre royale. Petit retard technique sans doute, mais aussi signe du Ciel, car si on ne faisait pas hier attendre le roi, aujourd’hui le roi ne fait attendre personne, certainement pas Dieu, même si le temps devait s’interrompre sur son horloge. La pendule lui a joué un tour, mais Louis ne s’est pas laissé prendre. Dieu l’appelle au sacrifice. Ecce, adsum. Me voici, Seigneur.

 

J’ai bien dormi, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué.

 

Louis XVI a pu jouir de quelques heures de répit, d’apaisement, après les vexations et le harcèlement moral dont, depuis plusieurs jours, il fut victime de la part des censeurs de la Convention. Comme le Christ sous le poids de la Croix, sur le chemin du Calvaire, le lieutenant de Dieu sur terre pouvait ployer sous le fardeau de cet inique procès. Les derniers portraits du souverain, tracés à la va-vite dans sa prison ou à l’assemblée par tel ou tel artiste, à l’exemple du célèbre fusain de Joseph Ducreux, nous révèlent un prince vieilli, épuisé, marqué par la souffrance, et surtout par deux souffrances : la séparation définitive de sa femme et de ses enfants, imposée par les tenants des prétendus droits de l’homme, mais surtout le fait d’avoir été accusé d’avoir répandu le sang de son peuple.

 

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Joseph DucreuxLouis XVI, vers 1792, Musée Carnavalet.

 

Malgré tout ce fardeau moral, Louis a bien dormi. Parce qu’il a la conscience tranquille. Il sait que tout est consommé, que Dieu l’appelle, que la Providence en a décidé ainsi, pour un plus grand bien, sans doute encore impalpable, un plus grand bien dessiné dans le mystère divin.

 

La nuit fut bonne. Il a pu reprendre des forces pour se présenter devant son Créateur et pour manifester au public, avec honneur, la grandeur et la noblesse de son âme et de cette dignité unique inscrite en elle par l’Esprit Saint, au jour de son sacre, le 11 juin 1775. Grandeur et noblesse. Des vertus oubliées depuis 1789, mais des vertus qu’un roi ne peut égarer dans l’abîme des révolutions politiques sans se renier lui-même. Il n’est plus roi sur le papier, mais il reste le roi, par la grâce de Dieu. Il est né pour être roi, il a été fait roi par la mort de son aïeul Louis XV et par l’onction du sacre, il doit donc mourir en roi, en s’élevant ultimement sur un trône de souffrance qui sera aussi un trône d’amour, l’amour d’un roi incompris pour son peuple.

 

Où est Monsieur de Firmont ?

 

Sa première préoccupation, en ce froid matin de janvier, est de savoir où se trouve son aumônier. Louis est toujours le Fils aîné de l’Église, l’héritier des eaux sacrées de Reims et le descendant de saint Louis, n’en déplaise aux vociférateurs de 92. Chaque matin, à son réveil, le Roi pensait d’abord à Dieu. La stricte étiquette imposée par Louis XIV avait clairement mis en évidence cette priorité. À peine éveillé, le souverain, après s’être signé avec l’eau bénite, récitait dans son lit, assisté par son premier aumônier, l’office du Saint-Esprit, en qualité de grand-maître de l’Ordre royal dédié à la troisième Personne de la sainte Trinité.

 

Ce matin du 21 janvier, une légère entorse est faite à l’antique protocole. C’est par la sainte Messe que Louis va commencer sa journée, son ultime journée. Le bon abbé Edgeworth, dit de Firmont, ancien aumônier de Madame Élisabeth, sœur du Roi, avait reçu l’agrément de la Convention pour assister le souverain dans ses derniers moments. Il l’accompagnera jusqu’à l’échafaud où il prononça, quelques secondes avant la chute du fatal couperet, ces mots figés dans l’éternité : « Fils de saint Louis, montez au Ciel ! »

 

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Autrefois, la messe était au cœur de la journée du souverain. En ce jour, elle commence sa dernière journée, car elle est le véritable tremplin qui le conduira dans son éternité. La profonde foi eucharistique du Roi-Martyr est un témoignage essentiel, sans lequel nous ne pouvons comprendre la monarchie française, sans lequel nous ne pouvons comprendre l’inaliénable catholicité du regnum Francorum, sans lequel la pensée monarchiste serait vaine et fausse.

 

« Dieu premier servi » est la devise royale par excellence. Louis XVI l’a faite sienne tout au long de son règne. Jusqu’au bout.

 

Et vous ? où avez-vous dormi ? Sur cette chaise. J’en suis fâché.

 

L’échange se poursuit dans une apparente banalité. Et pourtant, de tels mots d’un roi devraient faire réfléchir. Le roi de France, qui va bientôt être remis entre les mains de ses bourreaux, se préoccupe d’abord de la santé et du bien-être de ses serviteurs. Le pauvre Cléry a cédé son lit au confesseur. Louis regrette l’inconfort qu’il a pris au cours de cette funeste nuit. « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » enseignait le Christ (Mt XXIII, 11). Ah, que ces paroles avaient du sens dans l’antique monarchie très chrétienne ! Ah, qu’elles avaient du sens dans la vie spirituelle de Louis XVI, spécialement en ce moment à la fois de tristesse et de bénédiction !

 

Serviteur de son peuple, il avait promis de l’être au jour de son sacre. Il l’a été tout au long de son règne. Il est conscient qu’il doit le rester jusqu’au bout, malgré les ingratitudes et les mépris dont tant de ses sujets l’ont abreuvé. Des opprobres subies à l’images de celles subies par le Sacré-Cœur. Le roi de France ne pouvait pas ne pas en être conscient, lui qui avait rédigé, un an plus tôt, un acte de consécration de sa famille, de sa Couronne et de son royaume au Cœur de Jésus.

 

Louis XVI est le père de ses sujets. Il l’a manifesté à de nombreuses reprises au cours de son règne. Il le manifeste enfin par cette ultime délicatesse à l’égard de Cléry. Une attention d’une simplicité presque banale, mais d’une transcendance incontestable en ces minutes où le cours de l’histoire s’est comme ralenti sur le lieu du Temple.

 

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Louis HersentLouis XVI distribuant des aumônes aux pauvres de Versailles pendant l’hiver de 1788, 1817, Châteaux de Versailles et de Trianon.

 

Ah, Sire, puis-je penser à moi dans ce moment ?

 

La réponse de Cléry est, j’oserai dire, notre participation commémorative à cette tragique journée du 21 janvier 1793. Le serviteur fidèle est à la fois conscient de l’incomparable condescendance de son maître, mais aussi, en même temps, de son inaliénable dignité. Il va bientôt perdre un maître qui s’est révélé être un ami, mais surtout un roi, son roi, le Roi. Aucun calcul, aucun effet oratoire, aucun artifice de rhétorique dans cette réponse interrogative du valet de chambre. Puis-je m’enterrer dans mon confort et mon individualisme alors qu’une mort injuste va frapper celui qui incarne le bien commun de mon pays ? La compassion de Cléry est le modèle de notre propre compassion.

 

En commémorant chaque année la naissance au Ciel du Roi-Martyr, les Français qui font mémoire – parce qu’ils ont osé garder la mémoire face au mémoricide – se détournent de l’individualisme qui ronge notre triste société pour se tourner vers le bien commun de leur patrie. En imitant Cléry : « Puis-je penser à moi chaque 21 janvier ? », nous ne faisons pas que célébrer matériellement un évènement du passé, une action révolue. Nous ne sommes pas non plus des nostalgiques d’une époque dépassée. Nous ne tombons pas non plus dans la dialectique du « Plus jamais çà ». Au contraire, nous « faisons mémoire ». Nous manifestons notre attachement au lien impérissable qui unit le Trône et l’Autel. Nous espérons du fond de notre cœur le rétablissement de ce lien, en le confiant à la volonté de la Providence, par nos prières et nos sacrifices. Nous voulons que le sacrifice du Roi-Martyr soit enfin considéré comme un évènement « national », qui scelle de nouveau l’unité du peuple de France, en rétablissant la vérité historique sur cette période brutale qui a bouleversé l’histoire de notre pays et du monde, et en revenant aux fondamentaux de la loi divine et naturelle, contre lesquels tous les enfers sont déchaînés depuis tant d’années, et surtout depuis cette tragique et froide matinée de janvier 1793.

 

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Henri-Pierre DanlouxLouis XVI écrivant son testament à la tour du Temple le 20 janvier 1793, 1795, Châteaux de Versailles et Trianon.


24/01/2018
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Voeux du Prieur de la Confrérie Royale pour l'an de grâce 2018

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Confrérie Royale

Le Prieur

 

 

 

Mercredi 3 janvier 2018,
Fête de Sainte Geneviève.

 

 

Messieurs les Chanoines,
Messieurs les Abbés,
Mes Révérends Pères,
Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis,

 

 

Dans l'avalanche des vœux dont le commencement de l'année civile est l'occasion, permettez que votre Prieur en « rajoute une couche ».

Je souhaiterais avoir du temps (beaucoup de temps !) pour connaître ou mieux connaître chacun d'entre vous, pour écrire à chacun personnellement des vœux circonstanciés et ciblés, mais compte-tenu de votre nombre et de mon emploi du temps cela relève sans doute du « pieux désir » qui ne verra jamais d'accomplissement... sinon peut-être au Ciel où nous disposerons de l'éternité !

Ainsi donc en suis-je réduit à reprendre de manière générale les formules habituelles que la répétition a usées et polies comme des galets roulés par le torrent : « Bonne et sainte année, chers membres de la Confrérie Royale ! »

 

Mes vœux sont avant toute autre chose une prière, demandant à Dieu de vous combler tout au long de cette année 2018 de toutes les bénédictions nécessaires ici-bas, dans l'ordre physique et matériel et – bien sûr ! - dans l'ordre spirituel et surnaturel, pour que jour après jour, chaque jour et à chaque instant du jour, vous croissiez en grâce et en sainteté devant Dieu et devant les hommes.

 

Et puis « Bonne année et bonne santé » à notre chère Confrérie Royale elle-même !

  • Bonne Année : l'année sera « bonne » en effet si la Confrérie Royale se développe en nombre, si la ferveur et le rayonnement de ses membres attirent de nouvelles âmes à cet engagement spirituel exigeant mais si épanouissant au service de notre Roi légitime – de sa personne et de sa mission - et de la France.

  • Bonne santé : la santé de la Confrérie tout entière sera en quelque manière la somme de la bonne santé spirituelle de chacun de ses membres. Aussi ne cesserai-je de vous exhorter à toujours plus de générosité et d'efforts pour aller toujours plus loin et toujours plus haut.

     

Il faut que chacun prenne conscience avec une acuité toujours plus vive que la vie, le développement et le rayonnement de la Confrérie Royale n'incombent pas à ses seuls responsables tandis que les membres pratiqueraient leur « petites dévotions » de manière tout-à-fait individuelle dans leur coin.

Les responsables de la Confrérie s'investissent quotidiennement pour rédiger des notes ou de petites exhortations accessibles en particulier par le moyen d'internet, pour collecter et publier des informations propres à stimuler la ferveur ou mieux faire prendre conscience de l'actuelle situation de l'Eglise, de la France, pour diffuser des nouvelles de la Famille Royale... etc. Toutefois, il incombe aussi à chacun des membres de la Confrérie Royale de s'investir quotidiennement, selon ses moyens, sa vocation propre et les dons qui lui ont été départis par Dieu...

 

De quelle manière ? Par la prière, au premier chef puisque la Confrérie Royale est essentiellement une œuvre de prière. Une prière quotidienne (et répétée plusieurs fois par jour) qui monte vers le Ciel à la manière dont des archers, au sein d'une bataille décisive, lancent inlassablement leurs traits quand ils se trouvent en face de barbares cruels et sans pitié. Ainsi, la prière des membres de la Confrérie Royale doit-elle échapper à toute espèce de routine et jaillir de nos cœurs comme des flèches ardentes.

Par la pénitence et l'offrande fréquente de sacrifices ensuite. La pénitence et le sacrifice décuplent la force et l'efficacité de la prière ; elles la prémunissent aussi contre les illusions. Vous dites aimer notre Roi ? Vous dites aimer la France ? Vous dites aimer la monarchie capétienne traditionnelle ? Eh bien sachez que la réalité de votre amour pour le Roi et pour la France se mesure exactement à votre capacité d'offrir des pénitences et des sacrifices pour le Roi et pour la France. Peu de sacrifices est l'indice de bien peu d'amour ; une grande capacité à offrir chaque jour des sacrifices est la preuve d'un grand amour. Ni plus, ni moins !

 

Mais je veux également insister sur la lettre du 25 de chaque mois, publiée sur les sites « Confrérie Royale » et « L'Ami de la Religion et du Roi » la plupart du temps dès la veille, et répercutée sur les réseaux sociaux. Normalement, chaque membre (sauf impossibilité d'accéder à internet) la reçoit dans sa boite aux lettres électronique (s'il a bien accompli son inscription correctement) : j'insiste pour que ces lettres du 25 de chaque mois ne soient pas lues de manière superficielle, mais pour qu'elle fasse l'objet de plusieurs lectures attentives et pour qu'elle soit méditée et approfondie. Les ecclésiastiques qui en sont à tour de rôle les rédacteurs produisent dans ces textes de véritables petits chefs d'oeuvre de spiritualité et de doctrine légitimiste.

Au passage, je tiens à les remercier chaleureusement pour le travail de grande qualité qu'ils accomplissent, chacun avec son style et son génie propre.

 

Il y a, enfin, un dernier point sur lequel je souhaite attirer votre attention : le pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay.

J'espère que chacun des membres de la Confrérie a bien enregistré qu'il a lieu tous les ans les vendredi et samedi qui suivent l'Ascension. En 2018 donc, les vendredi 11 et samedi 12 mai. Autant que possible, il est souhaitable que ce pèlerinage devienne par le fait même le grand rassemblement annuel de la Confrérie Royale, à la manière d'une réunion de famille : notre famille spirituelle de fidèles engagés dans l'ordre spirituel pour le soutien de notre Roi légitime et la restauration de la monarchie traditionnelle.

J'insiste donc pour que dès à présent des membres de la Confrérie se mobilisent et s'investissent pour aider à la préparation de ce pèlerinage : c'est un travail d'élaboration des documents le présentant, un travail de diffusion, mais aussi en aval un travail de secrétariat (inscriptions mais aussi, de façon urgente, pour préciser un certain nombre de modalités pratiques de l'organisation que nous voulons rendre plus performante.

Je souhaite aussi que chacun d'entre vous porte cette préparation dans la prière et travaille ainsi dès maintenant à obtenir de Notre-Dame du Puy de grandes grâces pour la Confrérie Royale, pour la France et pour son Roi.

Il conviendrait que les tracts soient prêts à la fin de ce mois de janvier et que les inscriptions soient terminées à la fin du Carême. Il n'y a donc plus à traîner...

 

Voilà donc tout ce qu'il importait que je vous précisasse à l'occasion de ces vœux du début de l'année civile, mes très chers Amis.

En cette fête de Sainte Geneviève, exemple lumineux et modèle pour chacun d'entre nous, je vous assure de ma prière et de mon dévouement, en me recommandant aussi à la vôtre dont – pauvre pécheur - j'ai un si grand besoin.

 

Vôtre in Corde Iesu & Mariae.

 

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.   


03/01/2018
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 décembre 2017)

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          « Noël ! Noël ! » C’est par ce cri naïf que les Français saluaient l’arrivée de leurs rois au sein de leurs cités et de leurs provinces, en souvenir du jour-anniversaire où la France avait été engendrée à la foi. C’est que « Noël est devenu signe de l’unité française »[1] en marquant de son rayonnement le destin religieux et national de la France.

 

La France est née à Noël

La vocation de la France s’est en effet décidée au jour de la fête de la Nativité de Notre-Seigneur de l’an 496, en ce baptistère de Reims où Clovis devint fils de Dieu et de Son Église avec ses quelque 3.000 compagnons de guerre. « Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou », lui dit alors S. Remi[2], faisant le lien avec la fête liturgique de ce jour : comment ne t’inclinerais-tu pas devant Celui qui s’abaisse en partageant aujourd’hui notre misère ?

 

 

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Il n’y avait pas qu’un symbolique parallélisme entre la naissance temporelle de Jésus-Christ et la naissance spirituelle des Francs : dans cette rencontre, un pacte était signé qui engagerait pour toujours la France à soutenir le règne d’idéal inauguré par le divin Enfant de Bethléem. Ainsi devait l’interpréter la Loi salique, en des acclamations triomphales dignes de cette première et la plus noble de toutes nos chartes : « Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu’Il garde leur royaume, qu’Il remplisse leurs chefs de la lumière de Sa grâce, qu’Il protège leur armée, qu’Il leur accorde l’énergie de la foi, qu’Il leur concède par Sa clémence, Lui, le Seigneur des seigneurs, les joies de la paix et des jours pleins de félicité ».

Souhaits jamais mieux réalisés ni programme mieux accompli que par Charlemagne, comme le signifiera encore l’Étoile de Noël illuminant le sacre de l’an 800 à Rome. De tous les rois venus s’agenouiller devant la Crèche, nul plus que le conquérant à « la barbe fleurie » ne pouvait abaisser tant de gloire devant la Petitesse divine. Protecteur de la sainte Église de Dieu, le saint pape Léon III le couronna « Empereur des Romains », Imperator Romanorum, dans la triple tradition : biblique, avec pour modèle David, exemplaire du roi sacré dans l’Ancien testament ; impériale, marquée par la personnalité d’Auguste, premier empereur romain ; et chrétienne, incarnée par celle de Constantin, premier empereur chrétien.

 

Le roi de France : l’« Emmanuel temporel »

Le cri de Noël ! Noël ! au sacre du roi de France renvoie également au pouvoir délégué que celui-ci tient de Notre-Seigneur. Par cette référence, la foule rendait hommage au divin Emmanuel (« Dieu avec nous ») qu’elle croyait voir présent dans le roi-lieutenant, « tenant-lieu » de Dieu dans la sphère temporelle. L’on comprend  alors que la Nativité ait été une fête privilégiée pour nos Rois : baptême de Clovis (496), couronnement comme empereur d’Occident de Charlemagne (800) tout comme son petit-fils Charles le Chauve (875), sacre de Robert II le Pieux (987).

Si « toute autorité vient de Dieu » (Rom. 13, 1), comme d’ailleurs toute paternité (cf. Éph. 3, 15), combien plus manifeste l’est l’autorité royale en France, détenue par le « père » des Français. Si dans la Personne du Christ, « Son pouvoir royal repose sur cette admirable union [entre la nature divine et la nature humaine] qu’on appelle l’union hypostatique »[3], ce pouvoir est sur terre délégué : dans le domaine spirituel, au Souverain-Pontife sur toute l’Église ; dans le domaine temporel, au Souverain-Roi sur tout la France.

La cérémonie du sacre vient investir par grâce le roi désigné par les lois fondamentales du Royaume des lys du pouvoir détenu par nature par le Seigneur du Royaume des Cieux. Sacrement d’institution ecclésiastique, le sacre est destiné à « faire » le roi de France, comme l’Ordre, sacrement d’institution divine, « fait » les évêques et les prêtres. Le sacre est alors pour le roi-vassal le serment solennel d’être fidèle à maintenir la lettre et l’esprit de la loi constitutionnelle donnée à la France par le « Souverain Droiturier »[4]. La lettre, c’est la loi chrétienne ; l’esprit, c’est celui de Notre-Seigneur Lui-même. Qu’on lise le Pontifical : on y trouvera que le Prince n’est sacré que pour faire régner le droit chrétien : inviolable justice pour tous, protection particulière des faibles et des petits.

À l’école de Noël

Grâce à Noël, c’est dès lors tradition française d’unir vaillance et charité, de mettre l’épée au service de la faiblesse. Tradition française encore d’unir joie et héroïsme, comme en offre la légendaire épée du grand Charlemagne, appelée du beau nom de Joyeuse : « C’est la joie, en effet, écrit Joseph Bédier, que respirent les chevaliers, la joie hautaine d’avoir librement accepté leur tâche et d’aimer la gloire, celle que l’on conquiert au service d’une juste cause et dont on jouit sur terre, puis au Paradis en fleurs, parmi les Innocents ».

 

 

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Charles VII en Roi Mage (1456)
 
 
            Les merveilles d’art nous rendent plus sensible ce culte de Noël chez nos rois très-chrétiens. Beaucoup de rois, de princes et de princesses se firent représenter à la Crèche dans leurs somptueux Livres d’Heures. Charles VII et Charles VIII, entre autres, y prirent la figure et le rôle de Mages. 
            En paraissant ainsi lier leur destin au culte de l’Enfant-Dieu, nos rois donnaient un exemple dont ils furent les premiers à tirer bénéfice. Car leurs sujets avaient compris à merveille la leçon du Noël de Reims : ce jour-là, Dieu avait créé « le plus beau royaume après celui du Ciel »[5] et fait du roi son premier lieutenant. Avec un sens très sûr, le peuple exprima son adhésion par le cri de son loyalisme : Noël ! Noël ! Ce fut le cri national des jours de triomphe comme des jours de détresse. Il jaillira surtout lorsque la monarchie sera violemment ébranlée par la Guerre de Cent Ans : Noël ! Noël ! sonne alors le ralliement des fidèles de l’unité française et s’oppose aux cris des ennemis coalisés contre elle, aux « Je regny Dé » des Bourguignons, aux « Saint Georges m’aist » des Anglais.

Le même cri éclate, triomphal, au-devant de la Libératrice, à Orléans comme à Reims. Devant cette allégresse, Jeanne songeait que l’Étoile de Noël l’avait conduite tout au long de sa glorieuse chevauchée jusqu’à l’apothéose dans le même temple d’où « la douce France » était sortie chrétienne. Sainte Jeanne d’Arc, le Docteur de la Royauté sociale du Christ, n’était-elle pas née le jour de la fête de l’Épiphanie (1412), où les Mages viennent adorer le Roi des rois ?

La paix de Noël

Les Noëls populaires rappellent à leur tour le lien qui unit la France à la Naissance du Christ : « Faisons réjouissance et prions Dieu, hiver, été, pour le roi de France » dit un poème, ou, comme le chante Jean Daniel terminant l’un de ses Noëls ainsi dédié à François Ier : « Supplions Dieu, tous pauvres indigents, Que bonne paix veuille en France réduire, Qu’au noble roy François aucun ne puisse nuire, et à la fin pardonne aux négligents ».

La paix : voilà ce qu’on implore avec véhémence auprès du berceau du Dieu, en apparence de faiblesse, mais déjà tout-puissant. Le magnifique Noël de la paix s’adresse au « divin Enfançon » pour lui demander : « La paix, ô Dieu, mon espérance, la paix au doux pays de France, donnez la paix ! ». C’est que le « Prince de la Paix » (Is. 9, 6) n’est pas encore « venu apporter l’épée » (Mt 10, 34) mais la paix. À la bienheureuse minuit, les Anges eux-mêmes ne chantent-ils pas de leurs voix mélodieuses : « Paix sur la terre ! » ? Et un peu plus tard, l’admirable hymne Crudelis Herodes des Vêpres de l’Épiphanie viendra rassurer ceux qui pourraient craindre pour leur trône bien établi : « Cruel Hérode ! Pourquoi crains-tu l’arrivée d’un Dieu-Roi ? Il ne ravit pas les sceptres mortels Celui qui donne le Royaume céleste ! ».

 

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La reine Anne d'Autriche & le dauphin Louis

 

 

Il faut aussi se rappeler que c’est à l’Enfant-Jésus que la France s’adressa pour que le lys royal eût le rejeton tant désiré durant la stérilité d’Anne d’Autriche : elle alla prier Notre-Dame de la Crèche au Val-de-Grâce, et promit d’élever en ce lieu « un temple magnifique à Jésus naissant et à la Vierge-Mère : Jesu nascenti Virginique Matri », si la Sainte Vierge et son divin Fils lui accordaient un héritier. Après 23 ans de mariage infécond naîtra alors Louis-Dieudonné, Quatorzième du nom (1638).

La Crèche a cependant des assises plus stables que les trônes. À la Révolution, si la dynastie royale est livrée, la fête de Noël, elle, est sauvée : malgré les défenses de la Commune et après courageuses protestations, les Parisiens purent « messer effrontément » à l’heure de minuit dans divers quartiers l’an 1792 ; cette fidélité s’affichait trois mois après les boucheries de septembre et moins d’un mois avant le martyre de Louis XVI.

C’est qu’il n’était pas facile de déraciner un culte implanté chez nous depuis les origines, une fête qui est à l’origine-même de la France et qui s’épanouit dans l’allégresse de rites familiaux, de chansons et de coutumes régionales. Coutumes et chants, se répétant à peu près semblables et avec la même vogue à travers nos provinces, ont contribué à maintenir l’unité de la foi et renforcé le lien entre les terroirs, le sens de la communion et de l’entente sociale. Noël a fait l’accord parfait de tous, des petits et des grands, dans leur gratitude envers Celui dont le règne est d’une fraternité plus vraie que la devise républicaine. Même ceux qui pensèrent en avoir fini avec les bigoteries ont senti se réveiller, aux carillons de minuit, sinon la foi, du moins la conscience de ce que notre civilisation doit à Noël.

 

 

Les 3 convertis de Noël

           Pour finir avec « la magie de Noël », rappelons-nous combien Dieu aime à toucher les cœurs de façon privilégiée dans la nuit de la Nativité, comme cadeau qu’Il se plaît à offrir le jour de son propre anniversaire. En une seule nuit, à la Noël 1886, trois destins vont basculer. Après la Messe de Minuit à la cathédrale de Lisieux, Thérèse Martin, âgée de 13 ans, renonce à son égocentrisme puéril. Quant à l’aven­turier Charles de Foucauld, deux mois après sa conversion en l’église Saint-Augustin à Paris, il exulte dans l’adoration émerveillée de ce Dieu qui se fait homme «dans labjection et lobscurité» et quil naura de cesse dimiter. Ce même 25 décembre, le jeune écrivain agnostique Paul Claudel devient soudain catholique en assistant aux vêpres chantées à Notre-Dame de Paris.

 

 

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La première est devenue «la plus grande sainte des temps modernes» (S. Pie X) et docteur de l’Église ; le deuxième fut déclaré bienheureux en 2005 par le pape Benoît XVI et le sang de son ­martyre ne cesse dirriguer nos déserts spirituels ; le troisième est l’un des plus grands poètes chrétiens. Maîtres spirituels chacun à sa façon, ils nous racontent eux-mêmes cet instant unique où leur vie a été transformée pour toujours ; ils nous livrent aussi quelques conditions d’une authentique conversion et que favorise le Temps de Noël qui vient de s’ouvrir: accepter de sagenouiller, se recentrer sur Dieu et Le désirer davantage, nourrir notre flamme intérieure, ne jamais désespérer de la grâce.

Après d’aussi retentissantes conversions, n’est-on pas en droit d’espérer la conversion de notre bien-aimée France ? Croyons-y, chers Amis : la grâce de Noël a su tant de fois retourner les cœurs en un seul instant ! Le Très-Haut qui sest fait Très-Bas cette nuit-là n’est-Il pas capable de relever la France tombée si bas pour l’élever à sa haute vocation ?

L’amour est ce qui donne du prix aux choses ; la Nativité est elle-même l’œuvre d’amour par excellence parce que dans l’Incarnation se réalise la mission invisible la plus grandiose du Saint-Esprit. C’est pourquoi Mauriac n’a pas eu tort d’écrire que « Noël est la nuit où la charité est née, et qu’aucune révolution ne pourra plus faire de ce monde un monde sans amour »[6]. Qu’en cette nuit de Noël où l’Amour nous est né, soient ravivés notre amour pour l’Enfant-Dieu, notre amour pour la France, notre amour pour son Roi. Sainte fête de Noël à tous !

R.P. Clément de Sainte-Thérèse +

 

 

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[1] Maurice Vloberg.

[2] S. Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

[3] Encyclique Quas primas de Pie XI (1925), § 8.

[4] C’est ainsi que sainte Jeanne d’Arc appelait son Seigneur-Dieu.

[5] Grotius.

[6] Ce billet de François Mauriac, La charité est née, a 80 ans aujourd’hui.

 

24/12/2017
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Lettre du Prieur à tous les membres de la Confrérie Royale à l'occasion du début de son priorat :

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Confrérie Royale

Le Prieur

 

 

 

Ce 1er décembre 2017,
en la fête du Bienheureux Charles de Foucauld ;
et celle de Saint Eloi.

 

 

Ad Te levavi animam meam : Deus meus, in Te confido, non erubescam ;
Neque irrideant me inimici mei : etenim universi qui Te exspectant, non confundentur !

Vers Vous, j'ai élevé mon âme : ô mon Dieu, en Vous je me confie, je ne rougirai point ;

Que mes ennemis ne puissent pas rire de moi : car ceux qui Vous espèrent ne seront point confondus !

 

 

 

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,

Chers Frères et Soeurs en la Confrérie Royale,
Chers Amis,

 

« Honor onus » dit en son admirable concision latine, en bâtissant une sorte de jeu de mots fondé sur l'assonance, un antique adage que le français, avec moins de génie, peut rendre par : l'honneur est une charge.

Désigné par les autres fondateurs de la Confrérie Royale pour en être le nouveau Prieur, je me retrouve donc, depuis le jour de la fête de la Présentation de Notre-Dame au Temple et pour le temps que la divine Providence voudra, à présider à ses destinées et en charge de sa cohésion et de sa croissance en nombre, mais plus encore en ferveur et en grâce « devant Dieu et devant les hommes » (cf. Luc II, 52).

L'acceptation de cette charge, malgré ma misère et mes limites humaines et spirituelles (formule qui n'a rien de rhétorique), ne s'est faite que devant Dieu et dans la recherche du seul intérêt de notre chère Confrérie, tel qu'il m'a été présenté par les autres fondateurs ainsi que par mes propres conseillers spirituels. Aussi, et cela se trouvait déjà mentionné dans le communiqué officialisant ma désignation, n'est-il pas superflu de dire et de redire avec une suppliante insistance, que je me recommande à vos prières afin d'être fidèle en tout aux grâces et lumières de Notre-Seigneur : le dire n'est pas le fait d'une piété convenue, c'est une demande instante que j'adresse à chacun de vous personnellement.

 

Je tiens en tout premier lieu à remercier chaleureusement Monsieur l'abbé Louis de Saint-Taurin pour les deux années au cours desquelles il a assumé la charge de Grand Prieur de la Confrérie Royale, lui donnant les ferventes impulsions qui lui étaient nécessaires depuis sa fondation, le 25 août 2015.

 

Je dois ensuite immédiatement préciser que, la sage et admirable organisation de la monarchie capétienne traditionnelle, envers laquelle nous nourrissons une admiration pleinement justifiée, sera le modèle de mon priorat : de la même manière que le Souverain gouverne « en son conseil », vous pouvez être assurés que ce n'est qu'après avoir sollicité l'avis de conseillers sagaces et prudents que je prendrai les décisions concernant la Confrérie Royale.

Il ne saurait s'agir d'ailleurs en aucune manière de la conduire dans des chemins aventureux ou « innovants », mais seulement, en toutes choses, toujours et partout, de maintenir, d'approfondir et d'intensifier son esprit initial, puis d'alimenter la flamme. Rien de plus, mais c'est une tâche de tous les jours qui ne s'exprime pas nécessairement par des œuvres visibles !

 

Ne vous attendez donc à rien d'autre de ma part qu'à ce que, selon le conseil de l'Apôtre, j'insiste « à temps et à contre-temps » (cf. 2 Tim. IV, 1) pour dire et redire que la Confrérie Royale est avant tout une œuvre de prière, de prières soutenues, fréquentes et persévérantes, offertes à l'intention de l'aîné des Capétiens, de jure notre Roi, qui est aujourd'hui Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou : pour sa personne, pour sa mission, pour sa famille, et par le fait même pour la France, car le Prince est le principe dans lequel se réalisent l'unité et la vocation du Royaume.

Prions ! Prions ! Prions !

Prions encore et toujours pour que notre Prince révéré reçoive toutes les grâces, toutes les inspirations et toutes les lumières surnaturelles qui lui sont nécessaires, et pour qu'il y corresponde pleinement.

Et parce que la prière doit nécessairement être accompagnée de la pénitence et du sacrifice, montrons-nous toujours plus généreux dans ces domaines si peu « à la mode », en nous souvenant que c'est par l'union à la Croix de notre divin Rédempteur que l'on s'associe au salut du monde, au salut des personnes et au salut des sociétés elles-mêmes et des Royaumes.

 

Les membres de la Confrérie Royale ne doivent pas être des mondains pénétrés d'esprit courtisan et du désir de paraître : ils sont ici pour mener un combat, un combat spirituel, mais - dans l'ordre spirituel - un authentique combat de chouans qui ne négligent rien pour cette cause sacrée : le soutien spirituel du descendant et successeur du Grand Roi que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même a appelé « le Fils aîné de Mon Sacré-Coeur ».

 

Or dans un combat, on donne des coups et on en reçoit. Rien d'étonnant dès lors à ce que chacun des membres de cette Confrérie rencontre des oppositions, soit affronté à des contradictions, subisse même quelque forme de persécution psychologique et morale, en attendant peut-être le jour où la persécution deviendra physique et que nous soyons trouvés dignes de verser notre sang « pour le trône et l'autel ».

Ce qui n'est pas le moins cruel, c'est lorsque les incompréhensions et les épreuves de ce type nous sont infligées non point par les ennemis déclarés de la cause pour laquelle nous nous sommes engagés, mais par des personnes qui nous semblent proches par les convictions qu'elles affichent, ainsi que par leur appartenance à la Sainte Eglise et la place qu'elles y occupent, qui eût normalement dû les porter à nous soutenir et encourager. Cela aussi n'a finalement rien que de très normal, si nous nous souvenons que Notre-Seigneur Lui-même n'a pas d'abord été condamné par les mécréants, mais qu'Il a en premier lieu été livré et renié par Ses plus proches, qu'Il a été rejeté par les plus zélés observateurs de la Loi divine et qu'il a été anathématisé par les légitimes représentants de Dieu, pour être ensuite déféré aux païens afin que ce soient eux qui Le mettent à mort !

Souvenons-nous encore que Sainte Jehanne d'Arc, la sainte de la Légitimité, a elle aussi été trahie et vendue par des Français, par des catholiques, et condamnée par des clercs de la Sainte Eglise, avant d'être livrée aux ennemis du Royaume et suppliciée par eux.

Sur les voies authentiques par lesquelles Dieu conduit Ses privilégiés, on rencontre et on rencontrera toujours la Croix, la contradiction, la calomnie, les oppositions et la persécution. Nous le savons, nous ne devons pas en être étonnés ; et parce que nous sommes engagés à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ, quoi qu'il puisse en coûter à la nature - toujours effrayée à la perspective de la souffrance - , nous l'acceptons, nous le voulons et nous nous y soumettons par amour.

 

« Ad Te levavi animam meam... : vers Vous, j'ai élevé mon âme : ô mon Dieu, en Vous je me confie, je ne rougirai point ; que mes ennemis ne puissent pas rire de moi : car ceux qui Vous espèrent ne seront point confondus ! » Comme elles sont magnifiques les paroles inspirées du psalmiste que la liturgie de la Sainte Eglise nous fait reprendre à l'introït de ce premier dimanche de l'Avent ! Qu'il est précieux de les méditer, de les ruminer intérieurement et de nous les approprier pour en faire la respiration de notre âme ! Comme Prieur de cette Confrérie Royale j'en fais ma prière pour la Confrérie elle-même, pour chacun de ses membres et pour moi-même aussi dans l'exercice de cette responsabilité terrible et incommensurable.

Malgré tous ceux qui ricanent et voudraient nous faire passer pour de « doux dingues », bons pour l'internement ou la mise au ban de l'Eglise, en raison de l'engagement spirituel « pour Dieu et pour le Roi » qui est le nôtre en la Confrérie Royale, nous gardons indéfectiblement la force de l'espérance surnaturelle et une très ferme confiance dans les promesses de Dieu qui « ne peut ni Se tromper ni nous tromper » (cf. acte de foi), élevant nos âmes vers Dieu, Sauveur de Son peuple, duquel on obtient tout autant qu'on en espère.

 

« Domine, salvum fac Regem, et exaudi nos in die qua invocaverimus Te ! »

 

 

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

 

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,

Prieur.

 

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01/12/2017
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La Royauté divine sur la France.

Lettre mensuelle

aux membres et amis de la Confrérie Royale

pour le 25 novembre 2017

 

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Le 25 novembre 2017,
en la Sainte-Catherine d'Alexandrie.

 

La Royauté divine sur la France.

 

Le 25 novembre est la fête de Sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des philosophes (représentée au transept nord de la cathédrale angélique du Puy), l'une des saintes qui apparurent à Sainte Jeanne d'Arc pour la préparer à sa mission : délivrer Orléans et faire sacrer le Roi, et par là, restaurer le Roi légitime et rappeler la Royauté divine sur la France.

Comme pour le Saint-Sacrifice de la Messe et tout acte de culte, la reconnaissance de la Royauté de Dieu a quatre fins : l'adoration et l'action de grâces envers Dieu qui maintient l'Etat et le pays, et la sanctification et la protection du peuple par Dieu.

 

I - Adoration et action de grâces envers Dieu.

 

Comme le disait Louis XIV, « il y a un souverain infiniment élevé au-dessus des rois de la terre. C'est à nous à nous soumettre à ses ordres suprêmes ».

De là, comme le disait le Cardinal-duc de Richelieu, « le règne de Dieu est le principe du gouvernement des Etats ».

Henri IV disait déjà : « Il ne faut pas diviser l'Etat d'avec la Religion. La Religion et la justice sont les colonnes et les fondements de ce Royaume ».

L'ordre de Dieu est un ordre hiérarchique et monarchique (Saint Denys l'Aréopagite). Ce qui fit dire à Monseigneur Henri Delassus : « La monarchie existe dans le ciel. Il n'y a qu'un Dieu qui règne sur tout l'univers. Dieu a fait la famille et l'Eglise, ces deux sociétés principales, à l'image de ce qui est au plus haut des cieux : un père souverain et un pape souverain comme un Dieu souverain Seigneur. L'histoire montre avec la plus lumineuse clarté, que les nations ont prospéré d'autant plus que leur constitution se rapprochait davantage de la constitution si admirable dont la Providence avait doté la France ».

En conséquence de l'ordre divin, Saint Thomas d'Aquin écrivait : le Roi est « dans son royaume comme l'âme dans le corps et comme Dieu dans le monde, établi pour exercer dans son royaume l'office de juge à la place de Dieu ».

Et le philosophe Antoine Blanc de Saint-Bonnet écrivait : « La légitimité des rois est l'anneau par lequel les nations se rattachent à Dieu pour demeurer vivantes et honorées ».

Le respect dû au Roi est donc en vue du respect dû à Dieu, devant qui le Roi s'efface. Bossuet pouvait dire : « Il y a quelque chose de religieux dans le respect qu'on rend au Prince. Le service de Dieu et le respect pour les Rois sont choses unies. Ce que Tertullien appelle très bien « la religion de la seconde majesté ». Cette seconde majesté n'est qu'un écoulement de la première ; c'est-à-dire de la divine, qui pour le bien des choses humaines, a voulu faire rejaillir quelque partie de son éclat sur les rois ».

Et ailleurs il dit : « Je n'appelle pas majesté cette pompe qui environne les rois. C'est le rejaillissement de la majesté et non la majesté elle-même. La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince. Elle est empruntée de Dieu, qui la lui donne pour le bien de ses peuples ».

Monseigneur de Ségur écrivait : « Pour un souverain quelconque, régner de droit divin, c'est tout simplement régner légitimement, en vertu des droits légitimes ; c'est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d'une société, d'un peuple ».

En conséquence, comme le dit Louis XX, le sacre était « l'onction divine, le renouvellement de la société, un nouveau souffle dans la continuité du pays, un espoir, celui de tout un peuple pour celui qui incarnait l'unité de la France ».

Le Roi est donc seul responsable de ses sujets, devant Dieu (sur son salut éternel) et en présence des hommes (malgré toutes les théories démocratiques des monarchies constitutionnelles ou parlementaires).

C'est ainsi que l'Empereur d'Autriche François-Joseph disait : « Toutes ces histoires de responsabilités ministérielles ne sont au fond qu'une plaisanterie. En réalité, la responsabilité, c'est nous qui la portons ! »

Et le Bienheureux Charles 1er d'Autriche ajoutait : « Le monarque est seul responsable devant l'histoire ».

Le Cardinal de Faulhaberg, archevêque de Freysing, disait aux funérailles du Roi (détrôné) de Bavière Louis III : « Les rois par la grâce du peuple ne sont pas une grâce pour le peuple, et lorsque le peuple est son propre roi, il sera tôt ou tard son propre fossoyeur ».

 

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II – Sanctification et protection du peuple.

 

De cette légitimité divine provient le rôle du Roi envers ses sujets. « Ce qu'un souverain, touché par la grâce de Dieu, peut faire dans l'intérêt de l'Eglise et des âmes, mille missions ne le feront jamais », disait Saint Alphonse-Marie de Liguori.

C'est ainsi que Monseigneur Freppel disait : « Le plus grand missionnaire de tous les temps fut Constantin ».

Et les papes Saint Grégoire II et Saint Grégoire III dirent de Charles Martel, maire du Palais, qu'il avait le plus contribué après Dieu (avant même Saint Boniface) à la conversion de cent mille idolâtres par l'assistance qu'il donna à Saint Boniface en Germanie.

Ainsi Saint Grégoire 1er le Grand écrivait-il aux Empereurs de Byzance : « Le pouvoir a été donné d'en-haut à mes seigneurs sur tous les hommes, pour guider ceux qui veulent faire le bien, pour ouvrir plus largement la voie qui mêne au ciel, pour que le royaume terrestre soit au service du royaume des cieux ».

C'est bien le rôle du souverain, tel qu'il est compris par les humbles. Il n'est pas question de forcer les consciences, mais de leur montrer l'exemple et de les guider par des institutions et des actes vers Dieu et le salut.

Un paysan russe en pèlerinage à Ekaterinbourg en 2008 disait de l'Empereur Nicolas II de Russie : « Nicolas était un souverain, et un souverain ce n'est pas un président. Il guide son peuple vers Dieu ».

Un paysan français interrogé par Daniel Halévy au début du Xxème siècle, disait, associant Dieu et le Roi avec confiance : « Les maux de la nature, c'est à Dieu d'en garder, les maux de la société, c'est au Roi ».

Le Roi gouverne en bon père de famille, soucieux du corps et de l'âme de ses sujets.

Comme le disait le marquis de Roux, « la Restauration a été le dernier gouvernement français qui ait compté parmi ses devoirs d'Etat l'appui à donner à l'Eglise pour le bien des âmes ».

L'humilité des Rois s'incline devant la Loi divine, la miséricorde est introduite dans les jugements, la sainteté du mariage chrétien et de la famille est favorisée, la sanctification de la vie quotidienne et donc le salut éternel sont plus faciles.

En effet, le vénérable Pie XII déclarait : « De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes ».

Les sujets en sont protégés, élevés, sanctifiés, et même leur obéissance est plus facile. Car, comme le dit Louis de Bonald, « la religion chrétienne, réunissant par les liens d'une charité fraternelle des hommes que séparent des inégalités naturelles et des distinctions sociales, rend le gouvernement plus débonnaire et la dépendance moins chagrine ».

 

 

III – Devoirs des rois envers Dieu.

 

Ce rôle du Roi entraîne de grands devoirs envers Dieu en une grande conversion et sanctification personnelle. C'est le Roi qui gouverne, certes, et non pas le clergé, mais le gouvernement en est surélevé.

Saint Grégoire de Nazianze prêchait aux Empereurs de Byzance : « Ô monarques ! Respectez votre pourpre, révérez votre propre autorité qui un rayon de celle de Dieu. Les choses hautes sont à lui seul ; il partage avec vous les inférieures : soyez les sujets de Dieu, comme vous en êtes les images ».

Le serviteur de Dieu Louis XIII reconnaissait donc : « Dieu ne m'a fait Roi que pour lui obéir et donner l'exemple ».

Et Saint Louis IX recommandait à son fils, le futur Philippe III : « Je t'enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir ».

Le Roi Louis XIV disait donc à son petit-fils le nouveau Roi d'Espagne Philippe V : « Faites honorer Dieu partout où vous aurez du pouvoir ; procurez sa gloire ; donnez-en l'exemple : c'est un des plus grands biens que les rois puissent faire » ; et à son arrière-petit-fils, le futur Roi Louis XV : « Mettez en Dieu toute votre confiance, vivez en chrétien plus qu'en roi ».

Le vénérable Louis XVI résumait en disant : « Régner c'est connaître et faire connaître Dieu ».

En conséquence, le Roi doit d'abord entraîner ses sujets par son exemples et ses décisions vers Dieu et la sanctification.

Saint Childebert 1er disait : « Il est de devoir et de nécessité que Nous fassions observer dans Notre Royaume les ordonnances des premiers Ministres de l'Eglise ».

Saint Charlemagne recommandait à ses sujets « de servir fidèlement le Seigneur et de persévérer constamment dans son service ».

Saint Louis IX disait à son fils le futur Philippe III : « Mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre ».

Philippe IV le Bel affirmait : « Je suis chargé de la part du Roi des cieux de la défense de la Religion ».

Et le serviteur de Dieu Louis XIII demandait aux évêques « d'admonester tous Nos Peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge ».

 

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IV – Devoirs des rois envers leurs sujets.

 

Mais ce rôle du Roi entraîne de grands devoirs envers ses sujets, qui lui ont été donnés par Dieu pour fils et pour filles. Tous les devoirs matériels des Rois et des sujets demeurent, mais ils sont transfigurés, le Roi est plus humble et les sujets plus aimés et plus aimants.

La Reine Blanche de Castille disait à son fils Saint Louis IX : « N'oubliez jamais que vous appartenez aux deux cités : que vous êtes dans la cité terrestre le suzerain de vos sujets, et que vous êtes dans la cité céleste le serviteur de vos serfs ».

Ce que disait Dante : « Si le consul ou le roi ont seigneurie sur les autres au regard de la route à suivre, il n'empêche qu'au regard du but ils sont serviteurs des autres ».

Louis XV, qui disait de ses sujets : « Ils sont tous mes enfants » ; enseignait à son fils le Dauphin : « Il est bon que vous vous accoutumiez à vous regarder comme le père, plutôt que le maître, des peuples qui doivent être un jour vos sujets ».

Louis XIV écrivait de même : « Comme je tiens lieu de père à mes sujets, je dois préférablement à toute autre considération songer à leur conservation ». Et il écrivait à son petit-fils Philippe V : « Quoique rebelles, ils sont vos sujets, et vous devez les traiter en père ».

Et Louis XVIII disait encore à la naissance du futur Henri V : « Il nous est né un enfant. Un jour il sera votre père. Il vous aimera comme je vous aime ».

Cela change tout dans les relations entre le Prince et ses sujets. Les ordres mêmes du Prince sont faits pour le bien commun de ses sujets. Louis XX est notre père : le voyons-nous comme tel ?

Christine de Pisan parlait de « l'amour réciproque du roi et de son peuple, fondement de la monarchie ».

Et Bossuet disait : « La crainte servile nous fait un tyran, l'espérance mercenaire nous donne un maître, mais l'amour soumis par devoir et engagé par inclination donne à notre cœur un roi légitime ».

Louis XIV enseignait donc à son fils le Dauphin : « Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre ». Et encore : « S'il y a quelque caractère singulier dans cette monarchie, c'est l'accès libre et facile des sujets au prince ».

En d'autres circonstances Louis XIV put écrire : « Je ne veux point qu'on soit dur à mon peuple ». Et à un général : « Ayez grand soin des malades et des blessés ».

Charles X disait encore : « Descendez jusque dans la cabane du pauvre pour y interroger ses besoins, et je vous y suivrai ».

L'Impératrice Marie-Thérèse d'Autriche pouvait donc dire : « Nous, les Rois, sommes dans ce monde pour faire du bien aux autres ».

Et le Roi Charles V disait : « Je ne connais qu'un seul bonheur attaché au pouvoir. C'est de pouvoir faire du bien à autrui ».

 

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Conclusion :

 

La monarchie française est éminemment divine et catholique, familiale et populaire. Tous ses Rois l'on comprise ainsi et ont donné l'exemple à leurs peuples. A nous de suivre cet exemple et de reconstruire autour de nous, selon nos possibilités et notre devoir d'état, cette société divine et catholique, familiale et populaire, et bientôt, espérons-le, royale et monarchique.

En ce sens, même le moins vertueux des Rois de France est supérieur au meilleur des présidents de la République (même catholique à titre privé), car le Roi procure tout le bien (même surnaturel) de son peuple et le conduit à Dieu pour le salut temporel et éternel du peuple et de son souverain.

Et ce caractère de la monarchie française impressionne même ses adversaires. Ainsi même Jean Jaurès parlait du « charme séculaire de la monarchie ». Et l'abbé Sieyès avouait : « Il y a plus de liberté pour le citoyen en la monarchie qu'en la république ».

Souvenez-vous que le vénérable Philippe II Auguste pouvait dire avant la bataille de Bouvines dans un mélange d'humilité personnelle et de conscience royale de son devoir : « Seigneur, je ne suis qu'un homme, mais roi de France est cet homme ».

Ayons nous-mêmes cet esprit catholique et surnaturel, et songeons à nous sanctifier, là où Dieu nous a placés, par les moyens voulus par Dieu : la prière et le devoir d'état personnel, dans la fidélité à Dieu, à Marie et au Roi. La Confrérie Royale est un moyen de sanctification.

Rappelons-nous cette phrase de la Mère Camille de Soyecourt, carmélite qui traversa fortement la Révolution : « Bien comprise, la fidélité à la monarchie est un hommage rendu à la Majesté divine ».

Et selon le mot de Julie Lavergne, « la terre de France ne produira que des épines, tant que les lys n'y refleuriront pas ».

 

« Seigneur, sauvez le Roi. Et exaucez-nous au jour où nous vous invoquerons » (prière pour le Roi tirée du Psaume XIX, 10).

 

                                              Abbé Gabriel Equin +       

 

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23/11/2017
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Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces !

Εν Τουτω Νικα



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Raphaël : la vision de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

* * *

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale
- 25 octobre 2017 -

A - Rappel d'un contexte historique complexe.

 

Affronté aux invasions barbares, l'empereur Dioclétien (qui règne de 284 à 305), estimant que l'Empire devait faire face à trop de menaces pour être défendu par un seul homme, avait mis en place un système de gouvernement nommé Tétrarchie parce que, sans le diviser, il répartissait le pouvoir sur quatre personnages (quatre co-empereurs en quelque sorte).

 

Dioclétien avait été l'initiateur de l'une des plus cruelles persécutions contre les chrétiens : celle où périrent Saint Maurice et ses très nombreux compagnons de la Légion Thébaine, Sainte Agnès de Rome, Saint Julien de Brioude, Sainte Catherine d'Alexandrie, Saint Vincent de Saragosse, Sainte Eulalie de Mérida, Saint Victor de Marseille, Sainte Foy d'Agen, Saint Georges de Lydda, Sainte Julitte et son jeune enfant Saint Cyr, les papes Saint Marcel et Saint Marcellin, Saint Janvier de Bénévent, Saint Sébastien, ainsi que des milliers d'autres, connus ou inconnus.
L'empereur Galère (règne : 305-311) mit fin à la persécution ordonnée par Dioclétien par un édit de tolérance, l'Edit de Sardique (30 avril 311), qui fut son dernier acte : il mourut en effet 5 jours plus tard (5 mai 311).
La disparition de Galère laisse l'Empire dans une situation de crise profonde : le pouvoir est partagé entre trois empereurs légitimes - tous trois Augustes -, Licinius, Maximin Daïa et Constantin, et un usurpateur, Maxence. 

 

Tandis que Licinius et Maximin Daia vont entrer en conflit pour le contrôle de la partie orientale de l'Empire, Maxence, qui a usurpé le pouvoir à Rome, déclare la guerre à Constantin, qui a été proclamé Auguste à York par les troupes de son père - Constance Chlore - à la mort de ce dernier.
Quittant la Bretagne (aujourd'hui Grande-Bretagne) et s'étant soumis les Gaules, Constantin entreprend en 312 la conquête de l'Italie.

 

B - La bataille décisive du Pont Milvius : 28 octobre 312.

 

L'affrontement n'a lieu que lorsque les troupes de Constantin approchent de Rome.
Maxence, qui dispose des cohortes prétoriennes et des troupes de protection de la ville, sort de Rome à leur rencontre.
Le combat s'engage à une dizaine de kilomètres au nord-est de la cité, au lieu dit "Saxa rubra" (les roches rouges), sur la via Flaminia.
Maxence a choisi de combattre en avant du Pont Milvius, un pont de pierre édifié au-dessus du Tibre : le contrôle de ce pont est en effet stratégique puisqu'il est un point de passage obligé vers Rome.
Les troupes de Constantin sont inférieures en nombre : elles semblent même dépassées par cette supériorité numérique ; mais Constantin agit en tacticien sagace et inspiré.
Les troupes de Maxence sont bientôt acculées dos au Tibre et ne peuvent pas toutes emprunter le pont de pierre. Maxence avait fait construire des ponts de bateaux pour faciliter la traversée de ses troupes mais, dans l'affolement de la retraite, leurs amarres sont rompues : des centaines de soldats et Maxence lui-même se noient.


La victoire de Constantin est totale.
Nous sommes au 28 octobre 312.

Constantin entre à Rome en triomphateur, et il est proclamé unique Auguste romain d'Occident.

 

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Raphaël : la victoire de Constantin au Pont Milvius (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

C - La vision de Constantin : « Εν Τουτω Νικα - in hoc signo vinces ! »

 

Peu de temps avant le commencement de la bataille, Constantin a déclaré qu'il a été gratifié d'une vision : il a vu apparaître dans le ciel le monogramme du Christ, formé de la superposition des deux lettres grecques par lesquelles commence le mot "Christ" : ce sont le "Chi" et le "Rho" qui forment le chrisme.


Selon Lactance (250-325), c'est dans un songe que Constantin a reçu l'injonction de marquer du « signe céleste de Dieu » les boucliers de ses troupes la veille de la bataille qui l'oppose à Maxence.
Eusèbe de Césarée, lui, parle d'une vision à l'état de veille, vision partagée par les soldats de Constantin, et ensuite confirmée dans un songe : selon Eusèbe ce serait semble-t-il la Croix qui aurait été manifestée, accompagnée par ces paroles (vues ou entendues) "Εν Τουτω Νικα", en latin : "In hoc signo vinces, ce qui signifie : par ce signe tu vaincras.

 

Bien qu'encore païen (comme son père Constance Chlore, il rendait un culte au "Sol invictus", le soleil invaincu), Constantin a obtempéré et a demandé à ses soldats de marquer leurs boucliers du signe céleste, qu'il a fait aussi placer sur ses enseignes : c'est ainsi qu'est apparu le labarum, étendard militaire surmonté du chrisme. 


C'est parce qu'il a obéi à la vision céleste que Constantin a vaincu Maxence : il le sait.
Et cette obéissance, cette victoire et cette prise de conscience vont être lourdes de conséquences pour l'Eglise, pour Rome et pour l'Empire, ainsi que pour le monde entier.

 

Bien sûr, les historiens modernes sous l'influence du rationalisme, du modernisme et de l'antichristianisme qui se généralise, cherchent à minimiser ces faits : ils essaient de trouver des explications naturelles à la "prétendue" (sic) vision de Constantin tantôt en invoquant certaines conjonctures astrales, tantôt en alléguant d'hypothétiques phénomènes atmosphériques liés à quelque non moins hypothétique éruption volcanique, ou que sais-je encore...
Ces mécréants sont prêts à tout pour nier la Tradition, récuser les miracles et rejeter toute forme de surnaturel !

 

 

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Pièce de monnaie, dite nummus, datée de 327, à l'effigie de Constantin sur le revers de laquelle on voit le labarum surmonté du chrisme (formé par la superposition des lettres grecques "Chi" et "Rho", initiales de "Christos") avec l'inscription "spes publica" (espérance publique) : le labarum est fiché dans un serpent, symbole de l'ennemi.

 

D - L'Edit de Milan : avril 313.

 

La conséquence immédiate de la victoire du Pont Milvius le 28 octobre 312, réside, en avril 313, dans ce que l'on appelle communément l'Edit de Milan.
Reprenant et élargissant l'Edit de Sardique, Constantin, en accord avec Licinius, promulgue la liberté de culte pour toutes les religions : il insiste formellement sur le fait que les chrétiens peuvent désormais accomplir librement et publiquement leurs cérémonies et qu'il ne leur est plus imposé de vénérer l'empereur comme un dieu. 
De la liberté de fait que leur accordait l'Edit de Sardique, les chrétiens passent à la liberté de droit. C'est ce que les auteurs anciens ont appelé : la paix de l'Eglise.

Les persécutions cessent. L'Eglise paraît au grand jour. Elle peut déployer et développer ses cérémonies, construire des églises et, à travers tout cela, attirer davantage d'âmes.
Les communautés chrétiennes croissent en nombre.

 

Selon la tradition romaine, Constantin lui-même abandonne les superstitions païennes et se fait baptiser par le pape Saint Sylvestre 1er [alors que certaines traditions orientales prétendent qu'il aurait été baptisé seulement à son lit de mort, le 22 mai 337].

 

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Raphaël : Constantin est baptisé par Saint Sylvstre (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.

 

Constantin va bientôt donner à Saint Sylvestre le palais du Latran et faire construire à côté la cathédrale de Rome : « tête et mère de toutes les églises de la Ville et du monde » (omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput), dont la dédicace (le 9 novembre 324) sera marquée par un miracle renouvelant celui qui s'était produit à Jérusalem lors de la dédicace du Temple par Salomon quelque mille-deux-cent-cinquante ans plus tôt.
Il fait aussi édifier les basiliques de Saint Pierre au Vatican et de Saint Paul sur la voie d'Ostie, au-dessus des tombes des deux Apôtres, ainsi que la basilique de Sainte Croix près du palais de sa mère Sainte Hélène.

 

Cette dernière, soutenue par son fils, fait entreprendre de grands travaux de prospection en Terre Sainte afin de retrouver les lieux sanctifiés par les événements de la vie du Sauveur : à Nazareth, à Bethléem, à Capharnaüm... etc. et bien sûr à Jérusalem, où l'on retrouve la Croix, le Golgotha et le Saint Sépulcre qui sont alors enchâssés dans une splendide basilique.

 

Constantin, quittant Rome dont il abandonne l'administration au pape Saint Sylvestre, au lieu où se trouve la bourgade de Byzance, fait édifier la première capitale politique chrétienne : Constantinople (Constantinopolis : la ville de Constantin).

Enfin, en raison des dangers que la doctrine hérétique d'Arius commence à faire peser sur la foi chrétienne, Constantin convoque à Nicée, en 325, le premier concile oecuménique pour que soit précisée et définie la foi droite telle qu'elle a été authentiquement reçue des apôtres.

 

Une ère nouvelle s'est ouverte pour l'Eglise du Christ.
Les souverains temporels ne sont plus ses bourreaux, mais ils s'enorgueilliront désormais de se mettre à son service.
Soixante-sept ans plus tard, par l'Edit de Thessalonique (27 février/24 novembre 380), l'empereur Saint Théodose 1er le Grand, fera du christianisme la religion officielle de l'Empire et en bannira les cultes païens.

 

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Raphaël : la donation de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.
Constantin laisse Rome à l'administration du pape Saint Sylvestre avant de s'installer dans sa nouvelle capitale : Constantinople.

 

E - Des événements anciens mais toujours actuels.

 

Bien que loin de nous dans le temps, ces faits nous concernent directement toutefois, et même ils demeurent des plus actuels quant à notre vie liturgique et spirituelle.

 

E1 - Quant à notre vie liturgique :
- E1 a) Parce que notre missel romain classique (je parle donc de la liturgie célébrée selon le rite latin traditionnel, liturgie dite "de Saint Pie V", et non du missel issu de la réforme postconciliaire dans lequel cela - comme beaucoup d'autres choses importantes - a été singulièrement édulcoré) comprend un nombre incalculable de notations, d'allusions, de références... etc. à tous les événements rappelés ci-dessus.
- E1 b) Et parce que l'ordonnancement de la Sainte Messe lui-même, dans son déroulement, est directement lié aux développements et déploiements des cérémonies lorsque l'Eglise, sortant des catacombes, grâce à l'empereur Constantin le Grand, a pu librement s'épanouir dans l'espace public de la cité.

 

E2 - Quant à notre vie spirituelle :
- E2 a) Parce que ce sont là des racines - nos racines chrétiennes - qui, de la même manière que les racines d'un arbre, assurent la stabilité et l'équilibre de tout ce qui se développe au-dessus et lui apportent également la nourriture et la force ; de la même manière, la pieuse connaissance de ces faits assure notre stabilité et notre équilibre dans la vie selon la foi, en même temps qu'elle nourrit et fortifie nos convictions. Car la Sainte Eglise notre Mère, de par les mystérieux et admirables desseins de la Providence, n'est pas seulement romaine parce que les saints Apôtres Pierre et Paul ont évangélisé Rome et y ont répandu leur sang, mais elle est aussi, et peut-être même davantage, romaine parce que l'empereur Saint Constantin 1er le Grand - "égal aux apôtres" selon la terminologie des Eglises d'Orient -  par son obéissance à la vision céleste, par sa glorieuse victoire au Pont Milvius remportée sous le signe du Christ Sauveur, par sa conversion, par son baptême et par la protection généreuse et féconde qu'il a accordée à l'Eglise, a transformé Rome, lieu où jusqu'alors l'on ne venait que très discrètement se recueillir sur le tombeau des Apôtres, en une capitale spirituelle rayonnant sur tout l'univers, et parce qu'il s'est montré, en actes plus qu'en paroles, l'un des premiers modèles du culte du Christ-Roi, Prince des rois de la terre ("Princeps regum terrae" - Apoc. I, 5).

- E2 b) Par-dessus tout parce que ces événements nous redisent d'une manière grandiose et exaltante que c'est la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est la source et le motif de toutes les véritables victoires.

- E2 c) Enfin, en conséquence, et d'une manière très spéciale pour les membres de cette Confrérie Royale, parce que l'histoire de la victoire et de la conversion de Constantin nous montrent à l'évidence que Dieu, dans Ses miséricordieux desseins sur les peuples et pour leur accorder Ses grâces, a pour instruments privilégiés les Souverains qui sont attentifs à Ses inspirations et mettent leur sceptre au service du règne du Christ : cela nous doit donc stimuler à prier plus instamment pour celui qui est aujourd'hui le représentant légitime du pouvoir légitime voulu par Dieu pour la France, à savoir Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

 

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Rome : l'arc de triomphe de Constantin édifié en 315 sur l'ordre du Sénat Romain pour célébrer la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius et son accession au pouvoir à Rome.

 

F - Par la Croix la victoire.

 

La Croix !
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ a vaincu.
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne.

C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ triomphe et  gouverne.

Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !

Et Ses disciples aussi.
C'est par la Croix qu'ils ont été rachetés. C'est par la Croix qu'ils vivent de Sa vie et reçoivent Sa grâce. C'est par la Croix qu'ils sont eux-mêmes sanctifiés et qu'ils s'unissent à Son travail de rédemption des âmes. C'est par la Croix qu'ils oeuvrent à la transformation du monde d'ici-bas pour que la cité de la terre soit le plus conforme à la Cité des cieux qu'ils attendent et qu'ils préparent.

 

Mais la croix n'est lumineuse qu'à distance.

Et son resplendissement est celui de la grâce surnaturelle, pas celui de la gloire humaine.

Si l'on sert le Christ-Roi en s'attachant à Sa Croix, l'on sert aussi les rois serviteurs du Christ-Roi en ne se dérobant pas à cette même Croix, qui fait mal, qui pèse lourdement sur nos épaules, qui nous brise, qui semble nous écraser parfois, qui fait entrer des échardes dans notre chair, qui nous fait saigner, qui nous immobilise par des clous...

Il n'y a cependant pas d'autre voie pour celui qui veut être authentiquement chrétien : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à lui-même et porte sa croix  chaque jour et Me suive » (Luc IX, 23), « Et qui ne porte point sa croix et ne Me suit point, ne peut être Mon disciple » (ibid. XIV, 27).

 

Nous ne sommes donc pas les membres d'une Confrérie Royale pour briller à nos propres yeux et pour en retirer une gloire et des satisfactions mondaines, mais pour nous attacher encore plus étroitement à la Croix, étant non seulement les serviteurs du Christ au même que titre que tous les chrétiens que Jésus invite à porter Sa Croix derrière Lui, mais étant en outre au service spirituel du lieu-tenant du Christ-Roi pour ce Royaume de France, le Souverain des Lys : Louis XX, auquel revient de droit le titre de "Roi Très Chrétien".

 

Chers Membres de notre humble Confrérie Royale, soyons toujours plus fidèles et généreux dans l'embrassement volontaire et amoureux de nos croix de chaque jour, dans l'embrassement volontaire et amoureux de la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous est tendue et proposée à travers les mille et uns petits sacrifices quotidiens, offerts pour Dieu et pour le Roi.

C'est là que réside notre victoire : "Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces" !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

 

Statue équestre de Constantin par Le Bernin 1670 - péristyle basilique vaticane.jpg

Le Bernin : statue équestre de Saint Constantin dans le péristyle de la basilique vaticane (1670)

 

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24/10/2017
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