L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie - 25 février 2020.

Pour un Carême sans face de Carême !

  Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie Royale

25 février  2020        

      

« Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris »

                                            

Cette sentence de la liturgie romaine résonne chaque année à nos oreilles, lorsque nous approchons de l’autel, la tête baissée, notre besace spirituelle remplie de bonnes résolutions en vue de nous élancer sur le chemin de la Quarantaine pénitentielle, désireux de nous corriger et de rayonner de la sainteté sous le beau soleil de Pâques. Beau tableau en vérité, que nous aimerions tant voir sans ombre, sans tache, sans déchirure. Et pourtant, nous le savons bien par expérience, et chaque année nous le révèle, nos résolutions s’évanouissent rapidement, nos pieux désirs se refroidissent, nos aspirations à la sainteté se dissolvent. Nos objectifs fixés la veille des Cendres sont rarement atteints dans leur quantité comme dans leur qualité. Quant au retour au réel des lendemains de Pâques, il nous fait bien souvent oublier de conserver intacts nos fermes propos et nos louables améliorations. Ainsi va la vie, dirait un fataliste. Quant au païen, il nous rirait au nez en cherchant à nous prouver, par ses sarcasmes, l’inutilité, la vacuité, voire l’hypocrisie de tels efforts. Et pourtant ! Si le Carême était une démonstration rituelle d’hypocrisie, à l’image de certains prétendus jeûnes religieux dont nous n’évoquerons pas ici la malice intrinsèque, il ne serait plus de mise chez les catholiques dans une société aussi areligieuse que la nôtre. Je dirai même plus, le Carême est au XXIe siècle une preuve de la véracité de notre sainte religion, tellement cette pratique vénérable est en rupture avec le consumérisme en vogue depuis tant d’années. Ce dernier nous inventera des pratiques de jeûne à toutes les sauces, du régime d’amincissement publicitaire aux délires véganistes, pour ne viser qu’un prétendu bien-être corporel associé à de petites économies et une pseudo-bonne conscience devant le diktat médiatique et culturel ambiant. Bref, rien à voir avec notre Carême, ces 40 jours d’intimité dans le désert avec le Seigneur pour retrouver la pleine vie de Dieu en notre âme.

                

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Pierre Mignard : Ecce Homo

                   

Pénitence, pénitence, vous avez dit pénitence ?

                                                     

Il ne faut pas confondre la fin et les moyens. Le Carême, ce n’est pas avant tout la privation de certaines catégories de nourriture et de boisson. Il ne faudrait pas non plus présumer trop de ses propres forces dans le domaine – la présomption reste d’ailleurs une fausse morale – en identifiant le Carême à ces privations matérielles et en risquant d’endommager sa santé et d’entraîner des répercussions néfastes sur notre vie de famille et notre travail professionnel ou scolaire. Un mineur de fond qui s’essaye au jeûne parfait, je ne sais pas comment il va remonter le tunnel. Et je ne parle pas du chauffeur de bus qui risque l’évanouissement à chaque virage ou l’élève qui tombera d’inanition sur sa copie. Bref, un petit conseil. S’il vous faut vos 2000 calories par jour pour tenir le coup et exécuter fidèlement votre devoir d’état – qui est, je le rappelle, votre premier devoir de chaque jour – alors n’hésitez pas à remplir votre assiette et votre verre, raisonnablement bien sûr, sans qu’aucun scrupule ne vous guette. On le sait, ce genre de scrupules viennent plus souvent des ténèbres que de la lumière… De même, s’il vous faut vos 3 carrés de chocolat avec votre café pour repartir avec le sourire et ne pas risquer de regimber contre le voisin de classe ou le collègue de bureau, pour finir la journée avec une tête de cochon, alors mangez vos 3 carrés de chocolat, et même 5 s’il le faut. Tous ces exemples triviaux pour dire qu’il ne faut pas identifier le péché à la seule gourmandise (surtout la gourmandise la plus puérile !) et ne pas réduire le carême à la seule pénitence alimentaire.

                                     

 

En effet, le carême est avant tout un temps de pénitence. Faire pénitence, c’est « changer de vie en se détournant du mal et de ce qui nous entraîne au mal, pour se tourner vers Dieu dont on s’était éloigné. »1 La pénitence doit donc viser un but unique : la conversion (convertere, « se tourner vers ») à Dieu, qui implique le rejet du mal et l’attrait du bien. Or comme nous sommes tous pécheurs – n’est-ce pas ? – nous avons tous besoin de pénitence. La pénitence est pour le bien de l’âme, et par répercussion du corps. Les actes de pénitence, intérieurs et extérieurs, exigent un effort sur nous-mêmes, contre nos tendances au mal, un désir sincère de réparer nos fautes passées, que nous devons regretter du fond du cœur, et la résolution non moins sincère d’éviter le péché. Le sacrement de pénitence, l’un des plus beaux dons du Seigneur, qui répand sur nos âmes la miséricorde divine, ne peut s’appliquer à nous que si nous avons le regret de nos fautes (contrition) et la résolution de les réparer. Le Carême doit d’ailleurs être pour chacun d’entre nous l’occasion de retrouver le chemin du confessionnal, si notre GPS nous avait égaré dans les sentiers du péché, de l’insouciance, de la négligence ou de la peur d’avouer nos fautes. Quelle drôle d’idée d’avoir peur du confessionnal ! Peut-on avoir peur de Quelqu’un, en l’occurrence du bon Dieu, qui non seulement nous pardonne immédiatement nos fautes, mais en plus nous accorde un trésor de grâces pour affronter à l’avenir la Tentation ? Ce serait être ingrat ou manquer de confiance en la miséricorde du Seigneur, que de fuir le confessionnal ou d’avoir peur de ces moments d’humiliations spirituelles qui sont pourtant indispensables pour notre sanctification. Alors, chers amis, profitons de ce Carême pour repousser cet orgueil qui paralyse nos efforts spirituels !

                             

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Francisco de Zurbaran : Agnus Dei

                          

Le jeûne, la prière et l’aumône

                             

Ce sacrement de pénitence est ainsi prolongé, dans notre pratique quadragésimale, par nos actes de pénitence. Nous parlions d’actes intérieurs et extérieurs, de pénitences spirituelles et matérielles. Pas la peine de se faire des nœuds dans le cerveau pour trouver de bonnes résolutions dans le domaine ! Ouvrons simplement les Écritures, qui nous enseignent qu’il existe trois types d’expression de la pénitence. Ainsi, nous lisons dans le livre de Tobie : « La prière est bonne avec le jeûne, et l’aumône vaut mieux que l’or et les trésors. Car l’aumône délivre de la mort, et c’est elle qui efface les péchés, et qui fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. »2

                     

Commençons par le jeûne. Le jeûne consiste pour le chrétien, « à faire un seul véritable repas pendant la journée, et à ne prendre qu’une collation frugale le matin et le soir »3. Et moi qui croyais que ça voulait dire ne rien manger du tout ? Rassurez-vous, mon cher, on n’est loin de ça ! Quant à la qualité du repas et de la collation, nous laissons à chacun le soin d’organiser ses menus, car nous ne sommes ni traiteur ni diététicien… Comme nous le disions tout à l’heure – malgré le carré de chocolat – il nous faut faire un certain effort d’ascèse adapté, afin que notre devoir d’état n’en pâtisse point. Chacun doit voir ce qu’il peut faire et comment il peut le faire, selon son âge et son état de santé bien entendu : à l’impossible nul n’est tenu ! Ce jeûne doit être avant tout une offrande au Seigneur, par lequel « le corps est replacé dans sa vraie position : celle de serviteur de notre esprit. »4 Libéré d’un « surpoids » gênant, notre âme est plus légère et plus apte à s’élever vers les hauteurs spirituelles du Carême, vers la contemplation du mystère de la Rédemption, vers sa conversion au Seigneur. Mais attention ! Cette libération doit se manifester sur notre visage, le visage d’un chrétien libre et joyeux, un visage qui reflète la sainteté et qui respire le bonheur : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites, qui exténuent leur visage, pour faire paraître aux hommes qu’ils jeûnent. »5 Bref, mes amis, ayez des têtes de sauvés, pour reprendre une parole de… Nietzche.

                   

La prière. C’est la respiration de toute âme chrétienne. Un chrétien qui ne prie pas étouffe... et meurt. Le Carême doit être pour nous l’occasion de redoubler d’activité spirituelle, de renouer nos dialogues quotidiens avec le bon Dieu, si le tourbillon du monde et de l’activisme ont pu malheureusement couper nos communications. La prière, c’est mieux que la 5G, elle nous connecte avec le Ciel sans risquer de voir notre batterie se vider et notre forfait exploser. Mais, chers amis, est-ce que nous avons l’audace de briser notre suractivité de chaque jour en offrant par-ci par-là quelques minutes au Seigneur ? Entrons-nous dans une église, lorsque nous voyons la porte ouverte, ne serait-ce que 5 minutes, pour nous recueillir dans un cœur à cœur avec Jésus présent au Tabernacle ? Ouvrons-nous l’Évangile, ou quelque pieuse lecture spirituelle, avant de nous coucher pour reposer notre âme en Dieu ? Tous ces petits réflexes d’une vie chrétienne, souvent reportés aux calendes grecques par nos « pieuses velléités », doivent être appréhendés avec soin pendant le Carême. Chers amis, rappelons-nous encore : une âme qui ne prie pas est une âme qui se meurt. Et cette prière peut s’effectuer partout, spécialement dans la solitude de l’âme : « Lorsque vous priez, ne faites pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et au coin des rues, afin d’être vus des hommes. […] Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre, et, ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est présent dans le secret : et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »6 Vous voyez, ce n’est pas difficile !

                                  

L’aumône. Le Carême est le moyen aussi de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls sur la terre ; que la dimension communautaire du Salut doit s’exprimer dans notre quotidien, en tant qu’apôtres de la Vérité et en tant que ministres de la Charité auprès de nos frères, vivants et défunts. Le bon Samaritain de l’Évangile doit être ainsi notre principal modèle au cours de la sainte Quarantaine. Mais attention ! Nous devons, sur ce plan-là, bien garder à l’esprit l’enseignement du Sauveur : « Quand donc tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être honorés des hommes. […] Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit dans le secret : et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »7 Tout un programme ! Mais que sont ces aumônes ? Le catéchisme nous l’enseigne, sous le titre d’œuvres de miséricorde : les œuvres spirituelles (enseigner l’ignorant, conseiller celui qui en a besoin, corriger l’égaré, pardonner les injures, consoler les tristes, souffrir avec patience les adversités, prier Dieu pour les vivants et les morts) et les œuvres corporelles (visiter le malade, donner à manger et à boire à celui qui a faim et soif, secourir le captif, vêtir celui qui est nu, accueillir le pèlerin, enterrer les morts)8. À nous d’estimer, en fonction de notre devoir d’état, de nos aptitudes physiques et de nos possibilités matérielles, en bannissant toute vanité et toute présomption, comment réaliser telle ou telle de ces œuvres de miséricorde, au service de notre prochain, comme un témoignage de l’œuvre de Rédemption du Seigneur.

                             

Bref, je me rends compte que je n’ai finalement rien à dire sinon qu’à répéter inlassablement les paroles de l’Évangile, les enseignements de l’Église et les exemples des saints, comme les prédicateurs ne cessent de le faire depuis tant de siècles. Mais bon, la terre continue de tourner, les paroles sont toujours oubliées, et nous avons l’impression de prêcher dans le désert… Puisse ce Carême 2020 nous aider à nous secouer, pour offrir à Dieu une pénitence sincère et un désir profond de conversion personnelle, pour notre sanctification, pour l’édification du monde qui nous entoure, pour l’exaltation de la sainte Église en ces temps apocalyptiques, pour notre pauvre France qui a tant besoin d’offrandes et de sacrifices pour rayonner de nouveau de cette lumière de Fille aînée de l’Église, pour qu’elle redevienne le flambeau des nations. Ceci est mon plus vif désir ! Alors, courage et confiance ! Qu’il en soit ainsi.

                      

Mathias Balticensis

               

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Philippe de Champaigne : la Sainte Face

 

                     

1 Blog du Mesnil-Marie : "Petit catéchisme sur le carême et la pénitence" ici

 

2 Tob. XII, 8-9.

 

3 Blog du Mesnil-Marie : "Petit catéchisme sur le carême et la pénitence" ici

 

4 Ibid.

 

5 Mt VI, 16.

 

6 Mt VI, 5-6.

 

7 Mt VI, 2-4.

 

8 Blog du Mesnil-Marie : "Petit catéchisme sur le carême et la pénitence" ici

 



24/02/2020
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