L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces !

Εν Τουτω Νικα



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Raphaël : la vision de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

* * *

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale
- 25 octobre 2017 -

A - Rappel d'un contexte historique complexe.

 

Affronté aux invasions barbares, l'empereur Dioclétien (qui règne de 284 à 305), estimant que l'Empire devait faire face à trop de menaces pour être défendu par un seul homme, avait mis en place un système de gouvernement nommé Tétrarchie parce que, sans le diviser, il répartissait le pouvoir sur quatre personnages (quatre co-empereurs en quelque sorte).

 

Dioclétien avait été l'initiateur de l'une des plus cruelles persécutions contre les chrétiens : celle où périrent Saint Maurice et ses très nombreux compagnons de la Légion Thébaine, Sainte Agnès de Rome, Saint Julien de Brioude, Sainte Catherine d'Alexandrie, Saint Vincent de Saragosse, Sainte Eulalie de Mérida, Saint Victor de Marseille, Sainte Foy d'Agen, Saint Georges de Lydda, Sainte Julitte et son jeune enfant Saint Cyr, les papes Saint Marcel et Saint Marcellin, Saint Janvier de Bénévent, Saint Sébastien, ainsi que des milliers d'autres, connus ou inconnus.
L'empereur Galère (règne : 305-311) mit fin à la persécution ordonnée par Dioclétien par un édit de tolérance, l'Edit de Sardique (30 avril 311), qui fut son dernier acte : il mourut en effet 5 jours plus tard (5 mai 311).
La disparition de Galère laisse l'Empire dans une situation de crise profonde : le pouvoir est partagé entre trois empereurs légitimes - tous trois Augustes -, Licinius, Maximin Daïa et Constantin, et un usurpateur, Maxence. 

 

Tandis que Licinius et Maximin Daia vont entrer en conflit pour le contrôle de la partie orientale de l'Empire, Maxence, qui a usurpé le pouvoir à Rome, déclare la guerre à Constantin, qui a été proclamé Auguste à York par les troupes de son père - Constance Chlore - à la mort de ce dernier.
Quittant la Bretagne (aujourd'hui Grande-Bretagne) et s'étant soumis les Gaules, Constantin entreprend en 312 la conquête de l'Italie.

 

B - La bataille décisive du Pont Milvius : 28 octobre 312.

 

L'affrontement n'a lieu que lorsque les troupes de Constantin approchent de Rome.
Maxence, qui dispose des cohortes prétoriennes et des troupes de protection de la ville, sort de Rome à leur rencontre.
Le combat s'engage à une dizaine de kilomètres au nord-est de la cité, au lieu dit "Saxa rubra" (les roches rouges), sur la via Flaminia.
Maxence a choisi de combattre en avant du Pont Milvius, un pont de pierre édifié au-dessus du Tibre : le contrôle de ce pont est en effet stratégique puisqu'il est un point de passage obligé vers Rome.
Les troupes de Constantin sont inférieures en nombre : elles semblent même dépassées par cette supériorité numérique ; mais Constantin agit en tacticien sagace et inspiré.
Les troupes de Maxence sont bientôt acculées dos au Tibre et ne peuvent pas toutes emprunter le pont de pierre. Maxence avait fait construire des ponts de bateaux pour faciliter la traversée de ses troupes mais, dans l'affolement de la retraite, leurs amarres sont rompues : des centaines de soldats et Maxence lui-même se noient.


La victoire de Constantin est totale.
Nous sommes au 28 octobre 312.

Constantin entre à Rome en triomphateur, et il est proclamé unique Auguste romain d'Occident.

 

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Raphaël : la victoire de Constantin au Pont Milvius (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican

 

C - La vision de Constantin : « Εν Τουτω Νικα - in hoc signo vinces ! »

 

Peu de temps avant le commencement de la bataille, Constantin a déclaré qu'il a été gratifié d'une vision : il a vu apparaître dans le ciel le monogramme du Christ, formé de la superposition des deux lettres grecques par lesquelles commence le mot "Christ" : ce sont le "Chi" et le "Rho" qui forment le chrisme.


Selon Lactance (250-325), c'est dans un songe que Constantin a reçu l'injonction de marquer du « signe céleste de Dieu » les boucliers de ses troupes la veille de la bataille qui l'oppose à Maxence.
Eusèbe de Césarée, lui, parle d'une vision à l'état de veille, vision partagée par les soldats de Constantin, et ensuite confirmée dans un songe : selon Eusèbe ce serait semble-t-il la Croix qui aurait été manifestée, accompagnée par ces paroles (vues ou entendues) "Εν Τουτω Νικα", en latin : "In hoc signo vinces, ce qui signifie : par ce signe tu vaincras.

 

Bien qu'encore païen (comme son père Constance Chlore, il rendait un culte au "Sol invictus", le soleil invaincu), Constantin a obtempéré et a demandé à ses soldats de marquer leurs boucliers du signe céleste, qu'il a fait aussi placer sur ses enseignes : c'est ainsi qu'est apparu le labarum, étendard militaire surmonté du chrisme. 


C'est parce qu'il a obéi à la vision céleste que Constantin a vaincu Maxence : il le sait.
Et cette obéissance, cette victoire et cette prise de conscience vont être lourdes de conséquences pour l'Eglise, pour Rome et pour l'Empire, ainsi que pour le monde entier.

 

Bien sûr, les historiens modernes sous l'influence du rationalisme, du modernisme et de l'antichristianisme qui se généralise, cherchent à minimiser ces faits : ils essaient de trouver des explications naturelles à la "prétendue" (sic) vision de Constantin tantôt en invoquant certaines conjonctures astrales, tantôt en alléguant d'hypothétiques phénomènes atmosphériques liés à quelque non moins hypothétique éruption volcanique, ou que sais-je encore...
Ces mécréants sont prêts à tout pour nier la Tradition, récuser les miracles et rejeter toute forme de surnaturel !

 

 

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Pièce de monnaie, dite nummus, datée de 327, à l'effigie de Constantin sur le revers de laquelle on voit le labarum surmonté du chrisme (formé par la superposition des lettres grecques "Chi" et "Rho", initiales de "Christos") avec l'inscription "spes publica" (espérance publique) : le labarum est fiché dans un serpent, symbole de l'ennemi.

 

D - L'Edit de Milan : avril 313.

 

La conséquence immédiate de la victoire du Pont Milvius le 28 octobre 312, réside, en avril 313, dans ce que l'on appelle communément l'Edit de Milan.
Reprenant et élargissant l'Edit de Sardique, Constantin, en accord avec Licinius, promulgue la liberté de culte pour toutes les religions : il insiste formellement sur le fait que les chrétiens peuvent désormais accomplir librement et publiquement leurs cérémonies et qu'il ne leur est plus imposé de vénérer l'empereur comme un dieu. 
De la liberté de fait que leur accordait l'Edit de Sardique, les chrétiens passent à la liberté de droit. C'est ce que les auteurs anciens ont appelé : la paix de l'Eglise.

Les persécutions cessent. L'Eglise paraît au grand jour. Elle peut déployer et développer ses cérémonies, construire des églises et, à travers tout cela, attirer davantage d'âmes.
Les communautés chrétiennes croissent en nombre.

 

Selon la tradition romaine, Constantin lui-même abandonne les superstitions païennes et se fait baptiser par le pape Saint Sylvestre 1er [alors que certaines traditions orientales prétendent qu'il aurait été baptisé seulement à son lit de mort, le 22 mai 337].

 

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Raphaël : Constantin est baptisé par Saint Sylvstre (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.

 

Constantin va bientôt donner à Saint Sylvestre le palais du Latran et faire construire à côté la cathédrale de Rome : « tête et mère de toutes les églises de la Ville et du monde » (omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput), dont la dédicace (le 9 novembre 324) sera marquée par un miracle renouvelant celui qui s'était produit à Jérusalem lors de la dédicace du Temple par Salomon quelque mille-deux-cent-cinquante ans plus tôt.
Il fait aussi édifier les basiliques de Saint Pierre au Vatican et de Saint Paul sur la voie d'Ostie, au-dessus des tombes des deux Apôtres, ainsi que la basilique de Sainte Croix près du palais de sa mère Sainte Hélène.

 

Cette dernière, soutenue par son fils, fait entreprendre de grands travaux de prospection en Terre Sainte afin de retrouver les lieux sanctifiés par les événements de la vie du Sauveur : à Nazareth, à Bethléem, à Capharnaüm... etc. et bien sûr à Jérusalem, où l'on retrouve la Croix, le Golgotha et le Saint Sépulcre qui sont alors enchâssés dans une splendide basilique.

 

Constantin, quittant Rome dont il abandonne l'administration au pape Saint Sylvestre, au lieu où se trouve la bourgade de Byzance, fait édifier la première capitale politique chrétienne : Constantinople (Constantinopolis : la ville de Constantin).

Enfin, en raison des dangers que la doctrine hérétique d'Arius commence à faire peser sur la foi chrétienne, Constantin convoque à Nicée, en 325, le premier concile oecuménique pour que soit précisée et définie la foi droite telle qu'elle a été authentiquement reçue des apôtres.

 

Une ère nouvelle s'est ouverte pour l'Eglise du Christ.
Les souverains temporels ne sont plus ses bourreaux, mais ils s'enorgueilliront désormais de se mettre à son service.
Soixante-sept ans plus tard, par l'Edit de Thessalonique (27 février/24 novembre 380), l'empereur Saint Théodose 1er le Grand, fera du christianisme la religion officielle de l'Empire et en bannira les cultes païens.

 

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Raphaël : la donation de Constantin (détail) - "Chambre de Constantin" au Vatican.
Constantin laisse Rome à l'administration du pape Saint Sylvestre avant de s'installer dans sa nouvelle capitale : Constantinople.

 

E - Des événements anciens mais toujours actuels.

 

Bien que loin de nous dans le temps, ces faits nous concernent directement toutefois, et même ils demeurent des plus actuels quant à notre vie liturgique et spirituelle.

 

E1 - Quant à notre vie liturgique :
- E1 a) Parce que notre missel romain classique (je parle donc de la liturgie célébrée selon le rite latin traditionnel, liturgie dite "de Saint Pie V", et non du missel issu de la réforme postconciliaire dans lequel cela - comme beaucoup d'autres choses importantes - a été singulièrement édulcoré) comprend un nombre incalculable de notations, d'allusions, de références... etc. à tous les événements rappelés ci-dessus.
- E1 b) Et parce que l'ordonnancement de la Sainte Messe lui-même, dans son déroulement, est directement lié aux développements et déploiements des cérémonies lorsque l'Eglise, sortant des catacombes, grâce à l'empereur Constantin le Grand, a pu librement s'épanouir dans l'espace public de la cité.

 

E2 - Quant à notre vie spirituelle :
- E2 a) Parce que ce sont là des racines - nos racines chrétiennes - qui, de la même manière que les racines d'un arbre, assurent la stabilité et l'équilibre de tout ce qui se développe au-dessus et lui apportent également la nourriture et la force ; de la même manière, la pieuse connaissance de ces faits assure notre stabilité et notre équilibre dans la vie selon la foi, en même temps qu'elle nourrit et fortifie nos convictions. Car la Sainte Eglise notre Mère, de par les mystérieux et admirables desseins de la Providence, n'est pas seulement romaine parce que les saints Apôtres Pierre et Paul ont évangélisé Rome et y ont répandu leur sang, mais elle est aussi, et peut-être même davantage, romaine parce que l'empereur Saint Constantin 1er le Grand - "égal aux apôtres" selon la terminologie des Eglises d'Orient -  par son obéissance à la vision céleste, par sa glorieuse victoire au Pont Milvius remportée sous le signe du Christ Sauveur, par sa conversion, par son baptême et par la protection généreuse et féconde qu'il a accordée à l'Eglise, a transformé Rome, lieu où jusqu'alors l'on ne venait que très discrètement se recueillir sur le tombeau des Apôtres, en une capitale spirituelle rayonnant sur tout l'univers, et parce qu'il s'est montré, en actes plus qu'en paroles, l'un des premiers modèles du culte du Christ-Roi, Prince des rois de la terre ("Princeps regum terrae" - Apoc. I, 5).

- E2 b) Par-dessus tout parce que ces événements nous redisent d'une manière grandiose et exaltante que c'est la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est la source et le motif de toutes les véritables victoires.

- E2 c) Enfin, en conséquence, et d'une manière très spéciale pour les membres de cette Confrérie Royale, parce que l'histoire de la victoire et de la conversion de Constantin nous montrent à l'évidence que Dieu, dans Ses miséricordieux desseins sur les peuples et pour leur accorder Ses grâces, a pour instruments privilégiés les Souverains qui sont attentifs à Ses inspirations et mettent leur sceptre au service du règne du Christ : cela nous doit donc stimuler à prier plus instamment pour celui qui est aujourd'hui le représentant légitime du pouvoir légitime voulu par Dieu pour la France, à savoir Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

 

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Rome : l'arc de triomphe de Constantin édifié en 315 sur l'ordre du Sénat Romain pour célébrer la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius et son accession au pouvoir à Rome.

 

F - Par la Croix la victoire.

 

La Croix !
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ a vaincu.
C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne.

C'est par la Croix que Notre-Seigneur Jésus-Christ triomphe et  gouverne.

Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !

Et Ses disciples aussi.
C'est par la Croix qu'ils ont été rachetés. C'est par la Croix qu'ils vivent de Sa vie et reçoivent Sa grâce. C'est par la Croix qu'ils sont eux-mêmes sanctifiés et qu'ils s'unissent à Son travail de rédemption des âmes. C'est par la Croix qu'ils oeuvrent à la transformation du monde d'ici-bas pour que la cité de la terre soit le plus conforme à la Cité des cieux qu'ils attendent et qu'ils préparent.

 

Mais la croix n'est lumineuse qu'à distance.

Et son resplendissement est celui de la grâce surnaturelle, pas celui de la gloire humaine.

Si l'on sert le Christ-Roi en s'attachant à Sa Croix, l'on sert aussi les rois serviteurs du Christ-Roi en ne se dérobant pas à cette même Croix, qui fait mal, qui pèse lourdement sur nos épaules, qui nous brise, qui semble nous écraser parfois, qui fait entrer des échardes dans notre chair, qui nous fait saigner, qui nous immobilise par des clous...

Il n'y a cependant pas d'autre voie pour celui qui veut être authentiquement chrétien : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à lui-même et porte sa croix  chaque jour et Me suive » (Luc IX, 23), « Et qui ne porte point sa croix et ne Me suit point, ne peut être Mon disciple » (ibid. XIV, 27).

 

Nous ne sommes donc pas les membres d'une Confrérie Royale pour briller à nos propres yeux et pour en retirer une gloire et des satisfactions mondaines, mais pour nous attacher encore plus étroitement à la Croix, étant non seulement les serviteurs du Christ au même que titre que tous les chrétiens que Jésus invite à porter Sa Croix derrière Lui, mais étant en outre au service spirituel du lieu-tenant du Christ-Roi pour ce Royaume de France, le Souverain des Lys : Louis XX, auquel revient de droit le titre de "Roi Très Chrétien".

 

Chers Membres de notre humble Confrérie Royale, soyons toujours plus fidèles et généreux dans l'embrassement volontaire et amoureux de nos croix de chaque jour, dans l'embrassement volontaire et amoureux de la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous est tendue et proposée à travers les mille et uns petits sacrifices quotidiens, offerts pour Dieu et pour le Roi.

C'est là que réside notre victoire : "Εν Τουτω Νικα - In hoc signo vinces" !

 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

 

Statue équestre de Constantin par Le Bernin 1670 - péristyle basilique vaticane.jpg

Le Bernin : statue équestre de Saint Constantin dans le péristyle de la basilique vaticane (1670)

 

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24/10/2017
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Les martyrs de septembre 1792 : mémoire et dévotion.

 

Lettre aux membres et sympathisants de la Confrérie Royale

 

25 septembre 2017

 

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Chaque année, le mois de septembre nous fait commémorer en France l’un des plus tragiques épisodes de notre histoire, l’une des taches indélébiles que la Révolution dite française imprima sur le sol de notre pays et dans la mémoire historique de notre peuple. Il s’agit des massacres de septembre 1792.

 

Les atrocités de la Révolution ne manquent pas au tableau de cette période charnière de notre histoire. Le « livre noir » de la Révolution a commencé à être écrit par les historiens de l’école traditionnelle et contre-révolutionnaire – catholique et royaliste – mais aussi, à partir des années 1960, à la suite d’un mouvement impulsé par les historiens anglo-saxons, par une école qu’on pourrait positivement qualifier de « révisionniste », autour de François Furet et Mona Ozouf notamment.

 

Une historiographie catholique aurait toutefois besoin de reprendre en charge les dossiers brûlants de la persécution anticatholique engagée au fil de la dernière décennie du XVIIIe siècle. Cette persécution – l’une des premières de l’histoire occidentale, après celles des premiers siècles et celle engagée par les protestants au XVIe siècle – a pris plusieurs visages successifs. Les artisans de la Révolution, fanatisés par la franc-maçonnerie et désireux d’abattre définitivement l’union sacrée du Sceptre et de l’Autel, ont d’abord voulu séduire l’Église de France, avant de la contraindre à se soumettre au diktat de la Constitution civile du clergé (12 juillet 1790), en imposant des sanctions graves aux contrevenants (prison, exil, bannissement, etc.). Puis, après l’abolition de la monarchie, en septembre 1792, la Révolution a pris sa tournure profondément anticatholique : il fallait imposer dans les esprits et dans les cœurs l’idéal révolutionnaire en détruisant les restes de la « superstition », c’est-à-dire du catholicisme. C’est alors qu’à partir de 1793, les églises furent transformées en temples de la Raison, les objets sacrés fondus, les ornements dispersés après avoir été profanés dans des mascarades, le calendrier chrétien a été remplacé par le calendrier révolutionnaire, les villes au nom chrétien ont été débaptisées, les prêtres ont été contraints à défroquer et à se marier, ou à affronter le « couperet égalitaire » de la guillotine. Nous connaissons aussi la suite, et notamment la révolte salutaire de la Vendée et de tant d’autres provinces françaises restées fidèles à Dieu et au Roi, qui ont refusé, selon le noble et saint réflexe du « sens fidei », de cautionner ce mouvement de haine imposé par une poignée d’hommes grisés par un pouvoir quasi-illimité, qui imposèrent la peur et l’angoisse dans la majorité de la population française.

 

Le contexte historique des Massacres de Septembre

 

Les évènements de septembre 1792 se situent à cheval entre ces deux périodes de persécution larvée et de persécution violente. Si la Révolution avait répandu, depuis juillet 1789, des bains de sang, les premiers massacres de masse ont été perpétrés à cette période où les tenants de la Révolution, après avoir mis fin au règne de Louis XVI, se sont retrouvés confrontés à la menace austro-prussienne sur les frontières du nord-est. L’armée révolutionnaire, renforcée par les contingents arrivés des provinces, pouvait craindre d’être écrasée par les puissantes forces des monarchies d’Europe centrale qui, par leur probable victoire, risquaient de mettre un terme définitif à « l’épopée » révolutionnaire, en restaurant du même coup Louis XVI sur le trône. En outre, le manifeste de Brunswick, composé par le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Lunebourg, publié le 1er août 1792, et qui menaçait Paris d’une « exécution militaire et une subversion totale » en cas d’agression de la famille royale, avait chauffé les esprits des Parisiens et conduit à la prise des Tuileries et à l’enfermement du roi et des siens (10 août).

Au début du mois de septembre, Paris était dans un état d’ébullition sans précédent. La menace étrangère et les révoltes de certaines provinces suscitèrent la pression de la « Commune insurrectionnelle », sorte de pouvoir municipal alternatif imposé par les sans-culottes au lendemain de la journée du 10 août, face à la Convention. La Commune avait abusé de la situation et s’était octroyé des pouvoirs extrêmes. Le 17 août, elle créa un tribunal pour juger les responsables de la tuerie des Tuileries – évidemment, seuls les royalistes étaient visés. Devant la lenteur des procédures, les « Patriotes » s’inquiétèrent et ordonnèrent des visites domiciliaires afin d’arrêter les « suspects ». Qui étaient ces suspects ? Tous ceux qui étaient accusés de comploter contre les « Patriotes », bref ceux qui ne rentraient pas dans le « moule » idéologique imposé par la Commune insurrectionnelle. Bien entendu, les aristocrates et les ecclésiastiques étaient les premiers visés, et, en peu de jours, à la fin du mois d’août, les prisons de la capitale – l’Abbaye, le Grand Châtelet, la Conciergerie, Bicêtre, la Salpêtrière, la Force – et les couvents transformés en prisons – les Carmes déchaussés – furent vite remplis.

 

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Mais cela ne suffisait pas. La panique était à son comble. Maintenir en vie ces « suspects » était une menace pour les « Patriotes » et leurs familles. Le 30 août, les Girondins, craignant la tournure dangereuse imposée par les sans-culottes, réclamèrent la dissolution de la Commune insurrectionnelle. Cette démarche exacerba l’inquiétude des « Patriotes », qui décidèrent de passer eux-mêmes à l’acte en exterminant les foules d’innocents étiquetés « Ennemis de la Nation ». Jean-Paul Marat, le grand orateur des sans-culottes, répandit, dans la chaire de mensonge du club des Cordeliers, des appels au meurtre, relayés dans sa populaire feuille de chou, L’Ami du peuple. Il écrivait, dans le numéro du 19 août : « Debout ! Debout ! Et que le sang des traîtres commence à couler ! » Une circulaire du Comité de surveillance, imprimée le 3 septembre par les presses de L’Ami du peuple, justifia cette réaction brutale par un prétendu « affreux complot tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de l’empire français ». La circulaire encourageait les provinces à suivre l’exemple de la capitale en employant ce « moyen si nécessaire au salut public » :

 

« La commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple ; actes de justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l’ont conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s’écrieront comme les Parisiens : Nous marchons à l’ennemi ; mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour égorger nos enfants et nos femmes. »

 

Nous ne commenterons pas un tel passage qui montre au fond toute la perversité employée par les ténors et les inspirateurs de la Révolution dans leur opération de manipulation des esprits. Le premier totalitarisme de l’histoire était à l’œuvre.

 

Les martyrs de septembre

 

À Paris, les massacres furent perpétrés du 2 au 4 septembre. En province, quelques épisodes sont recensés, mais il faudrait effectuer de nouvelles vérifications historiques à partir de l’été 1789. Les massacres parisiens restent toutefois la principale illustration de cet épisode sanguinaire. Sans entrer dans le détail de l’épouvante qui s’abattit sur la capitale, de jour comme de nuit, notons que le bilan humain des massacres de septembre s’étendrait entre 1200 et 1400 victimes – selon les recensements les plus équilibrés donnés par François Bluche et François Furet. Nous ne rentrerons pas dans la polémique des chiffres, qui peuvent atteindre de grandes variations selon les écoles historiographiques (ainsi, l’abbé Augustin Barruel donnait le chiffre certainement exagéré de 13.000 morts).

La plupart des victimes furent des laïcs, en particulier membres de la noblesse, hommes et femmes. Nous avons tous en mémoire notamment l’atroce assassinat de Marie-Thérèse de Savoie-Carignan (1749-1792), princesse de Lamballe, ancienne surintendante de la Maison de la Reine et grande amie de Marie-Antoinette, dépecée et décapitée par une bande de sauvages en furie, et dont la tête fut présentée devant les fenêtres de la reine, au Temple.

 

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Une place considérable fut « accordée » aux prêtres, séminaristes et religieux. Ils étaient au moins 223, soit entre 16 et 18% de l’ensemble des victimes. Ils étaient « ennemis de la Nation », non pas parce qu’ils étaient avec les Suisses des Tuileries le 10 août, non pas parce qu’ils prêchaient publiquement en faveur de la France et de la Prusse, non pas parce qu’ils manifestaient ouvertement leur haine de la Révolution. Ils étaient « ennemis » et « contre-révolutionnaires » tout simplement parce qu’ils avaient donné leur vie à Dieu, à ce Dieu rejeté par la Révolution. Le Dieu des catholiques est le Dieu de l’ordre social, de la hiérarchie terrestre et céleste, du pacte national fondé dans les eaux baptismales de Reims. Le Dieu des révolutionnaires est le Dieu des philosophes, le grand architecte de l’Univers, celui qui inspire les évolutions du processus historique, celui qui a voulu et désiré la Révolution comme tournant inéluctable de l’histoire humaine. Bref, deux « dieux » qui ne pouvaient pas cohabiter. La suite de la Révolution, avec sa campagne virulente de déchristianisation et de régénération des esprits, prouva qu’il fallait abattre Dieu pour imposer le nouveau « dieu », ou plutôt la « déesse » Raison, puis les autres avatars introduits sous le Directoire – tel le culte « théophilanthropique ».

 

En fin de compte, en massacrant les clercs et les religieux restés fidèles à Rome – ils étaient assermentés ou réfractaires parce qu’ils avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé – et à l’ordre ancien de la France, caractérisé par le lien indissoluble entre le Sceptre et l’Autel, les « septembriseurs », comme on les appellera, s’attaquaient tout bonnement aux racines de la France. Tout ce qui rappelait ces racines, tout ce qui restait profondément attaché à ces racines – sans pour autant constituer des menaces humainement réelles à l’égard du nouvel ordre révolutionnaire – devait être absolument extirpé. L’histoire de la Vendée illustrera bientôt, avec une encore plus abominable virulence idéologique, le désir du gouvernement révolutionnaire d’exterminer ceux qui étaient arbitrairement désignés comme « ennemis de la Nation ». L’accusation qui tue : nous sommes devant le premier génocide de l’histoire, comme a osé l’affirmé, depuis tant d’années, Reynald Seycher, et plus récemment le diplomate Jacques Villemain, dans son ouvrage Vendée 1793-1794.

 

Bref, l’assassinat des prêtres et des religieux perpétré en septembre 1792 – comme plus tard les autres exécutions et massacres de masse bien connus, comme l’affaire des Carmélites de Compiègne (17 juillet 1794) et les Noyades de Nantes (de novembre 1793 à février 1794) – constitue un vrai acte de persécution anticatholique. Morts incontestablement pour leur foi, ces victimes sont de véritables martyrs. L’Église a rapidement reconnu leur témoignage. En 1906, saint Pie X béatifia les seize Carmélites de Compiègne. En 1920, Benoît XV béatifia les quatre Filles de la Charité d’Arras et les onze Ursulines de Valenciennes, condamnées en 1794 pour avoir « enseigné la religion catholique, apostolique et romaine ». En 1925, 32 religieuses d’Orange, guillotinées en 1794, étaient béatifiées par Pie XI. L’année suivante, 191 victimes des massacres de septembre ont été en même temps élevées sur les autels, aux côtés du prêtre angevin Noël Pinot. Plus tard, d’autres béatifications suivront, comme, en 1984, celle des 99 martyrs d’Angers et d’Avrillé, fusillés et noyés entre janvier et février 1794, ou les 64 prêtres réfractaires morts en déportation à Rochefort, béatifiés en 1995. En octobre 2016, le frère des écoles chrétiennes Salomon Leclercq, a été inscrit au catalogue des saints. Et tant d’autres victimes, clercs et laïcs, restent sur la liste d’attente !

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L’escalier des Carmes, où tombèrent de nombreux prêtres

 

Parmi les martyrs de septembre 1792, trois évêques étaient au tableau d’honneur : Jean-Marie du Lau d’Allemans, 53 ans, archevêque d’Arles, et les frères François-Joseph de La Rochefoucauld-Bayers, 56 ans, évêque de Beauvais, et Pierre-Louis de La Rochefoucauld-Bayers, 47 ans, évêque de Saintes. Un autre évêque, Jean-Arnaud de Castellane, 59 ans, évêque de Mende, tué à Versailles le 5 septembre, n’a pas encore été béatifié. Nous n’entrerons pas dans les détails biographiques de ces grands témoins de la foi, ni dans ceux de cette foule de prêtres et religieux qui les ont accompagnés au supplice lors de ces tragiques journées de septembre. L’acte même de leur offrande et la raison profonde de leur assassinat (la haine de la foi proclamée par les septembriseurs) suffit à justifier leur titre de martyrs, comme l’écrivait Mgr de Teil, vice-postulateur de la cause des martyrs de septembre, au début du XXe siècle :

 

« En effet, tandis que des scélérats s’acharnaient sur les ministres de Dieu et répandaient partout la terreur, ils leur donnèrent par les outrages, les tourments et les supplices, le moyen de confesser solennellement leur foi et de l’attester par l’effusion de leur sang. Et voici que la tempête apaisée, les flots soumis, la barque de Pierre sort plus forte que jamais d’une mer qui aurait dû l’engloutir, et que ces nombreuses victimes, objets de tant de mépris et de tant de colère, apparaissent portant les palmes du martyre. »
(Henri Welschinger,
Les martyrs de septembre, Paris, Gabalda, 1919, p. 147)

 

La dévotion aux martyrs de septembre

 

Quelle leçon les martyrs de septembre doivent-ils nous donner, plus de 200 ans après leur mort ? Pour le Français fidèle à son Dieu et à son Roi, le témoignage des martyrs de septembre est le témoignage de la fidélité au pacte sacré de Reims, qui unit définitivement le pouvoir royal et la foi catholique, lors du baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. Malgré les crises et les bousculements de l’histoire de la monarchie française, ce pacte est resté incontesté jusqu’en 1789. La Révolution porte bien son nom : il fallait opérer un changement radical, un bouleversement fondamental, une tabula rasa dans l’histoire de la France, en rompant définitivement ce lien sacré. La suite des épisodes révolutionnaires s’inscrit dans ce dessein pervers d’en finir avec la royauté de droit divin, d’enlever à Dieu la suprême majesté sur la France. Les massacres de septembre illustrent, au moment même où la royauté a été suspendue (10 août) et peu avant la proclamation de la République et l’abolition de la monarchie (21 septembre), ce désir d’en finir avec l’ordre représentatif de ce pacte divin, autrement dit le clergé. En voulant ôter la vie de personnes consacrées, dans ces circonstances horribles qui montrent que la barbarie a vite remplacé le peuple « le plus éclairé » d’Europe, les révolutionnaires n’avaient pas peur de commettre de véritables sacrilèges, comme ils le démontreront plus tard, avec encore plus de virulence. La haine de Dieu était leur motif incontestable. Ils ne pouvaient pas agir de manière inconsciente à cet égard. Tout cela nous prouve, une fois encore, le caractère proprement démoniaque de la Révolution française, en dépit des « gentilles » – quoique perverses – intuitions de 1789...

 

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Sans entrer dans le débat sur l’idéologie révolutionnaire et ses ambiguïtés, ni sur les responsabilités authentiques des uns et des autres au fil de cette sanglante « épopée », un catholique fidèle à son pays et à son histoire ne peut accepter, comme voudraient l’imposer les fanatiques des « valeurs de la république », de cautionner la Révolution. Il doit par contre continuer à faire parler le témoignage de l’histoire. Comment cela ? En s’instruisant lui-même sur les évènements de la Révolution, en commémorant chaque année les tragiques épisodes pour « faire mémoire », c’est-à-dire pour imprégner son âme et son cœur du combat éternel de Dieu contre Satan, de la vérité contre le mensonge, du bien contre le mal, en prenant exemple sur les martyrs de cette époque. Car demain, nous aurons peut-être aussi à témoigner dans les épreuves et dans le sang. Puissions-nous, en implorant la protection des bienheureux martyrs de septembre, rester fidèle aux engagements sacrés de notre baptême, qui sont inséparables, pour nous Français, des engagements sacrés du baptême de la France, du pacte sacré entre le Trône et l’Autel.

Profitons donc de la fin de ce mois de septembre pour contempler une de ces grandes figures de la foi et recommandons-nous à son intercession auprès du Christ, Roi de l’Univers et Maître de l’histoire.

 

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Bx Pierre-Louis de La Rochefoucauld

(vitrail de la basilique Saint-Eutrope de Saintes)

 

Mathias Balticensis


24/09/2017
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Mesage de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon pour la Saint-Louis 2017

Vendredi 25 août 2017,
Fête de Saint Louis IX, Roi de France.

 

C'est avec une grande joie que nous recevons en ce jour et que nous répercutons le message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, adresse à tous les Français, à l'occasion de la fête de Saint Louis, son ancêtre et son céleste protecteur.

 

Mgr le Prince Louis de Bourbon

 

 

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d'Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX.

Déclaration de la Saint-Louis, 25 août 2017 :

Chers Français,

 

En ce 25 août, fête de mon aïeul Saint Louis, premier laïc canonisé, mais aussi modèle des gouvernants ayant su concilier, par sa foi, les rigueurs du pouvoir et le respect des hommes, nous pouvons, une nouvelle fois nous  interroger sur la France.

 

Quinze siècles d'histoire de la royauté, dont on s'accorde à dire qu'elle l'a fondée et formée, me donnent toute légitimité pour m'exprimer au nom de la tradition dont je suis l'héritier et montrer ce qu'elle peut encore apporter aujourd'hui et pour demain.

 

En effet, les interrogations et inquiétudes partagées sont grandes.

 

Fidèle à ma ligne de conduite je m'abstiens de toute polémique vis-à-vis de ceux qui ont en charge les affaires publiques, me plaçant résolument sur un autre plan.

 

J'observe que la France est soumise à d'importantes tensions. Certaines proviennent de l'extérieur. Elles concernent à la fois sa sécurité mise à mal par des forces hostiles qui voudraient imposer leurs pratiques archaïques par des actes aveugles et barbares au coeur même de notre société et le développement des communautarismes brisant l'unité et la solidarité, piliers constitutifs de la France.

 

Mais les tensions viennent aussi de l'intérieur quand la France ne semble plus avoir exacte conscience de ce qu'elle est. Entre des repentances sans objet et l'abandon de ses racines gréco-latines et chrétiennes, le pays est plus que dérouté et ne sait plus ni d'où il vient ni sur quoi il s'est bâti.

 

Dès lors, le doute l'emporte sur l'espérance. La France semble peiner, parfois, à affronter l'avenir d'où le désenchantement qui frappe les Français et notamment les jeunes générations. Certains disent qu'ils n'ont plus d'avenir ou bien un avenir sombre fait de précarité et d'incertitude. Quelle société bien cruelle et contre-nature que celle qui crée un tel découragement chez ses enfants ! Au contraire la politique doit être école d'énergies et d'espoir partagés collectivement et portés par ceux qui entrent dans la vie active.

 

Une attitude négative, voire passéiste ou nostalgique d'un passé révolu, une attitude de regret permanent et de résignation, n'aide en rien à construire l'avenir. Cela d'autant plus que la France est, désormais, insérée dans le cadre de la mondialisation. Regarder plus en arrière qu'en avant, arc boutés sur des pratiques dépassées, ne ferait que jouer en notre défaveur. Bien au contraire, les rois nous ont appris à réagir et à anticiper dans les moments où tout semblait perdu. C'est alors qu'ils ont toujours fait preuve de plus d'audace. Retrouvons donc cet esprit conquérant qui fut celui des grandes heures de l'Histoire de France et qui demeure toujours en chacun d'entre nous.

 

Il passe par un état d'esprit à retrouver. Il commence par la confiance à redonner à la jeunesse notamment en répondant mieux à ses besoins et attentes, se poursuit par l'acceptation des évolutions et enfin en sachant redonner place aux valeurs et à un certain sens de la gratuité. Or mes déplacements en France au long de l'année et les rencontres que j'y fais dans tous les milieux, me montrent que tout cela est possible même si parfois une chape de plomb semble exister pour décourager les initiatives les plus heureuses. La génération montante me paraît être celle qui porte déjà cette nouvelle approche qu'il convient donc de favoriser.

 

La jeunesse est le temps de l'initiative et de l'action créatrice. Ces dernières années, elle a montré combien elle savait s'adapter. Ainsi, elle a su maîtriser et comprendre les enjeux des nouvelles technologies avec une aisance naturelle ponctuée d'une grande sagesse en comprenant qu'un instrument n'était pas un but. Elle a su employer la technologie comme un moyen tant pour créer une nouvelle économie, une nouvelle dynamique de travail, que pour recréer des réseaux humains adaptés au nouveau rapport à l'espace et au temps et à la prise en compte de la préservation de notre environnement. Surtout elle sait ne pas être dupe sur leurs limites, afin que la technologie demeure au service de l'homme et du bien commun, et non le contraire. Entrée totalement dans le monde moderne, elle n'en veut pas être esclave. Sur ce point elle est en avance et joue son rôle d'éveilleur et d'éclaireur de notre société.

 

Cette jeunesse a montré par ailleurs tout son dynamisme, toute sa générosité, toute son exigence dans des combats de civilisation essentiels comme la défense de la vie et de l'intégrité de la personne humaine, de la conception à la mort, la défense de la famille, composée d'un père, d'une mère et de leurs enfants, comme cellule de base de toute société humaine. Les jeunes se retrouvent également dans la défense de la Foi et des valeurs de la Chrétienté, notamment en portant aide et assistance aux Chrétiens d'Orient menacés dans leur existence même par une idéologie barbare.

 

Voilà l'essentiel et les ferments de l'espérance. En effet, cette nouvelle société déroute peut-être les générations plus anciennes et sans doute, à la différence des plus jeunes, sont-ce elles qui sont le plus angoissées et désenchantées par, finalement, ce qu'elles ont laissé se créer sans le maîtriser. Mais ce changement de paradigme est à l'égal de ceux du passé. Imaginons ce que durent être le passage d'un monde rural à un autre, industriel,  au milieu du XIXe siècle ou, trois siècles avant, celui de la société féodale à celle de la Renaisance. Chaque fois cela avait perturbé nombre de certitudes et de conservatisme de droits acquis, et les nouvelles générations, encouragées par le pouvoir royal, l'ont pris à bras le corps. Personnellement, j'aime m'entretenir avec les jeunes entrepreneurs d'aujourd'hui car il me semble qu'ils sont totalement dans la tradition française qui est d'aller de l'avant. Par le passé, animée par un tel esprit, la France a pu faire triompher son modèle social. Ce qui était important hier l'est encore plus aujourd'hui dans notre société planétaire. Mais il faut aussi savoir raison garder et demeurer prudent face à certaines pratiques. De même qu'il faut repousser toutes les manipulations contre-nature, il convient de faire attention à ne pas créer cette société à deux vitesses que les observateurs dénoncent aussi, à juste titre. La réussite des uns ne doit pas se faire aux dépends des autres. Un pays est une aventure collective. Il ne doit pas y avoir de laissés pour compte. Ce ne serait pas conforme à la tradition française qui a toujours été le pays de l'ascenseur social. Le pouvoir a ainsi une responsabilité notamment en matière d'instruction - donner à chacun, selon ses talents, de quoi s'épanouir - et d'éducation en sachant faire de la formation non pas une matière froide et un simple acquis de connaissance, mais un des éléments de l'éthique qui permet à un jeune de devenir un adulte responsable. Tel est bien ce que ma femme et moi ressentons et que nous voulons transmettre à nos enfants. Ce supplément d'âme est nécessaire. Les décennies passées furent sans doute bien fautives sur ce point, ayant trop privilégié les aspects matériels, la consommation et les profits à court terme. Or l'homme n'est pas qu'un corps dont il faut satisfaire les besoins immédiats et à qui il faudrait octroyer toujours plus de droits, ignorant des devoirs essentiels vis-à-vis des autres et notamment des plus fragiles. Les jeunes adultes rappellent en permanence qu'il y a une nécessité à donner du sens à la vie, à retrouver de saines limites, à voir haut. Ainsi la société d'aujourd'hui et celle de demain seront réenchantées.

 

Dès lors les notions de solidarité et de bien commun doivent redevenir les moteurs de l'action politique et sociale. Le sens de cette action est celui de l'homme, de l'homme corps et âme, seule vraie mesure de l'action politique. Ce n'est pas un hasard si les deux rois les plus appréciés des Français sont Saint Louis et Henri IV. Le premier a assuré la justice dans un temps où la force primait encore trop souvent sur la justice ; le second a redonné la paix et la prospérité dont le peuple a été le premier bénéficiaire. 

 

Il appartient à chacun de vouloir en faire son mode de vie. Si les institutions peuvent favoriser ou non le développement, ce sont finalement les hommes et les femmes qui par leur travail, leur enthousiasme, leur abnégation, et parfois leur sacrifice, le font concrètement. Nous le voyons actuellement tout particulièrement vis-à-vis du péril extérieur auquel le pays, comme toute l'Europe, est confronté. Ce ne sont ni les mots ni des gestes compassionnels qui peuvent conjurer les dangers., mais l'action concrète sur le terrain et parfois, mais trop souvent hélas ! le sacrifice de nos soldats. Nous comprenons alors pleinement tout le sens d'une action dont l'homme est la finalité car, si certains acceptent d'être blessés et de mourir, ce n'est pas pour des satisfactions matérielles mais bien parce qu'ils savent que la vraie valeur est celle de la défense de la civilisation, de notre Patrie charnelle et spirituelle, et bien sûr de nos femmes et de nos enfants, et cela n'a pas de prix...

 

En joignant l'esprit d'initiative et de progrès ordonné au bien commun à la volonté de préserver son identité et ses racines, et de maîtriser son destin, la France retrouvera le goût de l'avenir qui lui permettra de renouer avec la gloire qui a fait d'elle un grand pays, modèle pour le monde,  modèle que le monde attend. Celui que les rois ont voulu. Celui que l'intercession de Saint Louis dont nous commémorions le 720e anniversaire de la canonisation le 11 août dernier, peut nous faire espérer pour demain.

 

Louis de Bourbon, duc d'Anjou.

 

Grandes armes de France


25/08/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 août 2017)

 

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Lettre

aux membres et amis de la Confrérie royale

du 25 août A.D. 2017 

 

le 24 août 2017

en la fête de saint Barthélemy, Apôtre

 

Chers Amis,

 

         En cette fête nationale de la Saint-Louis, nos vœux s’élèvent vers le Ciel pour Mgr le prince Louis, duc d’Anjou et aîné des Capétiens, notre Roi bien-aimé dont le seul nom est tout un programme, la forme modernisée de Clovis et l’incarnation de la Légitimité et du génie français, au point d’être honoré dans toutes les capitales du monde comme « Louis des Français » !

 

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         Comment ne pas prier ce 25 août le céleste Patron royal avec une ardeur redoublée, en ce 720e anniversaire de la canonisation par la Sainte Église du roi Louis IX ?

 

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         J’eus la grâce, ce 11 août, de célébrer la sainte Messe et de chanter le Te Deum d’action de grâces dans une abbatiale royale visitée par lui, à Évreux, ville de Normandie qui lui offrit la première église, le premier couvent dédiés en son honneur (1299), mais qui n’existent plus hélas !

 

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         Boniface VIII venait à peine de déclarer Saint notre grand roi, que huit jours plus tard naissait au Ciel son petit-neveu, Louis d’Anjou, évêque de Toulouse, à l’âge de 23 ans, à Brignoles, alors qu’il se rendait à Rome à la canonisation de son grand-oncle. Élevé sur les autels vingt ans plus tard, le 7 avril 1317 par Jean XXII, son ancien official, nous célébrons donc aussi cette année le 7e anniversaire de sa canonisation.

 

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Sacre de S. Louis d'Anjou par Boniface VIII à Saint-Pierre de Rome le 30 décembre 1296.

 

         Associons donc Louis de France et Louis d’Anjou dans notre hommage à la sainteté capétienne !

 

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Petite histoire du procès de canonisation

 

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Dès 1270, le Dominicain Geoffroy de Beaulieu, confesseur du roi, constitua le dossier en vue de la canonisation de Louis IX, composé de 52 chapitres relatant ses hauts faits. Guillaume de Chartres, chapelain du souverain, écrivit de son côté une Vie de Louis qui vint étoffer le dossier.

 

Dès les funérailles du saint roi, le 22 mai 1271 à la basilique de Saint-Denis, de nombreux miracles se produisirent. Le dossier eut beau être complet et conforme, les démarches s'allongèrent interminablement. Rien moins que neuf papes successifs se penchèrent sur le cas du souverain capétien ! Grégoire X donna à Beaulieu un avis favorable et enthousiaste, mais un concile retint toute son attention. Malgré les interventions de Philippe III, fils de Louis IX, et des évêques de Reims et de Sens, l'affaire traîna pendant des mois, des années. En 1276, Grégoire X mourut. Trois papes se succédèrent au cours des deux années suivantes. En 1278, Nicolas III demanda des informations supplémentaires sur les miracles. Jean de Joinville, biographe et ami du roi, et Simon de Brie, son ancien conseiller, s'exécutèrent et procédèrent à la première enquête officielle et canonique. A la mort de Nicolas III, en 1280, le même Simon de Brie devint pape sous le nom de Martin IV. Le procès redémarra à son initiative.

 

Mais, devenu pape, Simon de Brie prit du recul. Il réalisa que le dossier avait été bâclé. Voulant aller trop vite, ses auteurs avaient travaillé sans profondeur. Le souverain pontife demanda une seconde enquête canonique qu'il confia à trois prélats, l'archevêque de Rouen et les évêques d'Auxerre et de Spolète. Entre mars 1282 et mai 1283, trente-huit témoins (au nombre desquels on compte le frère du roi, Charles d'Anjou, ainsi que ses fils Philippe III et Pierre d'Alençon) déposèrent sur la vie de Louis IX. Trois cent trente autres témoins firent état des miracles attribués au roi, avant comme après sa mort. Tout était enfin prêt, revu, corrigé et envoyé à Rome où l'ensemble des dépositions fut examiné par trois cardinaux. Mais le procès n'était toujours pas fini à la mort de Martin IV, en 1285. Honorius IV eut juste le temps de vouloir réexaminer les miracles avant de mourir, en 1287. Son successeur Nicolas IV reprit le dossier mais mourut sans avoir non plus terminé, en 1292. Après deux ans de vacance du trône pontifical, Célestin V fut élu, mais démissionna en 1294.

 

Boniface VIII lui succéda cette même année. Il décida de hâter les choses, espérant ainsi améliorer ses relations, pour le moins orageuses, avec Philippe le Bel. Mais ce n'est que trois ans plus tard (vingt-sept ans après sa mort), le 11 août 1297, sous le règne de son petit-fils Philippe IV le Bel, que le pape Boniface VIII inscrivit Louis IX au rang des Saints. Il l'annonça dès le 4 août en son palais d'Orvieto. Le roi est l'un des premiers laïcs à être canonisé en bonne et due forme ; sa fête est fixée au 25 août, anniversaire de sa naissance à la vie éternelle. Louis IX devient alors Saint Louis. Seule la qualification de martyr, alors qu'il conduisait la huitième croisade, ne fut pas retenue. En canonisant le roi, le pape mit en avant les miracles posthumes qui lui furent attribués mais aussi et surtout les qualités évangéliques qui impressionnèrent ses contemporains : son humilité, son attention sincère portée aux pauvres et aux humbles, son sens du devoir et du sacrifice. L'expression Gloria, laus est le titre de la bulle de canonisation de saint Louis par le pape Boniface VIII qui suggérait un parallèle entre l'entrée glorieuse de Jésus à Jérusalem et celle du roi de France au Ciel.

 

 

*

Admirons le grand saint Louis

 

Comme souvent dans l’histoire du salut, nous pouvons admirer de belles amitiés entre les Saints. Saint Louis recevait à table, le sanctuaire de l’intimité amicale, saint Bonaventure, et surtout saint Thomas d’Aquin, orphelin de père comme lui, et qui sera canonisé 26 ans après Louis (en 1323).

 

Et l’on s’étonne de la différence entre l’attitude des mères de ces deux Saints. Prenez la comtesse d’Aquin, Théodora Caracciolo Rossi, qui s’oppose à la vocation monastique de son fils : elle veut bien qu’il soit clerc, mais comme elle l’entend : avec un bon bénéfice et les charges les plus hautes, pas un vulgaire Mendiant. Elle le fait rechercher et arrêter par ses fils ; elle le détient au château maternel, usant cette fois de la douceur de ses filles, que Thomas parvient toutefois à convertir. Emprisonné, il continue de se former et de se consacrer à Dieu. Alors la comtesse laisse de nouveau ses fils s’attaquer à lui : en mettant en pièces son habit religieux, puis en lui envoyant une courtisane (mais quelle horreur pour une famille catholique aveuglée à ce point, de pousser ainsi l’un de ses membres honoré de la bienveillance divine, à pécher !) ; mais Thomas va héroïquement la menacer d’un tison enflammé récupéré dans l’âtre, puis tracer au mur le signe vainqueur de la croix.

 

Héroïque, saint Louis ne le sera pas moins en abandonnant un royaume grâce à lui prospère, pour se croiser et s’engager dans la belle épopée des Croisades, au service de la Terre Sainte où le roi de France est bien le protecteur des Chrétiens d’Orient.

 

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Mais de qui tirait-il cette docilité aux inspirations célestes, si ce n’est de sa pieuse et digne mère, Blanche de Castille, dont on pourra dire comme de sa future compatriote Thérèse d’Avila – avec la femme forte de l’Écriture –, qu'elle logeait un cœur d'homme dans un corps de femme ? Elle lui donna une formation profondément chrétienne, tant naturellement que surnaturellement, essayant de coopérer à la grâce et de protéger et faire croître l’âme et l’esprit de son fils devenu à douze ans son souverain, sacré à Reims.

 

Quelle merveille, en effet, qu’une éducation vraiment chrétienne, mes Frères, dès la petite enfance, et quelle sainteté peut-elle former ! Ce sont les années fatidiques pour une vie adulte rayonnante. Quand on ne perd pas de temps, mais que l’on ouvre l’âme des petits à la grandeur à laquelle Dieu les appelle ! Quand les bons principes, et les bonnes habitudes, sont inculqués afin de devenir comme une seconde nature.

 

Tout le monde connaît le conseil maternel : « Mon fils,  je vous aime énormément mais je préférerais vous voir mort à mes pieds plutôt que de vous voir commettre un seul péché mortel ».

 

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Cette mise en garde donnée comme principe de vie chrétienne, Louis la conservera toujours comme un trésor, comme le secret de sa vie spirituelle, et sera toujours prompt non seulement à l’appliquer, mais à l’enseigner, se faisant non seulement imitateur du Christ mais Apôtre. Nous lisons en effet dans sa Vie :

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Quelle piété et chasteté chez ce Saint qui sut adapter à merveille ses affections selon l’ordre requis par Dieu ! Tendre et affectueux envers son épouse chérie, Marguerite de Provence ; bon père de onze enfants ; obéissant envers sa vénérable mère ; fidèle à la mémoire et promesse de son défunt père, en réalisant son vœu de construire l’abbaye de Royaumont ; très attaché à sa sœur, la bienheureuse Isabelle de France, fondatrice de Longchamp. Quelle digne famille ! Roi bon et bon roi, père de ses peuples, frère de ses sujets, serviteur des plus humbles.

 

Comme nous aimons à contempler sa charité ! Envers Dieu tout d’abord, allant jusqu’à entendre trois Messes dans la matinée sans que cela nuisît en rien à son lourd devoir d’état ; puis envers le prochain, aimé pour l’amour de Dieu : nous connaissons tant les images de lui à genoux devant les pauvres qu’il servait à table, pratique reprise par tous ses successeurs chaque Jeudi Saint, lors du Lavement des pieds.

 

Et qui osera dire, pour utiliser un anachronisme, que cette délicatesse d’âme et d’amitié avec Jésus eût rendu notre saint roi « janséniste » et triste ? N’est-ce pas lui qui excellera dans toutes les vertus, et non pas des vertus tristes ? Il appliquait à l’avance le conseil de saint François de Sales : « Un Saint triste est un triste saint ».

 

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Tunique chemise de Saint-Louis au trésor de Notre-Dame de Paris.

En bas à gauche, discipline ou escourgette du roi.

 

Portant le cilice et recevant la discipline, Louis eut beau pratiquer la vertu de pénitence (presque totalement oubliée de nos jours), cela ne l’empêcha pas d’imposer à la Cour la bonne humeur lors des récréations, y prohibant tout sujet de conversation trop sérieux.

 

La nuit suivant l’héroïque résistance de S. Thomas d’Aquin à la tentation, deux anges lui apparurent pendant son sommeil, et l’un deux lui ceignit les reins d’un cordon, avec une douleur si vive qu’il ne put s’empêcher de pousser un grand cri. En même temps l’ange lui dit: « Au nom du Seigneur, nous te ceignons de la ceinture de la chasteté, qui ne sera jamais dénouée ». Depuis ce temps, il n’eut plus le moindre combat à soutenir contre la chair, et vécut comme un ange dans un corps immaculé. Son ami le roi de France aura à vivre la chasteté d’une autre manière : dans l’état de mariage, et d’un mariage fécond et heureux.

 

Louis, c’est symboliquement la sainte Couronne d’Épines qu’il aura à ceindre, après avoir dépensé une fortune pour récupérer ce trésor, comme la parabole du trésor trouvé dans un champ ; il la reçut pieds nus et en pénitent, et lui bâtit l’admirable Sainte Chapelle. Le trophée du règne social de Notre-Seigneur est conservé grâce à lui en cette cité de Paris.

 

Plus encore, S. Louis honora la Couronne d’Épines en vivant sa royauté comme Notre-Seigneur Dont il était le lieutenant ici-bas, en serviteur de Dieu et du bien commun, du Beau, du Bien et du Vrai, en premier Prince de la Chrétienté, donnant son temps à son siècle.

 

Quel attachement à la justice, première vertu royale, chez le roi justicier, immortalisé dans tous nos esprits sous son chêne de Vincennes ! La sainte Écriture l’affirme, c’est la première mission d’un roi que d’assurer la justice, et le Roi des rois ne fera pas autre chose au jour où sera close l’histoire du monde, que la Sainte Église appelle le « Jour du Jugement », que les Apôtres siègeront pour juger, autour de Celui que Son Père a constitué le Juge suprême, « pour juger les vivants et les morts ».

 

Grand saint Louis, comme tous vos successeurs, qui avaient sous les yeux cette Heure où ils devraient rendre compte de leur règne et de leur gouvernement, donnez-nous de vous invoquer en récitant cette prière populaire, qui convient tout particulièrement à ceux qui s’apprêtent à rejoindre la Confrérie royale et à prononcer leur Vœu de consécration à la Couronne de France et à son salut :

 

« Sire le Roi, qui envoyiez Vos plus beaux chevaliers en escoutes à la pointe de l’armée chrétienne, daignez Vous souvenir d’un fils de France qui voudrait se hausser jusqu’à Vous pour mieux servir Sire Dieu et dame Sainte Église.

Donnez-moi du péché mortel plus d’horreur que n’en eut Joinville qui pourtant fut bon chrétien, et gardez-moi pur comme les lys de Votre blason.

Vous qui teniez Votre parole, même donnée à un infidèle, faites que jamais mensonge ne passe ma gorge, dût franchise me coûter la vie.

Preux inhabile aux reculades, coupez les ponts à mes feintises, et que je marche toujours au plus dru.

Ô le plus fier des barons français, inspirez-moi de mépriser les pensées des hommes et donnez-moi le goût de me compromettre et de me croiser pour l’honneur du Christ.

Enfin, Prince, Prince au grand Cœur, ne permettez pas que je sois jamais médiocre, mesquin ou vulgaire, mais partagez-moi votre Cœur Royal et faites qu’à Votre exemple, je serve à la française, royalement.

Ainsi soit-il ».

 

Vive saint Louis ! Vive Louis XX, fils de saint Louis ! Vive le Dauphin Louis !

Et vive le royaume de France, patrie de saint Louis !

 

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Nouveau buste-reliquaire de Saint Louis, réalisé fin XIXe s., pour abriter la mâchoire inférieure et la côte du saint roi, aujourd'hui au trésor de Notre-Dame de Paris.

 

« Et que la ferveur de nos prières contribue à protéger la France ! »

(S.M. T.-C. le roi Louis XX).

 

Pro Rege et Francia

Ad pristinum Regnum restituendum

 

Abbé Louis de Saint-Taurin +

Grand-Prieur

 

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Saint Louis, à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

 

 

 

En guise de présent pour cette fête chère à nos cœurs, voici, chers Français, la communication faite le 24 octobre 1970 par M. Louis Carolus-Barré à la Société d'histoire de l'Église de France.

 

 

 

LES ENQUÊTES POUR LA CANONISATION DE

SAINT LOUIS

- DE GRÉGOIRE X À BONIFACE VIII -

ET LA BULLE GLORIA LAVS DU 11 AOÛT 1297

 

 

Communication faite à la Société d'histoire de l'Église de France, le 24 octobre 1970. C'est la primeur (et comme l'introduction) d'un ouvrage regroupant l'ensemble de la documentation sur le Procès de canonisation de saint Louis. — L. Carolus- Barré, « Les Franciscains et le procès de canonisation de saint Louis », dans Les Amis de St François, nouv. série, t. XII, 1971, pp. 3-6.

 

 

Dès son vivant, le fils de Louis VIII et de Blanche de Castille fut considéré comme un saint, non seulement par ses sujets, mais aussi hors du royaume.

 

A peine eut-il rendu le dernier soupir, sous les murs de Tunis (25 août 1270), que, faute de pape (Clément IV, décédé depuis le 29 novembre 1268, n'avait toujours pas de successeur), le doyen du Sacré Collège, Eude de Châteauroux, cardinal évêque de Tusculum, dès qu'il en fut averti, s'enquit personnellement des circonstances de la mort du roi de France qui, survenue de façon si funeste en pleine croisade, mettait en deuil toute la Chrétienté.

 

La dépouille du défunt ayant été « divisée », l'armée exigea que son cœur demeurât en Afrique parmi les combattants, et l'on ne sait trop ce qu'il devint. Sur le chemin du retour, ses entrailles furent déposées à la cathédrale de Monreale, près de Palerme, ainsi que l'avait demandé Charles d'Anjou, son frère, roi de Sicile. Ses ossements furent ramenés par son fils, Philippe le Hardi, escorté de ses compagnons qui avaient survécu à la croisade : long, interminable cortège funèbre qui, par la Sicile, le royaume de Naples, les États de l'Église, la Toscane, la plaine lombarde, les Alpes, la Savoie, le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Champagne, parvint enfin, le 21 mai 1271, à Paris où un service fut célébré à Notre-Dame, avant l'inhumation solennelle dans l'abbatiale de Saint-Denis, lieu de sépulture des rois de France depuis les temps mérovingiens.

 

Tout au long de ce trajet, plusieurs miracles s'étaient déjà produits : à Palerme, à Parme, à Reggio Emilia et, non loin de Paris, à l'orme de Bonneuil-sur-Marne. Il se multiplièrent au tombeau même du « benoît roi », où accoururent aussitôt malheureux, malades, estropiés et impotents, en vue d'implorer de lui guérison de leurs misères. Ils venaient si nombreux que l'abbé de Saint- Denis, Mathieu de Vendôme, se vit dans l'obligation de désigner quelqu'un pour assurer le service d'ordre auprès du tombeau, en la personne d'un Anglais nommé Thomas de Histon ; et l'on pensa dès lors à mettre par écrit la relation de ses miracles. Sans discontinuer, les cierges brûlaient autour du tombeau qui devint le but d'un nouveau pèlerinage.

 

Réunis en conclave à Viterbe, les cardinaux, à la suggestion de frère Bonaventure, ministre général de l'ordre des franciscains (le Docteur Séraphique), réussissent enfin, le 1er septembre 1271, à fixer leur choix sur Thealdo Visconti, de Plaisance, qui n'appartenait pas au Sacré-Collège et se trouvait alors en Terre Sainte, où il accompagnait le fils aîné du roi d'Angleterre (le futur roi Edouard Ier). Dès son arrivée à Viterbe, le nouvel élu, qui prit le nom de Grégoire X, écrit immédiatement à frère Geoffroi de Beaulieu, dominicain, confesseur du feu roi, et qui l'avait assisté à ses derniers moments : se remémorant les mérites éminents de l'illustre défunt (véritable exemple pour tous les princes chrétiens), dont il ne cesse de ressentir l'extraordinaire parfum de douceur qui émanait de sa personne, et pour lequel il avait tant d'estime et d'affection. Grégoire n'ignore certes pas à quel point le roi conformait sa vie aux volontés du Rédempteur, mais il demande instamment à son correspondant de le renseigner le plus tôt possible sur la manière dont il se comportait en tous et chacun de ses actes, et sur sa pratique des choses de la religion.

 

Fait hautement significatif, cette lettre est datée du 4 mars 1272 : dans son empressement, le nouveau pape n'avait même pas cru devoir attendre sa propre consécration, qui sera solennisée à Rome le 27 mars suivant. C'est le premier acte de son pontificat.

 

Geoffroi de Beaulieu répondit à la demande du pape (qui était un ordre) en écrivant un petit livre (libellus) de 52 chapitres intitulé Vita et sancta conversatio piae memoriae Ludovici quondam régis Francorum ; il y développait le thème « Comment l'éloge du roi Josias convient au roi Louis » et il concluait en exprimant sa conviction personnelle : Louis était digne d'être inscrit au nombre des saints.

 

Grégoire X est donc l'initiateur des premières mesures qui aboutiront au procès de canonisation proprement dit. Sans nul doute, lors de l'entrevue qu'il eut avec Philippe III le Hardi, à la veille du second concile œcuménique de Lyon, en mars 1274, cette affaire qui lui tenait tant au cœur fut sérieusement envisagée. Mais le concile et les grands problèmes qui y furent traités (union des Églises grecque et romaine, reprise de la croisade, question des Ordres mendiants) occupèrent alors le pape et tous les prélats (7 mai-17 juillet 1274).

 

Bientôt des suppliques en vue de la canonisation furent adressées à Grégoire X, ainsi qu'au collège des cardinaux ; on possède encore le texte de celles qui émanaient de l'archevêque de Reims et des évêques ses suffragants (juin 1275), de l'archevêque de Sens et de ses suffragants (juillet 1275), du prieur des Frères Prêcheurs pour la province de France : cette dernière, rédigée lors du chapitre provincial tenu au Mans (septembre 1275). Il y en eut certainement beaucoup d'autres.

 

C'est vraisemblablement à la suite de ces démarches que Grégoire X chargea son légat en France, Simon de Brie, cardinal du titre de Sainte-Cécile, de procéder à une enquête de caractère encore secret sur les mérites du défunt roi. Celle-ci paraît avoir été menée trop hâtivement, tant la sainteté paraissait évidente au cardinal légat qui avait bien connu Louis IX de son vivant. Quand le résultat en parvint à la cour romaine, Grégoire X venait de mourir (Arezzo, 10 janvier 1276). Puis, en moins d'un an et demi, trois papes se succédèrent sur la chaire de saint Pierre, après des pontificats de quelques mois seulement : Innocent V (au Latran, 28 juin 1276), Adrien V (à Viterbe, 18 août 1276), Jean XXI (à Viterbe, 20 mai 1277)...

 

Leur successeur, Nicolas III (Orsini), élu à Viterbe le 25 novembre 1277 et couronné à Rome le 26 décembre suivant, était politiquement hostile à la cause de Charles d'Anjou, et de ce fait aurait pu se montrer peu pressé de hâter la canonisation de son frère. Il n'en fut rien. Nicolas était tellement convaincu de la sainteté de la vie du roi Louis qu'il aurait procédé aussitôt à la canonisation, s'il avait vu se produire seulement deux ou trois miracles...

 

Ayant reçu une ambassade solennelle de Philippe III, composée de Guillaume de Mâcon, évêque d'Amiens, Guillaume Ruaud, doyen du chapitre d'Avranches, et Raoul d'Estrées, maréchal de France, il écrivit au roi pour lui dire son intention de suivre les traces de ses prédécesseurs (notamment Grégoire X) et sa décision d'ordonner une enquête désormais publique sur les mérites de son père Louis, d'illustre mémoire, enquête dont il chargea le cardinal légat Simon. A ce dernier il faisait savoir qu'il avait bien pris connaissance de ses informations de caractère général mais succinct, et qu'il avait fait interroger avec soin ses derniers messagers ; toutefois en une matière aussi importante et pour parvenir à une certitude complète et satisfaisante, il était nécessaire de préciser clairement et distinctement les faits et les circonstances. Bref, il attendait de lui une documentation beaucoup plus approfondie (30 novembre 1278). — Depuis plus d'un siècle, en effet, la papauté s'était réservé les procès de canonisation, et les règles du droit canonique étaient désormais fixées de façon rigoureuse. Pour évidente qu'elle fût, la sainteté de Louis IX devait être établie suivant ces règles.

 

Cette première enquête publique est mal connue. On sait toutefois que le cardinal Simon se fit assister du maître de la province de France de l'ordre des Frères Mineurs et de son homologue des Frères Prêcheurs, et que ses collaborateurs immédiats en cette affaire furent deux de ses compatriotes, l'archidiacre de Melun et Jean de Samois (un autre franciscain), ainsi que le grand-prieur de Saint-Denis : il semble que leur activité ait consisté plus particulièrement à recueillir sur les miracles les dépositions des témoins. Les résultats de l'enquête furent envoyés par Simon au pape qui commit pour les examiner deux de ses frères du Sacré-Collège : Gérard, cardinal-prêtre des Douze-Apôtres, et Jourdain, cardinal-diacre de Saint-Eustache. Mais Nicolas III mourut le 22 août 1280, et le procès, pourtant bien engagé cette fois, se trouva de nouveau arrêté.

 

Le conclave réuni à Viterbe élut, le 22 février 1281, l'homme qui personnellement connaissait le mieux toute la question : Simon de Mompitius (ou de Brie) qui, ancien conseiller et garde des sceaux de Louis IX, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Cécile depuis 1262, légat en France depuis plusieurs années, avait été chargé par Grégoire X de l'enquête secrète préliminaire, et par Nicolas III de la première enquête publique. Consacré et couronné à Orvieto, le 23 mars suivant, Simon prit nom de Martin IV. Il était réservé au nouveau pape de faire entrer le procès de canonisation dans sa phase définitive et selon toutes les normes requises.

 

De son côté, désireuse de voir aboutir enfin la cause que des circonstances imprévues ne cessaient de retarder, l'Église de France s'impatientait. Une assemblée, tenue sans doute à Paris, réunit les principaux prélats : les archevêques de Reims, Rouen, Sens et Tours, les évêques de Beauvais, Langres, Châlons, Laon, Noyon, Senlis, Évreux, Paris, Troyes et Meaux, où figuraient en bonne place les six pairs ecclésiastiques du royaume. L'assemblée décida d'envoyer au nouveau pape une supplique instante en vue de faire inscrire au « catalogue des saints » le roi Louis, dont la mémoire ne cessait d'être vénérée et dont les miracles se multipliaient. Simon de Perruche, évêque de Chartres, et Guillaume de Mâcon, évêque d'Amiens, furent chargés de remettre la supplique au nom de tous entre les mains de Martin IV : le choix de ces deux émissaires était fort judicieux puisque Guillaume avait déjà fait partie de l'ambassade envoyée trois ans plus tôt par Philippe le Hardi à Nicolas III, et que Simon était (sauf erreur) le neveu-même du pape.

 

Martin IV réserva le meilleur accueil aux délégués de l'Église de France et loua le zèle pieux et vraiment digne d'éloges de tous ceux qui avaient pris l'initiative de leur démarche ; il donna à ses visiteurs l'assurance que personnellement cette affaire lui tenait fort au cœur et qu'il désirait la voir promptement et heureusement parvenir à la fin tant souhaitée. Mais il s'attacha aussitôt à les bien persuader que si, dans les choses de ce monde, le Siège apostolique procédait avec soin et une prudence extrême afin que les décisions prises par l'Église, maîtresse de tous les fidèles, soient justes, assurées et parfaitement claires, combien plus encore dans un procès de canonisation ! C'est donc avec un esprit scrupuleux et le souci constant de la perfection, excluant le moindre doute, qu'il convenait de procéder à propos du roi Louis : sa gloire atteindra mieux ainsi son plus haut degré d'élévation, et l'honneur de la Maison de France et celui de tout le royaume en seront encore rehaussés.

 

Le pape entend donc ne s'écarter en rien de tout ce qui a déjà été fait par lui-même au cours de l'enquête dont l'avait chargé son prédécesseur d'heureuse mémoire ; mieux, il le tient pour ferme et le ratifie. Et c'est pourquoi il demande avec insistance à ses frères, les évêques de France, que ce procès conduit par le Siège apostolique et dont la conclusion peut sembler être encore différée, ne devienne pas comme importun, voire insupportable à leurs yeux. Avec l'aide de Dieu qui peut toutes choses, tout concourra au bien. Et l'on a des raisons d'espérer que tant d'efforts, de part et d'autre, seront enfin couronnés de succès.

 

Dans cette lettre aux prélats de France, Martin IV annonce qu'il confiait à Guillaume de Flavacourt, Guillaume de Grez et Roland de Parme, respectivement archevêque de Rouen, évêques d'Auxerre et de Spolète, l'enquête sur la vie, la « conversation » et les miracles du roi Louis, qui devra être faite désormais « solennellement » (Orvieto, 23 décembre 1281).

 

Le même courrier emportait une autre lettre destinée aux trois nouveaux commissaires du Saint-Siège. Le pape y retrace à leur intention l'historique de toute l'affaire depuis la première enquête officieuse dont l'avait chargé Grégoire X, pour qui la sainteté du roi ne faisait pas de doute. Leur exprimant sa confiance toute particulière, il leur mande de se rendre en personne au monastère de Saint-Denis-en-France, où reposaient les ossements de Louis et où le Seigneur accomplissait pour lui des miracles (ou en tout autre lieu qu'ils jugeraient opportun), afin de s'enquérir avec diligence et grand soin de ces miracles (des précédents comme des plus récents), ainsi que de la vie et du comportement du roi Louis.

 

Pour faciliter leur tâche, il leur adresse une sorte de canevas précisant les diverses questions à poser aux témoins qui seront interrogés. Que les résultats de cette enquête fidèlement consignés par écrit soient ensuite au plus vite transmis au Siège apostolique !

 

Ce fut effectivement à Saint-Denis que se retrouvèrent pour siéger les trois délégués du pape et c'est en cette abbaye qu'ils paraissent avoir fixé le lieu principal de leurs séances pour y recueillir les récits des témoins venus déposer, sous la foi du serment, tant sur la vie que sur les miracles du bienheureux roi Louis : trois notaires (un pour chacun des enquêteurs) couchant aussitôt par écrit les précieux témoignages.

 

C'est au mois de mai 1282 que les auditions commencèrent, pour ne s'achever qu'au mois de mars de l'année suivante, la majeure partie de ce temps étant consacrée aux miracles. Les témoins qui vinrent déposer sur les miracles ne furent pas moins de 330, chacun des faits nécessitant l'audition de plusieurs personnes, à commencer par le miraculé lui-même, et exigeant souvent plusieurs jours. Défilent ainsi devant les examinateurs des fous qui ont recouvré la raison, des noyés revenus à la vie, des scrofuleux, des fiévreux, des tordus, des boiteux, des paralytiques, des aveugles, des sourds, des malades divers, ayant tous obtenu guérison de leurs misères par l'intercession du « benoît roi ». La plupart étaient de pauvres gens, mais non pas tous, ainsi maître Doon de Laon, chanoine de Paris et médecin de son état, Nicolas de Lalain et Jean de Châtenay, l'un et l'autre chevaliers, Jean de Brie, châtelain d'Aigues-Mortes, ou frère Laurent, prieur (puis abbé) de l'abbaye cistercienne de Châalis.

 

Au nombre des miracles retenus par les enquêteurs, une bonne soixantaine seront finalement « approuvés ». Pour émouvant que soient les récits de tous ces gens — témoins de la dévotion populaire — les dépositions sur la vie retiennent davantage l'attention.

 

Ces dépositions sur la vie au nombre de trente-huit, furent recueillies presque toutes à Saint-Denis, du vendredi 12 juin au jeudi 20 août 1282. Ce qui fait en moyenne presque deux journées pour l'audition de chaque témoin ; or Joinville nous apprend que sa déposition dura précisément deux jours.

 

Les noms de ces trente-huit témoins sont en effet connus. On peut les regrouper ainsi : d'abord les parents du roi Louis : son frère, Charles d'Anjou ; ses fils, Philippe le Hardi et Pierre d'Alençon ; son cousin, Jean d'Acre, bouteiller de France ; puis deux personnages fort importants dans le royaume et le « conseil », qui avaient exercé la régence pendant la croisade de Tunis : Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et Simon de Nesle, chevalier ; six autres chevaliers : Pierre de Chambly et Pierre de Laon (qui furent aussi chambellans), Jean de Joinville (le célèbre sénéchal de Champagne), Jean de Soisy, Gui Le Bas et Robert du Bois-Gautier ; trois clercs ou anciens clercs du roi : Nicolas d'Auteuil, devenu évêque d'Évreux, Pierre de Condé et Geoffroi du Temple ; Robert de Cressonsacq, évêque de Senlis ; six personnes ayant appartenu à l'Hôtel du roi : deux queux, deux valets de chambre, un huissier et un valet de la paneterie, auxquels on peut ajouter le chirurgien, maître Jean de Béthizy ; le châtelain de Pontoise ; trois bourgeois : le premier de Saint-Denis, les deux autres de Compiègne ; trois moines cisterciens, dont deux devenus abbés de Royaumont et de Châalis ; cinq dominicains, l'un du couvent de Provins, les quatre autres de celui de Compiègne ; enfin trois religieuses hospitalières : deux de la Maison-Dieu de Vernon, la troisième de la Maison-Dieu de Compiègne.

 

De tous ces témoignages, que subsiste-t-il ? Quelques fragments de la déposition de Charles d'Anjou qui avait été reçue à Naples, vraisemblablement en février 1282, par le cardinal Benoît Caetani (futur Boniface VIII) : ils se rapportent surtout à la campagne d'Egypte. Le texte des « enseignements », que saint Louis laissa à son fils, Philippe, et que celui-ci remit aux enquêteurs. Le récit de Joinville qui, développé, deviendra la très belle histoire que l'on sait. Enfin cinq pièces relatives aux miracles, encore conservées (parfois mutilées) aux Archives du Vatican. Pour le reste, force est de se contenter de la Vie monseigneur saint Loys, jadis roi de France, compilée par frère Guillaume de Saint-Pathus, franciscain, confesseur de la reine Marguerite, d'après les archives dont il eut communication et qui ont disparu (perte irréparable !) : ouvrage présenté à la manière hagiographique (foi, espérance, charité ; vertus chrétiennes du roi), dans les vingt chapitres duquel on trouve maints exemples précieux, pour la plupart tirés directement des pièces du procès.

 

L'enquête sur la vie et les miracles, confiée à l'archevêque de Rouen et aux évêques d'Auxerre et de Spolète, ayant été heureusement menée à bonne fin (mars 1283), tous les dossiers furent transmis « en cour de Rome », où le pape créa aussitôt une commission de trois cardinaux qui en examina une bonne partie. Mais l'affaire n'était pas arrivée à son point de maturation (loin de là !) lorsque Martin IV mourut à Pérouse, le 28 mars 1285.

 

Il faudra attendre encore plus d'une douzaine d'années, pendant lesquelles les démarches du nouveau roi (Philippe le Bel), des prélats et des princes français se feront de plus en plus fréquentes : très efficacement appuyées sur place par l'action continuelle de frère Jean de Samois (un autre franciscain) qui ajoutait à ses fonctions de pénitencier celles de « procurateur especial de la canonization en court de Romme ».

 

Au temps d'Honorius III (élu à Pérouse le 2 avril 1285, consacré et couronné à Rome le 20 mai suivant), on sait que plusieurs miracles furent lus et discutés attentivement « en consistoire » : le 5e miracle entre autres, à l'examen duquel participa Jourdain, cardinal de Saint-Eustache ; mais alors que les choses semblaient se ranimer, la mort du pape survint (à Rome le 3 avril 1287), ainsi que celle des cardinaux qui avaient été commis à cette affaire, et tout retomba dans le silence pendant près d'un an.

 

Le nouveau pape Nicolas IV (élu et couronné à Rome, 15-22 février 1288) était franciscain. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le procès fut alors repris activement ; et tout d'abord par la désignation d'une commission formée des trois cardinaux- évêques d'Ostie, de Porto et des Saints-Sylvestre-et-Martin : au premier, bientôt décédé, fut subrogé le cardinal de Sabine ; quant au troisième, Benoît Caetani, c'était (nous l'avons dit) le futur Boniface VIII qui, de sa propre main, transcrivit alors plusieurs miracles qu'il examina soigneusement et qui furent retenus comme suffisamment prouvés.

 

A son tour, après un pontificat de quatre ans, Nicolas IV mourut à Rome, le 4 avril 1292. Une vacance de plus d'une année s'écoula ensuite. Puis le bénédictin Célestin V fut élu à Pérouse, le 5 juillet 1294, consacré et couronné à Aquilée le 29 août ; mais (on le sait), trouvant la tiare trop lourde il en résigna bientôt la charge pour se retirer dans un couvent (13 décembre 1294). Le procès stagnait de nouveau !

 

Avec Benoît Caetani, élu au conclave de Naples le 24 décembre 1294, consacré et couronné à Rome le 23 janvier 1295, tout change. Boniface VIII a connu et estimé le roi Louis : c'est lui qui a reçu personnellement la déposition sur sa vie faite par Charles d'Anjou, roi de Sicile ; il a lui-même examiné de nombreux miracles. Pour lui, les faits sont évidents. On ne doit pas laisser davantage la lumière sous le boisseau. La chose est mûre désormais. Pour achever enfin l'examen des miracles, le nouveau pape ne change donc pas les cardinaux examinateurs, ses deux anciens collègues de la commission désignée par Nicolas IV, mais leur adjoint plusieurs autres cardinaux. De cette époque ultime, on possède encore le « conseil » que donna, sur le second miracle, le cardinal-diacre de Saint- Eustache, Pierre Colonna.

 

Considérant la masse de documents empilés sous ses yeux, Boniface ne peut s'empêcher de lancer cette boutade : « Dans cette affaire, on aura gratté plus de parchemins que ne pourrait en porter un âne ! ».

 

Après vingt-sept années d'attente, d'enquêtes et de procédures canoniques auxquelles participèrent plus ou moins activement dix papes — de Grégoire X à Boniface VIII — (et de nombreux cardinaux), le procès aboutit enfin aux cérémonies suprêmes de la canonisation. Celles-ci se déroulent à Orvieto, avec toute la pompe que l'Église romaine sait déployer lorsqu'elle décide de placer sur les autels l'un de ses enfants qui, par la sainteté manifeste de sa vie, a certainement mérité le bonheur du paradis auprès de Dieu, parmi la « Cour céleste » — l'Église triomphante — pour servir d'exemple à tous les Chrétiens présents et à venir qui, sur terre, forment encore l'Église militante.

 

A Orvieto, l'une des villes des États pontificaux choisies par le pape pour y résider (ainsi que Pérouse, Viterbe, Arezzo), de préférence à Rome où les rivalités des grandes familles romaines faisaient constamment régner la plus grave insécurité. C'est donc dans le vieux palais papal de cette ville (qui allait être entièrement renouvelé) que, le 4 août 1297, Boniface VIII prononce son premier sermon sur le thème Reddite quae sunt Caesaris Caesari et quae sunt Dei Deo (Math. XXII, 21). Par César, il entend le roi Louis, de sainte mémoire, que beaucoup dans l'assistance ont pu voir, de son vivant, comme il l'a vu lui-même.

 

Le pape annonce donc publiquement la décision espérée depuis un quart de siècle. Après mûr examen de la Curie romaine et du Siège apostolique, Louis accède donc du royaume terrestre de France au royaume éternel de gloire. Sans cesse il avait persévéré dans le bien. Sa vie, ses œuvres étaient celles d'un saint. Exemple de justice et de bonté, de force d'âme dans l'adversité. Et d'évoquer sa captivité et son attitude pieuse, loyale et courageuse chez les Sarrasins, sa charité pour les malheureux, la mortification de sa chair, l'humilité de son esprit, les admirables « enseignements » qu'il laissa à son fils, ses miracles enfin: tout concourait logiquement à son inscription au « catalogue des Saints ».

 

Boniface VIII rappelle les circonstances qui ont longtemps retardé cette décision, les longues enquêtes tant privées que publiques, et comment l'affaire a dû être plusieurs fois ajournée, en raison de la mort de nombreux pontifes, ses prédécesseurs. Il importe maintenant, sans plus tarder, de rendre à Dieu ce qui Lui revient, puisqu'Il est « loué dans Ses Saints », et à Louis l'honneur et la gloire qui lui sont dus, car il est vraiment citoyen de la patrie céleste : sa vie, ici-bas, ne demeure-t-elle pas un exemple pour tous, une édification pour chacun, bref une incitation permanente à tendre vers le bien ?

 

Le dimanche suivant, 11 août 1297, à Orvieto, ce n'est point dans la cathédrale, alors en pleine reconstruction, mais dans l'église des Frères Mineurs, que Boniface VIII prononce son second sermon pour exalter le très saint roi Louis. Il y développe le thème Rex pacificus magnificatus est.

 

Le vrai roi se domine [lui]-même et gouverne ses sujets avec justice et sainteté : ce fut bien son cas. Il est pacifique, or Louis cultiva la paix non seulement pour ses sujets — chacun sait à quel point il gouverna pacifiquement son royaume — mais aussi pour les étrangers : la paix toujours inséparable de la justice. Cette paix du cœur qu'il eut en ce monde est maintenant pour lui la paix de l'éternité.

 

Vraiment Louis est « magnifié » non seulement dans l'Église présente ici-bas, mais dans la patrie céleste. Et Boniface VIII rappelle à son propos la « quadruple dimension » dont parle saint Paul, car il fut grand par sa longue persévérance dans la recherche du bien, par son ample charité et son zèle pour le salut d'autrui, par sa profonde humilité tant intérieure qu'extérieure : dans ses paroles comme dans son cœur, dans ses vêtements comme dans ses prières — humilité qui faisait rayonner son visage plein de grâce et de bonté (le pape apporte ici son propre témoignage).

 

Enfin, Louis fut grand par l’élévation de son âme et la droiture de ses intentions, sans cesse tournées vers Dieu Auquel il attribuait, en Lui rendant grâces, tout ce que lui-même faisait de bien. La grandeur qui fut la sienne en ce monde est maintenant magnifiée dans les Cieux : il appartient en effet à la justice divine que celui qui dans sa vie fut juste et bon soit exalté dans la gloire. Et c'est pourquoi le pape l'inscrit au « catalogue des Saints », ordonnant à tous les fidèles de le vénérer comme tel.

 

Il est remarquable que, dans ses deux sermons, Boniface VIII emploie pour désigner saint Louis l'expression de surhomme (super homo) : terme dont, sauf erreur, on ne connaît pas d'autre exemple au Moyen âge.

 

La bulle Gloria laus, qui fut aussitôt rédigée par la chancellerie pontificale, chante la joie de l'Église, mère des fidèles, épouse du Christ, toute radieuse d'avoir élevé un tel fils, et la jubilation de la foule céleste accueillant en son sein ce nouvel habitant des cieux ; elle proclame la louange du bienheureux Louis, en son vivant illustre roi de France, ses mérites de confesseur de la foi, ses œuvres dignes de la plus grande admiration ; elle relate les faits les plus marquants de sa vie. Puis, de nouveau, la liesse éclate : que l'insigne Maison de France se réjouisse d'avoir engendré un prince d'une telle qualité et d'une grandeur telle que, par ses mérites, il l'a rendue plus illustre encore ! Que le très dévot peuple de France déborde d'allégresse pour avoir mérité d'obtenir un si excellent, un si vertueux seigneur ! Que les prélats et tout le clergé exultent des miracles et des bienfaits qu'il a répandus dans tout le royaume ! Que les grands, barons et chevaliers aient le cœur rempli de joie : le bilan de l'œuvre accomplie par le saint roi est éclatant : grâce à lui, le royaume de France a atteint un prestige vraiment incomparable ! Gloria, laus et honor...

 

Il n'est pas difficile d'imaginer la joie qui envahit la Douce France à l'annonce de cette nouvelle, aussitôt carillonnée par toutes les cloches de toutes ses églises. Joie qui fit tressaillir le cœur de tous les Français, depuis le roi Philippe le Bel jusqu'au dernier manant de la dernière paroisse du royaume... d'autant plus que beaucoup regrettaient le temps béni du « bon roi Louis », du « meilleur roi qui fût au monde ». Aussi bien, la canonisation ne fut certainement pas une surprise : elle donn+ait enfin au sentiment populaire la consécration que chacun attendait.

 

L'année suivante, le 25 août 1298, pour célébrer la nouvelle fête, le roi ordonna la relévation des ossements de son aïeul qui furent placés en une châsse, au cours d'une somptueuse cérémonie qui se déroula en l'abbaye de Saint-Denis. Moins de huit ans plus tard, le 17 mai 1306, il fera procéder à la translation solennelle du « chef » de saint Louis, de l'abbatiale de Saint-Denis à la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, en présence d'une foule innombrable de barons, prélats, chevaliers, clercs et bonnes gens venus des villes et des campagnes.

 

Le peuple de France, que le saint roi avait tant aimé, lui donna son cœur en le choisissant pour protecteur et pour patron de la « nation ». Et c'est ainsi que — depuis des siècles — est connu et célébré dans le monde entier saint Louis des Français.

 


24/08/2017
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EVENEMENT : La Saint-Louis 2017 à Saint-Germain-l'Auxerrois

25 août 2017 Paris (S. Germain l'Auxerrois).png

 

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29/07/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 juillet 2017)

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LETTRE MENSUELLE AUX MEMBRES ET AMIS DE LA CONFRÉRIE ROYALE

25 JUILLET 2017

 

De la dignité

 

 

 

                                   Il est au Louvre, parmi tant de chefs-d'oeuvre, un tableau de Charles Le Brun, le portrait équestre du chancelier de France, Pierre Séguier, entouré par des valets. Le spectateur ne peut qu'être impressionné par l'atmosphère de grandeur tranquille et assurée se dégageant d'un tel tableau. Le chancelier de France, Garde des sceaux et ministre d'Etat qui, pendant quarante ans, assista les cardinaux de Richelieu et Mazarin dans l'administration du royaume, apparaît là dans toute sa dignité. Une dignité qui est double : à la fois celle liée à sa charge, indépendamment de l'homme qui la porte, et aussi celle liée à sa personnalité et à ses qualités propres. Ce sont de tels serviteurs de l'Etat qui contribuèrent à la grandeur de la France, en demeurant souvent dans l'ombre de géants comme le furent les deux cardinaux qui présidèrent à la destinée de la France dans leur fidélité au Roi.

 

                                   Sans doute ne sommes-nous plus habitués à être dirigés par de tels hommes, tout entiers donnés à leur tâche, soucieux de vérité et de bien plus que de leur propre image. Certains vont rétorquer que le chancelier soigne bien sa réputation puisqu'il se fait ainsi représenter caracolant, en de somptueux atours et servis par des domestiques stylés et déférents. Pourtant, ce qu'il lègue ainsi à son époque et à la postérité n'est point ce qu'il est ou ce qu'il était mais le respect dû à la charge au service du royaume. Le Brun - si reconnaissant envers le chancelier qui découvrit son talent, l'envoya à Rome puis lui obtint une place de valet du Roi avant que le peintre n'accédât à la plus haute responsabilité artistique à la Cour -, n'a jamais été servile. S'il campe ainsi son protecteur, qui fut aussi protecteur de l'Académie française et de l'Académie royale de peinture et de sculpture, son but est de nous donner une leçon politique : une dignité exceptionnelle ne peut être occupée que par un homme digne d'elle, hors du commun. Le vrai serviteur doit savoir tenir son rang, non point pour sa propre gloire mais pour l'honneur du monarque qu'il sert et du royaume pour lequel il se consacre. Ceux qui sont revêtus de dignités ecclésiastiques, civiles ou militaires ne doivent pas se pavaner comme des paons. Ils ne doivent pas non plus réduire le faste et la gloire attachés à leur charge sous peine, par fausse humilité, de réduire à néant la dignité incombant au poste qu'ils occupent et ainsi, de détruire l'autorité qui y est attachée. Un prince, un pontife, un maréchal, aussi indignes soient-ils à cause de leurs faiblesses humaines, doivent occuper pleinement et avec autorité leur position afin que chacun prenne conscience que la dignité dont ils héritent ne dépend pas d'eux mais de plus grand qu'eux. Le Roi lui-même, le Souverain Pontife ne sont que des serviteurs inutiles fléchissant la nuque devant le Très Haut.

 

                                   Trop souvent nous considérons que les dignités ne sont que vanités. Elles peuvent le devenir en effet, car l'homme se laisse prendre au piège, mais elles ne le sont pas dans leur essence. Dieu a créé une hiérarchie dans la nature et Il a donné des chefs à ses enfants. Notre Seigneur dit bien à ses disciples qu'ils ont raison de L'appeler Maître et Seigneur. Pourtant Il se présente dans le même temps comme le serviteur. Et s'Il n'accepte pas de n'être que le roi des Juifs, Il affirme bien devant Pilate qu'Il est Roi, ceci dans son dénuement le plus extrême. L'Ecce Homo, défiguré, est enveloppé de dignité, si bien que le centurion chargé de la mise en œuvre de son exécution, Le reconnaîtra à la fin comme Fils de Dieu. Si certains hommes, dans et hors de l'Eglise, ne rêvent que d'être couverts d'honneurs et de dignités afin de se contempler dans le miroir comme le jeune évêque de Stendhal dans Le Rouge et le Noir s'exerçant à donner la bénédiction la plus élégante qui puisse se trouver, d'autres revêtent des honneurs et des dignités identiques en sachant que la couronne, la tiare ou la mitre ne récompensent pas leurs propres mérites mais les rendent responsables devant Dieu et devant les hommes des actes qu'ils vont décider.

 

                                   Toute personne et toute dignité sont relatives par rapport à Dieu. Saint Thomas d'Aquin soulignait dans la Somme Théologique : « La dignité de la nature divine surpasse (excedit) toute dignité, et c’est bien en cela que le nom de personne convient avant tout à Dieu. » (I, q.29, a.3, ad.2). Nous voilà rappelés avec sagesse à beaucoup d'humilité. Toutes les dignités du monde, une fois désentortillées, ne révèlent qu'un minuscule berlingot, pour reprendre une belle image de Georges Bernanos. Il n'empêche que tout cet emballage est inévitable et nécessaire. Il faut toujours se méfier de ceux qui, exerçant le pouvoir, affichent constamment leur mépris des formes et affirment trop fort que le dépouillement est frère de la pauvreté évangélique. Le chancelier Séguier, mortier en tête, croix du Saint-Esprit sur la poitrine, protégé par un double parasol et chevauchant une haquenée, est plus simple que ces hypocrites qui abîment la charge qui leur est confiée en rognant sur l'appareil et sur l'apparat. La dignité ne repose pas plus dans l'absence de formes que dans leur enflure. Il est facile de reconnaître celui qui se prête au jeu pour sa gloire et celui qui accueille les dignités humaines pour ce qu'elles sont : des instruments efficaces de l'exercice de l'autorité, du prestige d'un pays et de la gloire d'un monarque légitime.

 

                                   Ceux qui confondent leur petite personne avec l'honneur qui leur échoit sont « baveux comme un pot à moutarde », selon la savoureuse expression rabelaisienne. Ils débordent de toute part de leur moi indigeste et envahissant. Il faut s'en garder, les regarder avec commisération, et passer son chemin. Notre confiance ne peut s'attacher à de tels êtres. En revanche, il suffit de contempler le portrait du chancelier Séguier pour se dire qu'il aurait été bon de servir un tel homme, serviteur de tels cardinaux, au service d'un tel Roi, tous craignant Dieu et sachant que tout est poussière et retourne à la poussière, sinon la charité qui, elle, ne passe pas. La dignité en tant que disposition de l'âme dépasse les dignités humaines. Comme l'écrivait Paul Claudel dans son Journal« dignité est un mot qui ne comporte pas de pluriel ». Voilà pourtant un homme qui s'y connaissait en distinctions mondaines, en récompenses et en titres, et qui en était friand. Il semble avoir été plus détaché qu'il ne le laissa supposer.

 

                                   Beaucoup de nos contemporains ignorent désormais ce que dignité signifie. Ils ne la reconnaissent point dans les autres car ils n'en vivent pas eux-mêmes. Ils préfèrent trahir, écraser, faire volte face, abandonner leurs convictions au gré des vents contraires. Une personne digne demeure constamment identique à ce qu'elle est vraiment. Elle ne se laisse pas influencer par les modes, les groupes de pression, les menaces. Elle traverse sans sourciller le torrent des temps mauvais. Rares sont les autorités civiles et religieuses qui sont aujourd'hui revêtues d'une telle parure de l'âme et de l'intelligence.

 

                                    Les êtres les plus simples, lorsqu'ils ne se laissent pas pourrir par l'adversité et les épreuves, sont capables d'une dignité que l'on ne peut rencontrer que chez les Saints les plus aguerris et les princes justement dignes de leur rang. Ils traversent l'existence en laissant derrière eux un sillage où miroitent les étoiles et où chantent les anges. Ces pauvres sont la clef de la porte du Paradis qui s'ouvre devant eux à grand fracas. Le chancelier Séguier qui nous regarde fixement du haut de sa monture rejoint alors les paysans partageant leur modeste pitance dans les tableaux des frères Le Nain. Une même présence habite tous ces regards. En fait, chacun tient son rang, l'occupe, fixé à sa tâche, désireux de remplir au mieux ce pour quoi il est fait. Pas de regard de travers et en coin pour lorgner sur ce que le voisin possède de plus ou en moins.

 

                                   Notre pays, béni par Dieu, aimé de la Sainte Vierge, n'est plus digne de sa vocation chrétienne. Il n'en demeure pas moins privilégié et il est toujours temps qu'il se réveille. Commençons par investir notre propre dignité personnelle, comme le fit le chancelier Séguier croqué par Le Brun. Ensuite nous pourrons contribuer à la dignité de notre royaume. Nous récoltons pour l'instant l'indignité nationale que nous méritons, incapables de nous tourner vers Dieu et de Lui remettre ce que nous recevons de Lui après l'avoir fait fructifier au centuple.

  

                                                        P. Jean-François Thomas, s.j.

 

 

24/07/2017
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« Cette Messe de Requiem nous rappelle que la société est bien en deuil de la paix, mais qu’elle attend sa résurrection avec une ferme confiance... »

Ce dernier 14 juillet, à l'occasion de l'anniversaire du massacre des prêtres et des fidèles serviteurs de Dieu et du Roi le 14 juillet 1792 et les jours alentour dans le sud du Vivarais, le Cercle Légitimiste du Vivarais organisait une journée de commémoraison et de pèlerinage sur les lieux marqués par ces événements (cf. ici).
Voici le texte de l'homélie prononcée lors de la Sainte Messe de Requiem qui fut célébrée ce jour-là par Monsieur le Grand Prieur de la Confrérie Royale


 

Sermon 14 juillet 1

 

 

 

frise lys deuil

 

 

« Cette Messe de Requiem nous rappelle que la société est bien en deuil de la paix, mais qu’elle attend sa résurrection avec une ferme confiance... »

 

Chers Amis,

 

L’occasion de notre pèlerinage en ce jour ne diffère pas fondamentalement de celle qui nous réunit chaque 21 janvier. Au dernier pèlerinage au Puy, à l’Ascension, nous vous avons expliqué pourquoi « Le Roi et la France, c’est tout un ». Aujourd’hui, nous célébrons le martyre des membres de ce Corps mystique du Royaume que furent les ecclésiastiques, les aristocrates et les bons Français assassinés par les terroristes de l’époque ; le 21 janvier, tout est réuni dans la commémoraison du sacrifice de celui qui en est la tête. Que l’on s’attaque à la tête ou aux membres, c’est la même personne mystique (la France catholique et royale) que l’on outrage.

 

Me permettrez-vous de reprendre les paroles du pape Pie VI aux cardinaux réunis en consistoire à Rome, le 11 juin 1793, dix-huit ans jour pour jour après le sacre du roi Louis XVI ? En pleurant la mort du roi très-chrétien, et en s’élevant au-dessus des contingences dramatiques de cette seule année, le Souverain Pontife y inclut tous les autres martyrs dans une magnifique et courageuse analyse d’un mouvement né bien plus tôt. Ses paroles restent aujourd’hui d’une brûlante actualité.

 

« Dès le commencement de Notre Pontificat, prévoyant les exécrables manœuvres d’un parti si perfide, Nous-même annoncions le péril imminent qui menaçait l’Europe. […] Si l’on avait écouté Nos représentations et Nos avis, Nous n’aurions pas à gémir maintenant de cette vaste conjuration tramée contre les rois et contre les empires », « une conjuration impie ».

 

Car la mise à mort du roi et l’extermination en règle de ses loyaux sujets en pleine Révolution (appelée Perturbation par la sainte Liturgie) n’est pas « l’acte isolé d’un déséquilibré » selon l’expression aujourd’hui consacrée par la grosse presse, mais un attentat contre Dieu Lui-même, à chaque fois que la dignité d’un innocent est bafouée, et d’autant plus quand cet innocent défend l’économie divine et l’ordre chrétien, à la suite du premier contre-révolutionnaire : saint Michel.

 

« Ces hommes dépravés », « la portion la plus féroce de ce peuple », « tant de juges pervers et tant de manœuvres employées » ont éliminé tous les piliers, aussi humbles soient-ils, de cette construction magnifique de la Chrétienté en France, qui alliait Dieu et la France, le Trône et l’Autel, la nature et le surnaturel. Le roi fut sacrifié « non pour avoir commis un crime, mais parce qu’il était Roi, ce que l’on regardait comme le plus grand de tous les crimes », et ses sujets fidèles, parce qu’ils étaient de fidèles sujets, dénonçant, activement ou passivement, la tyrannie des serviteurs du premier Révolutionnaire, du père du mensonge, « celui qui est homicide depuis le commencement ».

 

« D’après cette suite ininterrompue d’impiétés qui ont pris leur origine en France, aux yeux de qui n’est-il pas démontré qu’il faut imputer à la haine de la religion les premières trames de ces complots qui troublent et ébranlent toute l’Europe ? Personne ne peut nier que la même cause n’ait amené la mort funeste de Louis XVI. […] Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut un martyr ? », et les héros que nous commémorons aujourd’hui, ses compagnons ?

 

« Tous les Français qui se montraient encore fidèles dans les différents ordres de l’État […] étaient aussitôt accablés de revers et voués à la mort. On s’est hâté de les massacrer indistinctement ; on a fait subir les traitements les plus barbares à un grand nombre d’ecclésiastiques, sous les bannières tricolores et au chant de La Marseillaise, que l’on veut nous vendre aujourd’hui pour drapeau et hymne nationaux ! On a égorgé des Évêques… Ceux que l’on persécutait avec moins de rigueur se voyaient arrachés de leurs foyers et relégués dans des pays étrangers, sans aucune distinction d’âge, de sexe, de condition par les ancêtres spirituels des prétendus antiracistes... On avait décrété que chacun était libre d’exercer la religion qu’il choisirait, comme si toutes les religions conduisaient au salut éternel ! Et cependant la seule religion catholique était proscrite, comme dans l’empire romain païen depuis Néron.

Or, l’Église enseigne que « la religion est la gardienne la plus sûre et le plus solide fondement des empires, puisqu’elle réprime également les abus d’autorité dans les puissances qui gouvernent, et les écarts de la licence dans les sujets qui obéissent. Et c’est pour cela que les factieux adversaires des prérogatives royales cherchent à les anéantir et s’efforcent d’amener d’abord le renoncement à la foi catholique ».

 

« Seule, elle voyait couler le sang de ses disciples dans les places publiques, sur les grands chemins et dans leurs propres maisons. On eût dit qu’elle était devenue un crime capital. Ils ne pouvaient trouver aucune sûreté dans les États voisins où ils étaient venus chercher asile … Tel est le caractère constant des hérésies. Tel a toujours été, dès les premiers siècles de l’Église, l’esprit des hérétiques ». C’est hélas ce que, peu à peu, est en train de redécouvrir l’Europe.

 

Alors que, souvent sans connaître les horreurs qui en sont l’acte de naissance et – il faut bien l’avouer – la marque de fabrique, beaucoup de Français se réunissent aujourd’hui pour fêter la Révolution et le régime qui en est la fille aînée, il nous faut entendre résonner encore à nos oreilles, à deux cents ans de distance : « Vénérables Frères, comment Notre voix n’est-elle point étouffée dans ce moment par Nos larmes et par Nos sanglots ? » ; « N’est-ce pas plutôt par Nos gémissements que par Nos paroles, qu’il convient d’exprimer cette douleur […] devant […] le spectacle que l’on vit », entre autres, beaucoup d’autres, aux Vans en juillet 1792 ? 

 

Quand la Royauté très-chrétienne se fondait sous l’infusion baptismale de saint Remi aux fonts baptismaux de Reims, la Révolution commence, elle, dès le début par les assassinats : lorsque le gouverneur de la Bastille est décapité le 14 juillet 1789 avec ses soldats, il illustre malgré lui à merveille la coupable bêtise de tous les Chrétiens qui capitulent devant le mal au nom de prétendus bons sentiments : « Ne voyons pas le mal partout, faisons confiance aux ennemis de l’Église ! » et à ces patriotes qu’on a vu à la Messe… constitutionnelle, c’est-à-dire du culte schismatique d’État. Regardez donc ces loups, ils ont de si beaux pelages d’agneaux ! Cette attitude se renouvelle hélas face à tous les adversaires du nom chrétien : athéisme, laïcisme, islamisme. Et nos nouveaux Marquis de Launais finiront comme lui, après avoir par leur faute laissé ruiner toute la société, tout le bien commun…

 

« Il est impossible de ne pas être pénétré d’horreur quand on n’a point abjuré tout sentiment d’humanité ». Nous le savons, beaucoup, même chez les pieux Catholiques, ne sont aucunement « pénétrés d’horreur », justement parce qu’ils ont « abjuré tout sentiment d’humanité », de même pour les Français qui ne sont pas scandalisés par le « crime abominable » de l’avortement (selon les paroles du concile Vatican II lui-même, pourtant généralement abondamment cité), crime qui est, selon le pape François, « le mal absolu », affirmation elle aussi bien peu reprise par ses thuriféraires.

 

Après la récente mort de l’initiatrice officielle du massacre légal de masse des enfants dans le ventre de leur mère, plus petits sujets de l’ordre naturel divin, ne peut-on voir dans nos prétendues élites – il y a quarante ans comme lors de la dernière campagne électorale – les dignes successeurs de ces « ci-devant Chrétiens constitutionnels », qui pour ne pas paraître s’opposer à la Révolution en marche, donnent des gages à ses partisans les plus enragés en les dépassant dans l’horreur ? En allant jusqu’à s’indigner d’avoir pu être ne serait-ce que soupçonnés d’avoir été défenseurs de la vie ? En exhibant leur participation positive à chacun des votes étendant, législature après législature, le massacre ?

 

Alors que sous la Révolution, tout le monde avait peur, les Révolutionnaires les premiers, au sein d’un courant qu’ils ne maîtrisaient pas vraiment, de nos jours : combien se soucient vraiment des nouvelles victimes de la fille de la Révolution, toujours aussi avide de sang ? Combien de temps notre société endormie s’habituera-t-elle à certains massacres, par un silence criant, tandis que d’autres sont quant à eux très régulièrement sur les lèvres des journalistes et hommes de pouvoir ?

 

N’attirent-ils pas à chaque instant la colère du Ciel, tel le sang d’Abel ? Plus d’un avortement par seconde dans le monde ; un toutes les 11 secondes en France, soit 327 avortements depuis une heure, et 7800 ce soir. Lorsque Mère Teresa lançait au monde : « Le plus grand destructeur de la paix, aujourd’hui, est le crime commis contre l’innocent enfant à naître », ne s’agit-il pas encore une fois d’« instaurer et restaurer sans cesse », selon le mot de saint Pie X aux évêques français, « la cité catholique, la civilisation chrétienne » qui seule promeut le vrai respect de la vie humaine, consacrée par l’Incarnation du Fils de Dieu ? La Sainte Église n’est-elle pas aujourd’hui (pas par tous ses membres, hélas) presque l’unique défenseur du caractère sacré de la vie humaine innocente ? Le seul obstacle aux actuelles politiques mondiales ?

 

« Quoique les prières funèbres puissent paraître superflues quand il s’agit [de] Chrétien[s] qu’on croit avoir mérité la palme du martyre, puisque saint Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs, mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières », cette Messe de Requiem nous rappelle que la société est bien en deuil de la paix, à savoir la tranquillité de l’ordre, de l’ordre voulu par Dieu, mais qu’elle attend sa résurrection avec une ferme confiance, ce qui sera bientôt manifesté, nous l’espérons, par le passage de la couleur noire des ornements à la couleur rouge, le jour où Rome aura le courage d’appeler « saints » ceux que Pie VI appelait déjà « martyr[s] pour la foi ». La plus belle et importante sentence de l’allocution pontificale est celle-ci : « Qui pourra jamais douter que ce monarque (et j’ajoute : et tous ses compagnons, ainsi que leurs successeurs) n’ait été principalement immolé en haine de la Foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? », notamment aujourd’hui celui du respect de la vie de la conception à la mort naturelle.

 

Face aux paroles racistes d’un hymne célèbre, le pape Pie VI parle bien lui-même de (je cite) « l’effusion d’un sang si pur ». Et souvenons-nous que le roi-martyr s’était exclamé, et nos héros avec lui : « Je meurs innocent des crimes que l’on m’impute, et je prie afin que mon sang ne retombe pas sur la France ». Ses sujets ne disaient pas autre chose. Et nos petits martyrs de chaque seconde, ne les entendez-vous pas s’écrier la même chose, nouveaux fils de Rachel et saints Innocents de Bethléem, le crime invoqué étant pour eux la maladie ou la simple gêne d’un confort hédoniste et égoïste !

 

Ces paroles que je vous ai livrées, et qui en scandalisent sans doute plus d’un aujourd’hui, sont les paroles-mêmes du Souverain Pontife ayant affronté la Révolution. Quand bien même les lâches deviendraient majoritaires parmi les Catholiques, « serions-Nous obligés pour cela de changer de sentiment au sujet de [leur] martyre ? », demandait ce pape. « Non, sans doute, répondrons-nous avec lui, car si Nous avions eu pareil dessein, Nous en serions détournés […] par [leur] mort-même[…] en haine de la religion catholique ; de sorte qu’il paraît difficile que l’on puisse rien contester de la gloire de [leur] martyre ».

 

Pour terminer, voici l’inégalable conclusion du discours papal aux princes de l’Église : « Ah ! France ! Ah ! France ! toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la Chrétienté et l’inébranlable appui de la foi ; toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le Siège Apostolique, ne marches pas à la suite des autres nations, mais les précèdes toutes : que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion !

Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! […]

 

Ah ! encore une fois, France ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fût pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner ! Ta rage contre ce monarque s’est montrée telle que son supplice même n’a pu ni l’assouvir, ni l’apaiser. […]

 

Ô jour de triomphe pour Louis XVI [et tous ses compagnons], à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations, et la victoire au milieu de [leur] supplice ! Nous avons la confiance qu’il[s ont] heureusement échangé une couronne royale toujours fragile, et des lys qui se seraient flétris bientôt, contre cet autre diadème impérissable que les Anges ont tissé de lys immortels. […]

 

« Laissons donc, écrit avec douleur le Père commun, ce peuple révolté s’endurcir dans sa dépravation puisqu’elle a pour lui tant d’attraits, et espérons que le sang innocent de Louis crie en quelque sorte et intercède pour que la France reconnaisse et déteste son obstination à accumuler sur elle tant de crimes, et qu’elle se souvienne des châtiments effroyables qu’un Dieu juste, Vengeur des forfaits, a souvent infligés à des Peuples qui avaient commis des attentats beaucoup moins énormes.

Telles sont les réflexions que Nous avons jugées les plus propres à vous offrir quelques consolations dans un si horrible désastre ». Fin de citation.

 

Face en effet à tous les attentats contre la vie humaine innocente et tous les martyres niés, méprisés et oubliés, les Légitimistes seront toujours là pour entretenir la fidèle mémoire, honorant le sacrifice des uns, publiant le crime des autres, expiant pour ceux-là en vue de la restauration de l’ordre et du bien outragés, et de la conversion des bourreaux et de leurs complices en vue de leur éviter des peines éternelles. Comment ne pas penser aux paroles de N.S. : « Je vous le dis, s'ils se taisent, les pierres crieront ! » (Luc. XIX, 40) ?

 

Les fidèles Catholiques français attachés à l’ordre très-chrétien de leur Patrie terrestre sont de ces pierres qui crient, et font honneur au nom français au milieu de notre époque bien trouble. Comme le rappelle souvent S.M. le Roi, il ne s’agit pas de nostalgie, mais de fidélité à Dieu en trois Personnes, à Son lieutenant sur terre, à ses fervents et bons sujets s’étant conduits en héros, en un mot à ces principes qui continuent d’inspirer toute notre conduite et chacune de nos actions.

 

Avec le premier pape, sur les écrits duquel je tombais hier, écrions-nous : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon Sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux, vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps! C'est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu'il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l'épreuve de votre foi, plus précieuse que l'or périssable qui cependant est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, la gloire et l'honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra, Lui Que vous aimez sans L'avoir vu, en Qui vous croyez sans Le voir encore, vous réjouissant d'une joie ineffable et glorieuse, parce que vous obtiendrez le salut de vos âmes pour prix de votre foi.

 

Les prophètes, qui ont prophétisé touchant la grâce qui vous était réservée, ont fait de ce salut l'objet de leurs recherches et de leurs investigations […]. Il leur fut révélé que ce n'était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu'ils étaient les dispensateurs de ces choses, que vous ont annoncées maintenant ceux qui vous ont prêché l'Evangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel, et dans lesquelles les anges désirent plonger leurs regards » (I Petr. I, 3). Ainsi soit-il.

 

Sermon 14 juillet 2

 

 

frise lys deuil


19/07/2017
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Lettre mensuelle aux membres de la Confrérie (25 juin 2017)

Confrérie de prière

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie royale
25 juin 2017

 

         Chers Membres de la Confrérie Royale & Sympathisants,

 

 

 

Dans son admirable Discours sur l’histoire universelle, Bossuet enseigne au dauphin, fils de Louis XIV, que « Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes touchant les rois et les monarchies qu’Il élève ou qu’Il détruit. Mais l’ayant fait tant de fois dans ces grands empires [de l’Antiquité] dont nous venons de parler, Il nous montre par ces exemples fameux ce qu’Il fait dans tous les autres, et Il apprend aux rois ces deux vérités fondamentales : premièrement, que c’est Lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il Lui plaît ; et secondement, qu’Il sait les faire servir, dans les temps et dans l’ordre qu’Il a résolu, aux desseins qu’Il a sur son peuple. C’est, Monseigneur, ce qui doit tenir tous les princes dans une entière dépendance, et les rendre toujours attentifs aux ordres de Dieu, afin de prêter la main à ce qu’Il médite pour sa gloire dans toutes les occasions qu’Il leur en présente »[1].

Avec son regard d’aigle, le grand Évêque de Meaux voit dans l’histoire du genre humain la manifestation de la Providence divine, dans laquelle Dieu intervient pour faire triompher Son plan, et « la vraie science de l’histoire, écrit-il encore, est de remarquer dans chaque temps ces secrètes dispositions qui ont préparé les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arriver »[2].

 

Pourtant, il est intéressant de remarquer que dans l’histoire du peuple hébreu, la royauté fut instaurée pour un motif tout autre que celui de faire régner Dieu parmi « Son peuple » (Jér. 30, 22). Jusque-là, en effet, le Peuple de Dieu était gouverné par des prophètes, comme Moïse ou Samuel, ou encore par des juges que le Seigneur suscitait aux heures critiques de son histoire pour sauver Israël.

 

Ce type de recours à un intermédiaire royal ne correspond pas entièrement au plan originel de Dieu ; en effet, depuis toujours, Dieu souhaite instaurer avec chaque homme une relation directe permettant à ce dernier de recevoir lumière et force pour chaque jour. Ainsi Moïse s’exclamait-il : « Si seulement tout le peuple du Seigneur était composé de prophètes ! » (Nb 11, 29).

 

Le prophète Samuel oignant le roi David.

 

Cependant, les prophètes et les juges recevaient leurs instructions du Seigneur Lui-même et les transmettaient au peuple ; leur rôle était donc au service de l’autorité exercée par Dieu sur Son peuple. Avec la royauté, il en va autrement. L’instauration de la monarchie, ce « péché originel d’Israël » comme on l’a appelé [3], provient de la même cause que le péché originel de l’humanité : le mimétisme. Alors qu’Adam et Ève voulaient devenir « comme des dieux » (Gn 3, 5), les fils d’Israël veulent être « comme les autres nations ». Les anciens d’Israël dirent en effet au prophète Samuel : « Installe-nous un roi pour nous juger comme toutes les nations » (1 Sam. 8, 5). Dieu ne s’y trompe pas : cette volonté d’« être comme » est une manière de Le rejeter, Lui, car elle constitue une alternative trompeuse à l’« être par » Dieu ; c’est pourquoi le Seigneur déclare à Samuel en retour : « Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est Moi, afin que Je ne règne plus sur eux » (1 Sam. 8, 7).

 

Pour nous, c’est tout l’inverse : c’est pour faire régner Dieu que nous demandons un roi ! C’est pour ne pas suivre nos moutons contemporains englués dans la démocratie moderne que nous réclamons un roi ! « Da nobis regem », lisions-nous au bréviaire jeudi dernier [4] : Seigneur, donnez-nous ce roi qui nous permette de restaurer Vos droits sur la France, Votre fille bien ingrate ! Mais une fille indigne, quand bien même elle se prostituerait, demeurerait la fille de son père, et c’est cette filiation, souillée mais non pas désavouée, qu’il nous faut faire reconnaître aux yeux de tous.

 

Dans le récit de l’instauration de la royauté au sein d’Israël, nous voyons que le Seigneur, qui est assez puissant pour faire rejoindre les caprices de ses enfants gâtés à Son plan de Salut, non seulement va accorder le régime réclamé par Son peuple, mais va encore lui envoyer un roi « selon Son Cœur » (Actes 13, 22), en retirant la royauté à Saül pour la confier à David, le roi-prophète. Tel est, selon saint Paul, le témoignage que Dieu rendit au premier roi fidèle de Juda, et ce n’est pas un hasard si c’est de sa postérité que sortira le Messie. Quant à nous, nous fêtons d’ailleurs ces jours-ci le 1030e anniversaire du sacre et couronnement de Hugues Capet, fondateur de la dynastie d’où naîtra le successeur légitime de nos rois de France.

 

 

Couronnement du roi Hugues Capet (987)

 

 

En ce mois du Sacré-Cœur, c’est ce qu’il nous faut demander dans nos prières : que S.M. le roi de jure Louis XX puisse exercer sa royauté selon le Cœur de Dieu.

 

 

En 1689, lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ révéla Son Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, Il lui fit cette demande importante : « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par sa consécration à Mon Cœur adorable. Mon Cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis et de tous ceux de la sainte Église ». Mais Louis XIV ne fit pas droit à cette céleste requête et cent ans jour pour jour après le message du 17 juin 1689 resté sans réponse, le Tiers-État se proclamera Assemblée constituante et emportera la Monarchie française dans le sang et la terreur.

 

C’est donc par la consécration au Sacré-Cœur que nous viendra le salut de la France, tout comme Notre-Dame de Fatima nous assurait, il y a un siècle, que c’est par la consécration à son Cœur immaculé que la paix serait rendue au monde.

 

Avec ce charisme prophétique que leur insuffle bien souvent le Souverain Pontificat, les Papes, depuis plus d’un siècle, ont annoncé clairement les bienfaits que nous pourrions attendre d’une telle consécration au Cœur adorable de Jésus, « fruits nombreux et excellents, non seulement pour chacun en particulier, mais pour la société tout entière : religieuse, civile ou familiale » [5] – Notre-Seigneur lui-même a promis en effet à sainte Marguerite-Marie que « tous ceux qui honoreraient Son Cœur seraient comblés d’abondantes grâces célestes » ; mais encore les calamités qui s’abattraient sur nous si nous Le méprisions.

 

Mosaïque de la voûte de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre édifiée en Vœu national (loi de 1873)

 

En élevant la fête du Sacré-Cœur que nous solennisons justement aujourd’hui au rang de double de première classe avec octave, le pape Pie XI incitait tous les Catholiques à faire « amende honorable à Notre-Seigneur, dans laquelle toutes nos fautes sont déplorées, et hommage est rendu aux droits violés de notre Roi et de Notre-Seigneur très aimant »[6].

 

 

Avant lui, le pape Léon XIII avait consacré le genre humain au Sacré-Cœur. Dans son encyclique Annum sacrum (1899), il expliquait : « Une telle consécration apporte aussi aux États l’espoir d’une situation meilleure, car cet acte de piété peut établir ou raffermir les liens qui unissent naturellement les affaires publiques à Dieu. (…) Il arrive fatalement que les fondements les plus solides du salut public s’écroulent lorsqu’on laisse de côté la religion. Dieu, pour faire subir à ses ennemis le châtiment qu’ils avaient mérité, les a livrés à leurs penchants, de sorte qu’ils s’abandonnent à leurs passions et s’épuisent dans une licence excessive. De là, cette abondance de maux qui depuis longtemps sévissent sur le monde, et qui Nous obligent à demander le secours de Celui qui seul peut les écarter ».

 

 

Cet enseignement sera repris par le même Pie XI lorsqu’il instituera la fête liturgique du Christ Roi, afin d’exalter la royauté du Christ sur tout l’Univers et inciter les individus comme les États à proclamer leur soumission à Son règne d’amour, puisqu’Il veut régner par Son Sacré-Cœur. Ainsi écrivait-il dans son encyclique Quas primas : « À l’heure où les hommes et les États sans Dieu, devenus la proie des guerres qu’allument la haine et des discordes intestines, se précipitent à la ruine et à la mort, l’Église de Dieu, continuant à donner au genre humain l’aliment de la vie spirituelle, engendre et élève pour le Christ des générations successives de saints et de saintes ; le Christ, à son tour, ne cesse d’appeler à l’éternelle béatitude de Son royaume céleste ceux en qui Il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de Son royaume terrestre »[7].

 

Et plus loin : « Les États, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à Ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui L’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui L’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles ; car Sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs »[8].

 

Notre défense et promotion de la royauté, chers Amis, doit en conséquence se réaliser d’abord dans notre propre âme, selon la parole de Notre-Seigneur : « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine » (Lc 11, 17). Comment en effet pourrions-nous faire triompher la royauté du Christ dans la société si notre âme n’est pas maîtresse de nos passions, si le père ne commande pas au sein de la famille, si le roi ne règne pas sur ses sujets ? Qu’il me soit permis de vous rappeler notre engagement de sanctifier particulièrement, la grâce aidant, le 25 de chaque mois plus encore que les autres jours, dans le but d’offrir nos efforts, nos peines et nos sacrifices à toutes les intentions de la Confrérie royale. Ce mois-ci, la sainte Messe dominicale et la sainte Communion nous y aideront grandement !

 

Ici encore le pape Pie XI a des mots percutants : « Si enfin cette puissance embrasse la nature humaine tout entière, poursuit-il dans son encyclique, on doit évidemment conclure quaucune de nos facultés ne peut se soustraire à cette souveraineté. Il faut donc qu’Il [le Sacré-Cœur] règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu’Il règne sur nos volontés : nous devons observer les lois et les commandements de Dieu. Il faut qu’Il règne sur nos cœurs : nous devons sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-dessus toutes choses et nous attacher à Lui seul. Il faut qu’Il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d’instruments ou, pour emprunter le langage de l’Apôtre saint Paul, ‘‘d’armes de justice offertes à Dieu’’ (Rm 6, 13) pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes. (…) Ainsi nous récolterons les heureux fruits d’une vie conforme aux lois du royaume divin. Reconnus par le Christ pour de bons et fidèles serviteurs de Son royaume terrestre, nous participerons ensuite, avec Lui, à la félicité et à la gloire sans fin de Son royaume céleste »[9].

 

Voici tracés en quelques lignes notre programme de vie, en un mot notre mission, bien chers Membres ! Demandons à saint Jean-Baptiste, dont nous célébrions la Nativité hier, de faire de nous également des Précurseurs du Christ pour annoncer Son Royaume en travaillant ici-bas à l’établissement de Son règne d’amour par le rétablissement du « fils aîné de Son Sacré-Cœur » !

 

Le Chancelier +

 


[1] Bossuet, Discours sur l’histoire universelle (1681), à l’introduction.

[2] Ibid.

[3] Abbé Dominique Janthial, c.e., Devenir enfin soi-même – À la suite des grands hommes du Premier Testament (2016), d’où nous tirons cette analyse vétéro-testamentaire.

[4] 2ème leçon des matines du jeudi de la IIème semaine après la Pentecôte, tiré de 1 Sam. 8, 6.

[5] Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor sur la réparation que nous devons au Sacré-Cœur de Jésus (1928), § 7.

[6] Ibid., § 6.

[7] Encyclique Quas primas (1925), § 3.

[8] Ibid., § 21.

[9] Ibid., § 22.

 


24/06/2017
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Sermon du samedi 27 mai 2017 (Pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy)

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SERMON DU SAMEDI 27 MAI 2017

par M. le grand-prieur de la Confrérie Royale
à la Messe votive du Coeur Immaculé de Marie
célébrée en la cathédrale-basilique du Puy
 
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Monsieur le Recteur,
Messieurs les Ecclésiastiques,
Monsieur le Président,
Chers Fidèles,
 
En ce centenaire des apparitions de l’auguste Mère de Dieu à Fatima au Portugal du 13 mai au 13 octobre 1917, notre pèlerinage pro Rege et Francia prend une dimension toute spéciale.
 
Si Fatima nous fait automatiquement penser à la Russie, il devrait également nous faire penser à la France. Car de quoi la Révolution bolchévique de 1917 est-elle la conséquence, si ce n’est de la Révolution de 1789, dont elle se réclame, comme d’ailleurs tous les totalitarismes du XXe siècle ? Et de quel événement la Révolution de 1789 est-elle elle-même la conséquence, si ce n’est – en partie, et quand on ouvre les yeux surnaturels – de l’absence de réponse à la demande, le 17 juin 1689, du Sacré-Cœur de Jésus à sainte Marguerite-Marie, de voir « le Fils aîné de Son Sacré-Cœur » lui consacrer sa personne, sa famille, ses armées et son Royaume ?
 
Certes, les péchés s’étaient accumulés pendant tout le XVIIIe s., appelant la colère du Ciel. Et de même qu’en Adam, nous péchâmes tous, de même lorsque Lucifer cria son « non serviam » à la Face du Très-Haut, des myriades d’anges le suivirent-elles dans la révolte. Aussi la responsabilité d’un prince ne dédouane pas les autres de leur propre responsabilité dans le cours des événements. Et la conférence que nous avons eue ce matin avait pour but de nous garder de l’écueil du providentialisme et du millénarisme. Mais à l’école du cardinal Pie, ne sombrons pas non plus dans celui du naturalisme, qui voudrait faire abstraction des messages du Ciel dûment approuvés par l’autorité ecclésiastique compétente, d’autant plus quand il s’agit d’événements contemporains en relation directe avec les avertissements maternels, et qui sont, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une actualité… brûlante.
 
Avec Jehanne, notre Patronne, sachons, en bons Catholiques, demeurer toujours dans le saint équilibre !
 
Le mercredi 17 juin 1789, donc, lorsque, par un coup d’éclat se voulant un coup d’État, des députés non mandatés pour cela se déclarèrent Assemblée nationale, s'arrogeant de fixer par écrit dans une Constitution écrite les futures règles de gouvernement et les attributions de chacun (roi, ministres, députés...) – ce qui contenait en germe toute la Révolution, alors que l’Église interdit de renverser l’autorité légitime – aucun ecclésiastique sans doute ne prêcha à la Messe du jour, ni les suivants, sur l’anniversaire important, le centenaire des apparitions de Paray. Et pourtant le prédicateur qui l’eût fait eût visé très juste, ce qui nous semble une évidence à deux siècles de distance.
 
Beaucoup de nos compatriotes diront peut-être que le rapport entre le message de Fatima et le roi de France n’est qu’indirect et bien lointain, ou de motif trop surnaturel… Nous n’aurons pas de mal à leur répondre de se pencher sérieusement sur les événements de Fatima, et ils ne tarderont pas à remarquer que le roi de France en question y a toute sa place.
 
Vous le savez sans doute, après le 13 octobre 1917, la Très Sainte Vierge Marie a continué de se manifester à Lucie devenue religieuse ; elle lui apparaissait même parfois avec Notre-Seigneur. En 1931, voici que le Ciel se plaignit d’un geste non accompli. En août, en effet, lors d'un séjour de convalescence à Rianjo, une petite ville proche de Pontevedra, Notre-Seigneur dit à Sœur Lucie: « Ils n'ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s'en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église : le Saint-Père aura beaucoup à souffrir ».
 
Pourquoi Notre-Seigneur rappelle-t-il une omission 242 ans après ? Ne pouvait-Il à la limite prendre pour exemple un événement plus récent et concret, plus… « terre à terre » ? C’est que Dieu y voit là un événement majeur, ou au contraire un non-événement majeur, un manque coupable de réponse à la grâce divine. Et l’objet de notre Confrérie est bien de prier pour la fidélité du Prince aux grâces de sa mission en tant que vase d’élection.
 
Où a-t-il déjà été donné à un mortel d’être appelé, non seulement « Fils aîné de l’Église » – et par les Souverains Pontifes eux-mêmes – ce qui est déjà magnifique, mais « Fils aîné du Sacré-Cœur » ? Dans toute la majesté de sa sublime élévation, aucun Pontife Romain n’eut jamais un tel honneur !
 
Or, la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus est l’incarnation-même du dogme de la royauté sociale du Christ. Aussi le manquement à la dévotion au Sacré-Cœur est-elle justement associée à un chamboulement de l’ordre social chrétien, dont le Très-Chrétien était par antonomase le représentant-né : l’Europe hébétée en fut le témoin.
 
Mais cet acte manqué de 1689, le Ciel ne s’en est visiblement pas fait une raison : le Seigneur attend toujours que le roi de France lui consacre son Royaume, puisqu’il concède une consécration tardive, celle de Louis XVI au Temple, mais alors qu’il était prisonnier. Et la Confrérie Royale porte cette intention au cœur-même de ses prières de chaque instant. Aussi bénirai-je après le sermon un monument de notre piété, gravant ainsi, non dans le marbre mais dans la fonte, une date au combien historique pour nous, signe des prédilections divines pour un homme, et de l’espérance qu’il donne à tout un royaume pour une prochaine consécration.
 
Car l’intention que nous portons aujourd’hui est bien au cœur du message de Notre-Dame, mais de manière plus discrète que la consécration de la Russie.
 
Si le Pape en effet ne consacre pas la Russie au Cœur Immaculé de Marie, n’est-il pas à craindre que Dieu ne frappe Son Église du même châtiment qu'il réserva en 1789 à la monarchie française ? Et qu’en laissant frapper le pasteur, les brebis ne se dispersent ?
 
Toutefois, après avoir répandu ses erreurs et ses crimes dans le monde entier, la Russie, comble de l’ironie, a, cent ans plus tard, bien changé. Sans brosser un portrait idyllique, ses églises se reconstruisent au rythme d’un millier par an (et jusqu’à Paris !), elle fut en première ligne pour la défense de la famille et des valeurs chrétiennes, et même dans la défense du Saint-Père outragé, en la si mouvementée Année du Sacerdoce ! Cela nous ne l’oublions pas. Notre cœur est également réconforté de voir cette année la Russie honorer officiellement saint Louis ; il l’est d’autant plus que son descendant y fut lui-même invité et daigna s’y rendre. Le terreau semble donc prêt : comme la sainte Mère de Dieu à Cana, hâtons les choses par nos prières opportunes !
 
Dans les années 1960, le successeur légitime des rois de France ajouta au sommet de ses armoiries le Cœur Immaculé de Marie contenant en son sein le Cœur Très-Sacré de Jésus, rayonnant tous deux de gloire. Les deux Cœurs sont irrémédiablement liés, et saint Jean Eudes ne parlait d’ailleurs que d’un même Cœur de Jésus et Marie.
 
Que demandait le Christ à Son Fils aîné ?
-Mettre Son Sacré Cœur sur les armes du roi et les étendards de la France >C’est fait !
-Lui élever une Église nationale > C’est fait, à Montmartre, par des souscriptions de la France entière, c’est la basilique du Vœu national. Et la dauphin Louis avait érigé un autel à la chapelle de Versailles.
-Que dans cette Église la France Lui soit solennellement consacrée par son souverain > C’est notre programme !
 
En tant que modestes représentants des peuples de France, nous nous permettons, ô Cœur sacré de Jésus et de Marie, de Vous consacrer dès maintenant notre Prince bien-aimé. Nous vous le présentons et confions, mais de grâce, « sauvez-le, et exaucez-nous en ce jour où nous Vous invoquons ».
 
Toutefois, afin de ne pas verser dans un mysticisme de mauvais aloi, n’attendons pas, benoîtement, tout des actes du Prince et du Pape, comme s’ils étaient les seuls intéressés : ils sont les premiers intéressés, mais pas les seuls : soyons, nous aussi déjà, fidèles à l’humble devoir d’état quotidien, demande essentielle de Notre-Dame, tant à Fatima qu’à Pellevoisin par exemple, où elle confiait à Estelle : « Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles » ; « Tu n’as pas perdu ton temps aujourd’hui ; tu as travaillé pour moi » (11 nov. 1876) ainsi, « Je serai invisiblement près de toi » (8 déc. 1876). Soyons courageux pour les sacrifices surérogatoires demandés par le Ciel, et auxquels se consacrèrent saint François et sainte Jacinthe le peu de temps qu’il leur resta à vivre. Et contrairement à ce que croit et enseigne le monde, ces deux pastoureaux ont sans doute eu une vie plus réussie que ceux qui brillent trop pour s’éteindre ensuite rapidement.
 
Notre-Dame – qui affirme « Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire » (5 nov. 1876) – a besoin de nous, pour la faire connaître (« Publie ma gloire » disait-elle déjà à Estelle) ainsi que pour publier son message : prier pour la conversion des pécheurs qui sinon se damneront. « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour prendre sur vous toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en réparation des péchés par lesquels il est offensé, et en intercession pour la conversion des pécheurs ? » (Mémoires de Sœur Lucie, I, p.162). Tel est l’objet de la dévotion des premiers samedis des mois. Et « ceux qui me mettent en lumière auront la vie éternelle » (Eccli. XXIV, 31), était-dit dans l’épître.
 
La Confrérie royale, qui veut avoir une grande dévotion pour le Cœur Immaculé de Marie, auquel elle s’est consacrée en cette même cité l’an passé, a toutefois un objet moins étendu, plus spécifié : dans cette prière pour le prochain, elle consacre la sienne à la restauration en France de l’ordre social chrétien tel que voulu par Dieu, conscient que « de la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes » (Pie XII : Discours du 1er juin 1941).
 
Pour cela, nous prions pour la sanctification du Prince successeur de saint Louis, pour qu’il soit docile et fidèle aux grâces d’état qu’il reçoit immanquablement. Car nous ne demandons pas seulement un roi, mais un roi selon le Cœur de Dieu, le Cœur de Jésus, et donc de manière indissociable le Cœur de Marie.
 
Ou plutôt, nous ne le demandons pas, puisque les Lois fondamentales de France le désignent déjà. Nous prions pour sa manifestation, pour son élévation, et pour le plus sublime des sacramentaux de la Sainte Église, qui nécessite non seulement un Évêque comme célébrant mais sept autres comme assistants : je parle bien évidemment du Sacre, qu’en octobre dernier le prince appelait « la colonne vertébrale de la royauté ». Serait-ce insensé et trop demander, dans une basilique consacrée par les saints anges eux-mêmes ?!

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Tout à l’heure, à l’Offertoire si bien nommé, nous recevrons de nouveaux Vœux de consécration à la Couronne de France ; l’oraison de la Messe m’a d’ailleurs fait dire tout à l’heure : « Ô Dieu tout-puissant et éternel : faites que notre volonté vous soit toujours dévouée ; et que nous servions votre Majesté d’un cœur sincère » (collecte du dim. dans l’octave de l’Ascension).
 
Ô Notre-Dame, daignez accepter aujourd’hui, en ce sanctuaire où vous trônez comme Reine de France, l’hommage d’humbles fils du saint Royaume de France. D’un cœur magnanime et audacieux, permettez-nous de vous réserver, de vous offrir, de vous consacrer par ce pèlerinage et par cette Messe, à l’occasion du centenaire de votre manifestation capitale à Fatima : le prince Louis, aîné des fils de saint Louis et successeur de nos illustres monarques, tête du Corps du Royaume de France.
 
Et puisque du bienheureux Urbain II au Saint-Père actuel, en passant par Pie XI, les papes ont toujours reconnu qu’il était votre royaume, agréez en ce jour, Notre-Dame de France, le Roi Très-Chrétien, Fils aîné de l’Église et du Sacré-Cœur, comme Fils aîné de votre Cœur Immaculé, afin qu’il soit le premier chevalier de son triomphe promis et espéré.
 
« Pour être roi d’une cité, Jésus-Christ, en effet, selon le P. Calmel,demande d’abord la fidélité au droit naturel pris dans son ensemble et non pas seulement un hommage public aux ministres de sa religion et aux Sacrements de son Corps et de son Sang » (P. R-Th. Calmel o.p., op cit. p. 143).
 
Et puisqu’à Sœur Lucie, vous laissâtes entendre que le grand combat final, entre le serpent et vous, qui lui écrasez la tête, serait celui de la Famille, prenez également sous votre protection et patronage l’auguste Famille Royale :
–S.M. la Reine, Marie-Marguerite, qui a pour mission de vous représenter sur cette terre de France, et qui après vous, en est la seule première Dame et Souveraine ;
–et les Enfants de France :
–Madame, la princesse Eugénie de France, en son 10e anniversaire ;
–Mgr le Dauphin, Louis, et Mgr le duc de Berry, Alphonse,
nos Princes jumeaux, qui accompliront demain leurs sept années.
 
La Famille royale
 
Associons-y toute l’auguste Maison de France (dont le nom est déjà tout un symbole et programme…), puisque nous naissent régulièrement de nouveaux princes du sang. A l’exemple de sainte Jeanne d’Arc, prions pour leur sanctification, et leur fidélité aux principes qui « constituent » la France.
 
Que la tête des familles de France ainsi confiée à un si puissant patronage, toutes nos familles puissent réaliser ici-bas leur mission, dans l’imitation des vertus de la Sainte Famille de Nazareth, dans un ordre social chrétien restauré, dans une Cité catholique recouvrée, dans une Chrétienté renaissante. Comme le disait le Pasteur angélique, sacré évêque par Benoît XV à Rome, chose inouïe, alors même que la Sainte Mère de Dieu apparaissait au Portugal, « c’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ; de sauvage, il faut le rendre humain ; d’humain, le rendre divin, c’est-à-dire selon le Cœur de Dieu » (Discours du 11 février 1952). Et comme le disait Louis XIII le Juste, comme nous l’avons lu avant-hier : « Les bonnes familles sont la condition nécessaire et suffisante d'un bon Royaume ». Voilà donc où le Christ Roi doit régner en premier, ainsi que Son Lieutenant.
 
Puisque nous avons traité hier du Corps mystique de la France, et en application du message de notre Mère à Fatima, permettez-moi de citer derechef l’auteur de la belle encyclique sur le Corps mystique du Christ, l’Église, Mystici Corporis (1943), à savoir le vénérable Pie XII – et il vous suffira de transposer à ce que les Pontifes romains ont toujours appelé le second pouvoir sur terre, à savoir le temporel : « Mystère redoutable, certes, et qu'on ne méditera jamais assez : le salut d'un grand nombre d'âmes dépend des prières et des mortifications volontaires, supportées à cette fin, des membres du Corps mystique de Jésus-Christ et du travail de collaboration que les Pasteurs et les fidèles, spécialement les pères et mères de famille, doivent apporter à notre divin Sauveur ».
 
Dans le Corps mystique de la France, la Confrérie Royale n’a pas d’autre mission que de demander « des prières et des mortifications volontaires, supportées à cette fin, des membres du Corps mystique » du Royaume, « spécialement les pères et mères de famille », pour la Couronne (notre famille) et le père des pères de famille, le chef des chefs de famille, bien conscients que par cet ordre voulu par Dieu et miraculeusement confirmé tout au long de notre histoire sainte, le plus possible de nos frères, de fils de France, trouveront facilitée la voie du Ciel, comme saint Grégoire le Grand le donnait en programme aux empereurs : « Le pouvoir a été donné d’en haut à mes seigneurs sur tous les hommes, pour aider ceux qui veulent faire le bien, pour ouvrir plus largement la voie qui mène au ciel, pour que le royaume terrestre soit au service du royaume des cieux » (Lettre à l’empereur Maurice et à son fils ThéodoreRegis. III. 61), ce qu’appliqua Louis XIII en son mémorable Vœu (je cite) : « Nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre Royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre Couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, qu’[…] il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire ». Voilà notre Vœu, et la raison de notre présence à vos pieds.
 
Comme le précisait le P. Calmel, op : « C’est par amour des pauvres, c’est parce que les pauvres sont les premières victimes dans un monde où les autorités sociales, comme disait Le Play, sont étrangères à la religion chrétienne, c’est pour cela que la sainte Église s’adresse aux grandeurs terrestres pour les convertir, les rendre chrétiennes » (« Itinéraires » n° 67, p. 177), et dans le cas qui nous occupe, très-chrétiennes.
 
La consécration royale et solennelle de la France au Sacré-Cœur n’a pas été faite. Mais la consécration royale et solennelle de la France à Notre-Dame a bien été faite, elle, en 1638. Aussi ne doit-on pas désespérer car nous appartenons bien à la Très Sainte Mère de Dieu, et elle ne peut se désintéresser d’un Royaume qui lui appartient officiellement, qui est désormais sien. C’est donc par elle qu’il nous faut passer pour rejoindre son Fils.
 
Auguste Marie, sainte Mère de Dieu, sauvez le Roi et la France !
Notre-Dame de France, régnez sur nous !
Cœur Immaculé de Marie, hâtez vos triomphes ! Ainsi soit-il.
 
 

31/05/2017
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Homélie du vendredi 26 mai 2017 (Pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy)

HOMÉLIE DU VENDREDI 26 MAI 2017

par M. le chancelier de la Confrérie Royale
à la Messe de saint Philippe de Néri
célébrée au grand-séminaire du Puy
 
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            Monsieur le Grand-Prieur,
            Messieurs les Abbés,
            Mes Frères,
Chers Membres & Sympathisants de la Confrérie Royale,
 
« La joie, écrit Dom Guéranger dans son Année liturgiqueest le caractère principal du Temps pascal : joie surnaturelle, motivée à la fois par le triomphe si éclatant de Notre-Seigneur et par le sentiment de notre heureuse délivrance des liens de la mort. Or, ce sentiment de l’allégresse intérieure a régné d’une manière caractéristique dans le grand serviteur de Dieu que nous honorons aujourd’hui : S. Philippe Néri, « l’Apôtre de la joie » selon le peuple romain ; et c’est bien d’un tel homme, dont le cœur fut toujours dans la jubilation et dans l’enthousiasme des choses divines, que l’on peut dire, avec la sainte Écriture,que le cœur du juste est comme un festin continuel (Pv 15, 15). Un de ses derniers disciples, l’illustre Père Faber, fidèle aux doctrines de son maître, enseigne que la bonne humeur est l’un des principaux moyens d’avancement dans la perfection chrétienne ».
 
Nul doute, chers Amis, que c’est cette même allégresse rayonnante et cette sainte amitié qui nous réunit, à l’intérieur de cette petite (mais qui s’agrandit de pèlerinage en pèlerinage !) cette petite Confrérie Royale. La joie est conquérante : puisse-t-elle, en prenant sa source en Dieu, nous obtenir la victoire de la Cause qui nous rassemble aujourd’hui encore !
 
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            Cette Cause, c’est S. Paul lui-même, qui nous la livre dans sa première épître à Timothée (2, 1-2) : « Je vous exhorte, mes frères, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces pour les rois et ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté ». Quoi de mieux alors qu’un pèlerinage pour répondre à cette demande pressante de l’Apôtre, et qui plus est aux pieds de la Vierge Marie, en ce mois qui lui est consacré, au Puy-en-Velay, où se sont déjà pressés tant de nos ancêtres afin de prier eux aussi pour leur Souverain ?
 
            La prière que nous formulons aujourd’hui est double : le retour du roi, et la sanctification du roi. Les thomistes savent en effet que l’agere sequitur esse : notre agir dépend de notre être. Le sage accomplit des actes sages ; le pécheur, lui, accomplit des œuvres de péché (cf. 1 Jn 3, 8). D’où la nécessité de demander non seulement le retour du Roi en France (puisque le Roi, nous l’avons déjà : les lois fondamentales du Royaume nous le désignent !), mais le retour d’un saint Monarque, tout comme ce soir, lors du Salut du Saint Sacrement, nous demanderons à Dieu de nous donner « des prêtres, de saints prêtres, de nombreux et saints prêtres » : à quoi bon obtenir des prêtres, si c’est pour qu’ils soient scandaleux ? À quoi bon le retour d’un roi s’il s’en montrait indigne ?
 
            C’est ce que nous rappelait hier la Lettre mensuelle[1]de la Confrérie Royale : « Les rois sont des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts. (…) Mais la Royauté française, par ses vertus intrinsèques, et par les grâces de prédilection divine, porte à la sainteté ses titulaires et ses peuples. La Chrétienté autrefois était admirative des qualités de la lignée royale française, supérieures et plus constantes d’ailleurs que dans beaucoup de royaumes ».
 
Le Roi, c’est le Rex : a recte agenda, celui qui agit droitement. S’il gouverne avec piété, justice et miséricorde, il mérite alors d’être appelé « roi », et s’il manque à ses devoirs, ce n’est plus un roi mais un tyran[2]. L’épître de cette Messe nous rappelle l’importance de vivre de la sagesse : « J’ai demandé l’intelligence et elle me fut donnée. J’ai prié, et l’Esprit de Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée à la puissance et aux dignités. J’ai estimé qu’auprès d’elle les richesses n’étaient rien et que les pierres précieuses étaient sans valeur (…) ; elle est pour les hommes une richesse inépuisable. Ceux qui viennent y puiser acquièrent ces dons de la science qui leur ouvrent l’amitié de Dieu » (Sg 7, 7-14).
 
            Cela nous rappelle l’épisode du roi Salomon. Dieu, pour le remercier de sa fidélité à ses Commandements, lui offrit de le récompenser en lui accordant ce qu’il désirait le plus. Celui-ci, dans un rayon de lumière surnaturelle, vit le prix des choses célestes et dédaigna les choses temporelles pour ne réclamer que la Sagesse : « Accordez à votre serviteur un cœur intelligent pour juger votre peuple, pour discerner le bien du mal » (1 Reg 3, 9) ; « Cette demande plut au Seigneur, et Dieu lui dit : puisque tu ne demandes pour toi ni une longue vie, ni les richesses, ni la mort de tes ennemis, et que tu demandes de l’intelligence pour exercer la justice, voici : j’agirai selon ta parole, je te donnerai un cœur sage et intelligent […] ; je te donnerai en outre ce que tu n’as pas demandé : des richesses et de la gloire, de telle sorte qu’il n’y aura pendant toute ta vie aucun roi qui soit ton pareil » (10-13).
 
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            C’est ce que nous devons demander pour notre Souverain bien-aimé : la sagesse. Le saint Curé d’Ars disait que « le plus grand cadeau que Dieu pouvait faire à une paroisse, c’était de lui envoyer un saint prêtre ». N’est-ce pas le plus grand cadeau que Dieu puisse faire à tout un pays, de lui envoyer un saint roi ? Nos prières, si elles sont ardentes autant que confiantes, ont tout pouvoir sur le Cœur de Dieu.
 
Un épisode de la vie de S. Philippe Néri, « l’un des plus beaux fruits de la fécondité de l’Église au XVIème siècle » (selon la formule encore de Dom Guéranger), nous montre les conversions qu’obtiennent les prières d’un Saint. S. Philippe a bien compris que c’est en touchant la tête qu’on atteint tout le reste du corps ; c’est en s’attachant à la conversion d’un roi que l’on travaille à la sanctification de tout un peuple. Le 25 juillet 1593, le roi Henri IV abjure solennellement le protestantisme en la basilique Saint-Denis. Cependant, sa conversion semble douteuse à certains (vous connaissez le mot qu’on lui prête : « Paris vaut bien une Messe » !), à certains et non des moindres, et en premier desquels le Saint-Père lui-même, trop persuadé que l’ambition du trône déterminait son abjuration. Tandis que le Pape doutait de sa sincérité, S. Philippe, lui, fut rapidement convaincu de l’authenticité intérieure de la conversion du monarque jadis huguenot.
 
Ce n’est que deux ans plus tard, en 1595, que l’affaire de la confirmation de l’abjuration du roi Henri IV sera portée devant la Cour de Rome. L’enjeu était grave : la France restera-t-elle catholique ? C’est la question que l’on se pose à Rome avec anxiété depuis le commencement des Guerres de Religion. S. Philippe va alors jouer un rôle décisif, grâce à son crédit auprès du Saint-Siège, dans la reconnaissance de la conversion de Henri de Navarre qui s’était écrié : « Je désire [par là] donner la paix à tous mes sujets et le repos à mon âme ».
 
L’intuition de S. Philippe concernant la grâce de la conversion, c’était que « seules les personnes peuvent être touchées et converties cœur après cœur, librement, dans le contact et l’influence personnelle. La société ne peut s’améliorer que par cette voie »[3]. Il réussit alors à convaincre le rude Clément VIII de recevoir son abjuration, qui ne l’accordera que le 17 septembre 1595, deux ans après la même reconnaissance par les évêques français, cette fois, passant outre le mécontentement de l’Espagne. Le roi converti n’oubliera jamais, lit-on dans sa Vie par Corsini, « qu’il fut par ce saint homme puissamment aidé à recouvrer la grâce dont l’hérésie l’avait tenu éloigné ».
 
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            Le thème de ce pèlerinage nous fait mieux entrevoir le lien intime, plus encore : l’identité entre le roi et la nation : « L’État, c’est moi » pouvait dire avec raison Louis XIV le Grand. C’est ce lien, précisément, que va briser la Révolution de 1789 en opposant ce qui devrait être uni. « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19, 6). La Révolution, œuvre démoniaque, va séparer ce que Dieu avait uni, en dressant la nation contre son roi.
 
            Nos efforts ont pour but d’œuvrer à renouer cette alliance rompue entre la nation et son roi. Pour le moment, nous sommes un peu comme les convives des noces de notre Évangile (Lc 12, 35-40) : nous attendons le retour de notre Maître. « Heureux ces serviteurs que le Maître trouvera éveillés à son arrivée », nous garantit le Christ, car ils recevront leur récompense. Tenons donc notre lampe allumée pour veiller et éviter de tomber dans la somnolence qui guette tous nos concitoyens. Ravivons notre flamme par une charité ardente entre nous et une prière incessante qui se consume auprès de Dieu. Dans 10 jours, nous fêterons la fête de la Pentecôte : que le Saint-Esprit nous apporte force et consolation dans notre mission ! Qu’« il nous embrase nous aussi, comme le prêtre le demandera dans un instant dans la Secrète, de ce feu dont il a admirablement pénétré le cœur » de S. Philippe Néri !
Ainsi soit-il.

[2] Cf. la XIVème université de Renaissance catholique Le patriotisme est-il un péché ? (2016).
[3] Abbé Bombardier, Le rôle de S. Philippe Néri & de l’Oratoire de Rome dans l’absolution donnée à Henri IV (2003).

30/05/2017
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