L'Ami de la Religion et du Roi

L'Ami de la Religion et du Roi

Avec Dieu, des lys peuvent pousser dans un désert.

Avec Dieu, des lys peuvent pousser dans un désert.

Lettre aux membres et amis de la Confrérie Royale
pour le dimanche des Rameaux
25 mars 2018

En cette fin de mois de mars, beaucoup d’événements liturgiques se bousculent. Aujourd’hui même, nous aurions fêté, si nous n’avions pas été au début de la Semaine Sainte, la belle fête de l’Annonciation. Durant tout le mois, nous avons honoré spécialement saint Joseph, père légal de notre Seigneur Jésus-Christ et patron de l’Église universelle. Enfin, le carême s’achève et nous entrons de plain-pied dans le cœur de l’année liturgique où nous allons revivre, dans la foi et la beauté des offices, ces événements fondamentaux pour notre salut que sont la Passion, la mort et la Résurrection de notre Seigneur.

En tant que membres de notre chère Confrérie, nous nous engageons à prier pour la restauration dans ses droits de l’Aîné des Capétiens, afin que celui qui n’est que le « Lieu-tenant » puisse rendre à Dieu son royaume. Comment inscrire cette intention dans cette période si riche liturgiquement et qui nous concentre entièrement sur la Personne divinement aimable de Jésus-Christ ?

S’il nous faut éviter d’entrer dans des analogies hasardeuses ou risquer de verser dans un providentialisme de mauvais aloi, le temps liturgique nous donne néanmoins quelques beaux parallèles à faire, ainsi que des sujets de méditations pour mieux ancrer notre prière et trouver des consolations lorsque nous souffrons de l’incompréhension de notre entourage, y compris parmi les catholiques, souvent déconcertés voire hostiles à notre engagement spirituel en faveur de la Légitimité. Pie XII n’avait-il pourtant pas dit que « la politique c’est, après la prédication de l’Évangile, la plus grande des charités » ? Et quoi de plus naturel pour un catholique français que de garder ou de retrouver la fidélité à ce qui a fait la France chrétienne pendant près de mille ans ?

 

Annonciation église de Chirens.JPG

 

L’Annonciation : le « fiat » de l’humilité.

 

L’Annonciation, que nous fêterons le 9 avril prochain, est marquée par le « fiat » de Marie. Le sort du monde entier, le salut des hommes, se retrouvaient suspendus aux paroles qu’allait prononcer une jeune vierge de Nazareth. Dans son amour incomparable et sans bornes pour les hommes, Dieu fait passer la Rédemption par le biais de la coopération humaine dans la liberté, alors même que c’est dans un usage dévoyé de cette dernière que nos premiers parents avaient péché. Adam et Eve avaient en effet mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ils avaient désobéi et s’étaient ainsi érigés en dieux, répondant à la tentation du serpent : « vous serez comme Dieu » (Genèse III, 5).

Marie, tout au contraire, accepte humblement tout ce que vient lui dire l’ange Gabriel : «  voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (S. Luc I, 38). Elle vit tout dans la foi, dans cet abandon total à Celui dont nous espérons tout. Certes, exempte de tout péché en sa conception même, Marie vivait continuellement dans l’obéissance et l’amour de son Dieu. Cependant, elle restait absolument libre, et d’autant plus libre qu’elle n’était aucunement soumise à l’esclavage du péché. Elle ne questionne pas Dieu sur son choix la concernant elle, simple jeune fille d’un village dont on disait qu’il ne pouvait rien en sortir de bon. Elle ne demande pas de temps de réflexion, d’assurances. Elle s’abandonne entièrement.

Parfait exemple pour nous de l’humilité et de la confiance en Dieu, telle est l’attitude que nous devons imiter chaque jour dans la confiance sans réserve que nous plaçons en notre Seigneur, quelque soit la tournure des événements.

 

La situation de la France semble désespérée. Le trône et l’autel sont par terre. Dieu nous demande pourtant de continuer chaque jour à combattre, dans la prière et dans l’action. Allons-nous lui demander un temps de réflexion, des assurances ? Non. Disons simplement et humblement : « fiat ».

 

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Le charpentier de la lignée de David.

 

A côté de la figure de notre Mère du Ciel, nous trouvons celle du charpentier de Nazareth, saint Joseph. Quelle étonnante providence ! Qui de nous aurait fait un messie du fils d’un charpentier ? Les voies de Dieu ne sont définitivement pas les nôtres...

Joseph est une figure discrète dans les évangiles. On ne lui prête aucune parole, et sa discrétion n’a d’égal que son humilité et sa chasteté qui en faisaient l’époux le plus digne pour la très sainte Vierge Marie. Cependant, si Joseph était d’humble condition sociale et matérielle, il n’en n’était pas moins d’une lignée royale, membre « de la maison et de la famille de David » (Luc II, 4-5). Dieu accomplit ainsi les prophéties messianiques de l’Ancien Testament, mais non de la manière dont les juifs l’attendaient. Joseph inscrivait Jésus dans cette lignée davidique nécessaire pour l’accomplissement des prophéties. Cependant, ce Messie « Fils de David » vit le jour couché dans une mangeoire, entouré d’animaux et de bergers, et c’est justement dans cette fragilité, dans cette humilité et dans cet abandon extrêmes que se manifestent de la manière la plus profonde la puissance et la miséricorde de Dieu.

 

La monarchie française et chrétienne ne reprend-t-elle pas un peu cette belle image dans le principe d’hérédité et dans l’exclusivité de la couronne ? Le roi vient bien d’une lignée, et c’est l’appartenance à ce sang qui le porte sur le trône. Les peuples de France l’acceptent, quelles que soient les qualités, les richesses et le pauvretés humaines de celui que désignent les Lois fondamentales. En retour, le roi de France ne peut se dérober à ses devoirs. Ils les assument dans l’obéissance et l’humilité, ayant conscience que les honneurs attachés à cette couronne ne sont surpassés que par les devoirs qu’elle lui impose. Voilà pourquoi nous restons fidèles à l’Aîné des Capétiens, quels que seraient ses qualités et ses défauts, son intelligence, son aspect physique, son accent ou ses éventuels handicaps. Nous n’exigeons pas telle attitude, tel discours, tel ton du Prince, en échange de notre dévouement. Nous le recevons et nous l’aimons, d’un amour surélevé par la charité, le plus bel apanage du chrétien.

 

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Du désert à la Résurrection.

 

Aujourd’hui, les « Hosanna » résonnent dans Jérusalem, lorsque le peuple de la ville rend honneur à son Messie, à son Roi. Pourtant, quelques jours plus tard, ce même Roi sera trahi, méprisé, condamné, flagellé, puis cloué sur une croix comme le dernier des voleurs. Pendant le carême, nous nous sommes efforcés de jeûner et de prier avec davantage d’ardeur pour nous libérer du superflu et nous recentrer sur l’Essentiel qu’est le Christ. Aujourd’hui, nous acclamons avec la foule des juifs notre Roi, le Roi des rois. Et nous allons l’accompagner cette semaine dans sa Passion, car nous savons pourquoi, ou plutôt pour qui il est mort. Nous savons que c’est par la Croix qu’il nous a ouvert les portes du Ciel et que c’est par cette même Croix qu’il nous a témoigné de son amour infini pour nous. Enfin, nous savons que, derrière l’ombre de cette Croix, apparaissent déjà les premières lueurs de la Résurrection. Nous allons revivre avec notre Seigneur ce calme matin de Pâques où la création silencieuse se réconciliait enfin avec son Créateur, cette matinée durant laquelle un tombeau vide témoignait de l’incomparable puissance divine et de sa victoire définitive sur le péché et la mort.

 

Nous traversons depuis plus de deux cents ans maintenant le désert du Royaume de France. Le Roi est tombé, sous le couperet mortel de l’homme « se faisant dieu » qui a renié le « Dieu fait homme ». La situation paraît, en effet, sans espoir. La République des droits de l’homme est bien installée et use de toujours plus d’artifices électoraux pour faire miroiter un changement à ceux qu’elle exaspère. Qui pourrait croire à une résurrection ?

Mais avec Dieu, des lys peuvent toujours pousser, même dans un désert sans eau. Car c’est lorsque tout paraît perdu et que notre foi est mise à l’épreuve, que le doigt de Dieu fait irruption dans le cours des événements. « Nous n'étions peut-être pas à Paris dix républicains le 12 juillet 1789 », disait le révolutionnaire Camille Desmoulins. Et nous désespérerions de la Providence lorsque, contrairement aux révolutionnaires, nous nous appuyons sur la puissance de Dieu et non sur nos seules forces humaines ? Peut-être, et même sûrement, les choses ne se passeront pas comme nous l’imaginons, comme nous le voulons. Nous ne savons ni le jour, ni l’heure. Mais nous avons décidé de placer toute notre confiance en Dieu, de nous abandonner entièrement à son bon vouloir. Car nous savons que c’est lorsque que nous sommes faibles que nous sommes forts, selon la belle expression de saint Paul.

Alors oui, lorsque nous seront mus par ces sentiments, par cette conviction, et non par une simple nostalgie comme aime à le dire notre Prince, nous pourrons espérer admirer un jour Reims se parant à nouveau de ses plus beaux atouts, voir la foule se masser dans l’antique cathédrale, et la couronne prête à tomber des mains du pontife telle un couperet de vie. Nous pourrons déjà sentir quelque chose de l’odeur fleurie des arcs de triomphe, du parfum de l’encens du Saint Sacrifice et du baume du chrême et de l’huile de la Sainte Ampoule. Nous pourrons entendre résonner au loin les Te Deum et les serments de jadis, et retentir les « Vivat Rex in æternum ! »

 

Nous verrons alors refleurir les lys.

 

Abbé F. Sauvigny

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23/03/2018
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